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Full text of "Revue d'Alsace"

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REVUE D'ALSACE 



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REVUE D'ALSACE 



VINGT-DEUXIEME ANNEE 



TOME XXir« ET A DE LA NOUVELLE SERIE 



COLMAR ET BELFORT 

AUX BURBAUX DE LA REVUE D'ALSACE 
1871 



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(il s /. 3. if 



Harvard Collège Library 

APR 18 1908 

Hohenzollern Collection 
Gift of A. C. Cooridge 



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NOTE DE LA DIRECTION 



La guerre a interrompu la publication pendant Tannée 1871. Une 
lacune existait dans la collection du Recueil. Nous comblons cette 
lacune au moyen de la première édition d'un travail spécial concernant la 
partie restée française du Haut-Rhin. 



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BELFORT 



ET 



SON TERRITOIRE 



Pi£ 



LA DIREOTION DE LA BEVUE D'ALSACE 



PREMIÈ3RE ÉDITION 



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AVANT-PROPOS 



Le pays que l'on appelle la trouée de Belfort fut de tout 
temps le théâtre des premiers conflits qui ont surgi entre 
les populations aborigènes et les populations esclaves du 
mouvement opposé au sens de la rotation terrestre. De 
tout temps encore, ces conflits ont engendré des souffrances 
cruelles sur ce sol, et des épreuves particulièrement doulou- 
reuses pour les familles. Mais, comme rien n'est éternel en 
ce monde, le temps adoucit les souffrances morales et se 
charge de corriger les abus de la force. 

Quand au bruit de la guerre a succédé le calme de la vie 
régulière, on aime à revenir sur le passé ; on aime à 
remonter aussi loin que possible le cours des siècles, afin de 
mieux se rendre compte de la filiation des conflits, de leurs 
causes et de leurs conséquences. Le penseur en dégage sa 
philosophie, le politique sa règle de conduite. C'est surtout 
à ce point de vue que l'étude de l'histoire locale, aux 
pays frontières, pourrait devenir instructive et parfois 
attrayante. 

La monographie que nous offrons au public du terri- 
toire ne saurait avoir la prétention de s'élever à ces hauteurs : 
c'est aux Umites d'une exploration élémentaire, laborieuse 
et ingrate que l'auteur a voulu la circonscrire. S'il n'ose se 
flatter d'en avoir rendu la lecture intéressante pour les 



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. — X — 

intelligences habituées à se mouvoir dans les généralités de 
l'histoire, il peut du moins se rendre la justice d'avoir 
fait des efforts pour répandre quelque lumière sur un passé 
inconnu et pour ouvrir la voie à des travaux meilleurs. 

Demander à nos anciens auteurs alsaciens les infor- 
mations spéciales que leurs ouvrages peuvent donner sur 
nos villes, sur quelques-uns de nos villages ; compulser 
nos anciennes chroniques ; interroger notre diplomatique, 
lire les titres et en extraire la substance utile ; voir autant 
que possible par soi-même, afin de vérifier ce qui a été 
écrit, ce que la tradition professe, ce qu'elle néglige ou 
n'aperçoit plus ; donner asile à des actes de la vie popu- 
laire, dédaignés ou négligés ; recueillir de toutes parts les 
faits et les souvenirs^ retenir ce qui paraît conforme à la 
vérité et écarter ce qui paraît entaché d'erreur, tel est le 
travail préparatoire auquel il a fallu se livrer avant de 
songer à mettre en œuvre les matériaux rassemblés. 

Le labeur de la mise en œuvre est surtout propre à 
mettre en évidence la pénurie des documents susceptibles 
d'être utiUsés. Nous aurions, dès les premiers moments, 
renoncé à ce travail, si nous n'avions réfléchi qu'en 
pareille matière, il faut avoir le courage de se présenter au 
pubhc avec ce que l'on a. L'exemple suscite des imitateurs 
et les nombreuses lacunes que l'on a dû laisser subsister 
se comblent peu à peu au moyen de nouvelles recherches 
et de nouvelles découvertes ; les erreurs commises se recti- 
fient, la science historique gagne du terrain. N'y eût-il que 
^^i.i« ^ — îi - îj^„«f;^r» à f;ïîpp. vair^î»* «*^^^ ^"<^tifiera, 



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XI — 



Si la pensée d'en faire un œuvre d'éruditon, nous fût 
venue, nous aurions observé certaines règles qui sont 
négligées. La moitié des pages serait remplie d'annota- 
tions renvoyant aux sources. ' Mais, ce travail ayant été 
entrepris dans un but plus modeste, nous avons cru pou- 
voir nous dispenser de l'accompagner d'un appendice 
fastidieux pour la majorité des lecteurs ; d'ailleurs, les 
sources les plus importantes sont indiquées dans beaucoup 
de notices, ce qui ne doit pas nous empêcher de répéter ici 
quels sont les ouvrages qui nous ont fourni la plus grande 
somme de renseignements : ce sont nos auteurs alsaciens 
les plus autorisés du siècle dernier et des siècles précé- 
dents ; parmi nos auteurs contemporains, ce sont : la 
publication par la République helvétique des Monuments de 
Vancien évêché de Baie, patronnée par M. Aug. Quiquerez 
et préparée par MM. Trouillat et Vautrey ; les travaux de 
M. Henri Bardy dans la Revue d'Alsace ; V Histoire inédite 
et qui nous a été gracieusement communiquée, des comtes 
de Montbéliard, par M. P. E. Tuefferd ; les diverses publi- 
cations de M. Aug. Quiquerez, parmi lesquelles son 
•Histoire des comtes de Ferrette et son Age du fer; le 
Dictionnaire topographique de M. Stoffel, dont aucun 
travailleur sérieux ne peut se passer ; d'autres ouvrages 
se rattachant moins directement à notre sujet et dont l'in- 
dication fatiguerait l'attention du lecteur, et enfin V Armoriai 
général de France pour les armoiries, dont la copie fidèle 
nous a été facilitée par le concours, toujours aimable et 
patriotique, de M. Anatole Barthélémy. 

Belfort, le V Juin 1877. 



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2. 



Belfort-Cojnte. 



Belfort - Chapitre. 



Belfort -ville. 



Bourogne- Seigneurie 



B ourogne- cornirame . 



GiaTidvillars -Seigneurie . 



Citra itohlS A .lo.VtMV* B«dtr à Ci*Mii|llMiM . 



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ô, 



Florimont - S eigneurie . 



FoTissemagne - S eigneurie . 



10. 



Ang e ot-Vaut}\iermont . 



Arqi 



lesans. 



11 



12 



Bavilliers -Perouse . 



Bess encourt. 



Chromoliritajf .Vticv* B«d«r &c!*MidhouM . 



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13. 



14. 



CKatenois. 



Chaux-La-Chapelle-soiis- Chaux. 



15. 



16. 



Chêvremont. 



Danjoutin-Trétudans. 



17. 



18. 



Délie 



Etueffont 



CHMmel.riiogp.V<M«« B*d«i>ft Cf NulhoHM. 



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19. 



20. 



Font aine. 



Giromagny. 



21. 



22. 



Grosmagiw^- Sermamagny . 



Meroux-Yézelois. 



23. 



24. 



MoRtreux-Château. 



Novillars. 



Chromoliihogr.Viiuv* B«dtrftC!*l 



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25. 26. 



Récliésj. Roppe. 



ChromoUttio^r. V«wYt Badn iC' MulhouM 

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NOTIONS GÉNÉRALES 



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NOTIONS GÉNÉRALES 



Temps préhistoriques. 

Au commencement de la période à laquelle la science donne 
le nom d^époque quaternaire du globe, de puissants soulève- 
ments déchirèrent l'écorce terrestre et firent surgir les chaînes 
de montagnes, les ondulations qui donnèrent à la surface un 
relief qui n'a point cessé de se modifier insensiblement chaque 
jour, pour arriver au relief que cette surface présente actuelle- 
ment Des masses d'eaux entraînèrent, dans toutes les direc- 
tions, des débris de roches, des cailloux et des limons dont le 
mélange a formé la dernière couche, connue sous le nom de 
terrain quaternaire ou Diluvium. 

On a découvert dans ce terrain des vestiges de l'homme, et 
Ton a conclu qu'il a vécu avec les monstres disparus de l'époque 
tertiaire, c'est-à-dire en même temps que la végétation mono- 
cotylédone dont MM. Muston et Parisot ont découvert des 
empreintes dans les schistes de Froidefontaine. 

Après ces cataclysmes, le calme se rétablit et la nature 
animée reprend son cours. Mais la scène et les conditions 
atmosphériques avaient changé. A la place des monstres de 
l'époque tertiaire parurent les animaux des cavernes, le lion, 
l'hyène, l'ours, le mammouth, l'hippopotame, le rhinocéros et 
avec eux encore la végétation dycotylédone, ainsi que l'homme 



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4 NOTIONS GÉNÉRALES 

avec le cheval, le bos = bœuf, le renne et le chien dont il 
devait faire ses serviteurs et ses amis. 

Un refroidissement, inexpliqué jusqu'à présent, survient et 
d'immenses glaciers couvrent les surfaces mises au jour par les 
soulèvements. C'est alors que, dans nos régions, périrent les 
animaux des cavernes, le lion, l'hyène, l'ours, le mammouth, 
le rhinocéros et autres. 

Les blocs erratiques, les moraines, les roches striées sont 
considérés comme des preuves irrécusables de la période 
glaciaire. 

Peu à peu l'atmosphère s'adoucit, les glaces fondent et la 
surface acquiert de la fertilité. L'homme et les animaux qui 
ont échappé aux cataclysmes et résisté aux rigueurs glaciaires 
se multiplient rapidement. 

Toutefois la fin de l'époque quaternaire est encore troublée 
par des tressaillements; de nouvelles montagnes, de nouvelles 
ondulations de la surface surgissent; des volcans jettent des 
flammes et répandent la roche volcanique que l'on rencontre 
autour des entonnoirs qui leur servaient de cratères. Des 
déluges partiels d'eau douce couvrent des pays entiers et 
anéantissent leurs populations. Mais enfin un ^and apaise- 
ment se fait et l'époque actuelle déroule devant nous ses phé- 
nomènes lents par le transport des alluvions, produits de la 
décomposition ou de la désagrégation des roches et des mon- 
tagnes dont les pics s'abaissent et s'arrondissent insensible- 
ment. ^ I 

On est d'accord pour reconnaître que dans notre contrée | 

l'homme a vécu pendant toute l'époque quaternaire; qu'il 
vivait à l'état sauvage, habit^iit les cavernes et se contruisait 
aussi des huttes; qu'il était de petite taille, que ses os étaient 
épais et qu'il était doué d'une grande force musculaire; que 
son crâne était petit, rond et court; qu'il avait les mâchoires 
très développées, les narines larges, les arcades alvéolaires 
saillantes, les dents obliques, et que tous ces caractères in- 



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NOTIONS GÉNÉRALES 5 

dîquent un type humain inférieur, en un mot qu'il était brachi- 
cephah, ou correspondant au type Lapon. 

Ces premiers hommes n'avaient d'autres armes que des 
bâtons dans lesquels ils fixaient des morceaux de silex, taillés 
grossièrement, pour se défendre contre les animaux qui les 
attaquaient, ou qu'ils attaquaient eux-mêmes pour se nourrir 
de leur chair et se couvrir de leurs peaux. Ces premiers 
hommes connaissaient l'usage du feu. 

Les preuves les plus nombreuses de l'existence de l'homme 
pendant la période quaternaire sont tirées des découvertes 
faites dans les cavernes, remplies d'argile, de sables, de gra- 
viers, en un mot de diluvium. Ce terrain est habituellement 
recouvert de stalagmites qu'il faut briser pour le fouiller. 
C'est dans ces dépôts que sont enfouis les ossements de l'ours, 
du lion, de l'hyène, du cerf, du bos et des ossements humains 
appartenant aux individus dont il est précédemment parlé, et 
avec ces ossements les débris de leur industrie primitive, tels 
que haches, couteaux, racloirs et pointes de flèches en silex. 

Notre contrée est remarquable par ses cavernes et les osse- 
ments qu'on y a découverts. Ce sont celles de Fonvent-le-Bas, 
d'Osselle, de Bournois près de l'Isle-sur-le-Doubs, du Château 
de la Roche, de Vaucluse, de Mancenans, de Saint-Julien, de 
Chataillon, d'Echenoz près de Vesoul, de Sentheim près de 
Masevaux, et en dernier lieu celle de Cravanche près de Belfort. 

Les divers objets recueillis dans les cavernes, dans des 
sépultures d'un genre particulier, dans des tourbières, des 
fouilles profondes et quelquefois à la surface du sol ont 
porté les naturalistes et les archéologues à les ranger dans 
une classification précise. Ils ont donc adopté la formule de : 

TEMPS PRÉHISTORIQUES. 

Cette phase nouvelle des sciences anthropologique et archéo- 
logique ne remonte pas au-delà de l'année 1836. M. Boucher 
de Perthes en est l'initiateur. 

Cette définition admise, les naturalistes et les archéologues 
furent amenés à subdiviser les temps préhistoriques en : 
1** Période de la pierre éhauchèe, 2° Période glaciaire, et 
3** Période de la pierre polie. 



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6 NOTIONS GÉNÉRALES 

Pour mettre un peu d'ordre dans l'idée que l'on peut se faire 
de ces temps les plus lointains, nous concluons : 

1** Que la période de la pierre ébauchée ou taillée par éclats 
correspond aux soulèvements, quaternaires et à la formation 
du Diluvium, dans lequel on rencontre la trace de l'homme 
primitif, la hache ébauchée, la végétation tropicale et les restes 
des animaux antédiluviens. 

2** Que la période glaciaire correspond au refroidissement 
inexpliqué qui survint beaucoup plus tard, à la disparition des 
animaux des cavernes et à la présence du renne qui se multi- 
plia, servit d'animal de trait à l'homme et lui fournit son lait 
pour le nourrir. 

3° Que la période de la pierre polie est celle qui suivit la 
fonte des glaciers et qu'elle fut l'apogée de la civilisation de 
l'homme primitif, auquel les métaux étaient encore inconnus. 

Pour se garer des bêtes fauves qui s'étaient multipliées et 
qui les menaçaient sans cesse, les populations autochthones ; 
et brachycéphales jetèrent, sur le rivage des marais, des 
rivières et des lacs, des pilotis portant une plate-forme sur 
laquelle elles se construisirent de chétives habitations. Vivant 
de la chasse et de la pèche, ces abris leur offraient un refuge 
préférable à celui des cavernes et des huttes primitives. Les 
habitations lacustres, dont l'existence est encore à constater 
au territoire de Belfort, furent le dernier terme de la civilisa- 
tion naissante de nos populations primitives. 

A ces premiers occupants de notre sol vinrent se joindre 
d'autres peuplades arrivant de l'Asie et amenant avec elles 
des animaux domestiques ; elles cultivaient les céréales et se 
logeaient dans les habitations lacustres. C'étaient les premiers 
Celtes de l'époque de la pierre. 

D'autres, appartenant au type du Caucase ou dolichocéphales^ 
se détachent des Aryas et envahissent l'Europe occidentale. 
Plus intelligents que les brachycépJiales, premiers occupants, 
ces peuplades leur apportèrent le kelt^ c'est-à-dire la hache de 
bronze dont de nombreux échantillons ont été retrouvés dans 
notre contrée et se trouvent en ce moment recueillis dans nos 
musées. 



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NOTIONS GÉNÉRALES 7 

Aguerris et mieux armés que les populations primitives, 
les premiers Celtes s'établirent facilement au milieu de ces 
dernières, et c'est alors que, pour la science historique, prend 
fin Vâge de la pierre et que commence Vâge du bronze. 

§11 
Période celtique. 

La science n'est pas en mesure d'assigner une date certaine 
à l'immigration de ces peuplades. Elles vécurent pendant bien 
des siècles dans le pays avant d'y constituer une société 
organisée. Cependant elles y apportèrent les germes d'une 
civilisation bien supérieure à celle des habitants primitifs ; 
l'usage du bronze au lieu de la pierre le témoigne, et il est 
admis qu'en agriculture ils avaient des notions que les pre- 
miers occupants ne possédaient pas. Ce qui paraît bien certain, 
c'est que les Celtes prospérèrent dans nos contrées, car la 
première immigration fut suivie de beaucoup d'autres pendant 
une longue série de siècles ; elles finirent par former des peu- 
plades fixes et relativement puissantes dans lesquelles devaient 
se fondre les populations primitives. Obéissant à la loi de la 
transmigration des peuples d'Orient dans l'Occident, les Aryas 
continuèrent donc à affluer dans le pays situé entre le Rhin 
et l'Océan, à y apporter de nouveaux éléments de prospérité et 
de civilisation qui, à la longue, devaient engendrer une natio- 
nalité commune à toutes les peuplades fixes qui avaient pris 
possession du sol. C'est aux Aryas que les populations autoch- 
thones et les premiers Celtes immigrés durent la connaissance 
du fer et d'un grand nombre d'animaux domestiques qui firent 
la richesse du pays; c'est encore eux qui importèrent les 
instruments aratoires inconnus aux populations primitives et 
aux premiers Celtes arrivés dans le pays. 

Vâge du fer succédait à Vâge du bronze, comme celui-ci 
avait succédé à Vâge de la pierre, et avec Vâge du fer devait 
se constituer lentement la nationalité gauloise à laquelle nous 
avons fait allusion. 



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8 NOUONS GÉNÉRALES 

§111 

Période gauloise. 

Si ron admet que Sîgovèse fiit l'un des premiers chefs gaulois 
connus, on peut conclure, avec quelque certitude, que Tan 587 
avant l'ère chrétienne, l'idée de nationalité et même la natio- 
nalité gauloise avait déjà acquis une certaine consistance. 
Elle se composait d'agglomérations politiques ayant chacune 
un nom particulier et formant ce qui, plus tard, fut appelé : 
Les Gardes. 

Le nom particulier de l'agglomération à laquelle le territoire 
de Belfort et toute la Haute- Alsace appartenaient, était : la 
Séquanie. C'est de la Séquanie que partit Sigovèse avec un 
certain nombre de colons pour aller en Germanie (Wurtem- 
berg) fonder la peuplade Burgonde que l'on verra plus tard 
revenir, avec les Alémans, à leur point de départ et contribuer 
à peupler le duché de Bourgogne. 

En l'an 682 de Rome, ou 68 avant J.-C, Arioviste, roi des 
Germains, est appelé par les Séquanais pour les aider dans la 
lutte que ceux-ci soutenaient contrôleurs voisins, les Eduens. 
Arioviste bat les Eduens à Amagetobrie (Autun) et au lieu de 
repasser leEhin, après la victoire, il s'établit avec les Ger- 
mains dans la Séquanie extérieure ou la Haute-Alsace, y 
compris le territoire de Belfort 

Mais le Germain ne devait pas rester longtemps en pos- 
session du pays. Les Séqlianais acceptent l'assistance des 
Romains pour délivrer la Séquanie. Jules César, qui venait 
d'envahir le pays dés Helvètes, s'empressa d'accourir, arriva 
à Besançon, marcha pendant sept journées à la rencontre 
d' Arioviste, lui livra bataille, le défit et le força à repasser le 
Rhin. Toute la Séquanie, et notamment la Séquanie extérieure 
(Haut-Rhin), tomba en la puissance romaine et dut la subir 
jusqu'à la décomposition de l'Empire d'Occident 



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NOTIONS âÉNÉRALBS 9 

8 IV 

Période gallo-romaine. 

Pour notre contrée, cette période commence donc en l'année 
58 avant J.-C. — Dix années plus tard, toutes les Gaules sont 
soumises et l'an 733 de Rome, ou 17 avant notre ère, la voie 
dite d' Agrippa, ou grande voie militaire de Lyon au Rhin, est 
ouverte. Elle traversait une partie du territoire de Belfort 
parles bans de Grandvillars, Délie, Joncherey, Faverois, Flori- 
mont, Courtelevant, Lepuix, Oberlarg = Larga et plus loin 
jusqu'à Raurica au-dessus de Bâle. Cinq années plus tard, les 
légions romaines sont établies sur la rive gauche du Rhin et 
Drusus, qui commandait dans les Gaules, fit construire, en 
même temps que la voie de Raurica à Argentorat (Bâle à 
Strasbourg), les forteresses qui devaient garantir contre le 
retour des Germains le pays occupé de toute ancienneté par 
les populations celto-gauloises et passant de la domination 
éphémère d'Arioviste sous celle de l'Empire romain. 

Sous cette domination, avec laquelle commence une ère 
nouvelle de civilisation, le pays devait bientôt être sillonné en 
tout sens par de nombreuses voies de communication, et par- 
semé d'édifices divers. 

On a découvert quelques débris de la viabilité romaine au 

territoire de Belfort : De la voie d' Agrippa des vestiges à 

Grandvillars, Délie, Joncherey, Florimont, Réchésy et Lepuix ; 

de la voie qui longeait le pied des Vosges, se dirigeant d'une 

part vers la Basse-Alsace par Bergheim et Saverne, d'autre 

part vers Langres par le Rosemont et Ronchamps , des vestiges 

certains à Rougemont-le-Château; de la voie transversale qui 

reliait la voie Agrippa à la voie vosgienne, un tronçon de 

quelques centaines de mètres, au pâturage de Vourvenans, 

eitre cette conmiune et Châtenois; des traces de cette voie à 

Tiétudans et Sévenans où elle conserve le nom de Chemin de 

Jdes-César, à Danjoutin au quartier sous la ville, à Perouse, 

ci d'anciens auteurs y reconnaissent la via petrosa, à Besson- 



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10 NOTIONS GÉNÉRALES 

entre Saint-Germain etRomagny; deSévenans un embranche- 
ment se dirigeait vers Méroux, arrivait à Vezelois, Chèvremont 
et Bessoncourt où des vestiges ont également été découverts; 
des traces à Vellescot'd'un embranchement venant de Délie 
par Joncherey et Boron; des traces d'un autre embranche- 
ment venant de Grandvillars à Bourogne et qui se prolongeait 
vraisemblablement en remontant la vallée de Saint-Nicolas 
par Angeot, Lachapelle-sous-Rougemont et Bethonvilliers. 
D'une voie venant de la Franche-Comté et aboutissant à 
Brace, par Bavilliers et Danjoutin, un tronçon de 200 mètres 
entre Banvillars etArgiesans; dePerouse versDenney et vers 
Oftemont un embranchement se bifurquant au-dessus de l'an- 
cien étang de la Mèche, passant par Denney où des vestiges 
ont été découverts; puis l'autre branche se dirigeant sur 
Offemont par le pertuis qui sépare la forêt de la Miotte de 
celle des Bromonts. De Brace, la voie dont on aperçoit encore 
les restes à Vourvenans, continuait, selon toute apparence, 
sa course par le fond de la vallée vers la route vosgienne, par 
Chaux, jusqu'à proximité des ruines du Rosemont dont elle 
remontait la vallée pour arriver sur l'autre versant des Vosges 
en côtoyant la tête du Ballon. 

Sur ces divers points et en d'autres endroits on a découvert 
des restes de constructions, des monnaies et des poteries. A 
Cravanchedes substructions à la Combe-la-Dame; à Bourogne 
les débris d'une mosaïque avec des substructions ; à Grand- 
villars de même; à Florimont des monnaies; à Vellescot un 
pavé particulier de plusieurs mètres de développement; à Ba- 
villiers du ciment de bâtisse, des tuilaux à rebords, une 
Minerve (?) en bronze, puis, dominant la voie de la Franche- 
Comté , les fondations d'un castellum ou d'une vigie qui 
conserve le nom de Châtelet; à Brace des substructions nom- 
breuses, des monnaies, de la poterie, des statuettes en bronze 
et une sculpture caractéristique sur un calcaire du pays; à 
Offemont, enlin, une villa bien déterminée et dont les témoins 
sont nombreux au Musée de Colmar. 

A l'indépendance de la Séquanie les conquérants substi- 



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NOTIONS GÉNÉBALES 11 

nature et au dniidisme des premiers habitants ils opposèrent 
leur polythéisme, mais ne parvinrent pas à subjuguer aussi 
facilement l'être moral que l'être physique. Le culte primitif 
se réfugia dans les lieux écartés, dans les cavernes peut-être, 
au sommet des montagnes, dans les forêts du territoire, qui 
n'était ni défriché ni cultivé comme il le fut dans des temps 
plus modernes. Le druidisme avait encore toute sa force au 
premier siècle de l'ère chrétienne, car, en l'an 43, l'empereur 
Claude dut prendre des mesures pour faire cesser les sacrifices 
humains. 

Un siècle plus tard la religion des vaincus ainsi que le 
paganisme des vainqueurs devaient se trouver en face des 
apôtres de la religion nouvelle. En l'année 180, saint Ferréol 
et saint Ferjeux prêchent, les premiers, le christianisme en 
Séquanie. Pour le pays de Belfort, cette date marque le com- 
mencement de la lutte ouverte entre les croyances des temps 
anciens et la croyance des temps nouveaux. La lutte sera 
longue et pénible; elle aura ses martyrs aux confins du terri- 
toire : en 211 saint Ferréol, en 290 saint Materne, et d'autres 
plus obscurs. Au territoire même, elle en aura encore aux 
VIP et IX' siècles : saint Didier ou Dizier à Croix, saint 
Mahnbœuf à Froidefontaine. 

L'occupation romaine se fortifia en établissant de nom- 
breuses forteresses ou postes militaires sur les hauteurs qui 
dominaient les voies principales et secondaires de la province; 
on en a retrouvé des traces certaines en divers endroits. C'est 
à l'abri de ces travaux que cette domination se maintint pen- 
dant plus de cinq siècles dans la Séquanie et les autres parties 
de la Gaule. C'est à cette époque, selon Schœpflin, que se 
forma la langue romance ou romane que l'on parle encore au 
pays et dans laquelle le linguiste sait découvrir les mots 
appartenant à la langue celtique et à celles des divers peuples 
qui s'y sont successivement fixés. 

Des auteurs ont prétendu qu'en 298 les Romains, en posses- 
sion de la rive gauche du Rhin, détachèrent de la Maocima 
Bequarwrum. la Sénnani^ fiTti^riftiirp. mi la Haiitft-Alsar.ft. nour 



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12 NOTIONS OÊNÉRALBB 

dans laquelle le territoire de Belfort aurait ainsi été compris. 
Cette allégation contient une erreur géographique victorieuse- 
ment démontrée par Schœpflin. La grande Séquanie forma une 
des sept provinces romaines et conséquemment le territoire de 
Belfort continua à en dépendre avec Vesuntio (Besançon) pour 
capitale. Mais les Romains avaient permis à des Germains de 
s'établir individuellement sur la rive gauche du Rhin. Ils en 
avaient même appelé de la Thuringe, leur avaient distribué 
des terres, à la condition de les cultiver et de les défendre, 
concurremment avec les légions romaines, contre l'invasion 
toujours menaçante des peuplades d'outre-Rhin. Intéressés 
dans l'ordre établi par la possession des terres létiques, ces 
Germains de la frontière, ces Leudes furent les meilleurs 
auxiliaires de la domination romaine, lui rendirent de grands 
services, en furent récompensés et finirent par former, avec 
quelques aborigènes, cette race de guerriers, de nobles, de 
gentilshommes, destinés à résister aux souverains du moyen- 
âge et plus tard à compter avec le Tiers-Etat. 

A la faveur de cette tolérance ou plutôt de cette nécessité, 
les Francs s'établirent peu à peu sur la rive gauche du fleuve. 
En 416, ils étaient concentrés-^ dans les provinces de la Ger- 
manie première, le Bag'-Rhin, le Palatinat, le pays de Trêves. 
En 427, Clodion, leur roi, établit son siège au château de 
' Dagsbourg (Dabo). En 432, son fils Mérovée est envoyé en 
ambassade à Rome; à la suite de cette ambassade et d'inva- 
sions incessantes des peuplades barbares, toute la rive gauche 
du Rhin est constituée en duché d'Alémanie. En 450, Mérovée 
succède à son père {et le duché est divisé en Nordgau et en 
Sundgau. C'est à cette date qu'apparaît pour la première fois 
le nom que portera désormais la province : EUsass. En 451, 
Attila, roi des Huns, passe le Rhin, ravage le duché, pénètre 
au cœur de la Séquanie, livre Besançon au sac et au pillage, 
puis, défait dans les champs mtalauniques (Champagne), il 
repasse le Rhin. 

Mérovée continue à régner au milieu de ce désordre, contre 



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N0TI0K8 GÉNÉRALES 13 

Chassé en 459, rétabli en 464, il reprend le duché et meurt en 
476. Clovis, son fils, lui succède, épouse Clotilde en 493, 
repousse en 494 et 495 une nouvelle invasion des barbares, 
les défait à Tolbiac» aux environs de Strasbourg selon les uns, 
de Soissons selon d'autres, et, en 496, sous l'influence de saint 
Rémi, il embrasse le christianisme. Trois mille Francs se font 
baptiser à Reims, en même, temps que lui. De ce nombre 
étaient ses parents, les ancêtres d'Athic ou Adalrich dont il 
sera question. 

De l'année 496 date donc la fin de la période gallo-romaine 
de notre histoire locale et le commencement de la période 
franque. 

§V 
Période gallo-franc[ue. 

Cette période commence, ainsi que cela vient d'être dit, en 
l'année 496 et finit en l'année 870. Elle a donc duré près de 
quatre siècles. 

Les peuplades barbares qui, durant le V^ siècle, avaient 
sans cesse traversé le Rhin pour se ruer sur les provinces 
gallo-romaines, formèrent le flot qui, dans notre histoire, est 
connu sous le nom général d'Alémans. Ils avaient renversé et 
ruiné de fond en comble les établissements militaires, les villes 
et les colonies rurales que les Romains avaient édifiées sur les 
établissements celto -gaulois. Domptés et soumis par les 
Francs, les Alémans furent refoulés sur l'autre rive du Rhin, 
mais il en resta au pays un grand nombre qui renonça à la 
vie errante, s'attacha au sol et se confondit avec les débris 
des populations celto-gauloise et gallo-romaine. 

On peut faire dater de cette époque la formation du dialecte 
alsacien, qui s'écarte autant de la langue de Schiller que le 
roman s'écarte de la langue de Racine. 

Les Francs édifièrent de nouvelles forteresses sur les ruines 
des anciennes, bâtirent de nouveaux bourgs, de nouveaux 
villages à la place de ceux qui avaient été ravagés ou qui 
avaient disparu. Le duché cis-rhénan d'Alémanie, établi en 



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14 NOTIONS GËMÊRALBS 

406, devint en 496 une possession franque-mérovingienne dont 
on n'aperçoit guère la constitution particulière qu'environ 
deux siècles plus tard, c'estrà-dire en 662, lorsque, reprenant 
aux Romains des titres importés par eux dans la Gaule, toute 
l'Alsace fut érigée en un seul duché dont Etichon = Âttic = 
Adalric, père de saint Odile, fat le premier chef connu. 
L'ancienne subdivision alémanique en Nordgau et Sundgau 
reparut et chacune de ces toparchies, qui constitueront les 
deux Landgraviats, fut subdivisée en comtés. A ce duché furent 
encore adjointes d'autres parties de l'ancienne VIP province 
gallo-romaine, entr'autres VElsgau = Ajoie, qui est la seule 
intéressant directement le passé historique du territoire de 
Belfort. 

Les premiers comtes du Sundgau et de l'Elsgau, dont les 
noms sont arrivés jusqu'à nous, étaient : Rodebert en 673, 
Garin en 769, Pirathilon ou Bertolde en 786, Erchangier en 
818, Gerold et Bebon, son fils, en 829, Luitfirid III en 837, 
Hugues P' en 859 et Hugues II en 869. La division en comtés 
était donc la condition politique du duché pendant la période 
gallo-franque. Le Sundgau et l'Elsgau ne formèrent, durant 
cette période, qu'un seul comté, ou mieux, furent soumis aux 
mômes comtes, descendant tous du duc Adalric. 

En même temps que le pays s'organisait politiquement, la 
constitution ecclésiastique, à peine ébauchée sous la domina- 
tion romaine, reprenait sa marche interrompue par les inva- 
sions. Depuis Clovis,les Francs avaient généralement embrassé 
le christianisme ; les ducs d'Alsace et les comtes du Sundgau 
et de l'Elsgau, leurs descendants, durent naturellement favo- 
riser l'Eglise naissante. Pour établir la hiérarchie, on reprit 
la tradition romaine qui faisait concorder les premières divi- 
sions ecclésiastiques ou religieuses avec les anciennes divisions 
politiques. La ville de Bâle, qui avait remplacé Raurica, depuis 
longtemps détruite, devint la capitale du diocèse embrassant 
les peuples gallo-romains environnants qui avaient fait partie 
de la VIP province de la Gaule avec Vesuntio = Besançon 
pour métropole. Besançon devait conserver son ancienne pré- 
pondérance et c'est ainsi que, dès l'origine des diocèses, celui 



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NOTIONS GÉNÉRALES 15 

de Bâle dépendit de l'archevêché de Besançon. Une ligne 
partant du Bserenkopf, prolongée jusqu'aux monts Jura et 
traversant dans toute sa largeur le territoire de Belfort, forma 
la limite entre les deux diocèses. On se fera une idée de cette 
ligne de démarcation lorsque nous aurons indiqué quelles 
étaient les communes les plus rapprochées de Belfort qui 
étaient encore comprises dans le diocèse de Bâle, dont elles 
formaient l'extrême limite à l'ouest. C'étaient : 

Toute la vallée de Masevaux; Rougemont et ses dépen- 
dances; Phafifans la paroisse, ou mieux : Saint-Germain, 
Bethonvillier, Phaffans, Roppe, Vetrigne, Denney et la moitié 
de Bessoncourt ; Frais, Cunelière, Angeot, Larivière, Petit- 
Croix et Novillars ; Bretagne, Suarce, Faverois, Fêche-l'Église, 
Joncherey, Grandvillars, la moitié de Beaucourt, Montbouton 
et Croix; de sorte que les localités contiguës à Test de Belfort et 
qui plus tard seront connues sous la désignation de Rosemont- 
seigneurie, Belfort-assise, Grosne-paroisse et Froidefontaine- 
prieuré, restèrent au diocèse de la métropole ou de Besançon. 

L'Église prospéra sous la domination franque. Les ducs 
d'Alsace, les comtes du Sundgau et de l'Elsgau, leurs descen- 
dants, furent d'une libéralité inépuisable à son égard. Aussi, 
parallèlement à l'autorité de ces princes, ne tarda pas à s'élever 
la double puissance temporelle et spirituelle des évêques à qui 
ducs et comtes durent bientôt rendre foi et hommage. 

Cependant c'est à peine si, à l'époque où Schœpflin clôt la 
période gallo-franque, c'est-à-dire en 870, nous trouvons au 
territoire de Belfort quelques indices de temples consacrés au 
culte nouveau. L'oratoire de Saint-Martin oîi saint Dizier fut 
enterré entre 670 et 675, la chapelle légendaire de Phaffans 
après 792, le tombeau de saint Maimbœuf à Froidefontaine 
avant 895, sont les seules traces à peu près certaines de la pre- 
mière initiation des populations du territoire à la pratique du 
culte régénéré. Ces populations étaient encore plongées dans 
les ténèbres causées par le mélange des diverses croyances 
importées par les Celtes d'abord, par les Romains ensuite et 
en dernier lieu par les Barbares de la Germanie. L'état moral 
dans lequel elles se trouvaient permet de se rendre compte de 



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16 NOTIONS GÉNÉRALES 

la cause des assassinats de Dizier et de Maimbœuf, apôtres de 
la doctrine nouvelle, et des circonstances dans lesquelles ces 
assassinats furent consommés au milieu de ces populations. 
On peut donc conclure que, même à la fin du IX' siècle, le 
christianisme était loin d'avoir réussi à extirper les dernières 
racines des croyances auxquelles les habitants du territoire 
étaient précédemment attachés. 

Sous le rapport politique, le territoire subit, avec le duché 
d'Alsace, dont il ne cessa de faire partie, le sort fait aux pro- 
vinces de l'Empire franck par les événements tragiques dont, 
pendant près de quatre siècles, le règne des rois mérovingiens 
et carolingiens fut signalé. De 496 à 869, c'est-à-dire depuis 
l'avènement de Clovis, fondateur de la monarchie, jusqu'à la 
mort de Lothaire II, roi de Lorraine, le duché fut plusieurs 
fois distrait de l'Empire franck pour passer au royaume 
d'Austrasie, puis, sous les Carolingiens, au jfoyaume de Lor- 
raine, auquel il était advenu par le traité de Verdun de 843. 

Donc, pour le Sundgau et l'Elsgau, Lothaire II, roi de Lor- 
raine, fut le dernier souverain de la période gallo-franque. 

§VI 
Période gallo-germaine. 

On vient de voir que Lothaire II, roi de Lorraine, duquel 
l'Alsace relevait depuis le traité de Verdun (843), mourut en 
869. Ses frères Charles-le-Chauve, roi de France, et Louis, roi 
de Germanie, se partagèrent son royaume. L'Alsace advint à 
ce dernier. Le partage eut lieu en 870, et c'est de cette année 
que Schœpflin fait courir la période germanique de notre 
histoire locale. Nous la qualifions de période goUo-germaine 
au même titre que les anciens auteurs, y compris Scho^flîn, 
qualifient de période gaU(Hromavm la durée de la domination 
de l'Empire romain sur les Gaules. 

Ainsi, sous le règne de Louis, le Sundgau et l'Elsgau rele- 
vèrent du royaume de Germanie. Louis étant mort en 881, son 
fils Charles-le-Gros lui succéda et la même année il fut élu 



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NOTIONS GÉNÉRALES 17 

empereur. Donc, à partir de ce moment, le territoire releva de 
l'Empire. Cette situation dura jusqu'en 911, année de la mort 
de Louis-l'Enfant, dernier rejeton de la branche carolingienne 
de Germanie. 

En 911, le territoire revint à la couronne de France, dans 
la personne du roi Charles-le-Simple. Mais les nobles ne tar- 
dèrent pas à le déposer et ils se divisèrent sur le choix de son 
successeur. Les uns voulaient Raoul, roi de Bourgogne, les 
autres Henri-l'Oiseleur, roi de Germanie. Pendant douze ans 
la domination demeura en litige et le pays eut beaucoup à 
souffrir des guerres occasionnées par cette compétition. En 
921, Raoul était entré en campagne de même que Henri- 
l'Oiseleur, pour se disputer l'Alsace qui fut un instant occupée 
par Raoul et ses partisans. En 923, Henri-l'Oiseleur la reprit 
à son compétiteur et à partir de cette année l'antique Séquanie 
extérieure «se trouva placée sous la mouvance de l'Empire 
d'Allemagne pour revenir en 1648, c'est-à-dire après sept 
siècles d'usurpation violente, à la monarchie fondée par Clovis. 

Quoique soumis à l'Empire germanique, le pays continua à 
être gouverné, comme auparavant, par ses ducs et ses comtes. 
On a vu à la période précédente, que Hugues II était comte 
du Sundgau et de l'Elsgau en 869. Il l'était vraisemblablement 
encore après 870, c'est-à-dire après l'accession au royaume de 
Germanie. Son successeur fut Bernard en 896; des diplômes 
de 973 et 977, nous révèlent ensuite, comme comte du Sundgau, 
Luitfrid VI, descendant de la famille du duc Adalric et qui 
demeurait alors à la cour de Conrad, roi de Bourgogne. Luitfrid 
mourut vers l'an 978 et son fils Luitfrid VII lui succéda. Ce 
Luitfrid fut en même temps comte du Nordgau; il mourut vers 
l'an 1000, et l'on rencontre Otton I" comme son successeur 
en 1003, 1004 et 1025. Il mourut vers 1026. 

C'est sous Otton que le Sundgau et l'Elsgau commencèrent 
à avoir leurs comtes particuliers et que l'Elsgau réunit à sa 
circonscription tout le pays de Ferrette; de sorte que le 
Sundgau proprement dit ne comprit plus que la partie de la 
Haute- Alsace limitée au Nord par le fossé provincial = Land- 
gràb, ancienne limite de la Séquanie extérieure entre Colmar 

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18 NOTIONS GÉNÉRALES 

et Schlestadt, à l'Est par le BMn, à l'Ouest par la cime des 
Vosges jusqu'aux environs de Thann et de là par une ligne se 
dirigeant au Sud vers la Bourgogne transjurane, de manière 
à laisser Thann, Cernai-, Altkirch et Ferrette au comté de 
l'Elsgau. 

Les comtes qui régnèrent parallèlement sur les deux 
districts à dater de la mort d'Otton I" furent, pour le Sund- 
gau, ainsi réduit : Giselbert en 1027, Beringer en 1024, Cunon 
ou Conrad en 1042, et Henri en 1084; pour l'Elsgau, agrandi 
au détriment du Sundgau : Louis de Mousson, premier comte 
de Montbéliard et de Ferrette, en 1024 et ses descendants 
directs jusqu'en 1125, époque à laquelle l'Elsgau rentra dans 
ses limites primitives, lorsque, par droit successoral, un de 
ses comtes obtint la partie détachée de l'ancien Sundgau pour 
en former le comté de Ferrette, tandis que l'Elsgau forma le 
comté de Montbéliard. • 

Ainsi, en 1125, une partie du territoire actuel de Belfort 
conimença à dépendre du comté de Ferrette et l'autre partie 
du comté de Montbéliard. La limite entre ces deux comtés 
était à peu près celle que nous avons indiquée pour les dio- 
cèses de Bâle et de Besançon. 

Ainsi encore, les annales de cette partie de la Haute- Alsace 
participent dès ce moment à l'histoire politique des deux 
comtés; mais cette dualité cessera de 1332 à 1350, époque à ! 

laquelle tout le territoire sera tombé dans le domaine de la ' 

maison d'Autriche. ' 

Au comte de Sundgau, qui régnait en 1084, comme cela a été ' 

dit précédemment, succéda Othon IL II devint comte de Habs- j 

bourg en 1096 et comte provincial de la Haute- Alsace; consé- 
quemment le comté de Ferrette, dont une partie du territoire 
de Belfort dépendait, fut soumis au comte provincial, Othon II, 
qui fut tué le 8 novembre 1111. Il eut pour successeur son 
frère Adelbert, mort en 1141, puis son fils Werner, qui vivait 
encore en 1167. La qualité du comte provincial se transforma 



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NOTIONS GÉNÉRALES 19 

cations généalogiques nous conduisent à une conclusion sur 
laquelle il importe d'insister pour l'intelligence des notices 
dont ce volume se compose. 

Otton II, premier comte de Habsbourg en 1096, est la 
souche de la famille de Habsbourg dont, deux siècles plus tard, 
on verra un des membres, Rodolphe, arriver à l'Empire, après 
avoir joué un grand rôle dans l'histoire du pays, et ses descen- 
dants constituer la maison d'Autriche, à laquelle le Sundgau 
ne cessa plus d'appartenir jusqu'en 1648. Elle avait donc, dès 
le XP siècle, la suzeraineté sur le comté de Ferrette, de même 
que sur le comté de l'Elsgau; mais, dès les premiers temps, les 
comtes de l'Elsgau ou de Montbéliard s'en étaient considérés 
comme affranchis, et de 1024 à 1283, on peut dire qu'à l'inverse 
de leurs parents de Ferrette, ils avaient constitué une princi- 
pauté indépendante, ou ne relevant que du comte qui était 
véritablement souverain dans la partie de l'ancien duché d'Al- 
sace dont sa principauté avait toujours fait partie intégrante. 

Otton II, premier comte provincial, fut véritablement le 
premier Landgrave de la Haute- Alsace, bien qu'il ne prit pas 
ce titre. En le prenant, Albert P', petit-fils d'Otton, ne faisait 
que changer de dénomination, car il est indubitable que son 
aïeul, sous le titre de comte provincial, avait les mêmes préro- 
gatives, les mêmes droits que ceux dont Albert P' et ses 
descendants furent en jouissance sous le titre de Landgrave. 

Les Habsbourg avaient d'ailleurs, par transmission hérédi- 
taire, provenant des ducs d'Alsace, leurs ancêtres, de nom- 
breuses et vastes possessions allodiales qui constituèrent ce 
que l'histoire a appelé le domaine de la maison d'Autriche dès 
que, par Rodolphe de Habsbourg, cette maison fut arrivée, en 
1273, à l'Empire. Ce domaine, avec les autres dépendances 
fiscales du Sundgau, a aussi été qualifié d'Autriche antérieure 
ou pays antérieurs de l'Autriche. 

Toute la partie du territoire de Belfort qui, depuis 1125, 
appartenait au comté de Ferrette, fut donc soumise à la sou- 
veraineté des Landgraves de Habsbourg, et cette souveraineté 
relevait directement de l'Empire. 



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20 NOTIONS OËNÉRALES 

Quant à la partie du territoire de Belfort qui appartenait au 
comté de Montbéliard, elle demeura sous la dépendance des 
comtes de Montbéliard qui, depuis 1283, relevaient aussi 
directement de l'Empire. 

Il ne saurait entrer dans le cadre de ces notions de retracer, 
même sommairement, Thistoire des landgraves de la Haute- 
Alsace ni celle des comtes de Montbéliard. Mais, pour faciliter 
l'intelligence des faits rapportés dans les notices de- nos com- 
munes du territoire, nous devrions nous arrêter plus parti- 
culièrement aux circonstances à la suite desquelles la partie 
ouest du territoire, formant la limite de l'ancien département 
du Haut-Rhin, est advenue à la maison d'Autriche qui a 
succédé aux comtes de Ferrette. 

En 1299, le comte de Montbéliard, Renaud de Bourgogne, 
donna Jeanne, sa fille aînée, en mariage au comte de Ferrette, 
Ulrich II. De ce mariage naquirent deux filles : Jeanne, que 
nous appellerons Jeannette pour la distinguer de sa mère, et 
Ursule. En 1324, Ulrich II donna Jeannette en mariage à 
Albert, dit le Sage ou le Contract, duc d'Autriche, de Styrie 
et de Carinthie, seigneur de Carniole, comte de Habsbourg et 
et de Kibourç. Ulrich mourut la même année, sans descen- 
dance masculine, et son gendre Albert, duc d'Autriche, etc., lui 
succéda dans le comté de Ferrette. 

Ainsi, à partir de 1324, la fraction du territoire de Belfort 
qui dépendait du comté de Ferrette, passa dans les mains d'un 
fils de la maison d'Autriche, lequel succéda en 1326 à son frère 
Léopold dans le landgraviat supérieur ou de la Haute-Alsace. 

En 1325, Jeanne, veuve d'Ulrich et belle-mère d'Albert, 
épousa en secondes noces Raoul Hesse, marquis de Bade, et de 
ce second mariage naquirent encore deux filles, Marguerite et 
Adélaïde de Bade, qui, avec Jeannette et Ursule de Ferrette, 
devaient intervenir dans le partage de la succession de leur 
mère. Jeanne, ayant perdu, en 1335, le marquis de Bade, son 
second mari, convola en troisième noces avec le comte de 
Katzenellénbogen, duquel elle n'eut pas d'enfants. C'est à ces 
circonstances diverses qu'est due l'intervention des familles 
de Ferrette, de Bade et de Katzenellénbogen dans les annales 



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NOTIONS GÉNÊBALES SI 

du territoire jusqu'à son entière accession à l'Autriche 
antérieure. 

Pour plus de lumière et pour ne pas trop nous répéter, nous 
renvoyons le lecte r à la notice de Belfort, à celle de Rosemont 
et autres. 

Durant cette longue période gallo-germaine de 778 ans, le 
territoire de Belfort fut, peut-être plus que tout autre, le 
théâtre permanent des luttes violentes qui ont amoncelé les 
ruines sur lesquelles le régime féodal s'est établi. 

Dans le premier siècle de cette période, le pays se recon- 
stitua péniblement, les agglomérations se fortifièrent et 
l'Eglise, en prenant sa bonne part des biens temporels, 
amenait lentement à la doctrine chrétienne les générations 
qui succédaient aux générations éteintes. Mais le temporel 
était aussi pour les seigneurs ecclésiastiques la question prin- 
cipale, car c'est à peine si l'on rencontre quelques indices 
permettant de conclure que, pendant les premiers siècles de 
la période gallo-germaine, quelques-uns de nos villages rudi- 
mentaires furent pourvus d'un édifice destiné à l'exercice du 
culte. Sous ce rapport le progrès ne s'accomplit réellement au 
territoire qu'à l'avènement des comtes de Montbéliard et de 
Ferrette, qui fondèrent et dotèrent les premières maisons 
religieuses du pays, si l'on excepte toutefois les abbayes de 
Murbach et de Masevaux qui longtemps auparavant avaient 
été richement dotées de biens et de revenus sur beaucoup de 
points du territoire. 

C'est encore à l'avènement de ces comtes, c'est-à-dire aux 
XI* et XIP siècles, que s'élevèrent ou se complétèrent les 
principales forteresses de la contrée, celles de Belfort, du 
Rosemont, de Rougemont, de Florimont, de Roppe par exemple, 
les châteaui de Bavilliers, de Grandvillars, d'Auxelles, deBan- 
villars, d'Angeot, de Batumagny, de Saint-Germain, et quelques 
autres. La forteresse de Délie ne s'éleva qu'un siècle plus tard. 

En même temps se fondaient quelques maisons religieuses 
dont le souci intéressé et civilisateur provoquait la création 
de modestes églises et de chapelles où étaient préposés un 
prêtre, un vicaire, un ermite ou gardien, sous la direction et 



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22 NOTIONS GÉNÉRALES 

la tutelle de la maison-mère. Les abbayes de Masevaux, de 
Lucelle, de Lure, le prieuré de Froidefontaine , ceux de 
Méroux, de Saint-Nicolas et de Châtenois marquent l'apogée 
de Tépoque favorable à l'éclosion de ces institutions auxiliaires 
de la civilisation politique ou religieuse de l'ère chrétienne, de 
même que les chapelles et chapelottes particulières des forte- 
resses de Rougemont et de Florimont, les églises des villages 
de Chaux, de Brace, de Bermont, d'Angeot, de PhaflFans, de 
Montreux, de Grosne, de Novillars, de Courtelevant, etc., etc., 
les chapelles de Bavilliers, de Petit-Croix, etc., etc., témoignent 
de la conversion, alors générale, des populations du territoire 
à la doctrine nouvelle. Mais , quoique détachées de l'idolâtrie 
et du paganisme des anciens temps, elles ne conservèrent pas 
moins vivaces certains germes des croyances précédentes et 
ces germes se traduisirent en pratiques et en superstitions 
dont on rencontre encore aujourd'hui des traces et des mani- 
festations d'une origine facile à reconnaître. 

C'est dans les douleurs de la fin du premier siècle du moyen 
âge que se réalisèrent les progrès signalés jusqu'à présent. 
Aux XIP et XIIP siècles, les populations, toujours asservies, 
devaient être l'enjeu des guerres continuelles de seigneur à 
seigneur, et souvent des seigneurs contre leurs souverains. 
Mais cette époque fut aussi le conmiencement des concessions, 
des aflEranchissements collectifs et particuliers, du droit écrit 
résultant des anciennes coutumes, en un mot d'une organisa- 
tion sociale supérieure à celle des siècles précédents. A 
l'exemple des empereurs d'Allemagne qui, pour se fortifier 
contre la féodalité, créaient les villes libres d'Alsace, le comte 
de Montbéliard affranchit le burg de Belfort en vue de se forti- 
fier aussi contre les entreprises de ses parents, les comtes de 
Ferrette et les comtes de Bourgogne. Il intéressait ainsi la 
population h la défense de ses terres et de sa dynastie. 
L'affranchissement de Belfort, qui date du commencement du 
XIV* siècle, fut calqué sur la charte accordée à Montbéliard 
quelques années auparavant. L'organisation qui fut la consé- 
quence de ce premier pas dans la voie d^s libertés publiques, 
se développa peu à peu, les us et coutumes des seigneuries 



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NOTIONS GÉNÉRALES 23 

voisines gagnèrent aussi du tprrain, et c'est sous le régime de 
ces franchises que les populations du territoire traversèrent, 
en essuyant encore bien des revers, les derniers siècles qui 
closent, en 1648, la période gallo- germaine. 

§ VII 
Période française 

Pendant les quinze années qui précédèrent le traité de 
Munster, le territoire de Belfort fut, comme d'ailleurs le reste 
de l'Alsace, dans une situation pénible et politiquement équi- 
voque. En 1634, Belfort était pris et le pays occupé depuis 
1632 par l'armée de Suède dont l'armée du roi de France était 
l'alliée. Les Suédois rasèrent toutes les forteresses du terri- 
toire, dévastèrent ses couvents et réduisirent les populations 
à un état de souffrance qui engendra les rébellions du désespoir 
et les impitoyables rigueurs de l'ennemi. La paix de 1648 mit 
fin à cette guerre politico-religieuse qui avait duré trente ans 
et qui valut à la monarchie française le retour de l'Alsace tout 
entière à son antique mère-patrie, à sa véritable et légitime 
nationalité. 

Le traité de paix ayant substitué le roi de France aux droits 
de l'empereur d'Allemagne, tout ce qui avait appartenu à la 
maison de Habsbourg- Autriche, à titre héréditaire ou allodial, 
appartint au roi de France, tandis que les autres fiefs relevant 
du domaine et de l'empereur échurent au fisc royal. Louis XIV 
fit des anciennes possessions allodiales le comté de Belfort 
dont il investit le duc de Mazarin et ses descendants. Relative- 
ment aux autres fiefe du pays, le roi les laissa aux mains des 
anciennes familles qui les possédaient, et cet état de choses fut 
maintenu jusqu'à la Révolution qui fit entrer dans le domaine 
public tout ce que la féodalité avait conquis ou usurpé. 



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II 



NOTIONS PARTICULIÈRES 



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NOTIONS PARTICULIÈRES 



Andelnans. — La voie romaine qui, au sud de Dambenois, 
se détachait de la voie militaire de Mandeure au Rhin pour 
remonter la vallée d'Oye = Savoureuse, a dû traverser le ban 
de cette commune. Si Ton n'en a recueilli sur les lieux aucune 
preuve matérielle, cela est dû peut-être à l'indifférence qui a 
presque toujours existé au territoire de Belfort pour la con- 
naissance des antiquités et de l'histoire du pays. Quoi qu'il en 
soit, il y a, en amont et en aval d' Andelnans (Voy. Vourveruins, 
Trétudam, Danjoutin, Brace), des preuves qui justifient notre 
indication, mais il n'y en a aucune qui permette de supposer 
que ce village existait déjà à l'époque de l'occupation romaine. 

Le commencement du XIV* siècle est l'époque la plus reculée 
où nous trouvons cette commune désignée dans un titre. Ce 
titre est un contrat par lequel Jaiquoz de Boans, écuyer, vend 
à Champonal d* Andelnans, pour le prix de 105 sols coursables 
dans l'évêché de Besançon, le champ dit Lavernoye et le pré 
aboutissant au tinage de Botans. 

Ainsi en 1302, date du contrat dont il s'agit, Andelnans 
existait déjà connue unité communale; mais, quant à présent, 
nous n'apercevons aucun moyen d'établir dans quel siècle 
cette a^lomération a pris le rang attesté par le titre de 1302. 

Andelnans faisait alors partie du comté de Montbéliard et 
de la grande mairie de l'assise. (Voy. Assise.) 

En 1333, cette commune passa, comme un grand nombre 



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28 ANOEOT 

d'autres, au comté de Ferrette, dont elle n'a cessé de dépendre 
jusqu'en 1648. 

Sous la domination du dernier comte de Ferrette, de sa 
veuve, marquise de Bade, puis comtesse de Eatzenellenbogen, 
des archiducs d'Autriche, successeurs des comtes de Ferrette, 
le nom français d'Andelnans devint, dans les titres, le nom 
allemand A'AndélnacK 

Le finage de cette commune a fourni pendant un certain 
temps et jusqu'au siècle dernier du minerai en grains qui 
alimentait les hauts-fourneaux de Belfort et de Châtenois. 

Au commencement de ce siècle (1803), cette commune avait 
264 habitants; le recensement de 1876 lui en assigne 294. 

Andelnans appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
4 kilomètres. 

Angeot. — C'est à l'année J234 qu'il faut s'en tenir relative- 
ment à Angeot, si, dans ce travail, nous ne devons pas nous 
écarter des documents certains qui sont à notre disposition. 
Voici à quelle occasion cette date nous est révélée : 

Le prieuré de Saint-Nicolas-des-Bois avait été doté, en 1093, 
par ses fondateurs — Renaud, comte deMontbéliardet de Bar, 
et son frère, le comte Frédéric de Ferrette — de la dîme de 
Sope. La maladie ayant décimé la population de Sope, les 
terres demeurèrent sans culture et les broussailles prirent la 
place des récoltes que les bras de la glèbe leur faisaient pro- 
duire. Le prieuré de Saint-Nicolas se trouvait ainsi privé d'une 
partie des revenus dont il avait été doté par ses fondateurs. 

Pour le dédommager, Ulrich, comte de Ferrette, lui donna, 
en 1234 — Intuitu divinœ pietatis ecclesiam Angreth — l'église 
d'Àngeot, c'est-à-dire les revenus que celle-ci devait à son 
seigneur, le comte de Ferrette. Le 14 mars de la môme année, 
cette aumône (elemosyna) fut l'objet d'une reconnaissance ou 
d'une attestation de la part de l'évoque de Bâle et du prévôt 
de l'abbaye de Masevaux. En d'autres termes, cet acte était la 



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ANGEOT 2è 

elle s'e)cplique par le fait que Fabbaye avait une part dans les 
revenus qui étaient concédés, à titre d'aumône, au prieuré de 
Saint-Nicolas. 

Cette donation permet donc de constater que, probablement 
depuis l'origine du comté de Ferrette, vers 1125, les comtes 
deFerrette, sortis de la même souche que les comtes de Mont- 
béliard, avaient des droits à Angeot, c'est-à-dire au comté de 
Montbéliard, de même que les comtes de Montbéliard en 
avaient conservé dans le comté de Ferrette. La limite des 
parts faites à ces deux maisons dans le Sundgau et l'Elsgau 
n'était point géographiquement définie d'une façon aussi pré- 
cise qu'elle le serait dans un partage de nos jours; de sorte 
que, à la frontière des deux comtés, on rencontre fréqueipment 
des anomalies du genre de celle que nous signalons pour 
I Angeot. 

Ainsi, en 1234, la maison de Ferrette donne au prieuré de 
Saint-Nicolas une partie de ses droits dans cette localité; en 
1295, le comte Thiébaut en donne une autre fraction au 
monastère de Valdieu, et en 1331, le duc Albert d'Autricte, 
successeur du dernier comte de Ferrette, donne en fief à Henri 
de Délie la dîme d' Angeot qui était encore disponible, mais, 
vraisemblablement, moins la dîme de l'avoine qui, en 1579, 
I était encore livrée à l'abbaye de Masevaux. 

De ce qui précède il y a lieu de conclure que déjà au 
XII' siècle Angeot était le chef-lieu d'un fief de Ferrette 
accordé à une famille qui en prit le nom et qui s'y construisit 
un château. Si le nom français d' Angeot, traduction du latin 
Angreth, existait déjà au XIP siècle, il devint sous les comtes 
de Ferrette et leurs héritiers de la maison d'Autriche, de 
langue allemande, la localité désignée dans les titres sous le 
nom mingélsod. 

La famille qui fut investie de ce fief prit, comme partout, le 

nom du fief. Les Ingelsod ont d'abord possédé seuls le château 

et ensuite avec d'autres jusqu'en 1430; puis, pendant près 

d'un demi-siècle, avec les nobles de Soultz. 

En 1530, Pancrace Tschaflfoy a succédé aux Ingelsod dans 



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30 ANGEOT 

consentement de l'archiduc Ferdinand, vendit le manoir à 
Thiébaut Msegerer, chancelier de l'abbaye de Murbach. 
Aujourd'hui il n'en reste plus que le souvenir et, comme il 
existait encore en 1583, il est probable qu'il fut détruit par 
l'invasion suédoise, c'est-à-dire pendant la guerre de Trente- 
Ans. 

Schœpflin dit que ce château était indépendant de la prévôté. 
Cette remarque s'explique par le fait qu'il était un fief de la 
mouvance des comtes de Ferrette, tandis que la prévôté dont 
nous allons nous occuper appartenait au comté de Montbéliard. 

Le premier comte de Montbéliard fut, d'après M. E. Trufiferd 
et d'autres, Louis de Mousson (Pont-à-Mousson), qui régna de 
1024 à 1070. Convient-il d'admettre que c'est à cette période 
de l'histoire qu'il faut faire remonter l'organisation de la pré- 
vôté d'Angeot? Si l'on se décide pour l'affirmative, cette pré- 
vôté aurait constitué une unité politique aux premiers temps 
du comté de Montbéliard, dont elle dépendait. Ce qui est 
certain, c'est que, au partage définitif de la succession de 
Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, le 3 mai 1332, 
c'est-à-dire à la réunion de la seigneurie de Belfort au comté 
de Ferrette, la prévôté d'Angeot avait depuis longtemps son 
organisation. 

Elle forma alors un district de la seigneurie de Belfort. Ce 
district avait son administration particulière et des institu- 
tions différentes de celles du chef-lieu; mais il ressortissait 
depuis longtemps du tribunal commun du château. 

La prévôté d'Angeot comprenait deux mairies. La première 
était formée par Angeot, chef-lieu, La Rivière, VaiUhiermont 
et Saint'Cosme; la seconde , par Novillard, chef-lieu, RechoUe, 
Autrage et Eschêne. 

La paroisse d'Angeot était composée des mêmes communes 
que la Mairie, c'est-à-dire d'Angeot, La Rivière, Vauthiermont 
et Saint -Cosme. Elle dépendait de l'évêché de Bâle et du 
décanat du Sundgau; vers le milieu du XV* siècle, elle fut 



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ANJOUTEY I 31 

Nous ne trouvons, au moyen-âge, qu'un seul nom des curés 
de cette église : il se nomme Pierre dans la donation qu'il fit, 
en 1340, à Pabbaye de Lucelle, pour la fondation de son anni- 
versaire, de dix mesures de vin sur des vignes cultivées par 
deux citoyens de Thann, d'une maison et d'un alleu à Rouge- 
mont, de champs, prés et bois situés à Angeot et que retenait 
le prieuré de Saint-Nicolas. 

En 1441, l'église paroissiale d' Angeot était sous l'invocation 
de saint Sébastien. Ses deux autels latéraux étaient dédiés à 
sainte Catherine et à la Vierge; à ce dernier était annexée 
une confrérie du Rosaire. 

Le droit de patronage appartenait aux comtes de Ferrette 
qui le donnèrent, en 1234, au prieuré de Saint-Nicolas; dans 
les derniers temps, le couvent de Schœnensteinbach était coUa- 
teur de cette église. 

A la réunion de l'Alsace à la France, la prévôté suivit la 
fortune politique de la seigneurie. (Voy. Belfort) 

Quand, à la fin du XVIP siècle, on rédigea l'armoriai général 
de France, la communauté des habitants d' Angeot ou la com- 
mune prit les armoiries suivantes : 

ly Argent à deux lions affrontés de sable. (Voy. n** 9 des 
planches.) 

Aujourd'hui, la conmiune d' Angeot forme à elle seule une 
paroisse. 

La commune fait partie du canton de Fontaine. Au com- 
mencement de ce siècle, sa population était de 273 habitants; 
le dernier recensement lui en assigne 352. 

La distance légale de cette commune à Fontaine est de 
5 kilomètres et de 1 myriamètre 4 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Anjoutey. — Nous ne découvrons aucun titre antérieur 
^ 1234 qui fasse mention de cette commune. Celui qui nous 
fournit cette date est une donation de Thierry, seigneur de 
Rougemont, en faveur du prieuré de Saint-Nicolas. Thierry 



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39 ABGIBSAN6 

Ânjoutey dépendait h cette époque de la mairie d'Etueffond- 
Bas, laquelle était dans la circonscription administrative du 
lieutenant de Rosemont 

Les habitants de cette commune étaient de condition servile. 
Ils ne furent relativement aflfranchis qu'à l'époque où le Rose- 
mont et son domaine advinrent au comté de Ferrette, c'est-à- 
dire dans les années qui suivirent 1332. 

Le nom allemand donné à la commune par l'administration 
des archiducs d'Autriche, successeurs des comtes de Ferrette, 
est : Anschatingen. 

A la fin du XVP siècle (1579), la dîme des avoines était levée 
au profit de l'abbaye de Masevaux. 

Anjoutey faisait partie de la paroisse d'Etueffond-Bas. (Voy. 
Etueffond-Bas.) Vers la fin du siècle dernier, c'est-à-dire après 
1777, son église fut érigée en église paroissiale, sous l'invoca- 
tion de saint Vendelin. A partir de ce moment. Bourg et La 
Madeleine firent partie de la nouvelle paroisse. L'abbé de 
Lucelle était coUateur de cette église. Elle dépendait du 
décanat de Masevaux. 

Au commencement de ce siècle, Anjoutey avait 598 habi- 
tants; le dernier recensement lui en attribue 548. 

Anjoutey dépend du canton de Giromagny. La distance 
légale est de 1 myriamètre jusqu'au chef-lieu du canton ; elle 
est de 1 myriamètre 1 kilomètre jusqu'à Belfort. 

Argiesans. — Nous ne découvrons aucun document his- 
torique qui fasse mention de cette commune dans les temps 
antérieurs à la réunion de la seigneurie de Belfort au comté 
de Ferrette. Cependant on peut dire avec certitude que son 
existence est pour le moins contemporaine et peut-être anté- 
rieure à la construction du château de Rosemont, résidence 
de son seigneur. 

Située dans l'Elsgau, elle fut, sous la domination des comtes 
de Montbéliard, de 1024 à 1332, le chef-lieu d'une mairie. Cette 
mairie comprenait, outre Argiesans, les communes de Ban- 
villars et d'Urcerey; elle était désignée sous le nom de Mairie 



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ASSISE 33 

du Bas-Bosemont et dépendait conséquemment de la seigneurie 
de ce nom. (Voy. Bosemont) 

Argiesans conserva cette situation après 1332, c'est-à-dire 
après qu'elle eut passé avec le Kosemont au comté de Ferrette. 

Dans le partage qui se fit, à Altkirch, le 26 août 1347, de la 
succession du dernier comte de Ferrette et de Jeanne de Mont- 
béliard, sa femme, entre les quatre filles issues des mariages 
de Jeanne, Argiesans échut à Jeannette qui avait épousé 
Tarchiduc Albert d'Autriche. Il est vraisemblable qu'il en fut 
de même de toute la mairie, c'est-à-dire d' Argiesans, de Ban- 
villars et d'Urcerey. 

Jusqu'à la réunion de l'Alsace à la France, ladite mairie fut 
administrée par le lieutenant de Rosemont. 

Argiesans était de la paroisse de Bavilliers ; cette paroisse 
dépendait du décanat de Granges. 

Lorsque vers la tin du XVII* et au commencement du 
XVIIP siècle (5n rédigea l'armoriai de France, Argiesans, ou 
la communauté, prit les armoiries suivantes : 

D'Azur à une fasce d'or accompagnée de trois coquilles de 
même. (Voy. n° 10 des planches.) 

Au commencement de ce siècle la population d' Argiesans 
était de 154 habitants; elle est de 160 d'après le dernier 
recensement. 

Argiesans est du canton de Belfort. La distance légale de 
cette commune au chef-lieu de canton est de 5 kilomètres. 

Assise. — Cette désignation s'appliquait à un des cinq 
districts qui composaient l'ancienne seigneurie de Belfort. 
Elle dut former la circonscription originelle du château. 

Le district de V Assise se divisait en deux mairies dont la 
plus importante était appelée Assise-sur-Veau; elle embrassait 
les villages de Danjoutin, chef-lieu de la mairie, Andelnans, 
Sévenans, Leuppe, Moval, Trétudans et Dorans. La seconde 
mairie, appelée Haute-Assise, était composée de Chévremont, 
chef-lieu, Petit-Croix et une partie, environ la moitié, de 
Bessœicourt. Dans cette dernière se trouvait, comme enclave, 

8 



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34 AUXELLBS-BAS 

la petite commune de Fontenelle qui était une propriété parti- 
culière. (Voy. Fontenelle,) 

Les deux mairies dont il s'agit avaient une administration 
spéciale et des institutions différentes de celle du chef-lieu de 
la seigneurie ; mais elles ressortissaient, depuis la création du 
château de Belfort, du tribunal institué dans cette forteresse. 
On peut, avec quelque raison, admettre que ce fut au XI* et 
au plus tard au XIP siècle. (Voy. Belfort,) 

Auxelles-Bas. — La mention la plus ancienne que nous 
rencontrons concernant cette commune est de l'année 1282. 
Elle dépendait alors du comté de Montbéliard. Il y avait un 
château occupé par un gentilhomme, Eichard d'Auxelles, qui, 
en 1290, s'engagea à concourir, avec neuf autres gélitils- 
hommes, à la défense de la ville de Besançon, contre Eodolphe 
de Habsbourg et son lieutenant, Jean de Châlon. Richard était 
d'ailleurs vassal du comte de Bourgogne pour un autre fief 
dont il était investi à Sainte-Marie-en-Chaux. Il tenait Auxelles 
en fief soit du comte de Montbéliard, soit du comte de Ferrette, 
bien qu'à cette époque le Rosemont, dont Auxelles dépendait, 
ne fût pas encore réuni au comté de Ferrette. En 1373, nous 
rencontrons un Adrien d'Auxelles, qui était vraisemblablement 
un descendant de Richard. Les armes des sires d'Auxelles 
étaient : âlor à trois fasces de gustdes. 

Le fief passa successivement de la famille des Assel en 
diverses mains. En 1458, Jean de Dige le vendit à Sigismond 
d'Orsan, et en 1500 il échut à Charles de Vey. En 1520, il 
retourna aux premiers ministériaux des comtes, les barons de 
Ferrette, qui le conservèrent jusqu'au retour de l'Alsace à la 
France. 

En 1700, le chevalier Béat de Ferette était seigneur d'Auxelles 
et de Saint- André. Ce Béat était l'aîné delà famille qui se divi- 
sait en trois branches tant directes que collatérales, savoir : 
celle de Béat, seigneur d'Auxelles et de Saint-André; celle de 
Jean-Baptiste, baron de Ferrette, seigneur de Liebenstein, 
Bettendorf, Oltingen et autres lieux, et celle de François- 



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AUXELLBS-HAUT S5 

Les armes de Béat étaient : de sable, au lion d'argent, armé, 
hmpassé et couronné d!or. Sur de plus anciennes annoiries en 
vitrail, le lion était lampassé de gueules. 

Sous la domination des comtes de Ferrette et des ducs 
d'Autriche, leurs successeurs, Auxelles-Bas n'apparaît plus 
dans les titres que sous le nom de Meder-Assel 

Le château d'Auxelles, celui du Rosemont et celui de Passa- 
vant, près de Champagney, formaient le groupe des forte- 
resses féodales connu sous le nom prétentieux de : Les trois 



On vient de voir que le château d' Auxelles-Bas existait 
encore en 1520. Au mois de décembre 1632 il tomba, comme 
celui du Rosemont et de Passavant, sous les coups de l'armée 
suédoise qui occupait le pays et assiégeait Belfort. 

Auxelles-Bas faisait partie de la mairie du Haut-Rosemont, 
dont la commune de Chaux était le chef-lieu. Auxelles était 
donc soumis à l'administration du lieutenant de Rosemont et 
aux lois coutumières qui ont formé le code de cette partie du 
territoire. (Voy. Rosemont.) 

Jusqu'à la domination des archiducs, landgraves de la Haute- 
Alsace, la population était restée de condition servile. Ou en 
trouve la preuve dans des titres concernant le chef-lieu de la 

seigneurie. 

Au commencement de ce siècle, Auxelles-Bas avait une 
population de 507 habitants; il y en a aujourd'hui 720 d'après 
le dernier recensement. 

Cette commune appartient au canton de Giromagny. La 
distance légale jusqu'au chef-lieu de canton est de 5 kilo- 
mètres; elle est de 1 myriamètre 3 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Auxelles-Haut. — D'après Schœpflin, ce village ne date- 
rait que du XVP siècle. Il se serait formé d'émigrants saxons 
venus, à cette époque, pour exploiter les mines du voisinage. 
Les noms allemands que l'on trouve encore dans les familles 



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36 AUXELLES-HAUT 

nous pensons qu'il faut Tadmettre comme un fait historique 
qu'il serait intéressant d'approfondir. 

Ce village a d'abord été appelé Neudorff=^ Village-'neuf, par 
ses fondateurs, et plus tard seulement Ober-Assél = AuxeUes- 
Haut. 

En présence de ces constatations, on se demande si ces 
Saxons n'étaient pas les débris de la population ouvrière des 
mines saxonnes qui, aux premiers accents de la Réforme, se 
leva tumultueusement contre la domination de Rome et celle 
du Saint-Empire? On sait que l'électeur George en bénéficia 
et que les ouvriers delà première heure en furent les victimes 
pour avoir poussé le mouvement de la Renaissance jusque 
dans ses extrêmes limites. Anéantis par la force armée et dis- 
persés au loin, quelques débris des premières défaites se 
seraient fixés en ce coin ignoré de l'extrême frontière des 
possessions autrichiennes et auraient demandé leurs moyens 
d'existence au dur labeur que désormais la Saxe leur refusait. 
Perdue dans nos montagnes, cette intéressante colonie y serait 
demeurée et se serait peu à peu fondue dans les mœurs et 
la population du Haut-Rosemont. Nous livrons, pour ce qu'elle 
peut valoir, cette hypothèse à la sagacité du lecteur et à la 
vérification des chercheurs qui s'intéressent à l'histoire locale. 
Voici d'ailleurs comment s'exprime M. Henri Bardy au sujet 
de ces émigrés : 

« C'est alors qu'une colonie d'ouvriers mineurs vint de la 
Saxe s'établir au fond de la vallée de la Savoureuse où leurs 
descendants habitent encore. Le grand nombre de noms propres 
d'origine allemande suffit pour donner à cette opinion de la 
vraisemblance. De là aussi les noms allemands que portent 
la plupart des puits et galeries : le Cougle, le Pfenning-Thurm 
sur le territoire de Giromagny; la Selique, la Scheloque et la 
Tischsgrund à Lepuix, la Scherchemit et la Kelschaff d'Auxelles- 
Haut 

a Le territoire d' Auxelles-Haut a été distrait de la seigneurie 
de Rosemont pour être érigé en fief au profit d'un sieur Hey- 



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BANVILLARS 87 

Ferrette, puis aux Riboulet, entre les mains desquels il se 
trouvait encore en 1789. 

« Concédées par Mazarin , Gensanne exploita les mines 
d'Auxelles jusqu'en 1744, terme du traité passé avec Mazarin. 
Elles furent encore exploitées par divers autres, mais, paraît-il, 
sans beaucoup de succès. » 1791, propriété nationale. 

Auxelles-Haut dépendait, comme Auxelles-Bas, de la mairie 
de Chaux, de la lieutenance administrative de Rosemont et 
des règles définies dans son code coutumier. 

Au commencement de ce siècle, la population de ce village 
était de 618 habitants; elle est aujourd'hui de 928, d'après le 
dernier recensement. 

Auxelles-Haut appartient au canton de Giromagny. La dis- 
tance légale est de 6 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 
elle est de 1 myriamètre 4 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Banvillars. — Une voie romaine passait à Banvillars. Un 
tronçon d'environ 200 mètres de longueur, fut découvert dans 
les années 1855 à 1858, par les travaux de la ligne ferrée de 
Belfort à la Méditerranée. Cette voie romaine arrivait à 
Bavilliers, au-dessous du cimetière actuel et à côté duquel 
nous avons trouvé une grande quantité de tuiles à tebords, 
exhumées par. les travaux de la culture. (Voy. Bavilliers.) 

A l'ouest de Banvillars, au sommet d'une petite montagne 
appelée BeavrBois, se trouvent les ruines bien caractérisées 
d'une forteresse signalée dans le dictionnaire de M. Stoflfel 
comme un fief d'Autriche à la date de 1525 : BannweHer-le- 
Bourg ou Château avec le village. Le château aurait donc 
encore été debout à cette date. A quelle époque a-t-il été 
construit, à quelle époque a-t-il été ruiné? Aucun document 
ne nous permet de le dire d'une façon certaine. Mais nous 
pensons que cette forteresse n'est pas antérieure à la fin du 
XP ou au commencement du XIP siècle. 

Après le partage du comté de Montbéliard, les maisons de 
Montbéliard et de Ferrette furent fréquemment en guerre 
l'une contre l'autre au siyet de leurs possessions respectives et 
des limites mal définies des deux comtés. Nous sommes porté 



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38 BANVILLAB8 

à croire que le château de Banvillars fut l'œuvre des comtes 
de Ferrette, pour défendre leur domaine contre les entreprises 
des comtes do Montbéliard, et non celle des comtes de Mont- 
béKard pour préserver leur comté contre les agressions des 
comtes de Bourgogne. Quant à la destruction de cette forte- 
resse, l'opinion l'attribue à l'invasion suédoise, et cela paraît 
assez vraisemblable, car on sait que les Suédois s'attaquèrent 
principalement aux nombreux châteaux de la Haute-Alsace 
qui relevaient de la maison d'Autriche ou du Saint-Empire. 

Les ruines forment aujourd'hui un cône assez élevé sur des 
murs fort épais, d'environ 40 mètres carrés. Cette enceinte est 
entourée de trois côtés d'un fossé très profond qui en défendait 
l'accès. La face sud donnait sur la déclivité très abrupte de la 
montagne et se trouvait ainsi naturellement défendue par la 
' conformation du terrain. Un peu plus bas, vers le village et la 
vallée se trouvait encore une dépendance du château dont on 
ne voit plus que la plate-forme, un vestige de mur et une 
circonvallation en partie nivelée; plus bas encore, une source 
assez abondante jaillit du roc dans un vaste entonnoir, visible- 
ment creusé de main d'homme pour former une piscine, un 
petit étang ou un réservoir. Cette source, d'une eau très lim- 
pide, porte le nom de la Ooulotte. Elle pourrait être très avan- 
tageusement utilisée pour donner au village de belles fontaines 
jallissantes. La tradition rapporte que les sires du Beau-Bois 
et les sires du ChâteUt de Bavilliers avaient l'habitude de se 
saluer tous les soirs au moyen de torches allumées. 

La mention la plus reculée que nous rencontrons concernant 
le village est du mois de septembre 1257. Elle se trouve dans 
un acte de vente de cette date dont l'original est aux archives 
de la Haute-Saône et la copie aux archives de la fabrique de 
Banvillars. Viard, quatorzième abbé de Lure, vend à Kichard 
de Belfort, fils de Guillaume de Roppe, les hommes, terres de 
toute nature, dîmes et redevances, le fief excepté (fuer le fie), 
que l'abbaye possédait à Banvillars et autres lieux, moyennant 
850 livres estevenantes. 

Banvillars était alors du comté de Montbéliard et de la 



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BANVILLARS 39 

Ambroise. Le village dépendait de la seigneurie du Rosemont 
et de la mairie d'Argiésans. 

Avant 1303, le fief était tenu par P. de Chévremont (Pierre 
de Bavans), qui mourut en cette année sans enfants. Matrel 
de Belfort s'en adjugea les biens qui* relevaient alors du 
domaine soumis aux revenus et prestations dont jouissaient 
les Landgraves de la Haute- Alsace. 

Quand Banvillars advint au comté de Ferrette, il était tenu 
en fief par Jacques de Banvillars. C'est ce que nous apprend 
un traité du. 12 juin 1332, entre le marquis de Bade et Henri 
de Montfaucon, comte de Montbéliard, relativement à la mou- 
vance de ce fief. En 1333, Jacques de Banvillars rend foi et 
hommage au dit marquis de Bade, Raoul Hesse, second mari 
de Jeanne de Montbéliard, veuve du dernier comte de Ferrette. 
En cette même année, nous trouvons le nom deJacquot Courte- 
Étoile \de Banvillars, qui n'est vraisemblablement qu'une 
variante de Jacques de Banvillars investi du fief. En 1339, 
c'est Louis de Bavière qui en donne l'investiture. 

Pour éclairer ces points de repère, il faut, pensons-nous, 
recourir un instant à l'histoire générale des deux comtés de 
Montbéliard et de Ferrette. 

Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard de 1282 à 1321, 
avait eu de sa femme Guillemette de Neuf-Chatel guatre tilles 
et un fils. En 1299, il avait donné en mariage l'aînée de ses 
filles, Jeanne, à Ulrich II, comte de Ferrette. C'est cette 
alliance qui devait valoir au comté de Ferrette son principal 
agrandissement quand serait venue l'heure du partage de la 
succession de Renaud. (Voy. Belfort.) 

Le 1" septembre 1314, Renaud, voyant approcher sa fin, prit 
des dispositions testamentaires qui plaçaient son fils Othenin, 
affecté d'idiotisme, sous la tutelle de Hugues de Bourgogne, 
frère de Renaud. Cette tutelle devait durer cinq ans, terme 
après lequel, si l'étal mental d'Othenin n'avait pas changé, le 
comté de Montbéliard passerait en d'autres mains, sauf à 
réserver un apanage ou des bénéfices suffisants pour faire 
face aux besoins d'Othenin, sa vie durant. 

Renaud mourut en 1321. 



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40 BAKVILLABS 

Jeanne, sa fille aînée, comtesse de Ferrette, perdit son mari, 
Ulrich II, en 1324; l'année suivante, elle épousa en secondes 
noces Raoul Hesse, marquis de Bade. 

L'une des filles de Jeanne et d'Ulrich, Jeannette, avait, peu 
de temps avant la mort d'Ulrich, épousé Albert II, duc d'Au- 
triche et successeur des comtes de Ferrette. 

En 1330, le terme de cinq ans concernant Othenin étant 
expiré, et celui-ci étant incapable de succéder à son père, la 
négociation du partage commença et ne fut close qu'en 1332. 

Banvillars était échu à Jeanne, veuve d'Ulrich et devenue 
marquise de Bade par son second mariage avec Raoul Hesse. 
Mais comme il fallait constituer l'apanage d'Othenin, il inter- 
vint entre son tuteur Hugues de Bourgogne et le marquis de 
Bade le traité dont nous avons parlé précédemment, et qui 
consacre la propriété directe à Jeanne, femme de Raoul, tout 
en réservant la jouissance au comté de Montbéliard aussi long- 
temps qu'Othenin serait en vie. Jean de Banvillars prêta donc, 
en 1333, foi et hommage au marquis de Bade, dont il fut dès 
ce moment le vassal. Mais le domaine utile continua à appar- 
tenir au comté de Montbéliard jusqu'à la mort d'Othenin, 
arrivée en J 339. 

Après 1339, le domaine utile retourna aux comtes de Ferrette 
ou à la maison d'Autriche qui, par le mariage d'Albert II avec 
Jeannette, avait succédé aux premiers dynastes du comté. 
Cette maison en conserva la mouvance jusqu'au XVIP siècle; 
mais nous manquons de renseignements à l'égard des familles 
ou de la famille qui fut investie du fief depuis 1339 jusqu'en 
1580. Sont-ce concurremment les descendants de Jacques de 
Banvillars et de Richard de Belfort? Si cela est vraisemblable 
pour le XV* siècle, et peut-être le XVP, rien ne nous autorise 
à l'affirmer. 

Quoi qu'il en soit, en 1580, le Château de Banvillars fut 
donné en fief par la maison d'Autriche à une branche de la 
famille suisse des Landenberg, la branche dite Breiten- 



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BAMVILLAR6 41 

quels le château de Banvillars avec les revenus qui en dépen- 
daient et Levai, près Kougemont (Voy. Levai) 

On était alors dans la période du grand mouvement de 
transformation sociale dont la réfonne religieuse fut le point 
de départ. Banvillars, situé aux confins des deux comtés dont 
l'un avait embrassé la Kéforme, tandis que l'autre restait 
attaché à la cause de Rome, devait nécessairement en subir le 
contre-coup. Le village fut détaché de son ancienne paroisse, 
Brévillier, et en 1565, le dernier curé s'était réfugié dans son 
annexe, Banvillars, qui appartenait à l'Autriche, La chapelle 
de Saint-Ambroise fut desservie par lui et en 1590 elle était 
filiale de l'église de Châtenois. Elle paraît avoir été desservie 
ensuite par le curé ou les vicaires de cette commune jusqu'à 
l'époque où elle fut érigée en succursale, en 1805. 

Quatre familles de cette commune appartenaient à la cure 
de Bavilliers qui y possédait des maix depuis un temps immé- 
morial. 

Quant aux Breiten-Landenberg, leur fief consistait dans le 
château, le Beau-Bois et environ la moitié du village et du 
ban. Ds y avaient établi un maire qui les représentait, et c'est 
ce qui, à partir de 1580, année de leur investiture, a fait 
considérer Banvillars comme chef-lieu de la mairie du Bas- 
Rosemont, tandis que la partie non inféodée n'avait pas cessé 
de dépendre de la mairie d'Argiesans. (Voy. Bosemont.) 

Après la destruction du château par l'armée suédoise et la 
réunion du comté de Ferrette à la France, les Breiten- 
Landenberg ne demeurèrent pas moins en possession des 
biens constituant leur ancien fief qui, à la suite des temps, 
était devenu propriété héréditaire. Ils le conservèrent jus- 
qu'à la Révolution. Leurs biens étant alors tombés dans le 
séquestre, furent vendus comme domaine national. Le Beau- 
Bois et la ruine sont aujourd'hui une propriété particulière. 

Au commencement de ce siècle, la population de Banvillars 
était de 189 habitants; le dernier recensement lui en attribue 
186. 

Cette commune appartient au canton de Belfort Sa distance 
légale du chef-lieu est de 6 kilomètres. 



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42 BAVILLIERS 

Batuma^ny . — Ce village était situé non loin de Méroux. 
Il a existé jusqu'en 1633. D n'en reste plus d'autre trace que 
dans la mémoire des habitants de Vézelois et de Méroux. Il 
fut détruit, comme d'autres encore, par l'armée suédoise qui, 
en 1633, occupait déjà Belfort. La campagne des environs 
s'étant soulevée contre ces étrangers, Batumagny fut détruit 
à l'occasion de la bataille qui eut lieu entre la forêt de La 
Perche, Danjoutin et Vézelois, et dans laquelle les insurgés 
furent massacrés. (Voy. Vézelois.) 

Bavilliers. — A l'endroit où cette commune est assise, il 
existait, sous la domination romaine, un établissement quel- 
conque et vraisemblablement aussi un poste militaire. La voie 
venant de la Franche-Comté, dont on a retrouvé un tronçon 
à proximité de Banvillars et d'Argiesans, continuait sa course 
vers Bavilliers en suivant le bas de la côte; elle arrivait au 
pied du monticule connu sous le nom de Châtelet; de là elle 
se dirigeait vers Danjoutin. Dans les fouilles pratiquées au 
sommet de ce monticule, on a découvert des restes de fon- 
dations de l'ancien Castellum, remplacé par le Châtelet du 
moyen-âge. Antérieurement on y avait trouvé d'autres objets 
de la même époque et parmi lesquels on cite une statuette en 
bronze qui a passé en des mains inconnues. Au sud-ouest du 
cimetière actuel on découvre encore à fleur du sol des frag- 
ments de tuileaux à rebords, et dans un verger contigu au 
cimetière la pioche se brise sur d'anciennes ruines nivelées et 
recouvertes de terre végétale. Des recherches ultérieures ne 
sauraient manquer de donner aux indications qui précèdent 
le caractère d'authenticité que nous leur attribuons. 

Nous ne trouvons d'ailleurs trace écrite de Bavilliers que 
dans la première moitié du XP siècle. Il y avait un domaine 
ecclésiastique consistant en une chapelle ou une église et iin 
manse. Une partie des revenus de ce domaine formait une 
prébende dont l'écolâtre de SaintrEtienne de Besançon était 
bénéficiaire. L'église était sous l'invocation de saint Jean- 
Baptiste. Aucun document ne nous permet de dire à quelle 



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BÂ.VILLIEBS 48 

par celle qui a été démolie en 1846 et qui s'élevait sur le 
cimetière. Celle-ci fut placée sous l'invocation de saint Am- 
broise, invocation qui a été conservée h l'église moderne 
construite en 1845. 

Des indications sommaires qui précèdent, on peut conclure 
que Bavilliers prit quelque importance, quelque développement 
à dater de la formation du comté de Montbéliard dont la 
contrée faisait partie ; que son état régulier coïncide avec la 
construction du château de Belfort, et qu'à l'organisation de 
la prévôté et des mairies de son assise féodale, Bavilliers fut 
rangé dans la circonscription d'une mairie voisine, celle de 
Cravanche, à laquelle des titres plus récents attestent que ce 
village appartenait 

Bavilliers devint de bonne heure un fief de la mouvance 
des comtes de Montbéliard et de leurs successeurs. Cela est 
attesté par les foi et hommage que prêtèrent aux nouveaux 
maîtres ceux qui furent successivement investis du fief. 

En 1332, Bavilliers échut à Jeanne de Montbéliard, veuve 
d'Ulrich II, comte de Ferrette et mariée en secondes noces avec 
Raoul Hesse, marquis de Bade. En 1333, le Chevreï de Bavil- 
liers rendit foi et hommage audit marquis pour son fief de 
Bavilliers. 

En 1347, le 26 août, Bavilliers passa définitivement au comté 
de Ferrette et au domaine de la maison d'Autriche, par suite 
du mariage d'Albert avec Jeannette, fille aînée de Jeanne et 
d'Ulrich II, comte de Ferrette. Albert avait succédé aux 
comtes de Ferrette, et Bavilliers advenait à Jeannette, sa 
femme, dans le partage de la succession de Jeanne de Mont- 
béliard, sa mère. Bavilliers fut alors érigé . en chef-lieu de 
mairie, Cravanche étant échu à la sœur consanguine. 

En 1366, le 15 septembre, nous rencontrons un prêtre, 
Guillaume de Bavilliers, parmi les exécuteurs testamentaires 
de Marguerite, marquise de Bade, dan^e de Florimont et 
d'Héricourt. 

En 1386, le 27 février, c'est un Jacques Chevrot, chevalier 
(Armiger)^ qui fait reprise du fief. Ce Chevrot était vraisem- 



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44 BEAUOOUBT 

blablement le fils du Chevrel que Ton a vu en 1333 prêter foi 
et hommage au marquis de Bade. 

Avant 1500, la famille des Roppach (Roppe) possédait, à 
titre d'alleu, trente hommes dans le village de Bavilliers. 

En 1580, le Château (Châtelet) de Bavilliers, les hommes et 
les terres qui en dépendaient furent transférés par les barons 
de Morimont, auxquels Bavilliers était alors engagé par la 
maison d'Autriche, aux nobles deHagenbach, du consentement 
de l'archiduc Ferdinand. J. Christophe de Hagenbach demanda 
que les Landenberg en fussent coinvestis. Les Landenberg ont 
succédé dans le fief à la branche de Christophe de Hagenbach, 
qui s'est éteinte en 1705. 

Marie-Louise de Roppach, dernière fille de François-Conrad, 
apporta en dot à son mari, François-Christophe de Klinglin, 
préteur de Strasbourg, le fief que sa famille possédait à 
Bavilliers. 

L'enclos où est en ce moment le pénitencier connu sous le 
nom de Refuge de Sainte-Odile, tenu par les Dames de Ribau- 
villé, fiit établi par ledit préteur Klinglin, mort, comme on 
sait, dans les prisons de Grenoble, où il avait été transféré à 
la suite du procès qui lui fut intenté pour prévarication. 

Dans l'armoriai de France, Bavilliers a les armes suivantes : 

De sable à un lion d!or. (Voy. n"" 11 des planches.) 

Au commencement de ce siècle, Bavilliers avait une popula- 
tion de 265 habitants. En 1876, on y en a recensé 1020. 

Bavilliers fait partie du canton de Belfort. Distance légale : 
3 kilomètres. 

Beancourt. — Dans son Dictionnaire topographiqpm de 
V Alsace, M. Stoffel fait mention de cette localité en 1147. 
C'est vraisemblablement dans des pièces déposées aux archives 
du Haut-Rhin qu'il a recueilli cette mention à laquelle nous 
ne pouvons demander que la constatation d'un fait, à savoir : 
Comme agglomération communale, Beaucourt existait déjà 
dans la première moitié du XIP siècle. D'ailleurs, les docu- 



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BEADOOORT 45 

Cependant, diverses indications relatives aux pays voisins 
nous portent à penser que le territoire de Beaucourt était 
coupé en deux parties par la limite des deux évêchés de Bâle 
et de Besançon; de telle façon que les habitants fixés à l'est 
de cette ligne de démarcation appartenaient au duché d'Alsace 
et à l'évêché de Bâle, tandis que ceux qui étaient établis à 
l'ouest de la même ligne appartenaient à l'évêché de Besançon. 
(Voy. Notions générales^ période gallo-franqm.) 

Au VHP siècle, le territoire de Beaucourt fut vraisemblable- 
ment compris dans l'étendue de pays que le comte Eberhard 
affecta à la dotation de l'abbaye de Murbach. Beaucourt- Alsace 
aurait ainsi dépendu, dès les temps les plus reculés, de la 
mairie de Saint-Dizier et plus tard de la prévôté de Délie ainsi 
que de l'évêché de Bâle, tandis que Beaucourt-Comté aurait 
relevé, quant au spirituel du moins, de l'évêché de Besançon. 
Cette situation particulière aurait duré pendant tout le moyen- 
âge. 

En 1324, le 14 décembre, c'est-à-dire l'année même de la 
mort du comte de Ferrette, Ulrich II, sa veuve affranchit deux 
particuliers de Beaucourt et leur délivre des lettres de bour- 
geoisie, moyennant deux tablettes de cire à livrer chaque 
année. Ainsi, au XIV" siècle, le comté de Ferrette possédait 
des terres serviles sur ce point extrême de l'Alsace. 

Au siècle suivant, nous y trouvons, avec le nom d'une famille 
qui s'est continuée jusqu'à nos jours, la preuve que l'évêché 
de Besançon y exerçait son autorité spirituelle. Le 7 septembre 
1448, le surintendant et les commissaires de la régence de 
Montbéliard procèdent à la visite des églises, et des gens de 
Beaucourt sont compris dans leur inspection. 

De l'aflEranchissementfait par la veuve du comte de Ferrette 
et de l'inspection dont il vient d'être parlé semble résulter la 
preuve que la ligne de partage entre les deux comtés de Fer- 
rette et de Montbéliard ainsi qu'entre les deux évêchés de 
Bâle et de Besançon coupait, à cette époque, en deux parties, 
le territoire et la commune de Beaucourt. 

Quoi qu'il en soit, Beaucourt dépendit, pendant tout le 
moyen-âge, de la mairie de Saint-Dizier et de la prévôté de Délie, 



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46 BELFOBT 

dès que celle-ci fut instituée, c'est-à-dire dès le XIIP siècle. 
(Voy. les Notices.) 

En 1803, la population de Beaucourt était de 193 habitants. 
Au dernier recensement on y en a compté 4505. 

Beaucourt appartient au canton de Délie. La distance légale 
est de 7 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton et de 2 myria- 
mètres 3 kilomètres jusqu'à Belfort, 

Belfort. — L'histoire de Belfort est étroitement liée à 
celle de Brace, localité qui a disparu au XIIP siècle et dont 
divers écrivains ont nié l'existence. Nous considérons cette 
localité comme le berceau de la ville moderne, et nous lui 
consacrons plus loin une notice spéciale, (Voy. Brace.) 

Dire à quelle époque remonte la construction du château 
qui a précédé l'existence du bourg et de la ville de Belfort, 
c'est ce qu'il est encore impossible de préciser. Nous pensons 
qu'on y arrivera un jour, c'est-à-dire lorsque les documents 
qui existent aux archives de Montbéliard, de la Franche-Comté 
et ailleurs auront été mieux reconnus qu'ils ne le sont et 
étudiés au point de vue particulier qui nous occupe. 

Il est dit dans un des Bulletins de la Société d^émulation 
de Montbéliard que l'établissement du château remonte au 
X'' siècle. Les recherches que nous avons faites à ce sujet ne 
confirment pas cette affirmation. Nous la considérons, jusqu'à 
preuve contraire, comme dénuée de fondement, et d'après 
nous, c'est seulement au siècle suivant qu'il faut chercher 
l'origine du Château et de la ville de Belfort. 

XI** SIÈCLE 

Nous estimons que la forteresse féodale fut construite dans 
la première moitié de ce siècle, c'est-à-dire par le premier 
comte de Montbéliard, Louis de Mousson, souche des comtes 
de Ferrette, qui régna de 1024 à 1070. (Voy. Notions générales, 
période gallo-franque). 

Quand la forteresse fut établie, le comte lui assigna pour 



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BELFÔRT 47 

Il est présumable que , dès les premiers temps, cette terre 
fut divisée en deux mairies, celle de l'Assise-sur-Peau et celle 
delà Haute-Assise. Nous pensons qu'il y alieu de leur adjoindre 
la mairie de Brace dont l'existence, à cette époque, est désor- 
mais hors de discussion. 

Peut-être convient-il de ranger encore dans la circonscrip- 
tion première du Château deux autres mairies voisines : celle 
de Perouse-Offemont et celle de Cravanche-Bavilliers qui nous 
paraissent avoir été contemporaines de celle de Brace. (Voy. 
les Notices,) 

XlV SIÈCLE 

Les documents écrits font défaut pour exposer d'une façon 
circonstanciée le développement progressif de l'agglomération 
qui s'établit autour et au pied de la forteresse dans le cours 
des XP et XIP siècles. Mais, en tenant compte de la consis- 
tance que cette agglomération avait, très vraisemblablement, 
au commencement du XIIP, on peut conclure que, dans l'espace 
d'un siècle et demi, elle prospéra sous la protection du Château 
et constitua une localité assez importante pour avoir sa vie 
propre et former les parties de la ville naissante qui furent 
désignées, plus tard, par les noms de Vieil-Bourg, Bourg- 
Bésot et enfin Bdfort-sur-la-Roche. 

Xlir SIÈCLE 

Dès le commencement de ce siècle^ on entre dans la période 
où des indications certaines permettent de préciser quelques 
faits historiques. 

En 1226, le Château de Belfort est nettement désigné par 
le traité de paix signalé dans la notice de Brace. Il y est dit 
au nom du comte de Ferrette et de ses fils : « Et libère guietum 
clamavit eidem totum jus, quod dicehat se habere in Castro de 
Belfort. » Cette désignation directe du Château est la plus 
ancienne mention que l'on rencontre dans les titres connus 
jusqu'à ce jour. 

Par ce traité, le comte de Ferrette, Frédéric II, renonçait 



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48 BELFORT 

en faveur du comte de Montbéliard, Richard de Montfaucon, 
à tous les droits qu'il prétendait avoir sur le Château de 
Belfort 

Brace venait d'être ravagé par les guerres incessantes que 
se faisaient ces deux maisons. Il est naturel qu'après la paix, 
qui venait d'être conclue, ses habitants se soient réfugiés sous 
la protection du Château de La Roche demeuré victorieux 
contre le Château de Montfort, dont la démolition était prévue 
dans le traité. Les habitants de Brace contribuèrent ainsi à 
donner à la première agglomération un accroissement qui ache- 
mina la localité vers une très prochaine émancipation. On 
peut attribuer à la population de Brace la formation de l'an- 
cienne rue du Rosemont, d'autres ruelles étroites et irré- 
gulières dont on voyait naguère encore des vestiges. 

Nous croyons que c'est dans le cours de ce siècle que le 
Bourg construisit la première église de Belfort. Elle s'éleva 
au pied de La Roche et fut placée sous l'invocation de saint 
Denis qui devint ainsi le premier patron du bourg. 

Le Château de Belfort est désigné une seconde fois dans 
une charte de 1228. Cette charte est du 11 octobre; elle avait 
pour objet d'offrir en fief à Mathieu II, duc de Lorraine, ledit 
Château afin de le protéger contre de nouvelles attaques que 
le comte de Montbéliard paraissait redouter; mais il n'y a pas 
lieu de s'arrêter à ce titre, car l'oblation demeura non avenue. 

Les ministériaux que les premiers comtes de Montbéliard 
préposèrent à l'administration du Château et de la terre de 
Belfort donnèrent, comme partout, naissance à une noblesse 
secondaire dont nous rencontrons les premiers noms au com- 
mencement du XIII* siècle. 

En 1232, M. Stoffel mentionne les frères Nicolas et Gérard 
de Belfort au nombre de ceux qui tenaient des fiefs de l'abbaye 
de Murbach. 

En 1257, nous découvrons dans une vente faite par l'abbé 
de Lure, un Richard de Belfort qualifié de fils de Guillaume de 
Roppe. (Voy. BanvUlars et Bo^e.) 



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BELFORT 49 

En 1275, on trouve un Guillaume de Belfort cité par Mone. 
C'est probablement le fils de Richard que nous rencontrons 
comme tiers arbitre, avec l'évêque de Bâle, dans un traité 
conclu, le 2 janvier 1284, entre Rodolphe de Habsbourg et 
Philippe, comte de Savoie. 

Richard de Belfort, dont il est question plus haut, mourut 
en 1295, laissant un fils, Guillaume, qui vient d'être nommé, 
et une fille, Houdiennette. Celle-ci était mariée à Henri de 
Delémont à qui échoit, dans le partage de la succession de 
Richard, la dîme et le moulin de Bethonvillier, deux bichots 
d'avoine à Menoncourt, quatre sous-censaux et deux bichots 
d'avoine à Pérouse, dix sous-censaux à Petit-Croix, dix sous- 
censaux à Lachapelle-sous-Rougemont et vingt-deux sous- 
censaux à Vizelois. Henri reprend ces redevances en fief 
relevant de Richard, comte de Montbéliard, dont il se recour 
naît homme-lige, et il en donne décharge à son beau-frère, 
Guillaume de Belfort. 

En 1295, on trouve parmi les ofliciers de Louis-le-Hutin un 
Gérard de Belfort. Il était le fauconnier du Roi. Valetmfal- 
convm. 

Dans le cours de ce siècle, le bourg fut entouré de sa pre- 
mière enceinte de fortifications. C'est ce que le plus important 
des titres qui le concerne va démontrer. 

XIV® SIÈCLE 

Pour ouvrir le XIV* siècle, signalons un Matrel de Belfort 
qui, en 1303, s'adjuge les biens que Pierre de Bavans, décédé 
sans enfants, tenait en fief à Chévremont. Cette main-mise est 
réprimée par le suzerain, et le fief est conféré à N... (Jacques) 
de Banvillars. (Voy. Banvillars,) 

A l'époque où nous sommes arrivé, nous allons voir le bourg 
sortir du rang des chefs-lieux de petite seigneurie et s'élever 
à celui des villes libres médiates. Mû par un sentiment que 
nous ne pouvons apprécier dans l'esquisse rapide d'une histoire 
locale, le duc régnant de Montbéliard, Renaud de Bourgogne, 
accorde à Belfort, en mai 1307, des lettres de franchise qui 
font époque dans le passé de la ville. Ne publiant pas de texte 

4 



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50 BELFORT 

dans ce travail, nous résumons ces lettres d'après la copie 
que nous en possédons. 

Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, Guillemette, 
sa femme, et Othein, leur fils, considérant qu'il est de leur 
avantage et de celui de leurs successeurs, de favoriser le 
développement « du Château^ du Bourg dudit CJiateau et de 
toute la ville de Belfort ))^ qui avaient déjà acquis de l'impor- 
tance, aflEranchissent les habitants qui s'y trouvent ainsi que 
ceux qui y viendront, de la taille, des corvées et de toutes 
autres servitudes sous quelques noms qu'elles se présentent, 
sans préjudice toutefois pour les rentes, droits de justice et 
les amendes que le seigneur y possède. 

Avant de passer aux articles des franchises, il est bon de 
remarquer que ce préambule donne une description précise 
de ce qu'était alors Belfort et qui correspond aux indications 
que nous avons exposées précédemment sur son origine et son 
développement, à savoir : le château, le bourg qui se forma 
autour du château, et enfin la ville rudimentaire que l'extinc- 
tion de Brace constitua au pied de la Roche. Poursuivons : 

1° Chaque bourgeois ou bourgeoise de Belfort, chaque habi- 
tant qui y viendra, qui y ont ou qui y auront maison ou terrain 
à bâtir paieront au seigneur et à ses successeurs une redevance 
annuelle de 12 deniers estevenants par toise de façade de leur 
maison, château ou burg et de leur chésal ou terrain à bâtir. 
La toise est dp dix pieds^ et la redevance de 12 deniers sera 
payée chaque année en deux termes : la première moitié la 
veille de Saint-Michel, la seconde à la mi-carême. Les bourgeois 
paieront en outre et une fois pour toutes mille livres este- 
venantes dont le seigneur leur donne quittance et moyennant 
lesquelles lesdits bourgeois, bourgeoises et habitants devien- 
nent propriétaires de tous les biens qu'ils tiennent, quelle 
qu'en soit la provenance, meubles et non meubles, à partir du 
jour des lettres d'aflEranchissement. 

2° Le seigneur est tenu et s'oblige expressément, lui et ses 
successeurs, de protéger et de défendre les bourgeois, bour- 
geoises et habitants ainsi que leurs biens , en quelque lieu 



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BELFORT 51 

qu'ils soient situés, contre « toutes gens » qui viendraient les 
troubler dans la jouissance. 

3** Le seigneur consent, octroie et ordonne expressément 
que, sans requête préalable, les bourgeois, bourgeoises et habi- 
tants, élisent parmi eux et à la majorité neuf bourgeois pour 
a gouverner » lesdits lieux ou la ville. 

4° Les élus doivent jurer de sauvegarder les droits du 
seigneur et ceux de la ville. 

5° Le comte, sa femme et leurs fils réservent pour eux et 
leurs successeurs la nomination d'un maire à choisir parmi 
les bourgeois et même en dehors de ceux-ci, s'il ne s'en trouvait 
pas un qui voulût accepter; lequel maire est chargé de faire 
respecter le droit du seigneur, de maintenir sa justice et de 
percevoir les droits et redevances qui lui reviennent et qui 
pourront lui revenir au dit Belfort; mais le maire ne peut et 
ne doit prononcer une amende ni exercer une prise de corps 
sans le jugement des neuf bourgeois élus, de trois ou de deux 
d'entr'eux, qui auraient été choisis pour statuer. Si ces jurés 
ne pouvaient s'accorder sur la sentence, le jugement revient 
au seigneur qui doit rendre bonne et loyale justice selon le 
droit et la coutume de Belfort, comme un « bon sire ». 

6° Les jurés ne peuvent prononcer une amende supérieure 
à 60 sous estevenants, excepté en temps de foires et de marchés, 
cas auquel l'amende peut être du double. Si l'amende devait 
être encore plus forte, les neuf jurés s'adjoignent deux ou 
trois autres bourgeois pour se mettre d'accord sur l'amende, 
et le jugement revient au seigneur qui doit rendre bonne et 
loyale justice selon le droit et la coutume de Belfort. Il est à 
savoir en outre, que si un ou plusieurs des neuf jurés ne pou- 
vaient siéger, les autres éliront parmi les bourgeois les jurés 
qui devront remplacer les défaillants. 

T Si un bourgeois, une bourgeoise ou un habitant meurt sans 
enfants ou héritiers directs, ses biens , meubles et immeubles, 
reviennent à sa parenté la plus rapprochée selon le droit de 
succession de lignage, à moins que le défunt n'en ait ordonné 
autrement. « Sy aucun qui ne seroit de loyeaux mariages », 
e'est-à-dire si un bâtard meurt sans enfants ou héritiers directs. 



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52 BELPORT 

ses biens, meubles et immeubles, reviennent au seigneur, mais 
sa femme doit retenir son douaire sa vie durant, et après sa 
mort ce douaire revient au seigneur. 

8° S'il advenait qu'un des bourgeois fût saisi en sa personne 
ou en ses biens successoraux pour cause du service du seigneur, 
celui-ci et ses successeurs doivent et sont tenus de poursuivre 
sa délivrance, d'agir et même de faire la guerre par « grande 
et petite force » si le saisi ne pouvait être délivré autrement 
et dans le terme fixé par les neuf bourgeois ou la majorité 
d'entr'eux, et si la saisie avait lieu pour cause de dette du 
seigneur, celui-ci est tenu de payer de son propre et en toute 
manière d'assurer la délivrance. De même à l'égard des dits 
neuf bourgeois ou de la majorité d'entr'eux s'ils devenaient 
l'objet de saisie, arrestation ou violence pour cause du service 
du seigneur ou des château et ville de Belfort et s'il advenait 
que rançon dût être payée pour assurer la délivrance, elle le 
sera par la communauté des bourgeois, à moins que la saisie 
ait eu lieu pour un méfait personnel, cas auquel le saisi paiera 
seul la rançon. 

9° Si par suite de guerre ouverte il arrive aux bourgeois ou 
bourgeoises des saisies de personnes ou de choses, le seigneur 
et ses successeurs ne seront pas tenus de payer la rançon ni 
de réparer les dommages causés. 

10° Les bourgeois, bourgeoises et habitants qui habitent et 
qui habiteront Belfort ont le droit de s'en aller en d'autres 
lieux pour y demeurer, et quels que soient ces lieux, ils peuvent 
vendre franchement leurs héritages, leurs maix et dépendances, 
leurs meubles et immeubles, pour s'établir ailleurs excepté : 
« es seigneuries et droit d'Allemagne, ny du duc d'Autriche, 
« ny de leurs hoirs, ny de leurs successeurs, ny d'autres 
« hommes d'Allemagne que pour raison de leurs biens nous 
« menât en guerre ou contention, ny audit Roy (d'Allemagne), 
« ny audit Duc, ny à leurs successeurs, ny à leurs gens vendre 
« ou aliéner leurs héritages, mais en toute autre manière » ils 
ont le droit de se faire les sujets de quel autre seigneur il leur 
plaira et de disposer de leurs bieiis dans les conditions que la 
lettre de franchise leur accorde. Ceux qui demeurent hors de la 



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BELFORT 53 

franchise et qui néanmoins y restent participants doivent y 
résider au moins six semaines par an, eux et leurs femmes. 
Ceux qui la quittent définitivement et qui prennent congé, le 
seigneur ou son lieutenant est tenu de les faire escorter pen- 
dant une nuit et un jour quelle que soit la direction qu'ils 
prennent S'ils se dispensent de prendre congé, l'escorte ne 
leur est pas due. 

11° Les bourgeois de la franchise ne doivent et ne peuvent 
y admettre ni homme ni femme de lieux ou ils sont taillables 
du seigneur, ni ceux de ses fiefs, à moins que le seigneur ne 
les y ait autorisés. Mais ils peuvent recevoir en ladite franchise 
tous autres hommes et femmes sans que le seigneur ait le droit 
de s'y opposer. 

12° S'il arrivait que les bourgeois de la franchise fussent en 
guerre, tous ceux qui demeurent au dehors doivent y entrer 
dans la quinzaine sur l'invitation des neuf bourgeois. Ils sont 
tenus de faire le service de garde de la ville, de contribuer 
aux dépenses du guet, à la surveillance des muettes (courtines), 
excepté celles du donjon, à moins que cela ne devienne absolu- 
ment nécessaire, de maintenir en bon état de défense les murs 
qui existent ou qui existeront « en tel état ou en meilleur 
comme ils sont maintmiant », les rues et les chemins du dedans 
et du dehors, ainsi que le commanderont les neuf bourgeois. 

13° En considération des charges qu'occasionnera aux bour- 
geois l'entretien des murs, des portes et des guets (muettes), 
et afin de les voir s'accroître et se fortifier davantage en toute 
aisance et pour le profit des habitants présents et à venir, le 
seigneur se réservant V amende des 60 sols et la grande jtisticej 
leur donne le bois que l'on appelle les Eparses, sous la forêt 
du Salbert, limité par le chemin de la Maimbert et le rupt 
(ruisseau) à l'autre chavon (côté?) dudit bois et de plus en la 
forêt du Salbert, haute rive, une portion de ladite forêt qui 
commence en la gorde au-delà du pré Boulin^ fils au Roy, et 
en aval tout droit jusqu'aux Eparses. 

14° En outre, le seigneur accorde aux habitants le droit 
d'envoyer leurs porcs paître dans les bois seigneuriaux moyen- 
nant une redevance de deux deniers estevenants par truie et 



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54 BBLFORT 

sa portée et de douze deniers estevenants par porc à l'engrais. 
L'usage de ce droit devant être pratiqué selon l'us et coutume 
antérieurs aux lettres d'affranchissement sous peine d'amende 
contre quiconque outrepasserait l'ancienne coutume et les 
anciens usages. 

15° Celui ou ceux qui dorénavant anticiperont sur les fran- 
chises accordées, perdront droit aux dites franchises. Sont 
admis en ces franchises Vauthier, et Bellin de Menoncourt 
qui demeurent à OflFemont, et Henriot, dit Duchée, qui demeure 
à Eguenigue, ainsi que les leurs et leurs descendants, alors 
même qu'ils ne demeureraient pas à Belfort dans l'année qui 
suivra les lettres d'affranchissement; mais si leurs descendants 
n'y sont pas fixés comme les autres bourgeois, ils ne seront pas 
de la franchise. 

16° Renaud, comte de Montbéliard, GuiUemette, sa femme, 
et Othenin, leur fils, promettent par somment sur le saint 
Evangile de ne pas contrevenir aux franchises qu'ils accordent, 
renoncent à tous privilèges, douaires, bénéfices, dons de 
noces, etc., et ordonnent que tous ceux qui seront seigneurs de 
Belfort après eux respectent et se conforment aux franchises 
accordées et revêtues du sceau des neuf bourgeois, font 
défense aux habitants de leur obéir s'ils ne les respectaient 
pas, prescrivent dans ce cas de ne les reconnaître que lors- 
qu'ils auront juré dans l'église de la ville de Belfort, en présence 
des habitants, de maintenir et observer toute la franchise et 
« toutes les autres choses comme elles sont ci-dessus escriptes ». 
Et s'il arrivait que Renaud ou ses successeurs dussent les 
« empirer », l'official de Besançon y tiendra la main par sen- 
tence d'excommunication sans monition préalable. Mais il 
demeure entendu que ces franchises ne portent aucune atteinte 
aux droits du seigneur et à sa justice sur le corps et les biens 
des habitants s'il leur arrivait d'être parjures envers ledit 
seigneur et ses successeurs. 

Telle est la substance de la charte d'affranchissement. Elle 
a dû être suivie du règlement contenant les droits, us et cou- 
tumes dont la communauté jouissait au moment où Renaud 
de Bourgogne les amplifie ou les complète par ladite charte 



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BELFORT 55 

Si nous en avions le texte contemporain , nous le placerions 
ici ; mais comme nous n'avons que celui de 1472, découvert et 
publié par M. Henri Bardy, nous renvoyons le lecteur à cette 
date afin de ne pas interrompre la chronologie. Mais avant 
d'aller plus loin, il importe de faire remarquer que la charte 
prouve : 

P Qu'en 1307 la ville et ses bourgs étaient déjà entourés de 
fortifications ; 

2° Que la ville avait déjà son église paroissiale, distincte de 
celle de Brace, ainsi que cela sera établi par la suite, et que 
cette dernière était néanmoins restée le centre du lieu oîi la 
nouvelle ville enterrait ses morts. 

Ces faits étant acquis par le texte de la charte et du statut 
qui en fut la suite, nous reprenons le cours chronologique de 
cette esquisse. 

« Le comte de Montbéliard, Renaud de Bourgogne, avait eu, 
dit M. Tuefferd, une vie bien agitée. Un courage aveugle lui 
fit éprouver bien des mécomptes. Il fut néanmoins grand et 
généreux; mais, ajoute-t-il, en accordant des fiefs à plusieurs 
personnages, en augmentant le nombre de ses vassaux afin de 
s'en faire des défenseurs, sa générosité ne fut pas sans calcul. 
Eloigné de l'empire dont le comté relevait, Renaud devait se 
fortifier contre les entreprises incessantes des comtes de Bour- 
gogne, en s'attachant par les liens du vasselage les seigneurs 
du pays ; aussi, à la fin de sa vie, il n'y avait, pour ainsi dire, 
pas un village dans le comté qui ne fût donné en fief à un ou 
plusieurs vassaux et où ceux-ci construisirent des châteaux et 
des maisons fortifiées. » Ce fut, sans aucun doute, le même 
calcul qui le porta à donner, en 1307, au bourg de Belfort les 
franchises qui viennent d'être rapportées. 

En 1314, le 1" novembre, il prit, au château de Grange, des 
dispositions testamentaires en vertu desquelles « le château, 
LE BOURa et LA VILLE de Belfort » adviendraient à sa fille 
Jeanne, avec une rente de 1200 livres sur la châtellenie, dans 
le cas oîi son fils Othenin viendrait à mourir sans héritiers. 

Or, sa fille Jeanne était mariée depuis 1299 à Ulrich II, 
comte de Ferrette. En lui assurant les avantages précités, 



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56 BELFOBT 

Renaud désignait à l'avance le château, le bourg et la ville 
comme devant, à sa mort, revenir à la maison de Ferrette, dans 
le partage de sa succession. Cette prévision se fortifia encore 
dans la suite, car Renaud, voyant sa fin arriver et son fils 
Othenin demeurer dans un état d'idiotisme qui ne lui permet- 
tait pas de lui succéder, prit, le 14 mars 1321, les dernières 
dispositions testamentaires que la situation rendait indispen- 
sables. 

Renaud décida qu'après sa mort son frère, Hugues de Bour- 
gogne, administrerait pendant cinq ans le comté de Mont- 
béliard, au nom d'Othenin; que si, après les cinq années, 
Othenin continuait à être frappé d'incapacité, il serait pourvu 
à ses droits et à son existence par son tuteur Hugues et son 
curateur Henri de Montfaucon, qui avait épousé Agnès, sœur 
aînée d'Othenin, et qui devait succéder à Renaud; queBelfort, 
Héricourt et tout ce qui en dépendait étaient assignés à 
Jeanne, épouse de Ulrich II de Ferrette, avec la suzeraineté 
sur la seigneurie du Chatelot. 

Renaud mourut à la fin de la même année 1321 , et Hugues 
de Bourgogne prit le gouvernement du comté au nom d'Othe- 
nin. Le 22 avril 1322 il confirma les franchises de Belfort; le 
même mois Henri de Montfaucon, curateur d'Othenin et héri- 
tier présomptif, les confirma également. Quoique désigné à 
l'avance pour advenir au comté de Ferrette, Belfort devait 
donc demeurer encore pendant cinq années au comté de 
Montbéliard, c'est-à-dire jusqu'à l'expfration du terme fixé 
à la tutelle d'Othenin. 

Dans l'intervalle, Jeanne, sœur d'Othenin et épouse d'Ul- 
rich II, comte de Ferrette, perdit son mari, qui mourut le 
10 mars 1324. De son mariage étaient nées deux filles, Jeannette 
et Ursule. Avant de mourir, Ulrich avait obtenu en leur faveur 
la capacité féodale et il avait songé à donner à Jeannette, 
l'aînée, un mari issu de grande maison et capable de gouverner 
le comté. Quelques jours avant sa mort, il la maria à Albert II 
d'Autriche, qui, pour des motifs du même genre, s'était décidé 
à abandonner l'évêché dePassau et à empêcher l'extinction 
de sa race par les liens du mariage. Le sort politique du comté, 



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BELFOBT 67 

conséquemment de Belfort et ses dépendanees, devait se 
trouver ainsi subordonné au sort de ce nouvel élément dans 
la famille de Ferrette. 

Mais en 1325, c'est-à-dire l'année après la mort d'Ulrich II 
et le mariage de sa fille avec Albert, Jeanne de Montbéliard, 
veuve d'Ulrich et belle-mère d'Albert, contracta un nouveau 
mariage avec Kaoul Hesse, marquis de Bade, duquel devaient 
naître encore deux filles, Marguerite et Adélaïde, qui furent 
mariées à leurs cousins, Frédéric et Rodolphe Wecker, mar- 
graves de Bade. 

Albert d'Autriche avait pris à la mort d'Ulrich le gouverne- 
ment du comté, le 26 mars 1324; mais la seigneurie de Rouge- 
mont, qui était le douaire de Jeanne, était restée à celle-ci de 
même que les fiefs dont elle avait été investie par Léopold; 
de plus sa succession paternelle, ou les seigneuries de Belfort 
et d'Héricourt, lui demeuraient réservées. C'est par cette 
filiation que s'explique l'intervention de la maison de Bade 
dans les faits qui se rapportent à l'histoire de Belfort et autres 
localités du territoire. 

Le terme de la tutelle à laquelle Renaud avait soumis 
Othenin, son fils, devait expirer à la fin de l'année 1326, et 
l'état mental d'Othenin ne s'était pas amélioré. Le 23 février 
un traité fut conclu à La Bretinière, dans le Jura, entre 
Hugues de Bourgogne, tuteur d'Othenin, d'une part; Jeanne, 
marquise de Bade, et Agnès, épouse de Henri de Montfaucon, 
sœurs d'Othenin, d'autre part, relativement à leurs droits dans 
la succession du comte Renaud, leur père commun. Par ce 
partage Othenin reçut, sa vie durant, et toujours sous la tutelle 
de Hugues, son oncle, la ville et le château de Montbéliard, la 
châtellenie, et d'autres villages et fiefs. Les seigneuries de 
Belfort et d'Héricourt furent le lot de Jeanne, veuve d'Ulrich 
de Ferrette et marquise de Baden. 

Le tuteur d'Othenin étant mort en 1331, et l'état du pupille 
ne faisant qu'empirer, le partage définitif devint indispensable. 
Henri de Montfaucon prit le gouvernement du comté, et par 
un acte du 3 mai 1332, daté du château de Grange, il déclara 
que, dans le partage de la succession de Renaud, son beau- 



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58 BELFOBT 

père, sa belle-sœur, Jeanne, marquise de Baden, a eu les 
seigneuries de Belfort, d'Héricourt, de Rougemont et de Flori- 
mont, ainsi que le fief de Granvillars. Nous voyons qu'en 
exécution de ce partage définitif, Poncet, fils de Mauclert de 
Belfort, rendit, en 1333, foi et hommage pour son fief, au 
marquis de Bade, second mari de Jeanne. 

Belfort et ses dépendances furent ainsi sous la domination 
de Jeanne à partir de 1327, plus sûrement à partir de 1333, et 
y demeurèrent jusqu'en 1347, ainsi qu'on le verra tantôt. 

Jeanne /lyant perdu son second mari en 1335, se remaria en 
1336, avec Guillaume, comte de Katzenellenbogen, dont elle 
n'eut pas d'enfants. 

L'église paroissiale de Belfort dépendait alors de l'église 
chapitrale de Montbéliard. Belfort ayant été distrait du comté 
de Montbéliard, Jeanne devait songer aussi à rompre le lien 
qui attachait l'église de son domaine à celle du sire de Mont- 
faucon, son beau-frère. Elle s'adressa donc à l'archevêque de 
Besançon pour en obtenir la faveur d'ériger l'église paroissiale 
de Belfort en église collégiale indépendante de celle de Mont- 
béliard. Le 24 mai 1342, la charte de fondation fut accordée 
par l'archevêque de Besançon, à la demande de Jeanne, com- 
tesse de Katzenellenbogen, et au nom de la Sainte-Trinité, de 
la glorieuse vierge Marie, mère de N. S. J.-C, des bienheureux 
apôtres Pierre et Paul et des glorieux martyrs Denys et Chris- 
tophe. Par cette invocation géminée, la collégiale donnait à la 
vie spirituelle de Belfort un nouveau point de départ, en même 
temps qu'elle résumait le passé religieux de la ville primitive 
et celui de Brace. 

En 1347, Jeanne, qui était avancée en âge, voulut faire, de 
son vivant, le partage de son domaine paternel.entre ses quatre 
• filles issues de ses mariages avec Ulric II, comte de Ferrette, 
et Raoul Hesse, margrave de Bade. Henri de Grandvillars, les 
chevaliers Pierre Schaller de Bade, Hermann de Roppe et 
l'écuyer Heitzelin de Morimont furent chargés de faire quatre 
parts de ces biens et le sort décida du lot qui advint à chacune 
des quatres filles de Jeanne. Le tirage au sort eut lieu le 



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BELFOBT 59 

nette de Ferrette, duchesse d'Autriche, héritait de toute la 
seigneurie du Rosemont et autres fiefs ainsi que de la moitié 
disponible de la forêt du Salbert, sa sœur Ursule de Ferrette, 
mariée au comte Hugues de Hohenberg, recevait la partie 
supérieure du château de Belfort, les revenus de la Halle et 
du sceau du tabellion, l'étang de Belfort avec Offemont, 
plusieurs communes de la mairie de Pfaflfans, celle de Pérouse 
et divers fiefs tenus par les Montreux, les Grandvillars, les 
Délie et les Roppe. La seconde moitié de Belfort fut départie 
à Adélaïde, marquise de Bade, vraisemblablement avec l'Assise, 
d'autres biens et fiefe équivalents à la première part, mais dont 
les documents ne nous fournissent pas toute la désignation. 
Héricourt et Florimont échurent, avec leurs dépendances, à 
Marguerite, marquise de Bade par sa naissance et son mariage 
avec son cousin Frédéric; elle devint donc dame d'Héricourt 
et de Florimont. 

Ainsi , à partir de 1347, le château de Belfort et les bourgs 
qui avaient constitué Belfort-sur-la-Roche, passèrent des mains 
de Jeanne de Montbéliard, comtesse de Ferrette, marquise de 
Bade et comtesse de Katzenellenbogen, en celles de sa tille 
Ursule de Ferrette, mariée à Hugues de Hohenberg, et Belfort- 
sous-la-Roche, ou la nouvelle ville, passa en celles d'Adélaïde, 
sa fille du second lit et marquise de Bade par sa naissance et 
son mariage avec son cousin Rodolphe V, dit Wecker. 

Jusqu'ici Belfort et la seigneurie ne sont pas encore réunis 
au comté de Ferrette ni à la maison d'Autriche. De 1324 à 1347, 
cette fraction de l'ancien comté de Montbéliard demeura sous 
la domination de Jeanne comme un lambeau intermédiaire 
entre les deux comtés et soumis aux évolutions du droit succes- 
soral qui en était la base et la règle. Mais nous touchons à 
l'année oîi cette situation va se transformer et prendre son 
assiette définitive pour une durée de plus de trois siècles. 

Jeanne était à la fin de sa carrière. Le dernier souvenir 
qu'elle laisse à Belfort est la fondation, en 1349, d'un hôpital 
pour douze pauvres de la ville. Elle mourut en 1350 et c'est 
de cette année que date le commencement de la réunion 
effective de Belfort et de son ancienne seigneurie au comté de 



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60 BELFOBT 

Ferrette et au domaine de la maison d'Autriche ou de TAu- 
triche antérieure. 

Le 22 juillet 1350, Albert d'Autriche, mari de Jeannette et 
comte de Ferrette, devient acquéreur, moyennant 10,000 florins, 
de la part échue à Ursule de Ferrette, sa belle-sœur, dans 
l'héritage de Jeanne. Ursule et son mari signent, à cette date 
et le 2 juin de Tannée suivante, leur renonciation générale à 
toutes leurs prétentions sur cet héritage. Le château et la 
partie supérieure de Belfort, les revenus de la Halle et du 
sceau, l'étang de la forge, les droits de Jeanne sur le moulin 
de Bourogne, sur Pérouse, Denney, Bessoncourt, Messoncourt, 
Eguenigue, Vétrigne et autres localités, la moitié de la forêt 
des Bares, OflFemont, les fiefe de Didier de Montreux, de Henri 
de Grandvillars, de Hermann de Roppe, du fils de Renaud de 
Délie, etc., etc., se trouvent ainsi définitivement incorporés au 
comté de Ferrette et au domaine landgravial de la maison 
d'Autriche. 

Il paraît que le chapitre de la collégiale de Belfort avait, en 
raison de la séparation momentanée de quelques communes 
de la paroisse de Pfaffans, obtenu des droits sur la coUature 
de cette église qui appartenait de longue date à l'abbaye de 
Lucelle. Ces prétentions furent, en 1355, l'objet d'une conven- 
tion entre le chapitre et l'abbaye. Pour rester en possession 
tranquille de ce droit, Lucelle s'engagea à fournir annuelle- 
ment au chapitre trois voitures de vin, Burlinger^ provenant 
de ses bons crûs de Kientzheim. 

Albert, duc d'Autriche et comte de Ferrette, étant mort en 
1358, l'aîné de ses quatre fils, Rodolphe, lui succéda, et en 1359, 
le 21 août, il donne à sa tante Ursule, devenue veuve de Hugues 
de Hohenberg et remariée avec Guillaume de Montfort, une 
reconnaissance attestant qu'à sa mort Albert n'avait pas encore 
éteint toute la dette contractée envers Ursule, sa belle-sœur. 
Il restait dû à celle-ci 2500 florins sur les 10,000 florins stipulés 
pour la part de son héritage maternel, 

La seconde moitié de Belfort était toujours à Adélaïde, 
marquise de Bade et épouse de son cousin Rodolphe V, dit 
Wecker. En 1362, elle aflEranchit de la main-morte les popula- 



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BELFOBT 61 

tions de PAssise. C'est Adélaïde qui, le 17 octobre 1366, stipula 
pour Belfort, avec l'autorisation de l'empereur Charles IV, 
dans l'alliance conclue entre les seigneurs et les villes libres 
d'Alsace pour « assurer la paix du pays » ou plus exactement 
pour se garantir réciproquement contre des invasions du genre 
de celles dont l'Alsace venait d'être désolée par les bandes 
d'Arnaud de Cervole ou de l'Archiprêtre, et auxquelles Belfort 
paraît avoir échappé lorsed leur retraite en Bourgogne. Ce 
traité d'alliance était motivé par la première apparition d'En- 
guerraud de Coucy, auquel le comte de Montbéliard, Etienne 
de Montfaucon, venait de faire bon accueil et de prêter 
21,000 livres estevantes pour la guerre méditée par Enguer- 
rand contre ses cousins les ducs d'Autriche. 

Par de nouveaux arrangements de famille que les documents 
ne nous permettent pas de préciser, tout ce qui était advenu 
aux deux marquises de Bade dans la succession de Jeanne, 
leur mère, devait bientôt passer à la maison d'Autriche, sans 
en excepter la seigneurie d'Héricourt tenue en dernier lieu par 
Godefroi de Linange, gendre de Marguerite. Le 15 septembre 
1366, cette dernière, dame de Florimont et d'Héricourt, 
donna, par testament, son bracelet d'or à sa sœur Adélaïde, 
dame de Belfort. Cette année est probablement celle de sa mort 

D'un autre côté, Rodolphe, qui avait succédé à son père 
Albert, était mort en 1365 et ses deux frères, Albert, le tracas- 
sier, et Léopold lui avaient succédé. La seigneurie d'Héricourt 
fut reprise par eux et par la voie des armes à Godefroi de 
Linange. L'abbé de Lure soutint la cause des ducs d'Autriche 
et en 1372 il fut fait prisonnier par Jean de Roy, en repré- 
sailles de l'appui qu'il avait donné aux ducs d'Autriche. Lors- 
qu'il fut rendu à la liberté, ceux-ci lui accordèrent pour dix 
ans la jouissance du château de Belfort, afin de dédommager 
l'abbaye des pertes qu'elle avait éprouvées. La concession est 
du 10 juin 1373. 

Au mois d'octobre 1375, le domaine des ducs Albert et Léo- 
pold est envahi par les bandes de leur cousin Enguerrand VII, 
sfre de Coucy, qui revendiquait, du chef de sa mère, une part 
des biens possédés par la maison d'Autriche à la mort de son 



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62 BELFOBT 

grand-père Léopold I". Les villages de la seigneurie furent 
foulés par les bandes d'Enguerraud, mais Belfort, qui avait 
fermé ses portes, ne fut point assiégé. Un grand nombre de 
campagnards s'y étaient réfugiés avec leur bétail, parqué sous 
les hangars et sur la place du Bourg-Résot et protégé par le 
château et la tour des Bourgeois. En 1376, la Haute- Alsace 
était évacuée par Enguerrand, et Belfort en fut quitte poUr 
les souffrances qu'occasionne toujours l'imminence du danger 
et la concentration d'une trop grande population dans une 
ville fortifiée. 

Belfort ne joua aucun rôle particulier dans les événements 
qui marquèrent au XIV* siècle. Son rôle paraît avoir été pure- 
ment passif, car on ne trouve dans les titres du temps aucun 
acte qui lui soit particulier. Il n'y est fait aucune mention de 
^ son magistrat ni même du prévôt à qui la défense du château 
devait être confiée. On se borna sans doute à user des fran- 
chises pour l'administration intérieure et à en solliciter la 
confirmation à chaque changement de maître. Elles furent 
confirmées par Jeanne en 1325, par Ursule en 1356, par 
Adélaïde et par Albert en 1357. Aucune chronique ne fait 
mention de la vie propre de Belfort dans le cours de ce siècle, 
pas plus à l'occasion de la peste de 1349 et de l'inunolation 
des juifs qu'à l'occasion du tremblement de terre du 12 octobre 
1356, qui détruisit une partie de la ville de Bâle et un certain 
nombre de châteaux-forts du pays. Nous ne retrouvons même 
pas, çà et là, de vestiges des nobles de Belfort signalés au 
siècle précédent; c'est à peine s'il nous apparaît quelques 
individualités marquantes de la localité. En 1330, le 27 février, 
c'est un Henri de Belfort, prêtre, demeurant à Saint-Dizier, 
qui est témoin dans une vente au profit de Bellelay; en 1333, 
le 20 avril, c'est un Lambellin de Belfort qui est également 
témoin dans une vente en faveur de la chapelle de Saint- 
Nicolas de Mandeure; ce même Lambellin devint chanoine 
du chapitre de Belfort en 1347; il avait une maison située rue 
de la Grande-Fontaine. En 1347, le 27 août, c'est un Thiébaut 



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BELFOBT 63 

de Soultz; en 1383, le 20 mai, c'est un Guillaume de Belfort qui 
figure comme témoin dans une reconnaissance de cens sur un 
moulin de Guebwiller, et en 1399, les 28 août et 23 décembre, 
c'est un Richard, prévôt du chapitre de Belfort, qui figure dans 
une pièce concernant des vins séquestrés et ensuite comme 
témoin dans la constitution d'un douaire de trente livres de 
bons bâlois au profit d'une jeune mariée. 

En 1393, Léopold- le -Superbe, petit-fils d'Albert II et de 
Jeannette de Ferrette, épousa Catherine, fille de Philippe-le- 
Hardi, duc de Bourgogne. Léopold donna en dot à Catherine 
les terres landgraviales de la Haute- Alsace et, en cas de sur- 
vivance, l'administration, l'usufruit du landgraviat et la colla- 
tion des fiefe qui en dépendaient. Belfort se trouvait donc 
compris dans la donation. On verra Catherine dans l'exercice 
des droits conférés par cet acte et Belfort en recevoir des 
preuves d'affection. 

La seigneurie proprement dite avait nécessairement subi 
quelques modifications par suite des partages survenus et de 
l'incorporation successive au comté de Ferrette et au domaine 
de la maison d'Autriche, des diverses parties du comté de 
Montbéliard qui avaient formé la part de Jeanne dans la suc- 
cession de son père, le comte Renaud. Nous attribuons ces 
changements au commencement du XV* siècle, sauf à modifier 
cette date si des pièces inconnues venaient à la fixer d'une 
manière plus exacte. 

Xr* SIÈCLE. 

Nous présumons qu'à la fin du siècle précédent, et dans 
tous les cas au commencement de celui-ci, la seigneurie de 
Belfort se trouva composée des cinq districts dont Schœpflin 
et d'autres après lui parlent dans leurs ouvrages. Ces cinq 
districts étaient : la prévôté de Belfort, l'Assise, la prévôté 
d'Angeot, le domaine de Délie y compris la terre de Florimont 
et enfin l'ancienne seigneurie ou le district du Rosemont. 
Chacun de ces districts se divisait en mairies. (Voy. Délie, 
Florimont, Rosemont et Angeot.) 

La prévôté de Belfort comprenait : la mairie de Pérouse- 



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64 BELFOBT 

Offemont; celle de Cravanche-Botans ; celle de Bethonvillier- 
Lagrange; celle de Bue et partie de Mandrevillar (Haute- 
Saône) et celles de l'Assise. Chaque mairie avait son tri- 
bunal particulier composé de juges choisis dans son sein. 
La présence de neuf juges était nécessaire dans les affaires 
civiles; il en fallait vingt-quatre dans les affaires criminelles. 
Le bailli assistait aux séances comme président et procureur 
du fisc. On appelait des sentences de ces tribunaux particu- 
liers au tribunal supérieur constitué tantôt dans la ville, 
tantôt dans le château de Belfort. 

Il siégeait dans la ville pour juger les appels, en matières 
ordinaires. Il était alors composé de neuf bourgeois jurés et 
présidé par le prévôt ainsi que cela était établi par la lettre 
des franchises. 

Il siégeait au château pour juger les causes concernant 
l'impôt à payer au prince, et celles concernant le domaine et 
ses droits. Dans ce cas le tribunal se composait des baillis des 
cinq districts, du receveur et du greffier-contrôleur. La prési- 
dence appartenait au prévôt du château ou grand-bailli. 

Mais ce tribunal, qui constituait ce que l'on nommerait 
aujourd'hui une cour d'appel, ne tardera pas à être absorbé 
par une institution d'un caractère plus général, la Régence 
d'Ensisheim, et Belfort se trouvera dépossédé de la plus émi- 
nente de sea prérogatives. 

Dès 1401 l'on voit apparaître le germe de cette institution 
judiciaire et administrative. Un diplôme de l'empereur Robert 
donne au landgrave Léopold la permission de constituer le 
tribunal provincial d'Alsace, qui ne devait être composé que 
de gentilshommes de l'ordre équestre. Quelques assises ou 
plaids furent tenus en attendant que le temps et l'expérience 
aient constitué la Régence. 

En 1406 le landgrave, Léopold .le Superbe, confirma les 
franchises de Belfort. Cette confirmation est datée de Vienne 
où Léopold et sa fenmie Catherine de Bourgogne demeurèrent 
pendant tout le règne de ce landgrave. Léopold étant mort le 
2 juin 1411, sa veuve se retira en Alsace où était sa dot, et 
Frédéric, frère de Léopold, confirma, la même année 1411, à 



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BELPORT 65 

sa belle-sœur l'administration et l'usufruit du landgraviat 
ainsi que la collation des fiefs qui en dépendaient, c'est-à-dire 
tous les avantages assurés à celle-ci lors de son mariage avec 
Léopold. 

Catherine se fixa d'abord à Ensisheim pour gouverner, 
d'après les conseils du sire de Ribaupierre, Maximin, dit 
Schmassmann. Il paraît même que Catherine lui avait promis 
le mariage, mais cette promesse ne fut pas tenue et il en 
résulta un procès qui fut terminé en 1420 par l'évêque de 
Langres. Dans le cours de ce procès, Catherine s'était fixée 
à Belfort qu'elle paraissait surtout affectionner. En 1412, 1413 
et 1424 elle confirma les franchises et les privilèges de cette 
résidence. Elle mourut à Gray le 26 janvier 1425 et fut 
enterrée dans la chartreuse de Dijon fondée par son père. 

Après la mort de Catherine, l'administration et l'usufruit de 
Belfort ainsi que du Landgraviat retournèrent au frère de 
Léopold, l'archiduc Frédéric II, qui donna à Belfort en 1437 
le droit de débit du sel. Il mourut le 25 juin 1439. Sigismond, 
son fils, lui succéda, mais comme il était encore mineur, il fut 
placé sous la tutelle de son oncle, Albert le prodigue, qui 
confirma, en 1441, les franchises de Belfort au nom de son 
pupille. Cette confirmation fut ratifiée ou renouvelée l'année 
suivante par l'empereur qui prononça, la même année, la 
réunion de la chapelle de Meroux au chapitre de Belfort. 

C'est sous Albert que les Armagnacs envahirent la sei- 
gneurie de Belfort. La ville avait fermé ses portes à l'approche 
de l'ennemi et un grand nombre d'habitants des campagnes s'y 
étaient réfugiés. Après la bataille de Saint-Jacques et le traité 
du 8 octobre 1444, l'armée du Dauphin prit ses quartiers 
d'hiver dans la Haute-Alsace et Belfort demeura dans la situa- 
tion d'une forteresse bloquée par cette occupation. Il y régna 
les souffrances inhérentes à sa situation et il faut croire 
qu'elles furent vives, car, le 8 novembre de la même année, le 
magistrat écrivait à Albert que « les pauvres gens et bour- 
geois de sa ville se plaignaient de l'isolement dans lequel la 
maison d'Autriche laissait la ville et les environs. Tout le 
pays, disait-il encore au prince, n'est que ruine et désolation ; 

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66 BELFORT 

ceux qui ont pu trouver asile n'osent mettre les pieds hors 
des fortifications, tant est grande la terreur inspirée par 
l'ennemi. » Mais l'armée du Dauphin se retira au commence- 
ment de l'année 1445 et les paysans réduite à la misère et au 
désespoir, dit M. Henri Bardy, tombèrent sur les fourrageurs, 
sur les soldats isolés. Attaquée dans les environs de Belfort, 
au moment où elle allait sortir du Sundgau, l'armée laissa 
entre leurs mains neuf pièces de canon et huit drapeaux. On 
peut considérer comme une récompense de son attitude et un 
dédommagement de ses soujBFrances les nouvelles lettres de 
confirmation de ses franchises et de ses privilèges données à 
Belfort en 1446 par l'archiduc Albert. 

En 1453, il nomma à la charge de prévôt de Belfort, messire 
Georges, bâtard de Jean de Montreux. 

Albert mourut en 1463 et Sigismond gouverna les terres 
antérieures dont Belfort faisait partie. 

On peut placer à cette date l'organisation de la Régence 
d'Ensisheim comme corps judiciaire chargé de statuer désor- 
mais, à la place du tribunal du château de Belfort, sur les appels 
concernant les droits du prince et ceux du domaine de la 
se^eurie. Ce qui nous semble justifier cette indication, c'est 
une sentence rendue en 1469 par ladite régence et déboutant 
Charles-le-Téméraire des prétentions qu'il élevait au sujet de 
Grosne. Charles déclina la compétence de la chambe d'En- 
sisheim et porta la cause devant la cour de Malines instituée 
par son père, Philippe-le-Bon. La cour de Malines jugea comme 
la chambre d'Ensisheim. Cet épisode prouve qu'après l'en- 
gagement des terres dont nous allons parler, le Bourguignon 
aurait distrait la Haute-Alsace de ses anciennes attaches s'il 
en avait eu le temps. 

En 1454, le 17 décembre, Albert, archiduc d'Autriche est à 
Belfort où il donne une charte conférant en fief héréditaire à 
Didier de Tullières, sire de Montjoie, divers bieng que son 
père avait tenus de la maison d'Autriche et dont quelques- 
uns dépendaient de la seigneurie de Belfort. La mairie de 
Grosne était de ce nombre. 

En 1468 de nouveaux troubles avaient éclaté à l'occasion de 



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BELPORT 67 

la ville de Mulhouse, alliée des Suisses soustraits à la domina- 
tion des archiducs. Les Suisses arrivèrent au secours de leur 
alliée, ravagèrent les bailliages de Landser et de Thann, puis 
offrirent la bataille, sur la plaine de rOchsenfeld, aux vassaux 
de Sigismond parmi lesquels se trouvait Pierre de Réguisheim. 
L'affaire fut assoupie par les évêques de Bâle et de Constance. 
C'est alors que pour se venger, dit Schœpflin, Sigismond en- 
gagea ses terres de la Suisse et de l'Alsace à Charles-le-Témé- 
raire, duc de Bourgogne, moyennant 80,000 florins d'or. 

On sait que la Haute-Alsace eut beaucoup à souffrir par 
suite de cet engagement; que Pierre de Hagenbach, institué 
gouverneur pour le compte de Charles-le-Témérairé, se livra 
à des violences et des exactions qui firent regretter l'adminis- 
tration de l'Autriche ; que, pour se soustraire au Bourguignon, 
les villes libres et quelques seigneurs se concertèrent et four- 
nirent à l'archiduc Sigismond les 80,000 florins nécessaires au 
remboursement du prix de l'engagement ; on sait que le rem- 
boursement fut refusé par le duc de Bourgogne et que son 
gouverneur, Pierre de Hagenbach fut décapité à Brisach à la 
suite du jugement rendu contre lui par le tribunal formé des 
délégués des villes et des seigneurs ; que la guerre s'alluma 
entre Charles et les anciens sujets de l'archiduc, qu'elle fut 
longue et terrible, et qu'elle devait se terminer par la défaite 
et la mort du Téméraire devant les murs de Nancy. 

Si Belfort joua un rôle dans ce conflit, ce fut un rôle bien 
effacé. On ne voit pas que la ville ait, comme d'autres, envoyé 
un juge au tribunal de Brisach et on ne la trouve pas non 
plus parmi celles qui se cotisèrent pour réaliser les 80,000 flo- 
rins d'or nécessaires au rachat des terres de l'Autriche anté- 
rieure dont elle faisait partie. Cela peut s'expliquer par l'infé- 
riorité politique de Belfort dans le concert des villes et des 
seigneurs en cause et surtout par la position géographique de 
la forteresse et de la ville exposées aux premiers coups de 
l'un et aux tardifs secours des autres. Gardé par Pierre de 
Morimont, Belfort demeura passif et quand, le 18 août 1474, 
les troupes bourguignonnes envahirent le Sun^au par les 
environs de Délie où quatre villages furent ravagés, elles se 



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t» BEIiFOBT 

retranchèrent sans obstacle autour du château au nombre de 
cinq mille hommes, tandis que six mille bandits étaient con- 
duits en avant par Etienne de Hagenbach sous le prétexte de 
venger la mort ignominieuse de son frère. Ces bandes commi- 
rent de grandes cruautés sur les paisibles habitants des lieux 
qu'elles traversèrent. Nos annales rapportent qu'àDannemarie 
quinze paysans et le curé furent égorgés dans l'église et qu'en- 
suite l'édifice fut incendié. La défaite de Charles-le-Téméraire, 
dont il est fait mention plus haut, mit fin à la vengeance des 
Hagenbach et le pays fut rendu au calme relatif que ces temps 
de violence comportaient. 

Un document important nous révèle les progrès accomplis 
dans la constitution de Belfort depuis son aflranchissement 
jusqu'à l'époque où nous sommes arrivé. Ce document a été 
publié par M. Henri Bardy dans la Bévue d'Alsace d'après la 
transcription qu'il en a faite sur l'urbaire de 1472 qui est aux 
archives de la ville. Nous en possédons une copie que nous 
allons utiliser en réduisant les formes de sa rédaction aux 
exigences de cette notice. Pour le temps où ce document fut 
écrit, c'était la constatation des a Droits^ us, coutumes des- 
« quelles on use et a use en la ville de Belfort depuis la date 
« des franchises, tant en la justice comme au régiment et gofUr 
« vernement de la ville. » Pour l'histoire, ce document est le 
statut municipal, le Stadtrecht dont plusieurs villes médiates 
et immédiates étaient en possession. 

STATUT DE LA VILLE DE BELFORT EN 1472. 

1. En conformité des lettres d'affranchissement, il y a à 
Belfort un prévôt qui s'appellera Mayer. Il doit être pris 
parmi les bourgeois, à moins qu'il ne s'en trouve aucun qui 
veuille remplir l'office. Dans ce cas le seigneur en investit un 
autre. 

2. Il y a neuf bourgeois pour gouverner la ville et rendre la 
justice dans toutes les causes civiles qui seront portées devant 



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BPLFOBT .69 

habitants de la ville, le prévôt, assisté des neuf bourgeois, 
est tenu de les entendre. Le prévôt tient le bâton et repré- 
sente la personne du prince. Si les parties demandent une 
sentence, le prévôt invite les neuf bourgeois à la prononcer, 
en deliors dudit prévôt qui n'a que la présidence du tribunal. 

4. Les jugements du tribunal de Belfort sont en dernier 
ressort,. la justice étant princière et métropolitaine. 

5. Le tribunal de Belfort est métropolitain de tous les sièges 
et de toutes les justices de la terre de Rosemont, excepté 
Etueffond qui est justiciable de Rougemont; il est encore 
métropolitain des sièges et justices de l'Assise, de Pérouse, 
de Chatenois, de BavilUers, de Bue, de Froidefontaine, de 
Bourogne et d'Auxelles. L'appel des jugements prononcés en 
ces sièges et justices est porté devant lesdits neuf bourgeois 
qui doivent statuer dans les quarante jours. 

6. Les appellations doivent être faites et les sentences 
doivent être rendues par écrit. Si dans les quarante jours les 
neuf bourgeois ne sont pas tombés d'accord sur la sentence à 
rendre, ils doivent prendre l'avis des sages (anciens) afin de 
mieux s'éclairer sur le droit des parties. 

7. Si deux personnes étrangères portent un appel devant le 
tribunal de Belfort, celui-ci ne peut s'en dessaisir que par le 
jugement qu'on lui demande et qu'il doit rendre de façon à ce 
que bonne et prompte justice soit accordée aux parties. 

8. Tous ajournements, défense, requête, prise et vente de 
gage sont taxés comme suit, au profit de celui qui est requis 
pour l'exécution et faire foi en justice : chaque prise de gage, 
une plaidoirie pour une défense, 4 deniers ; une requête, 4 de- 
niers ; une saisie-arrêt, 12 deniers, parcequ'elle se fait en trois 
fois et il ne doit y avoir d'autre sergent que celui qui est 
chargé de l'exécution. 

9. Le droit perçu à la halle appartient au seigneur. Ce droit 
est mis en adjudication le soir de la Saint-Hilaire et le plus 
offrant au dernier feu en est déclaré adjudicataire. 

10. Le droit perçu au four banal appartient aussi au 
seigneur et est adjugé le même jour que le droit de la 
halle. 



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70 BELFOBT 

11. Le moulin est au seigneur et le meunier doit au chapitre 
deBelfort autant de livres de^ cire qu'il paie de bichots de 
grain au seigneur; de plus il paie au dit chapitre quatre bichots 
de grain et quatre livres de cire à Saint-Christophe (Eglise de 
Brace.) 

12. Les bourgeois et les habitants de la ville ont le droit 
d'envoyer leurs porcs au pâturage dans toutes les forêts, 
moyennant deux deniers estevenants par porc provenant de 
leurs étables ; mais le porc acheté avant la Saint-Laurent et 
qui est envoyé au pâturage paie douze deniers estevenants. 
Le droit de pâture se perçoit sur les états du berger. 

13. Deux jeunes porcs comptent pour un grand quant au 
droit de pâture et de même quant au droit de garde. 

14. Les toises — le droit de façade — dont les maisons sont 
chargées au cœur de la ville appartiennent au seigneur. La toise 
doit avoir dix pieds et chaque toise paie douze bons deniers. 

15. Le droit de façade des maisons qui sont « après » (en 
dehors) les murs appartient à messire Jean de Montreux, qui 
les tient en fief du seigneur de Belfort. 

16. Le banvin appartient aux seigneurs de Roppe à titre de 
fief dont ils disent avoir lettres patentes. Le temps du banvin 
dure depuis la Saint-Martin jusqu'à la veille de Noël, à minuit 
Le vin qu'ils vendent est à la taxe de Belfort, mais les taxa- 
teurs doivent leur accorder un denier en sus de la taxe 
ordinaire. 

17. Lh tabellionage ou droit du sceau appartient au seigneur. 
Toutes les lettres d'héritage doivent être munies du sceau et 
quand le tabellion veut les sceller, le prévôt et le maître- 
bourgeois doivent être présents, car ils ont la garde et les 
clefs du sceau. Ils peuvent refuser la sanction du sceau aux 
« lettres préjudiciables. » Leur émolument est de quatre livres 
par an. 

18. Il y a au finage de Belfort certains maix (certaines 
fermes) et héritages qui doivent la dîme de l'avoine au grenier 
du seigneur. 

19. Le marché de Belfort est franc à partir du mercredi 
jusqu'au vendredi à midi. On ne peut opérer de saisie sur les 



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BELFORT 71 

marchandises ou produits d'un étranger, ni arrêter sa per- 
sonne, à moins qu'il ne s'agisse des deniers du seigneur; mais 
on peut barer celles ou ceux qu'il achète. 

20. Quand il s'élève des différends au sujet des droits et des 
deniers du seigneur, la connaissance de ces différends appar- 
tient aux neuf bourgeois qui doivent les Vider justement à 
l'égard du seigneur selon les us et anciennes coutumes de la 
ville de Belfort. 

21. Les dits neuf bourgeois ont l'administration et le gouver- 
nement de la ville ; ils connaissent des droits du seigneur et 
de la ville et délibèrent pour les déterminer. 

22. Le paquis et les pâturages dans les forêts comme hors 
des forêts appartiennent aux bourgeois et à la communauté 
de la ville. Le seigneur ne peut et ne doit y mettre aucun 
empêchement. 

23. La rivière, les ruisseaux et. les eaux mortes ou marais 
dépendent de la ville et appartiennent aux bourgeois. N'ont le 
droit d'y pêcher que les personnes résidant dans la ville, le 
seigneur et les gens d'église. 

24. Il est de bonne et louable coutume que chaque année, 
le jour de la Saint- Jean-Baptiste, le prévôt, comme représentant 
du seigneur, réunit les bourgeois et la communauté de Belfort; 
dans cette assemblée, celui qui a été maître-bourgeois l'année 
précédente rend compte, devant le prévôt et la communauté, 
des travaux, des réparations, des dépenses et des recettes qui 
ont eu lieu pendant l'année. 

25. Après avoir entendu ce compte de gestion, le prévôt et 
les neuf bourgeois procèdent à sa vérification, puis, s'il y a 
lieu, ils le closent en présence de la communauté. 

26. Après s'être rendu compte des « peines et labeurs » que 
le maître-bourgois et le maître du commun ont donnés aux 
affaires de la ville, les neuf bourgeois et la communauté fixent 
la somme qui leur est allouée pour « leurs gages et salaires. » 

27. Ensuite la communauté invite les neuf bourgeois à se 
retirer. Après avoir désigné ceux des neuf bourgeois qu'elle 
« met hors de l'office », elle procède à l'élection de ceux qui 
doivent les remplacer. Le prévôt les admet « à jurer sur les 



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73 BELPORT 

Saints-Canons de bien et loyalement régir et gouverner la jus- 
tice du seigneur, le droit du pauvre et du riche, de l'Eglise et 
de tous les états de la ville. » 

28. Après avoir prêté serment, les neuf bourgeois élus « ré- 
vèlent » (reconnaissent-affirment-confirment) les ordonnances 
et anciennes coutumes. 

29. En premier lieu ils nomment les deux personnes aux- 
quelles la garde des clefe de la ville doit être confiée. Elles 
sont investies du droit de fermer et d'ouvrir les portes le jour 
et la nuit quand elles le jugent nécessaire. L'une de ces per- 
sonnes doit être choisie parmi les neuf bourgeois, l'autre dans 
le commun. 

30. Ils choisissent de même un membre des neuf et un 
membre du commun pour vérifier et taxer la viande de bou- 
cherie. Si la taxe est l'objet d'une contestation de la part des 
bouchers, la question est déférée aux neuf bourgeois dont la 
décision est souveraine. Il est formellement interdit aux bou- 
chers de vendre et dépecer sur le banc ot ils tranchent la 
viande saine, de la viande de brebis , chèvres, boucs, truies et 
porcs « moisseaux » — lépreux? ou qui ne serait pas saine. 

31. Les neuf bourgeois désignent encore un de leurs mem- 
bres et un homme du commun pour vérifier le vin que l'on 
débite dans les hôtels et auberges de la ville, le taxer selon 
sa qualité et de façon à ce que le voiturier et l'hôtelier n'y 
perdent point. 

32. Les neuf bourgeois feront « jurer sur le Saint-Evangile de 
Dieu » les taxateurs du pain, de la viande et du vin d'opérer 
loyalement et sans avoir plus d'égard pour l'un que pour 
l'autre; de rapporter = verbaliser contre ceux qui contrevien- 
dront aux règlements, de les mettre à l'amende fixée à dix 
sous, dont huit reviennent à la ville et deux aux taxateurs. 

33. Après avoir rendu leurs ordonnances sur toutes les 
choses soumises à la réglementation en ville et hors ville, 
après avoir fixé les peines pécuniaires et corporelles, les neuf 
bourgeois ont le droit d'exercer leur autorité à rencontre de 
ceux que l'on rencontre la nuit « sans chandoille » après les 



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BELFORT 73 

l'on rencontre « es jardins autres que les leurs, et es bois de la 
ville quand ils sont en bande ». Ils sont amendables jusqu'à 
concurrence de dix sous et corporellement punissables par 
incarcération de leurs personnes dans la prison de la ville. 

34. La justice du seigneur a la connaissance des dçmmages 
causés dans les jardins, les vergers, les champs, les prés, les 
chenevières et autres propriétés, quand celui à qui le dom- 
mage est causé réclame et porte plainte. Si l'auteur du dom- 
mage est découvert, il est amendable au profit de la justice du 
seigneur et en outre au profit de la justice de la ville. La 
fabrique de l'église bénéficie des amendes fixées par les neuf 
bourgeois pour les dommages causés dans les jardins et les 
vergers. 

35. Le seigneur et ses officiers ne peuvent mettre en état 
d'arrestation honune ou femme de la franchise qu'en vertu d'un 
jugement des neuf bourgeois. Si néanmoins le cas se produit, 
les neuf bourgeois doivent reprendre l'inculpé, le mettre dans 
leur prison et le juger ensuite. Si le cas n'est pas criminel et 
comporte cependant l'amende au criminel, les neuf bourgeois 
doivent rendre le prisonnier au seigneur. Si le cas n'emporte 
que l'amende pécuniaire, les neuf bourgeois la prononcent et 
si le justicié ne la paie pas, le seigneur le peut mettre en 
prison. 

36. Il est d'usage et de coutume en la justice de Belfort que 
le défendeur peut faire trois fois défaut et que le demandeur 
doit ensuite l'ajourner une dernière fois pour toutes. Si alors 
le défendeur ne s'est point présenté pour purger le défaut, le 
demandeur formule sa demande devant les neuf bourgeois qui 
doivent lui en adjuger les bénéfices. Si le défendeur comparaît 
et reconnaît le bien fondé de la demande, il n'encourt aucune 
amende en raison du défaut ou des défauts précédents. 

37. La plus grosse amende est de soixante, trente et sept 
sous estévenants, excepté les jours de marché oti l'amende 
peut être doublée. 

38. De l'amende de trente sous, il en revient six à celui en 
faveur duquel elle a été prononcée. 



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74 

d9. De l'amende de sept sons, le préTôt en tonehe quatre et 
les trois antres sont à celni qni a obtenn Famende. 

40. Le gage dn prévôt consiste dans les petites amendes de 
qnatre sons, le scean des appellations portées devant le tri- 
bunal, des jugements et des défauts prononcés et dans le béné- 
fice d'un marché qui se tient entre Noël et la Saint-Hilaire et 
qui peut valoir vingt sous. 

4L Toutes les épaves et tous les objets qui ont été trouvés 
doivent être remis aux officiers du seigneur qui les conser- 
vent pendant quarante jours à la disposition de ceux à qui ces 
épaves, ces objets peuvent appartenir. Si pendant ce délai ils 
n'ont pas été réclamés ils demeurent confisqués au profit du 
seigneur. 

42. Les biens, meubles et héritages des personnes qui com- 
mettent un crime entraînant la peine de mort sont confisqués 
au profit du seigneur. Mais les droits de la femme sur les biens 
de la communauté, sur ses apports et son douaire sont 
réservés. 

43. La justice de Belfort étant « haute justice de prince », 
les neuf bourgeois ont la coutume louable et le privilège de ne 
point rendre au seigneur étranger qui la réclamerait la per- 
sonne de Tun de ses sujets qui aurait commis dans la fran- 
chise un crime entraînant le dernier supplice. De même les 
neuf bourgeois ne réclament point à un autre seigneur le 
membre de la franchise qui commet ailleurs un crime ou un 
délit dont il doit répondre devant une autre justice. 

44. Les bourçeois et habitants de Belfort sont tenus d'entre- 
tenir en bon état les murs, les échaffaux, les tours et les portes 
de la ville. Cette obligation résulte de la lettre des franchises 
portant, pour cet objet, donation d'une partie du Salbert faite 
à la ville par Renaud de Bourgogne, Guillemette sa femme et 
Othenin son fils, de bonne mémoire. 

45. Les mêmes bourgeois et habitants sont également tenus 
d'entretenir en bon état les chemins et les limites dans la ville 
et hors la ville. 



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BELFOBT 75 

et de nuit, à leurs dépens, la garde des portes, le guet et le 
service de la milice intérieure. 

47. Tous les habitants qui sont et résident en la ville sont 
tenus de contribuer aux fortifications, aux réparations et au 
service de garde comme il est écrit ci-dessus. Les habitants ne 
doivent requérir aucune exemption ou franchise qui soit pré- 
judiciable au bien public de la ville. 

48. Quand un commerçant ne peut être payé de ce qui lui est 
dû par un autre commerçant, le créancier peut faire interdire 
à son débiteur de vendre pendant trois marchés consécutifs. 
Si, après ces trois marchés, le créancier n'est pas payé il peut, 
s'il trouve de quoi, prendre gage sur le débiteur. 

49. Les ongaux (droits sur les boissons) sont à la ville qui 
les tient des seigneurs d'Autriche pour faire face aux frais 
d'entretien ou de réparations. 

50. Le seigneur ne doit procéder au jugement d'aucun mal- 
faiteur hors la présence du prévôt et des neuf bourgeois ou de 
leurs suppléants qui doivent entendre la défense (confession). 
Dans le cas où il y serait procédé autrement, les neuf bour- 
geois refuseront de rendre une sentence. 

51. Quand le prévôt, les neuf bourgeois ou leurs suppléants 
ont entendu la confession (les réponses) de l'inculpé soumis à la 
question, le seigneur peut le déférer au jugement quantes fois 
et conmie il lui plaît, et les neuf bourgeois doivent sentencier 
et condamner le malfaiteur à tel genre de mort qu'il appar- 
tient, selon le crime, forfait et délit qu'il a commis. 

52. Le seigneur peut faire grâce. Si la grâce n'est pas 
accordée, la sentence des neuf bourgeois doit être exécutée 
selon sa teneur, aux frais et dépens du seigneur. 

53. La sentence de mort prononcée contre un malfaiteur 
doit être lue devant le château, de même ses réponses ou sa 
confession (sous l'influence de la torture). Ces pièces sont 
remises au prévôt qui livre ensuite le condamné aux mains du 
bourreau chargé de lui faire subir le dernier supplice. Dès ce 
moment le bourreau en est responsable à ses risques et périls 
et sur sa fortune. S'il en advient mal ou si le condamné 
échappe, le bourreau est à la grâce et volonté du seigneur. 



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76 BELFORT 

On aura remarqué que le statut ne fait aucune mention du 
tribunal d'appel établi au château pour les affaires seigneu- 
riales, ni de celui qui était établi en ville pour les appels de 
la justice ordinaire des districts de la seigneurie. Ce silence 
permet de conclure que déjà en 1482 ces tribunaux étaient 
absorbés dans la Régence d'Ensislieim, dont on a vu apparaître 
le germe dès la première année dé ce siècle. 

Protégée par le statut que Ton connaît, l'existence politique 
deBelfort, ainsi réduite, se maintint paisiblement jusqu'à la 
fin du XV* siècle, dont une des dernières années est toutefois 
signalée par un acte qui suscitera des embarras au siècle, 
suivant. 

Au commencement de l'année 1492, l'empereur Maximilien 
engage la seigneurie de Belfort et celle de Rougemont à Gas- 
pard de Morimont; le 24 avril de la même année, Gaspard 
entre en jouissance de l'engagement et jure de respecter les 
droits et privilèges dont la ville est en possession. 

Dans un titre du 1*' octobre 1497, émané de l'évêque de 
Bâle, concernant la seigneurie d'Assuel, le même Gaspard est 
qualifié baron de Morimont et de Belfort 

Le titre de baron avait été précédemment conféré à cette 
famille à raison d'autres fiefs qu'elle avait obtenus dans le 
Sundgau, et dès que la seigneurie de Belfort leur fut engagée, 
les Morimonts ajoutèrent au titre de barons de Morimont 
celui de barons de Belfort. 

XVr SIÈCLE 

On vient de voir que, depuis 1492, la seigneurie était engagée 
à Gaspard de Mœrsberg = Morimont. C'est donc, pour Belfort, 
dans cette condition que s'ouvre le XVP siècle. Mais il importe 
de remarquer que l'engagement ne portait que sur l'usufruit 
ou le domaine utile. La directe restait à la maison d'Autriche, 
de sorte qîie Belfort continua à ne relever, quant à ses fran- 
chises, droits et privilèges, que des archiducs ses suzerains. 

En 1500, Charles, roi des Romains, qui sera tantôt Charles- 
Quint, empereur d'Allemagne, avait confirmé les franchises de 
Belfort. Devenu landgrave d'Alsace, il confirma en cette qualité, 



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BELPORT 77 

en 1520, la donation qui avait été faite à la ville de deux 
cantons situés derrière le Salbert et aux Barres; en 1521, il 
céda le landgraviat à son frère, Ferdinand, en lui imposant 
l'obligation de maintenir Belfort en la jouissance de ses droits. 
Ferdinand, landgrave d'Alsace et infant d'Espagne, délivra, 
en 1523, à Belfort, la charte confirmative de ses anciens droits 
et privilèges. 

Deux années plus tard, les sujets de la seigneurie partici- 
pèrent aux tressaillements populaires dont le début de la 
Kéformation fut le signal. Ils fournirent un fort contingent au 
soulèvement des campagnes de la Haute-Alsace connu sous la 
triple dénomination de guerre des Paysans^ des Rustaux, des 
Bons-hommes. Aux mois d'avril et de mai 1525, toute la contrée 
était debout pour essayer tumultueusement de secouer le joug 
des nobles et des gens d'église. A l'imitation de ce qui se 
passait au comté de Ferrette et aux environs de Montbéliard, 
les couvents du territoire furent pillés, les chapitres rançonnés 
et les châteaux renversés. Puis les insurgés se joignirent à la 
masse de ceux qui furent massacrés à Saverne d'abord et 
ensuite à Scherwiller par le duc de Lorraine. Quelques écri- 
vains rapportent, nous ne savons d'après quelle autorité, que 
le chef des insurgés de Belfort-seigneurie était au nombre de 
ceux qui furent pendus. Quoiqu'il en soit, il est certain que le 
territoire ne fut pas foulé par les troupes dirigées contre le 
soulèvement : tandis que les nobles de Bourgogne et l'arche- 
vêque de Besançon, arrivés devant Granges, avaient brusque- 
ment battu en retraite lorsqu'ils eurent appris que près de 
vingt-cinq mille campagnards étaient debout et que ceux du 
comté de Montbéliard commençaient à suivre l'exemple, le duc 
de Lorraine, après la journée de Scherwiller, était rentré dans 
son pays par le Val de Ville. 

Après la défaite de Scherwiller, il y eut probablement des 
répressions partielles exercées contre les sujets de la seigneurie 
qui avaient pris part à l'insurrection; mais nous n'avons 
aucun document qui nous permette de les préciser. Nous 
voyons seulement qu'en 1533 l'engagiste du domaine utile de 
la seigneurie de Belfort, le sire de Morimont, renouvela le 



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78 BELFORT 

serment de respecter les franchises, droits et privilèges de 
Belfort 

Mais il paraît que ce serment ne fut que trop médiocrement 
observé par Tengagiste, car en 1544, il dut intervenir un man- 
• dément impérial qui fit défense au sire de troubler la ville 
dans la jouissance de ces mêmes franchises, droits et privi- 
lèges. Et pour faire disparaître tout prétexte d'ignorance, il 
fut dressé un nouvel état de ces franchises, droits et privilèges 
que Jacques de Morimont dut revêtir de sa signature. 

D'un autre côté, la Chambre impériale de Spire décida, la 
même année 1544, que dans les jugements au criminel rien ne 
pouvait être statué sans l'assistance du prévôt, représentant 
du prince ; qu'à lui seul était réservé de connaître des cas de 
lèse-majesté, d'hérésie, de simonie et de sacrilège, et qu'au 
magistrat le prévôt a double voix. Si cette dernière clause doit 
s'étendre au point de vue de l'administration en général, il 
semblerait que l'autorité des anciens neuf bourgeois qui com- 
posaient le magistrat aurait dès ce moment été amoindrie, en 
ce sens qu'autrefois le prévôt n'était au criminel conmie au 
civil que président ou directeur des débats et qu'il n'avait pas 
voix délibérative. Mais cet amoindrissement n'est qu'apparent : 
les Morimont n'étant en jouissance que du domaine utile, ils 
n'étaient pas au château les représentants du prince dans la 
seigneurie. Après l'engagement, cette prérogative était revenue 
au maître-bourgeois, et à ce titre il avait voix prépondérante 
dans les affaires du gouvernement de la ville. Les franchises de 
Belfort n'avaient donc subi aucune atteinte par l'engagement 
fait aux Morimont; elles y avaient au contraire gagné le 
schuttetat ou la prérogative, attachée au maître-bourgeois, 
de représenter le prince dans l'administration de la haute 
justice. 

En 1564, une épidémie, que les annales nomment la peste, 
fait de grands ravages à Belfort et aux environs. 

En 1568, l'archiduc Ferdinand fait don d'une somme de trois 
cents florins à la ville pour bâtir les halles. 



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BBLPORT 79 

est encore renouvelée par lui en 1581, et en 1589 il lui recon- 
naît le droit de chasse qui lui était contesté par les Morimont, 
aux officiers desquels il fait défense de molester les bourgeois 
dans l'exercice de ce droit. 

Enfin, notons, pour clore le XVP siècle, qu'en 1590 la 
Régence d'Ensisheim établit au. château une garnison per- 
manente. 

XVir SIÈCLE 

Dans les premières années de ce siècle nous ne trouvons 
aucun fait particulier qui soit de nature à caractériser la vie 
locale et l'état moral de la seigneurie. Cependant nous voyons 
qu'au début de la guerre de trente ans la maison d'Autriche 
installa au faubourg les religieux qui s'étaient donné la mission 
de combattre la Réforme. Le comté de Montbéliard l'avait 
adoptée depuis longtemps, et il y avait dans les villages con- 
tigus à ce comté et dépendant de la seigneurie de Belfort, 
beaucoup de familles désireuses de suivre le mouvement, à 
Châtenois entr'autres et à Banvillars. Dans ce dernier village, 
notamment, le seigneur usa de châtiments corporels pour 
empêcher ses sujets de suivre l'exemple de leurs anciens 
co-paroissiens de Brévillier. C'est, sans aucun doute, en vue 
de préserver les populations de la seigneurie contre l'invasion 
de l'idée nouvelle qu'en 1619 l'archiduc Léopold érigea, au 
faubourg, le couvent des capucins converti aujourd'hui en 
hôpital militaire. 

On sait que la guerre ne tarda pas à s'allumer au sein de 
l'Empire et que la politique française consista à appuyer au 
dehors ceux qui, sous la bannière de la Réforme et de l'élec- 
teur de Brandbourg, soutenaient la lutte contre le Saint- 
Empire et la maison de Habsbourg- Autriche. Or, le territoire 
de Belfort faisant partie du domaine allodial de cette maison, 
devait surtout être défendu à ce titre d'abord, et ensuite au 
point de vue stratégique. Aussi, le 8 octobre 1625, le baron de 
Tilly, avec son armée de Croates, était-il arrivé à Belfort, s'y 
était logé et avait réparti son armée dans les villages de la 
seigneurie. Cette occupation, qui devait durer plusieurs années, 



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80 BBLPORT. 

fut marquée par une épidémie qui éclata au mois de juin 1628 
et qui fit encore beaucoup de victimes dans le pays. 

En 1632, au mois de novembre, le Kheingrave, Othon-Louis, 
qui avait pris le commandement de Tannée suédoise après la 
mort de Gustave-Adolphe, tué à Lutzen, arrive au territoire 
de Belfort et s'approche de la ville. Le comte de Montbéliard 
se tenait dans la neutralité. A l'approche des Suédois, les habi- 
tants de Belfort se réfugient en grand nombre à Montbéliard 
avec ce qu'ils pouvaient emporter de plus précieux; d'autres 
gagnent Porrentruy et les jeunes hommes se sauvent par la 
vallée de l'Ognon. Le 23 novembre Belfort était assiégé, et le 
27 décembre la ville et le château se rendaient à discrétion. 
La résistance avait duré trente-trois jours. 

Pendant qu'une partie de l'armée suédoise était occupée aux 
opérations du siège proprement dit, une autre partie ravageait 
la campagne, renversait les châteaux-forts des environs ainsi 
que les maisons religieuses. 

Le 28 février 1633 Belfort et la seigneurie prêtent serment 
de fidélité à l'autorité suédoise. 

Au mois de novembre 1634, la garnison suédoise fut retirée 
de Belfort et peu après la place fut réoccupée par des troupes 
de l'empire. Le 30 janvier de l'année 1635, les Impériaux sont 
bloqués dans Belfort par 8,000 hommes de troupes françaises 
et 2,000 chevaux; mais l'investissement est de courte durée; 
le duc de Lorraine étant accouru, les troupes françaises se 
retirèrent. Le 11 mars, le Rheingrave Othon-Louis s'empara 
de nouveau de la place et, au mois de mai, le chancelier 
Oxenstiern, agissant au nom de la couronne de Suède, céda 
Belfort et la seigneurie au comte de Montbéliard, en rembour- 
sement de 30,000 florins, et des intérêts arriérés, que le comte 
Frédéric avait prêtés à l'archiduc Léopold. La cession, négociée 
à Frankfort par le chancelier Forstner de Montbéliard, fut, 
quelques mois après, confirmée, au nom de la France, par le 
maréchal de la Force. 



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BELFORT 81 

d'Alsace, 1856, p. 26-27). a Tandis que rarmée suédoise occupait 
Belfort et les autres villes du territoire, les paysans de Rose- 
mont, poussés à bout, se soulevèrent et bloquèrent Belfort. La 
garnison ayant fait une sortie poussa jusqu'à Valdoie et s'em- 
para d'un certain nombre de pièces de bétail. Mais elle fut 
repoussée par les insurgés, accourus au bruit du tocsin et 
conduits par Jean Neury de Vescemont et Richard Prévost de 
Chaux. » Cet exploit donna lieu au chant populaire dont il est 
question et dans lequel les Belfortains sont assez maltraités. 
Les paysans reprirent leur butin sur le pont des Ainants, à 
Valdoie. 

Mais la cession faite au comte de Montbéliard demeura sans 
effet, car Belfort ayant été réoccupé au nom de l'Empire, 
Louis XIII fit don au comte de La Suze, l'un de ses généraux, 
des mêmes terres qu'il s'agissait de reprendre à la maison 
d'Autriche et à l'Empire. Jean de Werth qui, à la tête d'un 
corps de cavalerie lorraine, était venu au secours de la place, 
fut repoussé par deux compagnies suisses au service de la 
France. Le duc de Lorraine" ne tarda pas à revenir avec des 
forces plus importantes, mais il fut aussi refoulé par le mar- 
quis de La Force, qui arriva au pays le 23 mars 1635. Une 
nouvelle épidémie éclata en cette année et fit encore de nom- 
breuses victimes. 

L'année suivante Belfort, qui continuait à tenir pour l'Em- 
pire, fut plus sérieusement menacé. Le comte de La Suze 
s'était établi au pays de Montbéliard, où il s'était érigé gou- 
verneur. Le 18 juin 1636 selon les uns, le 29, selon d'autres, il 
mita exécution la dernière phase du plan d'attaque qu'il avait 
conçu contre la ville et le château de Belfort. Pendant la nuit 
il s'approcha de la porte de l'Horloge ou de France, y fit 
appliquer une pièce explosible qui brisa la porte et livra pas- 
sage à ses troupes. La ville fut brusquement occupée et, sans 
perdre de temps, quatre pièces de canon furent installées pour 
battre le château qui fut contraint à capituler. Le 29 du même 
mois les troupes impériales évacuèrent la place qui, dès ce 
moment, resta définitivement acquise à la France. 

Le comte de La Suze prit ainsi possession des terres que 

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8S BBLFOBT 

Louis XIII lui avait accordées, fit réparer et renforcer le 
château et les fortifications de Belfort, mais ne jugea pas à 
propos d'en agir ainsi avec les autres places fortes, celle de 
Délie notamment, qui avaient été détruites par l'armée 
suédoise. 

Dans les années suivantes, différents traités de surséance 
d'armes et de neutralité intervinrent entre le comte et les 
seigneuries de Montbéliard, les places de Belfort et de Délie 
ainsi que l'abbaye de Lure d'une part et le comté de Bour- 
gogne d'autre part Le 11 juillet 1644, pareil traité est renou- 
velé à Mandeure pour une année, et le 10 avril 1645 pour 
l'année suivante. Enfin, le 4 janvier 1646, les Suédois évacuent 
le comté de Montbéliard et prennent leurs logements à Belfort, 
Délie et autres lieux de la seigneurie. 

Lorsqu'en 1648, le traité de paix mit fin à la guerre de trente 
ans, le comte de La Suze était en possession des avantages 
qu'il avait retirés de cette guerre. Il était établi à Belfort avec 
sa femme, Henriette de Coligny, fille de Gaspard, seigneur de 
Châtillon. Cette dame, que des poésies galantes ont rendue 
célèbre, a laissé son nom à l'endroit où la petite rivière la 
Dcmce s'échappe du rocher de Bermont, qui n'est plus connu 
aujourd'hui que sous le nom de : Fontaine de La Suze. 

En 1648, le comte de La Suze devint le beau-frère du comte 
Georges de Montbéliard, et c'est à Belfort que se fit la première 
démarche des fiançailles. La maréchale de Châtillon, mère de 
la comtesse de La Suze, se trouvait à Belfort avec sa seconde 
fille, Anne de Coligny. Sous prétexte de remplir auprès de la 
maréchale une mission de M. de Turenne, Georges arriva à 
Belfort le 27 janvier, et c'est dans l'entrevue qui eut lieu qu'il 
promit le mariage à Anne, la belle-sœur du comte de La Suze. 
Le comte Léopold de Montbéliard en informa de suite son 
beau-frère, le duc Eberhard de Wurtemberg et, le 1" février, 
Georges se trouvait déjà à Stuttgard pour annoncer lui-même 
au chef de la famille sa vive inclination pour Mademoiselle de 
Coligny, la promesse sacrée qu'il lui avait donnée et pour 
solliciter le consentement du duc. Eberhard donna ce consen- 
tement, le mariage eut lieu et le seigneur de Belfort se trouva 



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BBLFORT 88' 

ainsi le parent, par alliance, de la famille de Montbéliard à 
laquelle la seigneurie avait, comme on Pa vu précédenmient, 
appartenu jusqu'en 1332. 

L'alliance du comte de La Suze avec Henriette de Coligny 
ne fut pas heureuse, car la séparation des deux époux est 
marquée par un acte caractéristique et qui porta la reine de 
Suède à dire : que la comtesse abjura le protestantisme afin 
de ne se trouver avec son mari ni dans ce monde ni dans 
l'autre. 

Faut-il voir dans les circonstances particulières où se trou- 
vait le comte de La Suze, quant à la question religieuse et 
quant à ses alliances, la cause de l'opposition qu'il fit à la 
politique de Louis XIV, à l'intérieur, et du rôle qu'il essaya 
de jouer dans la forteresse et les terres qu'il tenait de 
Louis XIII? 

Nous ne savons, mais dès les premières années qui suivirent 
le traité de Munster, le comte de La Suze demeura fidèle à la 
cause pour laquelle l'armée suédoise avait combattu de 
concert avec l'armée française. Le 14 novembre 1651, il assista 
au serment de fidélité que les populations du comté de Mont- 
béliard prêtèrent à leur seigneur, le comte Léopold-Frédéric, 
et déjà il s'était rangé dans le parti de la Fronde, décidé qu'il 
était à résister, même par les armes, à Louis XIV, dans la 
position qui lui avait été faite par le monarque précédent. 
Aussi, dès la fin de l'année 1651, on entrevit que Belfort serait 
l'objet d'un nouveau siège pour réduire à l'obéissance son 
gouverneur. Le 18 janvier 1652, les habitants des environs de 
Délie et de Belfort se réfugient en toute hâte à Montbéliard, 
et l'émigration continua en février et mars, car malgré la 
résistance que le comte de La Suze opposait, notamment 
le 22 avril, à Cernay, au comte de Rosen, les campagnards 
voyaient l'orage s'amonceler sur le pays ; à la fin du mois 
d'octobre, Belfort commençait à être cerné par le maréchal 
La Ferté qui avait mission de faire le siège de la forteresse. 
Le 14 décembre, Louis XIV en donna avis au comte de Mont- 
béliard et, le 16, tous ceux de Belfort à qui il fut permis de 
sortir de la place se réfugièrent à Montbéliard où se trou- 



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84 BELFORT 

valent déjà beaucoup de personnes des environs, avec du blé 
et du bétail en grande quantité. 

Le 20 décembre, le siège fut formé et, dès le 23, les villages 
occupés par les assiégeants étaient abandonnés et livrés à leur 
discrétion. Le 3 janvier 1654, la première batterie contre le 
château était faite, et le 22 janvier commencèrent les premiers 
pourparlers d'accommodement entre l'assiégé et l'assiégeant, 
pourparlers qui n'aboutirent pas. L'attaque et la défense conti- 
nuèrent jusqu'au 13 février, jour auquel le château se rendit. 
En mémoire de cet événement, il fut frappé à Paris une 
médaille représentant l'Alsace et la Lorraine, avec cette 
légende : Alsatiœ et Lotharingiœ quies. — Au bas : Belfortum 
captum MDCLIV, Au mois d'avril, l'armée assiégeante quitte 
Belfort où le comte Cari est établi gouverneur avec une gar- 
nison de cent cinquante hommes. 

C'est ainsi que le comte de La Suze fut évincé de ses terres 
et que, par lettres patentes du mois de décembre 1659, 
Louis XIV accorda au duc de Mazarin, son ministre, toutes 
les terres patrimoniales de la maison d'Autriche qui devin- 
rent un comté, avec Belfort pour chef-lieu et les armoiries 
suivantes : 

Uazur à trois jumelles d*or, (Voy. N° 1 des planches.) 

Le passage de Turenne au pays, à la fin de Tannée 1674, 
n'est guère marqué à Belfort que par les dépenses occasion- 
nées à la ville pour charrois, pertes de voitures et de chevaux, 
indemnités aux conducteurs, et salaire des individus qui ser- 
virent de guides à ses troupes jusqu'à îa rencontre des Impé- 
riaux au delà de Mulhouse et jusqu'à Turckheim, oli ils furent 
battus en janvier 1675 et chassés définitivement de l'Alsace. 

Le 3 juin 1 679, le marquis de Louvois, ministre de la guerre, 
et Vauban se trouvaient à Belfort en vue d'arrêter le plan des 
fortifications et de l'agrandissement de la ville. Ils donnèrent ce 
jour là audience au magistrat de Montbéliard, accompagné 
des députés de la Régence, qui venaient solliciter la levée du 
séquestre mis sur les arsenaux de Montbéliard, de Blamont 



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BELFORT 85 

Peu de temps après la visite de Louvois et de Vauban, furent 
commencés les travaux de fortification et d'agrandissement. 
En 1699, la ville commença aussi à bâtir les casernes, qui 
furent terminées en 1703. 

En 1697, le chapitre et la ville de Belfort firent porter leurs 
armoiries sur Tarmorial général de France. 

Le chapitre : â!azur à tin Saint-Christophe d'or dans des 
ondes d'argent^ chargé d'un Christ de carnation tenant un 
monde d'or à la niain. (Voy. N** 2 des planches.) 

L'image reproduite et qui a été relevée sur l'armoriai ne 
correspond pas exactement à la description qui précède. Le 
lecteur suppléera facilement la variante. Il faut remarquer 
encore que le chapitre avait repris ou conservé la tradition 
de Brace et que Saint-Denis, le premier patron de l'église, 
s'efface devant Saint-Christophe, ou la tradition. 

La ville : d'azur à une tour pavillonnée d'or, ajourée du 
champj maçonnée de sahle^ girouettée d'argent et côtoyée d'unB 
et â!un F d'or. (Voy. N° 3 des planches.) 

XVIII* SIÈCLE 

En vertu des lettres patentes dont il a été parlé, le comté 
de Belfort passa aux descendants du duc de Mazarin, sans 
distinction de sexe et, bien entendu, avec la réserve de la suze- 
raineté du roi de France, à qui foi et hommage furent toujours 
rendus. Ces héritiers se sont succédé dans l'ordre suivant : 
Hortense de Mancini, nièce du cardinal et mariée au duc de 
La Meilleraie ; Paul-Jules de Mazarin ; Louise-Jeanne de 
Durefort-Duras, mariée au marquis de Villequier-d'Aumont; 
Louise-Félicité-Victoire d'Aumont, mariée à Honoré-Maurice 
Grimaldi, duc de Valentinois. Ce dernier était en jouissance 
du comté quand la loi du 25 juillet 1791, révoquant la donation 
de Louis XIV, fit retourner au domaine public toutes les terres 
concédées au cardinal de Mazarin. 

Remarquons, pour terminer cette notice, que, durant la 
période fi:ançaise, Belfort-ville demeura en possession de ses 



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86 BERMONT 

avaient pas été spécialement concédés. Maintes fois, dans le 
cours du XVIIP siècle, les héritiers du cardinal Mazarin et les 
officiers du roi essayèrent de troubler la ville dans cette 
jouissance; mais, sur les réclamations du magistrat, le roi, les 
ministres et les intendants d'Alsace repoussèrent constamment 
ces entreprises et la ville de Belfort conserva sa prépondé- 
rance relative jusqu'à la Révolution qui la plaça, comme toutes 
les autres localités, sous la protection et la règle du nouveau 
droit commun. 

En 1803, la population de Belfort était de 4,380 habitants. 
Elle est de 9,886, d'après le recensement de 1876. 

Bermont. — Nous lisons dans les titres anciens que nous 
pouvons consulter deux indications concernant cette localité. 
La première se trouve dans une charte du 5 janvier 1147, de 
l'archevêque de Besançon, éniunérant les possessions du 
prieuré de Lanthenaus, les lui confirmant, et parmi lesquelles 
l'église de BeUemonte = Bermont; la seconde, dans une bulle 
du pape Alexandre III, du 4 mai 1177, portant confirmation 
des mêmes possessions en faveur dudit prieuré. 

Ainsi, l'ancienne église romane, dont il ne reste plus que 
certaines partie du chœur, existait déjà dans la première 
moitié du XI* siècle. C'était un des beaux édifices religieux des 
temps carolingiens. 

De l'existence de l'église au XP siècle, on peut conclure 
à l'existence du village à la même époque, sinon à sa pré- 
existence. Des titres ou écrits moins anciens nous apprennent 
qu'il faisait, avec d'autres, partie de la mairie de Châtenois. 

Sous le rapport religieux, Bermont était et est resté chef- 
lieu de paroisse, comprenant Botans, Dorans et Sévenans. 
Cette paroifise dépendait du décanat de Granges. 

Dans la deuxième édition de son Dictionnaire topographique, 
M. Stoflfel cite un Claude et un Jean de Bermont qui existaient 
en 1552. 

Sous le rapport politique, Bermont suivit la fortune de la 
mairie dont il dépendait (Voy. ChMenois) Au XVIP siècle, 
ce village s'accrut d'une partie de la population et du terri- 



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BESSONOOURT 87 

toire d'une commune qui a disparu pendant la guerre de 
trente ans. (Voy. Oye,) Une forêt communale a conservé le 
nom du village qui a été détruit. 

Au pied de la roche sur laquelle Bermont est assis, sourd 
« un ruisseau d'une eau limpide que les habitants appellent 
Fontaine de la 8uze. » (Voy. Bélfort, XVII'' siècle.) 

Au commencement de ce siècle, Bermont avait 103 habi- 
tants. Le dernier recensement lui en assigne 87. 

Cette commune fait partie du canton de Belfort. Distance 
légale, 7 kilomètres. 

Bessoncourt. — L'existence de ce village au IX* siècle 
est constatée par un diplôme de Louis-le-Débonnaire, donné 
à Frankfort le 21 juin 823. Beyssingen = Bessoncourt y est 
nommé comme faisant partie de la dotation attribuée à Maso, 
fondateur de l'abbaye de Masevaux. 

Bessoncourt était donc un village du duché d'Alsace, bien 
avant la fondation des comtés de Montbéliard et de Ferrette. 
Maso en fut d'abord investi, mais une partie de son territoire 
devait revenir à la mairie et à la paroisse de Phatfans lors- 
qu'elles seront établies, tandis que l'autre devait advenir à la 
mairie de la Haute-Assise, lorsque le château de Belfort et 
sa circonscription féodale auront été constitués. (Voy, Phaffans 
et Belfort.) 

Après avoir appartenu au comté de Montbéliard, de 1024 à 
1332, Bessoncourt passa au comté de Ferrette et subit la 
fortune politique de la prévôté de Belfort dont il faisait 
partie. En 1347, Bessoncourt advint à Ursule de Ferrette, fille 
de Jeanne de Montbéliard et d'Ulrich II, dernier comte de 
Ferrette. Ursule était l'épouse de Hugues de Hohenherg = 
Montfort qui, en 1350, céda Bessoncourt à son beau-lBrère 
Albert, dit le Sage, duc d'Autriche et successeur de la maison 
de Ferrette. Sous la domination de la maison d'Autriche, le 
nom franc Beyssingen^ devenu Bessoncourt sous les premiers 
comtes de Montbéliard, se convertit en celui de Bussingen = 
Bessoncourt. 

Bessoncourt avait alors sa chapelle, mais dépendait toujours 



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88 BETHONVILLIERS 

de la paroisse de Phafifans. En 1441, cette chapelle devint 
église paroissiale, placée sous l'invocation de Sainte-Foi, et le 
chapitre collégial de Thann en fut coUateur. 

Quant à la commune, une partie demeura à la mairie de 
Phafifans, tandis que l'autre partie resta acquise à la mairie 
de la Haute- Assise. (Voy. les Notices.) 

En 1500, on trouve Bessoncourt inféodé à la baronie de 
Morimont. 

Dans l'armoriai général de France, Bessoncourt a les armoi- 
ries suivantes : 

D'azur à trois couronnes d* or posées en pal, Pune sur Vautre. 
(Voy. N*" 12 des planches.) 

En 1803, la population de Bessoncourt était de 515 habi- 
tants. Le recensement de 1876 lui en assigne 396. 

Bessoncourt est du canton de Fontaine. Distance légale, 
6 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton, et 6 kilomètres 
jusqu'à Belfort. 

Bethonvilliers. — Les indications historiques qu'il nous 
a été possible de recueillir, concernant cette localité, nous la 
représentent dans des conditions singulières : la partie assise 
sur la rive gauche de la rivière Saint-Nicolas dépendait de la 
seigneurie de Rougemont; l'autre partie, de la prévôté de 
Belfort. Telle paraît avoir été sa situation au XI* siècle, c'est- 
à-dire à la fondation du comté de Montbéliard-Ferrette. 

Du XIIP au XVP siècle, nous trouvons deux indications qui 
semblent confirmer cette donnée historique. Le l*'' décembre 
1295, la dîme de Bethonvilliers-rive droite était un fief de 
Henri de Delémont, gendre de Richard de Belfort." Ce fief lui 
était advenu du chef de sa femme, au partage de la succession 
de Richard. (Voy. Belfort) En 1579, la dîme de l'avoine à 
Bethonvilliers-rive gauche était à l'abbaye de Masevaux. 

Bethonvilliers-rive droite et Lagrange formaient une mairie 
dépendante de la prévôté de Belfort, tandis queBethonvilliers- 



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BORON — BOTANS «9 

Bethonvilliers-rive gauche formait une annexe de la paroisse 
de Saint-Germain ; Bethonvilliers-rive droite appartenait à la 
paroisse de Phaflfans. 

Sous la domination des comtes de Ferrette et des archiducs 
d'Autriche, cette commune figure dans les titres sous le nom 
de Bethwiler, 

Au conmiencement de ce siècle, la population de Bethon- 
villiers était de 142 habitants ; le recensement de 1872 lui en 
assigne 187. 

Bethonvilliers est du canton de Fontaine. Distance légale, 
5 kilomètres ; elle est de 1 myriamètre jusqu'à Belfort. 

Boron. — Les études et les recherches de M. A. Quiquerez 
établissent qu'une voie romaine secondaire passait au terri- 
toire de Boron. Cette voie se détachait, à Delle-Joncherey, de 
la voie militaire de Mandeure au Rhin pour la relier à une 
autre voie venant du versant oriental des Vosges. 

Boron a toujours dépendu de la mairie et de la paroisse de 
Grosne dont il a suivi la fortune politique jusqu'à la Révolu- 
tion. Conséquemment son passé historique est étroitement lié 
à celui de la mairie et de la paroisse. (Voy. Grosne.) 

Après avoir construit l'église qui existe, Boron a été, 
en 1861, distrait de son ancienne paroisse pour en former une 
nouvelle à lui seul. 

Au commencement de ce siècle, sa population était de 
362 habitants. Le dernier recensement lui en reconnaît 304. 

Boron est du canton de Délie. Distance légale, 6 kilomètres; 
1 myriamètre 7 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Botans. — Il y a pénurie de renseignements historiques 
concernant cette commune. En 1302, on la trouve notée dans 
le contrat dont il est fait usage pour la notice d'Andelnans. 
Botans a dépendu de la mairie de Cravanche et de celle de 
Châtenois. Aucun document ne nous permet de fixer avec 
exactitude l'époque à laquelle cette commune est passée d'une 
mairie dans l'autre. Nous pensons toutefois que, dans les 
premiers temps de l'Assise, elle dépendit avec Bavilliers de la 



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90 BOURG — BOUROGNE 

mairie de Cravanche; qu'en 1347, c'est-à-dire au partage de la 
succession de Jeanne de Montbéliard, elle fut réunie à celle 
de Châtenois par la marquise de Bade, Adélaïde, fille de Jeanne, 
à qui elle était échue. 

Botans a toujours dépendu de la prévôté de Belfort et de 
la paroisse de Bermont. Le prieuré de Meroux y avait des 
cens. 

M. Stoflfel cite un Claude de Botans en 1552 et un Anthaimie 
(Antoine? Antoinette?) de Botans en 1560. 

La population de cette commune était de 131 habitants, en 
1803 ; le recensement de 1876 lui en attribue 125. 

Botans appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
6 kilomètres. 

Bourg. — Nous manquons de titres spéciaux et d'indica- 
tions directes qui puissent servir de base à une notice remon- 
tant quelque peu dans le moyen-âge. Tout ce que l'on peut 
dire, c'est que Bourg n'a cessé d'appartenir h la seigneurie de 
Kosemont ; que cette localité dépendait de la mairie et de la 
paroisse d'Etueffont; qu'elle avait une chapelle et qu'en 1441 
elle fut ravagée par les Armagnacs ; qu'au siècle dernier, elle 
fut distraite de son ancienne paroisse et réunie à celle 
d'Anjoutey, dont la chapelle fut, en 1777, érigée en église 
paroissiale. 

Au commencement de ce siècle, Bourg comptait 104 habi- 
tants; on y en a recensé 87 en 1876. 

Bourg appartient au canton de Giromagny. Distance légale, 
12 kilomètres. Il y a également 12 kilomètres de cette commune 
à Belfort. 

Bourogne. — Un tronçon de voie romaine, se détachant 
de la voie militaire de Mandeure au Rhin et conduisant à 
Bourogne, est. indiqué par M. Aug. Quiquerez dans sa Topo- 
graphie du Jura oriental. On peut produire à l'appui de cette 
indication la découverte faite à Bourogne, il y a quelques 
années, d'antiquités romaines, parmi lesquelles les débris 
d'une mosaïque dont quelques cubes sont conservés au musée 



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BOUROGNE 91 

de Colmar. Il y avait donc sur ce point du territoire de Belfort 
un établissement romain quelconque et auquel la voie tracée 
par M. Quiquerez conduisait. 

A cet établissement succéda, sans doute, le casteldu moyen- 
âge que Schœpflin comptait, au siècle dernier, au nombre des 
châteaux détruits. 

Les documents dont nous disposons laissent subsiter une 
grande lacune entre le point de départ qui précède et le 
moment où ils apparaissent rares et sans liaison. Les voici 
dans leur ordre chronologique. 

En 1222, le 19 mars, on trouve mention de l'église de Bou- 
rogne dans une charte de Gérard de Rougemont, archevêque 
de Besançon, qui dispose d'une partie des revenus de cette 
église pour la fondation de son anniversaire dans la cathédrale 
de Saint-Etienne de Besançon. 

En 1303, les gens de la mairie de Bourogne payaient aux 
landgraves de la Haute-Alsace une contribution annuelle, 
s'élevant à 40 livres estevenantes au plus et à 15 livres au 
moins. Le moulin de Bourogne livrait au même titre un cens 
de 7 bichots de grain, et la maison d'habitation, une poule de 
carnaval. Le seigneur avait la haute et basse justice dans le 
village. 

En 1313-1314, Vitalis, un des successeurs de Gérard de 
Rougemont, donne à son église métropolitaine tous les revenus 
de l'église de Bourogne; il décide que la desserte de cette 
dernière sera confiée à un vicaire perpétuel qui aura pour 
honoraires la moitié de tous les fruits et revenus ; que l'autre 
moitié sera employée à- perpétuité aux distributions journa- 
lières faites aux chanoines de Saint-Etienne. 

En 1325, le 23 février, Richard de Morimont dispose en 
faveur de son épouse, à titre de douaire, de son fief de Bou- 
rogne, qu'il tient de Richard, comte de La Roche. 

En 1333, les héritiers Levacile, de Bourogne, rendent foi et 
hommage au marquis de Bade, en raison de ce qu'ils tiennent 
en fief dans cette localité. 

Le 12 août 1343, nous rencontrons un Jean de Bourogne au 
nombre des chanoines du chapitre de Saint-Ursanne et, le 



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92 BOUROGNE 

23 août 1366, un Renaud de Bourogne parmi les témoins d'une 
vente de biens censaux. 

En 1347, Bourogne échoit à Ursule de Ferrette, comtesse de 
Hohenberg, dans le partage de la succession de sa mère, Jeanne 
de Montbéliard, veuve d'Ulrich de Ferrette, marquise de 
Bade. 

En 1350, Albert d'Autriche rachète Bourogne qui passe défi- 
nitivement des mains de sa belle-sœur Ursule en celles de la 
maison d'Autriche. 

Dans son lUustrata, Schœpflin dit que Bourogne dépendait 
du « Domaine de Délie »; que la moitié du village relevait des 
Brinighoffen ; que son tribunal se composait de cinq asses- 
seurs, délégués par la maison d'Autriche, de deux délégués 
par les Brinighoflfen, et d'un nombre égal nommés par le maire 
autrichien ou Langmeyer. 

Pour donner aux points de repère qui précèdent un sens 
plus général, il faut remonter les siècles et tirer des faits 
principaux caractérisant le passé historique du territoire les 
conclusions qu'ils nous paraissent comporter. 

Une partie du ban de Bourogne fut probablement comprise 
dans le rayon accordé, en 728, à l'abbaye de Murbach, par le 
duc Eberhard d'Alsace ; Bourogne, rive gauche de la Bour- 
beuse, était l'extrême limite ouest des terres dont cette abbaye 
fut dotée. A la fondation du comté de Montbéliard, c'est-à-dire 
en 1024, le castel du moyen-âge sortit des ruines de l'établis- 
sement romain et fut placé à Bourogne-rive droite; il appartint 
au comté de Montbéliard; en 1235, les landgraves de la Haute- 
Alsace, étant rentrés en possession de la partie résignée à 
l'empiï^e par l'abbaye de Murbach, y établirent leur mairie, 
ayant à sa tête un langmeyer = maire seigneurial, représentant 
le suzerain; en 1299, la partie de Bourogne située au comté 
de Montbéliard fut assignée, par préciput, à Jeanne de Mont- 
béliard, lorsqu'elle devint l'épouse d'Ulrich II, comte de Fer- 
rette ; celui-ci ou ses successeurs ne tardèrent pas à inféoder 
cette partie à la famille des Brinighoffen, leurs ministériaux, 



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BOUROGNE 93 

suzerains directs, les landgraves de la maison d'Autriche et, 
quant au domaine utile d'une partie de la commune, aux 
vassaux des comtes de Ferrette, les Brinighoflfen, tandis que 
l'église et le domaine ecclésiastique relevaient de l'archevêché 
de Besançon. 

Quant à l'intervention du marquis de Bade, en 1333, elle 
s'explique par le fait que Jeanne, devenue veuve du comte de 
Ferrette, avait épousé en secondes noces ledit marquis de 
Bade et que, Jeanne étant entrée, en 1333, en possession défi- 
nitive de son douaire, c'est à son second mari que foi et 
hommage durent être prêtés par les héritiers qui faisaient 
reprise du fief. C'est vraisemblablement de cette famille 
qu'étaient issus Jean et Renaud de Bourogne, dont il est fait 
mention aux dates de 1343 et 1366. 

L'organisation administrative et judiciaire, décrite par 
Schœpflin, était assez singulière; l'exposé sommaire qui 
précède permet de se rendre compte des causes qui l'avaient 
successivement engendrée. 

Sous cette administration, le nom de Bourogne figure 
presque toujours dans les pièces sous la désignation de Bœll 
ou Boringen. 

Bourogne eut certainement beaucoup à soufifrir dans les 
guerres fréquentes de comté à comté, de seigneur à seigneur 
et, plus tard, dans les invasions d'Arnaud de Cervole et 
d'Enguerrand de Cucy, puis par l'invasion suédoise et 
l'occupation du pays, jusqu'après le traité de 1648, qui rendit 
l'Alsace à la France. Son voisinage du comté de Montbéliard 
lui valut même en 1676, au mois de septembre, la présence 
assez prolongée de l'armée du général Duplessis-Pralin et de 
Vaubrun, gouverneur d'Alsace, qui investissaient Montbéliard, 
préludant ainsi à la réunion de ce comté à la France, cession 
qui fut définitivement acquise en 1748, par la renonciation 
que le duc de Wurtemberg donna à Versailles. 

Il faut croire qu'après 1648, les Brinighoffen ou leurs ayants 
droit conservèrent encore le fief dont ils étaient en possession 
depuis plusieurs siècles; car quand, en 1697, l'armoriai général 



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M BBAGE 

de France commença à être établi, Bourogne, seigneurie, s'y 
fit porter aux armes des BrinighoflFen: 

D'argent à une pointe de gueules. (Voy. N° 4 des planches.) 

Quant à la conmiunauté des habitants, elle prit les sui- 
vantes : 

D'azur à un mouton d'argent, surmonté de la lettre B d'or. 
(Voy. N° 5 des planches.) * 

Au commencement de ce siècle, Bourogne comptait 606 habi- 
tants. Le recensement de 1876 lui en attribue 1025. 

Bourogne appartient au canton de Délie. Distances légales, 

1 myriamètre jusqu'au chef-lieu de canton et 1 myriamètre 

2 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Brace. — Village détruit. — A l'endroit où ce village était 
assis, avait existé à l'époque gallo-romaine une agglomération 
d'habitants formant une station militaire, un village, peut-être 
même une ville. On y a découvert, au commencement de ce 
siècle, d'assez nombreuses substructions qui étaient les fonda- 
tions d'édifices détruits et dont la tradition locale ne reflétait 
pas le moindre souvenir. Mais, peu à peu, les monnaies nom- 
breuses que l'on exhumait ont attiré l'attention des curieux; 
et tandis que ces richesses historiques s'éparpillaient entre 
des mains indiJBférentes, le sentiment public a fini par exprimer 
la pensée que ces découvertes, dues au hasard, étaient la 
preuve qu'anciennement il y avait eu sur ce sol un certain 
nombre de maisons disparues. 

La découverte de la villa d'Offemont, en 1841, est venu ren- 
forcer le sentiment public à l'égard de Brace, et de nouvelles 
découvertes de monnaies, de statuettes en bronze, de vases, 
de fragments de poterie et une pierre sculptée représentant 
un cavalier romain, ont porté l'opinion à admettre sans 
conteste qu'en effet il y a eu à Brace, dans les anciens temps, 
tout un système de constructions. 



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BRAGE 95 

OÙ elle se trouve aujourd'hui définitivement installée dans la 
collection lapidaire. 

A ces preuves, qui justifient l'opinion toute moderne à 
l'endroit de l'existence d'un établissement gallo-romain sur 
ce point, nous ajouterons qu'une route, une via vidnalis tout 
au moins, devait le rattacher, au Sud : à la voie secondaire ou 
transversale qui se détachait vers Dambenois de la grande 
voie militaire de Mandeure au Ehin, se dirigeant vers Rouge- 
mont par Vourvenans et Perouse, et au Nord: à la grande voie 
longeant le pied de la montagne et conduisant à Langres ou 
au pays des Lingons. En outre, il est hors de doute qu'une 
voie semblable, ou au moins une via ruralis, mettait cet 
établissement en communication avec la villa d'Offemont. 

Ce point établi, on admettra avec nous que l'établissement 
de Brace périt en même temps que la villa d'Offemont sous le 
flot des invasions barbares à la fin du V* et dans le cours du 
VP siècle. 

Mais des découvertes toutes récentes nous portent à croire 
qu'une partie des envahisseurs s'y fixa en utilisant les ruines 
que la première irruption avait laissées debout ; de sorte que, 
dans cette hypothèse, l'établissement gallo-romain aurait été 
restauré, jusqu'à un certain point, dans les derniers temps des 
invasions alémanes. 

Les fouilles pratiquées en 1874 dans le périmètre de Brace, 
pour extraire du sable, ont mis à découvert des ossements, 
des objets en bronze et en fer, très oxydés. L'attention de 
quelques archéologues fut appelée sur ce fait et des fouilles 
spéciales ayant été faites, on retira des diverses sépultures 
explorées une assez grande quantité d'objets identiques à ceux 
que les premiers ouvriers avaient dispersés. Ces objets con- 
sistent en bracelets, en boucles d'oreilles en bronze, en grains 
de collier oîi l'ambre abonde, en vases de terre cuite, vitrifiés 
ou émaUlés, en lames de fer de diverses dimensions, en boucles 
et plaques de ceinturon damasquinées ou barbariquées, en 
longues épées et en une hache ou francisque bien caractérisée. 
Ces objets sont au musée de Belfort et la nécropole, dont une 



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96 BRAGE 

minime partie a été fouillée, en renferme sans doute encore 
une très grande quantité. ^ 

Les exhumations ont donc produit des objets celtiques ou 
gallo-romains, des armes barbares et burgondes et des armes 
franques. Ces témoins et l'étendue de la nécropole tendent à 
faire penser qu'avant ou après la victoire des Francs à Tolbiac, 
une rencontre de ceux-ci avec les Alémans eut lieu à Brace 
et que les victimes de la rencontre y furent enterrées. De sorte 
que les restes du premier et le second établissement auraient 
péri vers l'an 662 et qu'ils ne se seraient plus relevés de leurs 
ruines, a-t-on pensé jusqu'à nos jours. 

C'est une erreur : Brace sortit de bonne heure de ses cendres, 
car au XIP siècle c'était une commune d'une certaine impor- 
tance. Dans une charte du chevalier Otton d'Achenans, dont 
la date, dit M. Ed. Tuefferd, est rigoureusement fixée entre 
1165 et 1170, on trouve parmi les témoins WUlielmiœ viUims 
BraceliSj Guillaume, maire de Brace. 

En 1196, l'église de Brace appartenait à l'églige collégiale 
de Montbéliard. Cela résulte d'une bulle du pape Célestin III, 
portant confirmation des possessions de cette collégiale et 
citant ladite église de Brace, ecclesia Bracelis, au nombre de 
ses possessions. 

Enfin, on 1223, Brace existait encore, car nous trouvons 
Richard de Brace parmi les témoins d'une charte de l'arche- 
vêque de Besançon, confirmant une donation des lieux de 
Dalotte et Taillecourt, faite à l'abbaye de Lucelle par le comte 
de Montbéliard. 

Ainsi, nous pouvons conclure que le village ou le bourg de 
Brace existait encore en 1223, puisque nous rencontrons, dans 
le titre qui précède, soit son maire, soit son baneret, Richard 
de Brace. 

A quelle époque ce village ou ce bourg a-t-il disparu? c'est 
ce que nous allons rechercher en examinant un point délicat 
de l'histoire locale. 

Depuis la constitution du comté de Ferrette, les deux 



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BRAGE 97 

des deux comtés. Au commencement du XIIP siècle , c'est- 
à-dire à l'époque oîi nous rencontrons la dernière trace de 
Brace (1223), Frédéric II, comte de Ferrette, était en hostilité 
ouverte avec Eichard, comte de Montbéliard. Le sujet de ces 
hostilités était les droits que Frédéric II revendiquait sur 
Belfort, du chef de son aïeul paternel Frédéric I", comte de 
Ferrette. Pour assurer la revendication, il occupait le château 
de Montfortet, à l'époque où nous sommes, les hostilités 
étaient ouvertes entre lui et Richard de Montbéliard qui lui 
contestait ces droits. Cette querelle, et la guerre qui en fut la 
suite, fut terminée en 1226 par un traité dû à la médiation du 
beau-frère de Frédéric de Ferrette, Conrad d'Aurach, cardinal 
de Sainte-Rufine, évêque de Porto et légat apostolique. Le 
traité fut conclu le 15 mai 1226, à Grandvillars. 

Il résulte de ce traité : V que Thierry, fils aîné de Richard, 
comte de Montbéliard, épouserait dans deux ans Alix, fille de 
Frédéric II de Ferrette; 2° que Frédéric donnerait 500 marcs 
en dot à sa fille et, en garantie jusqu'au paiement intégral, la 
prévôté de Traubach et l'avouerie de Lure; 3** qu'aussi long- 
temps que Frédéric de Ferrette laissera subsister le château de 
Montfort, il abandonnera à Richard de Montbéliard l'avouerie 
de Délie, ou lui paiera 200 marcs pour conserver ledit château 
de Montfort; 4° que, moyennant l'exécution de ces conventions, 
Frédéric, comte de Ferrette, et avec le consentement de ses 
fils Ulric et Louis, abandonne à Richard, comte de Mont- 
béliard, toutes ses prétentions sur la forteresse de Belfort, de 
telle sorte qu'il n'y ait plus de contestations à ce sujet. Le texte 
de ce traité se trouve dans Schœpflin {AU. dvp., 1 1, p. 355). 

Le château de Montfort fut démoli, car nous voyons que les 
Ferrette étaient rentrés dans la possession de l'avouerie de 
Délie, quelques années après le traité. (Voy. DeUe.) 

Où était situé le château de Montfort? C'est ce qu'aucun 
document n'indique. Dans une note de son histoire inédite des 
comtes de Montbéliard, M. E. Tueffert dit: « qu'il était proba- 
blement construit dans cet endroit situé au-dessus de Belfort, 
où se trouvent des vestiges de murailles, appelés Pierre de la 
Miotte. 

7 



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96 BBAGE 

Nous partageons ce sentiment. On trouve à Belfort des 
dessins représentant la Miotte avant sa transformation par 
le colonel Bellonet. C'était tout simplement un pan de mur 
que la main du démolisseur et le temps avaient respecté et 
que l'on peut considérer comme une dernière miette du château 
de Montfort élevé par les Ferrette en face du donjon de la 
Roche, élevé par les Montbéliard. 

Un rapprochement d'un autre genre semble venir à l'appui 
de cette induction. 

Dès leur arrivée au comté de Montbéliard-Ferrette, les 
membres de cette famille se vouèrent à la fondation des 
églises et des maisons religieuses. Saint-Morand d'Altkirch est 
leur œuvre. La première chapelle dont le monastère prit la 
place fut dédiée à SaintrChristophe et remonte vrais.embla- 
blement à l'époque où Louis de Mousson, comte de Mont- 
béliard-Ferrette, faisait du donjon d'Altkirch sa résidence de 
prédilection. Entre les années 1048 et 1066, Hugo, abbé de 
Cluny, s'y trouvait aussi avec le comte Louis, et c'est alors 
que le monastère fut fondé, que la chapelle s'éleva et fut 
placée sous l'invocation de SaintrCristophe. Les moines fran- 
çais envoyés au pays des Rauraques, dont ils ne connaissaient 
pas la langue, furent remplacés par SaintrMorand que l'on 
fit venir des environs de Worms, et c'est de son apostolat que 
le monastère prit le nom qu'il porte encore de nos jours. 

Quant à Saint-Christophe, il demeura le patron de la vieille 
église autour de laquelle la ville s'est formée. Or, l'église de 
Brace était sous la même invocation, et nous inclinons à 
penser que sa fondation est contemporaine de celle d'Altkirch 
et qu'elle est due à la même initiative, à la même pensée ; de 
sorte que, dans les premiers temps, l'égUse de Brace aurait 
été sœur ou filiale d'Altkirch. Placée sous la même domination 
temporelle et la même direction spirituelle, il existait entre 
elles un lien étroit de parenté qui se relâcha quelque peu 
lorsque le comté de Montbéliard-Ferrette fut divisé en deux 
comtés distincts, c'est-à-dire en 1125. 



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BREBOTTE 99 

revendication par les armes et Brace, placé à égale distance 
du château de Montfort et du château de la Roche, serait 
devenu le point de rencontre de l'armée de Frédéric de 
Ferrette avec celle de Richard de Montbéliard. 

Ce serait alors dans ce conflit que Brace aurait de nouveau 
été dévasté et que, plus tard, la chapelle de Saint-Cristophe, 
placée au milieu du cimetière, se serait relevée sur les ruines 
de la première pour demeurer, jusqu'aujourd'hui, le cimetière 
du nouveau bourg qui s'est formé, dans le même temps, au 
piçd et sous la protection du château de la Roche. 

Ce qui est certain et demeure acquis, c'est qu'à partir 
de 1223 le village ou le bourg de Brace ne se rencontre plus 
dans les titres et que, dès 1226, il disparut pour se fondre dans 
le bourg de pelfort en création. 

Saint-Christophe demeura le patron du nouveau bourg 
jusqu'en 1342, c'est-à-dire jusqu'au moment où une nouvelle 
intervention princière lui aura substitué le patronage de Saint- 
Denis et de la Vierge Marie. (Voy. Belfort) 

Cependant un vague souvenir portera le chapitre à le 
conserver sur le sceau de ses actes. 

Ainsi s'explique ce que Schœpflin disait à ce sujet au siècle 
dernier : « Une tradition incertaine veut que l'église de Saint- 
Christophe, vulgairement appelée Brasse, ait été l'ancienne 
église paroissiale. » 

Brebotte. — Quand Ermentrude fonda le prieuré de 
Froidefontaine, Brebotte fut compris dans la dotation affectée 
à ce prieuré: on lit en effet le nom de Brebotte dans les 
chartes de fondation et de dotation du 8 mars 1105. 

Rien n'indique si, à cette époque reculée, Brebotte avait 
ou non une église, voire même une chapelle, ni de quelleparoisse 
et de quelle mairie ce hameau ou cette commune dépendait. 
S'il est permis de juger par induction, nous dirons que, étant 
compris avec Grosne et autres villages dans la charte de 
dotation, Brebotte était alors de la paroisse et de la mairie de 
Grosne. 

Brebotte demeura vraisemblablement dans cette condition 



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100 BBETAGNE 

jusqu'à l'époque où Grosne et ses annexes furent incorporés 
au comté de Ferrette. 

Au milieu du XV' siècle, Brebotte avait un chapelain, car 
nous le trouvons taxé à 2 marcs d'argent envers l'évêché de 
Bâle dont il relevait. 

C'est vraisemblablement à la même époque, 1441 à 1469, 
que la chapelle fut détachée de son ancienne paroisse pour 
être érigée en église paroissiale, filiale de celle de Jeune-Mon- 
treux. Cette église fut placée sous l'invocation de Saint-Etienne, 
premier martyr. Elle avait deux autels collatéraux, l'un dédié 
à Saint-Nicolas avec une chapellenie fondée, l'autre à la vierge. 
Le recteur ou curé de Jeune-Montreux était coUateur de 
cette église. 

Cet état de choses a duré jusqu'à la Révolution. A partir de 
cette époque, l'église de Brebotte, assez pittoresquement située, 
est demeurée veuve d'un curé à résidence et était desservie 
par le curé de Jeune-Montreux. Erigée de nouveau en paroisse 
en 18..., Brebotte est aujourd'hui dans la condition de toutes 
les autres églises. 

Sous la domination autrichienne le nom français de Bre- 
botte est devenu le nom allemand de Bntderhach. 

Au commencement de ce siècle Brebotte avait 273 habi- 
tants ; il en a aujourd'hui 270 suivant le dernier recensement. 

Brebotte appartient au canton de Délie, dont la distance 
légale est de 1 myriamètre 1 kilomètre ; de cette commune à 
l^elfort il y a 1 myriamètre 3 kilomètres. 

Bretagne. — Ce village qui dépendait du domaine de 
Montreux-Château, dont il est très rapproché, n'a pas d'his- 
toire particulière. Son passé et son origine se rattachent à 
l'histoire de son chef-lieu. (Voy. Montreux-Château.) 

L'administration autrichienne a traduit le nom français en 
celui de Brett. 

Bretagne n'a pas d'église. Sa paroisse est Montreux-Château. 

Au commencement de ce siècle il y avait 271 habitants ; le 
dernier recensement en a compté 272. 



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BRBYVAL — BUC — OHARMOIS 101 

1 myriamètre 1 kilomètre; cette distance est de 1 myriamètre 
4 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Breyval. — Non loin de Meroux se trouve une forêt qui 
porte le nom de Breyvà = Breyval. C'est au milieu de cette 
forêt qu'aurait, d'après la tradition, existé un château. 

Ce château aurait été détruit en 1663 par l'armée suédoise 
à la suite du soulèvement des campagnes autour de Belfort et 
dans le reste du Sundgau. Selon toute vraisemblance la des- 
truction dont il s'agit aurait suivi de près le massacre des 
insurgés entre Danjoutin, le bois de la Perche et Vézelois où 
une résistance suprême éloignai du village les Suédois qui 
portèrent un peu plus loin les ravages de la guerre. (Voy. 
Vézelois.) 

Bue. — Ce village dont nous ne trouvons aucune mention 
avant 1347, formait une mairie de la prévôté de Belfort, avec 
une partie d'un village voisin, Mandrevillar qui est dans la 
Haute-Saône. La population catholique de Mandrevillar était 
encore au siècle dernier dans l'usage de fréquenter l'église de 
Bue. L'autorité ecclésiastique l'avait toléré jusqu'alors. Sa 
population, réduite jusqu'en 1347 à l'état de servage, fut affran- 
chie par Adélaïde, marquise de Bade quand, à la mort de sa 
mère, Bue lui échut dans le partage de la succession. 

Sous la domination de la maison d'Autriche, le nom fran- 
çais fut converti en celui de Birr. 

En 1650 la mortalité avait été si grande dans ces parages 
que l'église de cette commune manquait de curé. Le prévôt 
du chapitre de Belfort desservit cette paroisse, en même 
temps que celle d'Essert, qui se trouvait dans le même cas. 

Au commencement de ce siècle Bue avait 118 habitants ; il 
en compte aujourd'hui 171, accusés par le dernier recensement. 

Bue appartient au canton de Belfort dont la distance légale 
est de 6 kilomètres. 

Char mois. — En 1105 ce village, voisin de Froidefontaine, 
est compris dans la charte de dotation du prieuré. 



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102 GHATENOIS 

En 1317 on trouve déjà son nom français exprimé en alle- 
mand par celui de ZamwiUer. 

Charmois dépendait de la mairie de Froidefontaine et était 
justiciable du prieuré pour la moyenne justice, et du maire 
des archiducs d'Autriche pour les cas ressortissant à la justice 
supérieure. 

Dans des lettres d'investiture données en 1500 à Nicolas 
Tuilier, Charmois est cité comme faisant partie de la baronnie 
de Montjoie. 

Au commencement de ce siècle on comptait 200 habitants 
dans ce village ; le dernier recensement lui en attribue 204. 

Charmois appartient au canton de Belfort. La distance légale 
de cette commune à son chef-lieu de canton est de 1 myria- 
mètre 1 kilomètre. 

Châtenois. — Une charte du 5 janvier 1147 fournit la 
mention la plus ancienne que nous rencontrions concernant 
cette commune. Humbert, archevêque de Besançon, confirme 
au prieuré de Lanthenans (Lanthène, au comté de Montbéliard) 
les diverses possessions dont il est en jouissance. L'église 
de Châtenois est désignée comme faisant partie de ces 
possessions. 

Que signifie au cas particulier l'église de Châtenois? C'était 
sans doute le prieuré d'Augustins qui existait alors et qui 
dépendait de celui de Lanthenans. Le prieuré de Châtenois 
aurait donc constitué l'église paroissiale de cette commune et 
d'autres du voisinage. Une bulle du pape Alexandre III, 
du 4 mai 1177, ratifie la confirmation de l'archevêque et consé- 
quemment la dépendance de l'église de Châtenois de celle de 
Lanthenans et du diocèse de Besançon. 

Nous n'avons aucune indication relative à la date de la 
fondation du prieuré; mais ce qui précède permet d'afltener 
que Châtenois-commune existait depuis bien longtemps avant 
le XIP siècle, probablement • avec une chapelle qui fut le 



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CHATENOIS 103 

comté, le 15 mai 1282, Alard de CMtenois tenait ce village en 
fief. Cet Alard est le premier des membres de la famille de 
Châtenois dont les documents à notre disposition révèlent 
l'existence. 

En 1300, le prieur de Châtenois eut des difficultés avec 
Jean-de-la-Roche, prieur de Lanthenans. Au mois de mai, ce 
dernier fit arrêter le prieur de Châtenois et le fit conduii-e 
dans ses prison^. Le seigneur séculier, Renaud de Bourgogne, 
comte de MontbéUard, un vaillant homme cependant, paraît ne 
pas être intervenu dans cette querelle, par la raison probable 
que l'objet de la mésintelligence était du ressort de la juridic- 
tion ecclésiastique. Ce sont les foudres de l'église qui frap- 
pèrent d'abord le prieur de Lanthenans ; mais elles n'eurent 
point la vertu de lui arracher son prisonnier. Il fallut, pour le 
délivrer, l'intervention du chapitre métropolitain et un procès 
en règle devant cette haute juridiction. Le prieur de Lanthe- 
nans comparut et fut condamné à rendre son frère de Châte- 
nois à la liberté et à payer 200 livres estevenantes, à titre de 
dommages-intérêts, au seigneur séculier, le comte de Mont- 
béUard. Le prieur de Châtenois fut rendu à sa paroisse au 
mois d'avril 1301. 

Au commencement du XIV* siècle, Châtenois était le chef- 
lieu d'une mairie considérable du comté de Montbéliard. Cette 
mairie se composait des communes de Châtenois, Bermont, 
Oye, Villars-le-sec, Vourvenans, Brongniard, Dampierre-outre- 
bois et Nommay. Deux de ces communes sont détruites, Oye 
et Villars-le-sec; trois autres, Brongniard, Dampierre et 
Nommay furent partiellement distraites de cette mairie, pour 
être plus tard échangées contre des parties équivalentes de 
trois autres communes, ainsi qu'on le verra plus loin. 

Le 7 décembre 1333, Raoul Hess, marquis de Bade, époux 
de Jeanne de Montbéliard, veuve d'Ulrich de Ferrette, se ren- 
contre à Châtenois avec Henri de Montfaucon, comte de Mont- 
béliard, son beau-frère, pour régler le partage de leurs poses- 
sions et de leurs fiefs. C'est à la suite du règlement intervenu 
dans cette entrevue que le fief de Vendelincourt demeura à 



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104 GHATENOIS 

Henri de Montfaucon, avec une partie des trois communes de 
Brongniard, Dampierre et Nommay, 

Cette mairie paraît avoir embrassé encore trois autres 
communes, Bavilliers, Cravanche et Botans, qui dépendaient 
dans le principe de la terre de Belfort, devenue possession de 
Jeanne, en 1333. Elle aurait ainsi formé pendant à la grande 
mairie de l'Assise qui embrassait les lieux de la rive gauche 
de la Savoureuse jusqu'à Trétudans, tandis que la grande 
mairie de Châtenois comprenait les lieux de la rive droite 
formant « la justice des onze villes », citée pour la première 
fois par M. Stoffel. 

Mais en 1347, cette organisation dut subir quelque modifi- 
cation à la suite du partage de la succession paternelle de 
Jeanne de Montbéliard entre ses quatre filles. La partie 
supérieure du château de Belfort, avec Bavilliers, Cravanche 
et Botans, étant échue à Ursule, comtesse de Hohenberg, la 
grande mairie de Châtenois dut être momentanément privée 
de ces trois communes, dont elle aura toutefois repris posses- 
sion en 1350-51, c'est-à-di^-e lorsque l'archiduc Albert d'Au- 
triche, comte de Ferrette, eut racheté la part d'Ursule, sa 
belle-sœur, pour l'incorporer définitivement au comté de 
Ferrette et aux possessions antérieures de l'Autriche. 

En 1386, le 27 février, nous rencontrons l'écuyer Gauthier 
de Châtenois parmi les témoins d'un acte constituant le 
douaire d'une Vergy, épouse d'un Montjoie. La famille de 
Châtenois, dont nous avons rencontré un membre en 1282, 
existait donc encore un siècle plus tard. 

En 1435, le prieuré de Châtenois est distrait de la dépen- 
dance du prieuré de Lanthenans et réuni à la collégiale de 
Montbéliard. Cette réunion à la collégiale nous paraît avoir 
duré jusqu'à la fin du XVI* siècle, et c'est aussi à cette époque 
que le prieuré a été dissous et son église sécularisée. Le 
premier curé fut Nicolas Miget, de 1584 à 1591; il eut pour 
successeur Jean Bourquin, de 1591 à 1608. C'est sous le curé 
Bourquin qu'intervint, en 1603, une déclaration de la régence 
de Montbéliard à rencontre des particuliers de Châtenois 
restés sujets du comté. Cette déclaration porte : qu'ils sont 



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CHATENOIS 105 

reconnus paroissiens de l'église de Dambenois et que c'est au 
temple de cette commune qu'ils doivent assister au service 
divin. 

Au curé Bourquin succédèrent : en 1608 jusqu'en 1651, 
Henri Joviat; Jean Joviat, de 1651 à 1658; Jacques Vaucler, 
de 1658 à 1664; cinq curés dont on n'a pas conservé les noms, 
excepté celui de Jean-Pierre Keller, de 1664 à 1678; Pierre 
Arnoux, de 1678 à 1690; il fut spécialement chargé de la 
desserte de Saint-Ambroise de Banvillars; Pierre Jacoutot, de 
1690 à 1709; Jacques Anthoine, de 1710 à 1716; Hodelain, 
de 1717 à 1730; Vaudry, de 1730 à 1743; et Jacques Petiot, 
de 1744 à 1766. 

De même que les comtes de Montbéliard avaient conservé 
des droits à Châtenois, Dorans et Botans, les comtes de Fer- 
rette, ou mieux la maison d'Autriche en avait conservés à 
Brongnard, Dampierre-outre-bois et Nommay. Après le retour 
de l'Alsace à la France, cette situation fut moditiée. Le 6 juin 
1696, la duchesse de Mazarin, dame de Belfort, reçut du duc 
de Wurtemberg ceux qui lui appartenaient dans les trois 
communes de Châtenois, Dorans et Botans, en échange de 
ceux que la duchesse possédait à Brongnard, Dampierre et 
Nommay. 

Quant aux agrandissements de la commune de Châtenois 
par la disparition de deux villages voisins, voyez Oye et 
Villars-le-sec. 

Dans l'armoriai général de France, Châtenois se fit inscrire 
aux armes suivantes : 

D'azur à trais tours d'or, deux et une. (Voy. N° 13 des 
planches.) 

Dans les derniers temps, il y avait à Châtenois des hauts- 
fourneaux qui étaient alimentés par le minerai en grains 
recueilli sur les finages de Roppe, Chévremont, Perouse, 
Andelnans, Vezelois, Leuppe et Danjoutin. Il en existait encore 
dans la première moitié de ce siècle. 

En 1803, Châtenois avait une population de 752 habitants ; 
on y en compte 1020 d'après le dernier recensement. 



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106 CHAUX 

Châtenois appartient au canton de Belfort, dont la distance 
légale est de 1 myriamètre. 

Chaux. — L'existence de cette commune remonte certai- 
nement à des temps bien antérieurs à la date où le premier 
document écrit la fait apparaître; le portail de son église, dont 
la vieille nef a disparu, suffirait pour le prouver. Le document 
écrit auquel nous faisons allusion est une charte par laquelle 
Bourcard de Sancey fait, en faveur de l'abbaye de Lucelle, 
l'abandon d'un bien à Courtemautruy. Un Henri, curé de 
Chaux, est au nombre des témoins de cette charte qui porte 
la date de 1219. Or, le portail de l'église est certainement 
d'un ou deux siècles antérieur. Il remonte probablement au 
commencement du XI* siècle et, dans ce cas, il serait contem- 
porain de la fondation de la seigneurie du Rosemont ou du 
comté de Montbéliard-Ferrette (1024), si toutefois il ne 
convient pas de le faire remonter à une date plus reculée, 
c'est-à-dire au règne des derniers comtes du Sundgau et de 
l'Elsgau. 

Quoi qu'il en soit. Chaux fut de bonne heure une des plus 
importantes localités de la seigneurie du Rosemont. Il était 
chef-lieu qualifié de mairie du HautrRosemont ou du Val. 
Cette mairie embrassait les communes de Chaux (chef-lieu), La 
Chapelle-sous-Chaux, Eloie, Evette, Giromagny, Grosmagny, 
Lepuix, Rougegoiîtte, Vescemont, Sermagny et Valdoie. Elle 
était administrée par le représentant du comte de Montbéliard 
ou le lieutenant du Rosemont. 

Dès l'origine de la seigneurie. Chaux a été le siège de la 
justice d'appel des sentences rendues, en matière civile, par 
les basses-justices des localités composant la mairie. La justice 
du château dominait ces deux degrés; elle connaissait des cas 
criminels, et c'est au Rosemont que l'on exécutait les 
sentences. 

En 1333, Chaux passa, avec la seigneurie, au comté de Fer- 



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CHAUX 107 

Ferrette, épouse de l'archiduc Albert d'Autriche. (Voy, Bose- 
mont) 

C'est de cette époque que paraît dater la traduction du nom 
français Chaux en celui de Tscha, dénomination que l'on peut 
prendre pour être teutonne et qui a été conservée intacte 
jusqu'à nos jours dans l'idiome populaire du pays. 

En 1427, nous rencontrons encore le nom d'un curé ou d'un 
vicaire de Chaux, c'est celui d'Etienne Rotent, qui figure 
comme témoin dans une vente concernant des biens étrangers 
à l'histoire de la contrée. 

Chaux a eu beaucoup à souffrir à l'époque héroïque de la 
féodalité et aussi dans les temps postérieurs, par exemple 
pendant l'invasion suédoise. Un nom, celui de Richard 
Prévost, doit à ce dernier épisode d'être arrivé jusqu'à 
nous. 

De 1632 à 1648, la contrée fut désolée par l'occupation de 
l'armée du Nord. En 1634» les campagnes du Rosemont se 
soulevèrent en même temps que celles des autres parties du 
Sundgau. Richard Prévost paraît avoir été l'âme de l'action; 
c'est chez lui que fut fixé le rendez-vous, et c'est lui qui prit 
la bannière du soulèvement. On se réunit donc chez Richard 
Prévost, et les insurgés tombèrent sur les Suédois, qui rava- 
geaient la contrée et en emportaient de grandes dépouilles. Les 
Suédois furent repoussés vers Belfort et on leur reprit tout le 
butin qu'ils emportaient. Les insurgés étaient bien 15,000, dit 
le chant populaire. Mais, parmi eux, il n'y avait aucun Belfor- 
tain, car tous avaient fui aux premiers moments de l'invasion, 
qui à Montbéliard, qui en d'autres lieux du pays de l'Ajoie. 
C'est ce que le poète du Rosemont laisse deviner, si d'ailleurs 
on n'avait d'autres preuves historiques du fait auquel il fait 
allusion. 

Les environs de Chaux possèdent d'assez nombreux étangs 
et des cantons du nom de vaivre. Dans sa Franche-Comté à 
V époque romaine^ M. Clerc trouve le nom de vaivre caracté- 
ristique, en ce sens que vaivre est synonyme de vouivre, 
animal fantastique de la mythologie romaine. Schœpflin fait 
remarquer au contraire que ce mot semble indiquer l'existence 



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108 CHAVANNE8-LE8-GRANDS 

de viviers, d'étangs ou de lieux peuplés de vouivres, de ser- 
pents ou de couleuvres. 

Au commencement de ce siècle, il y avait à Chaux 509 habi- 
tants; il y en a 616, d'après le dernier recensement. 

Chaux appartient au canton de Giromagny. Il y a 4 kilo- 
mètres de distance légale de cette commune au chef-lieu de 
canton et 9 jusqu'à Belfort 

GhavaiiBes-les-Grraiids. — Si l'on devait composer une 
histoire pour les lieux qui n'en ont pas encore, on serait tenté 
d'admettre que, dans les temps les plus reculés du moyen-âge, 
il y avait, à l'endroit où cette commune était assise, une popu- 
lation qui se logeait dans des cabanes; que ces chétives habi- 
tations, comparées à celles qui existaient sur d'autres points 
du voisinage, furent dans la suite désignées par le nom de 
Cabannes-les-grandes, pour les distinguer des autres; d'où 
leur serait resté le nom de Chavannes-les-grands, lorsqu'elles 
eurent acquis un certain développement et qu'elles entrèrent 
comme unité constitutive dans le domaine féodal. 

Dès les premiers temps de ce régime, Cabannes-les-Grandes 
ou Chavannes-les-Grands fit partie de la terre de Montreux 
ou du domaine de Délie. Son passé historique se rattache ainsi 
à celui du domaine dont il s'agit et aux notices duquel nous 
renvoyons le lecteur. 

A la fin du XIIP siècle, Chavannes-les-Grands avait déjà 
acquis une certaine importance, car nous trouvons au nombre 
des témoins d'une vente faite le 19 janvier 1291, par l'abbé 
d'Œhlenberg au profit de l'abbaye de Lucelle, un Henri de 
Chavannes et son fils. Pour figurer comme témoins dans un 
acte de cette nature, Messieurs de Chavannes devaient certai- 
nement être des personnages de la commune dont ils avaient 
pris le nom. 

Sous la domination des comtes de Ferrette et peut-être déjà 
sous celle des comtes du Sundgau, le nom allemand de ce 
village était Oross-Schaffnat. 



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CHAVANNATTE — CHÊVREMONT 109 

A la 'division des anciennes provinces en départements, 
Chavannes-les-Grands fut rangé dans la circonscription canto- 
nale de Dannemarie, Aujourd'hui, il est rattaché à celle de 
Délie. 

Au commencement de ce siècle, sa population était de 
403 habitants. En 1876, on y en a recensé 459. 

La distance légale de cette commune jusqu'à Belfort est 
de 1 myriamètre 9 kilomètres. 

Ghavannatte. — Ce qui vient d'être dit à propos de 
Chavannes-les-Grands s'applique en partie à Ghavannatte. 
Quoique proche voisine de la première commune, celle-ci 
dépendait de la seigneurie de Florimont. (Voy. la notice.) 

D'un autre côté, Ghavannatte dépendait de la paroisse de 
Suarce. 

En 1685, Ghavannatte devint un fief, dont le comte de 
Reiset était investi. Cette famille a conservé le fief jusqu'à la 
Révolution. 

Gomme Chavannes-les-Grands, Ghavannatte appartenait au 
canton de Dannemarie, et aujourd'hui il est rattaché au canton 
de Délie. 

Sa population était de 200 habitants en 1803, et en 1876 on 
y en a recensé 174. 

Distance légale jusqu'à Belfort, 2 myriamètres 1 kilomètre. 

diévremont. — Ce village ayant été compris dans la 
circonscription de l'Assise ou de la terre du château de Bel- 
fort, on peut admettre qu'il existait bien avant la construction 
de la forteresse. Dos indices historiques permettent de dire 
que, dans ces temps reculés, Chévremont se composait de 
chétives habitations à chacune desquelles était dévolue une 
parcelle du sol qui devait plus tard former le village et son 
ban. Comparativement à d'autres centres rudimentaires du 
voisinage, Chévremont avait, au XI'' siècle déjà, une certaine 
supériorité, car il fut tout d'abord le chef-lieu de mairie de 
la Haute-Assise, conséquemment sous la dépendance du 
château ou de la prévôté de Belfort. 



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110 CHÊVREMONT 

Mais il faut admettre qu'après le partage du ccfmté de 
Montbéliard-Ferrette, c'est-à-dire après 1125, le premier 
comte de Ferrette y avait conservé une plus grande somme 
de droits que son frère de Montbéliard, puisque Chévremont- 
mairie fut placé sous la dépendance des Ingelsod ou Angeot- 
prévôté. 

A la suite de ce premier arrangement de famille, les inféo- 
dations commencèrent de part et d'autre et c'est ainsi que 
Chévremont ne tarda pas à passer entres diverses mains, 
laïques ou ecclésiastiques, relevant de différents seigneurs. 

En 1105, apparaît déjà un Théodore de Chévremont, comme 
témoin dans les actes de fondation et de dotation du prieuré 
de Froidefontaine. 

Le prieuré de Lanthenans y possédait le tiers de la dîme, 
ainsi que cela résulte d'une bulle du pape Alexandre III, de 
l'année 1177. 

En 1235, nous rencontrons un Jean de Chévremont, comme 
témoin dans une charte concernant le couvent de Saint- 
Léonard de Bâle. -— 1235 est la date la plus reculée où l'on 
trouve le nom de cette commune germanisé : Oeissenherg. 

En 1303, un Pie/re de Bavans qui* tenait en fief, du comte 
de Montbéliard, des biens à Chévremont, meurt sans laisser 
d'héritiers. Un Matrel de Belfort s'adjuge le fief vacant. Mais 
il paraît que cette main-mise fut de courte durée, car nous 
découvrons que la même année le fief, consistant en 40 marcs 
d'argent et un certain nombre d'hommes hypothéqués à Matrel 
par Pierre de Bavans, fit retour au seigneur direct. 

Le fait du partage de la succession de Renaud de Bourgogne, 
comte de Montbéliard, qui s'accomplit en 1332-33, de celle de 
sa fille Jeanne, qui eut lieu en 1347 et du rachat par Albert 
d'Autriche, en 1350-51, de ce qui était advenu à Ursule, 
comtesse de Hohenberg, domine aussi le passé historique de 
Chévremont. (Voy. Belfort) 

Quoique réuni au comté de Ferrette, les comtes de Mont- 
béliard avaient encore des biens à Chévremont vers la fin du 
XIV* siècle. C'est ainsi que, le 27 février 1386, nous rencon- 
trons un Amédée de Saint- Aubin qui déclare tenir en fief, du 



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COURCBLLES 111 

comte de Montbéliard, six familles de Chévremont avec leurs 
maix, plus cinq maix vacants que l'écuyer Girard de Chévre- 
mont tenait de lui en sous-fief. 

La contribution que Chévremont payait, au commencement 
et à la fin du XIV* siècle, aux landgraves de la Haute-Alsace, 
s'élevait à 100 livres au plus et à 60 au moins ; plus, sur deux 
moulins, des cens en blé, avoine, méteil et une poule de 
carnaval. 

Au XV* siècle, l'église de Chévremont payait à l'évêché de 
Bâle, dont elle dépendait, dix marcs par an; plus 4 sous 
2 deniers de droit banal et 3 sous de droit cathédral. 

L'église était placée sous l'invocation de la Sainte Croix. 
Elle avait deux autels latéraux, dont l'un, dédié à Sainte- 
Catherine, avec une chapellenie annexée à l'église de Phaffans 
et dont, en dernier lieu, M. de Klinglin d'Essert avait la coUa- 
ture; l'autre dédié à Sainte-Ursule et aux quatre mille vierges 
et pourvu aussi d'une chapellenie à la coUature du curé. 

Fontenelle faisait et fait encore partie de la paroisse de 
Chévremont. 

L'église actuelle a été bâtie en 1784 par Kléber, alors archi- 
tecte à Belfort. 

Dans l'armoriai général de France, les armoiries de Chévre- 
mont sont : 

TfazwTy à un chevron ^(yr, accompagné en pointe d'une mon- 
tagne de six coupe'aux de même. (Voy. N° 15 des planches.) 

En 1803, la population de cette commune était de 460 habi- 
tants; elle est de 562 d'après le recensement de 1876. 

Chévremont appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
6 kilomètres. 

Gourcelles. — Nous avons vainement cherché des docu- 
ments ou des indications se rapportant à l'origine de cette 
commune. Nous ne pourrions que les déduire de ce que nous 
disons plus loin concernant Florimont, commune voisine. 
Située à proximité de la voie militaire de Mandeure au Rhin, 
Courcelles fut aussi hantée par les Romains, sous la domination 
desquels son nom aurait été Curtis-CeUa. On peut ajouter, 



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113 COURCELLES 

avec plus de certitude peut-être, qu'aux grandes invasions son 
territoire fiit, comme presque toute l'ancienne Rauraice, foulé 
par les Burgondes, dont on a récemment retrouvé des sépul- 
tures. Ajoutons enfin que, dans cette commune, la tradition 
a conservé le souvenir de grandes violences qui y auraient 
été commises par les Suédois. 

Arrivant aux indications puisées dans les documents écrits, 
ce sont encore, comme pour Chévremont, les chartes de fonda- 
tion et de dotation du prieuré de Froidefontaine qui donnent 
la date historique la plus reculée concernant Courcelles. Un 
Léonard de Courcelles figure comme témoin dans les deux 
titres du 8 mars 1105. 

Vers 1170, ce sont Pierre, maire de Courcelles, et son voisin 
Jean de Courcelles, que nous rencontrons parmi les témoins 
d'une donation en faveur de l'abbaye de Bellelay. 

Au XIIP siècle, on trouve à Courcelles, désignée viUa 
Corcellis, un Pierre et un Guillaume de Courcelles. 

En 1291, le 19 janvier, le prévôt du couvent d'Œhlenberg 
vend à l'abbé de Lucelle tous les biens, dépendances, hommes 
et choses, que son couvent possédait à Courcelles et que le 
chevalier Beschler tenait en fief. La vente est faite pour arra- 
cher des mains dudit chevalier le fief et le couvent qu'il 
opprimait. 

En 1293, Ulrich, comte de Ferrette, absout les auteurs de 
tous les actes, querelles et calomnies, qui peuvent atteindre 
les religieux de Lucelle, à l'occasion de la dame Giselle de 
Courcelles et de ses enfants. 

En 1294, Jean et Henri de Gléresse reconnaissent avoir 
vendu à l'abbaye de Lucelle les trois quarts de la dîme à lever 
sur Courcelles. 

En 1303, Courcelles payait une contribution landgravîale 
de 16 livres au plus et de 10 au moins, indépendamment de 
quelques menus cens sur diverses propriétés. 

La même année, un champ situé entre la Foffière et le Bahy 



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COURCEILLES 113 

pour mort sur place. Bourquin fut condamné à faire amende 
honorable, nu-pieds, le dimanche, devant l'église, et à être 
banni de Tévêché. Bourquin n'accepta point la sentence, et 
dès le lendemain il retourna sur le champ pour le labourer. 
Le sire d'Asuel intervint, mais l'affaire ne fut terminée 
qu'en 1315. 

En 1311, le 13 septembre, Jean Gabelat de Courcelles vend 
à l'abbaye de Bellelay le quart d'un pré indivis, l'abbaye pos- 
sédant les trois autres quarts, achetés de Faviette de Lugné. 
Richard, curé de Courcelles, que nous rencontrons souvent, 
est témoin dans l'acte de vente. 

Le 13 décembre de la même année, le même Gabelat vend 
à la même abbaye un autre pré contigu à celui qu'elle possé- 
dait. Le curé Richard est encore témoin. 

En 1313, le 10 mars, le curé Richard est encore témoin dans 
la vente passée, au profit de l'abbaye de Lucelle, par les frères 
du couvent de Hagenbach, des propriétés que ce couvent 
possédait à Le Puits. 

En 1314, le 11 novembre, on trouve encore le curé Richard 
comme témoin de l'amodiation d'une coUonge de Bellelay à 
Buix. 

En 1316, le 9 janvier, Richard est témoin dans une donation 
au profit de l'abbaye de Lucelle, obtenue par l'entremise de 
frère Anselme. 

La même année, le 5 novembre, Richard est de nouveau 
témoin dans un échange concernant Bellelay. 

En 1318, au mois de juillet, le même curé est encore témoin 
dans une donation au profit de Lucelle. 

En 1322, le curé Richard est encore témoin dans une vente 
faite à Huguenin de Boncourt, bourgeois de Florimont. 

Enfin, en 1323, le 25 février, nous rencontrons pour la der- 
nière fois le curé Richard comme témoin dans la vente feite 
à l'abbaye de Bellelay, par Thiébaud de Réchésy, des terres 
qu'il possédait à Joncherey. 

Mais si l'agent Richard manque à l'abbaye de Bellelay, cela 
ne signifie pas que l'abbaye ait cessé de faire des acquisitions, 
des échanges, et de recevoir des donations. En effet : 

8 



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114 COURCELLES 

En 1330, le 21 janvier, la veuve Seirlingat, née MaicMn, de 
Courcelles, vend à l'abbaye de Bellelay quatre pièces de 
terre. 

En 1344, le 4 février, Voinet de Courcelles, prêtre, est 
témoin dans la vente faite à l'abbaye de Bellelay d'une maison 
située à Florimont, par Vernier fils, autrefois prévôt et châ- 
telain de Florimont. 

En 1346, Vuillaume de Courcelles est témoin dans le rôle 
des coUonges de Bellelay à Montignez. 

En 1347, le 11 janvier, Jehan de Courcelles, prêtre, est 
témoin d'une vente faite dans le village de Villars-le-sec, 
canton Fahy. 

Et, le 25 du même mois, nous le trouvons encore conune 
témoin d'une vente faite à Thiébaut de Rocour par des parti- 
culiers de Saint-Ursanne. 

En 1366, le 3 juin, c'est un Jean de Courcelles, curé de 
Florimont, qui figure parmi les patrons et fondateurs de 
l'autel de la confrérie Notre-Dame, dans l'église de Porrentruy. 

En 1370, le 7 juillet, c'est Jean Oison qui est curé de Cour- 
celles et qui, lui aussi, figure comme témoin dans un acte de 
vente. 

De la constitution communale, proprement dite, nous ne 
trouvons aucune mention historique avant 1394. En cette 
année, Courcelles était une mairie qui dépendait de la prévôté 
de Florimont et de la seigneurie de Délie. 

En continuant l'exposé chronologique des faits recueillis, 
nous arrivons au 28 mai 1427, où nous rencontrons un Jean 
Morel de Courcelles, qui hérite de Henri Quelain de Florimont, 
tous les livres de ce dernier, sa robe de perse toute neuve, le 
meilleur de ses « chapirons, un gros pot en métal et un pot 
« d'étain à vin tenant une channe, et ce, purement pour Dieu 
« et qu'il puisse mieux avoir la substance et être promu 
(( es saints-ordres et qu'il soit tenu de prier pour l'ame de 
luy ». 

Enfin, en 1481, le 28 janvier, c'est un Valentin Clerc de 
Courcelles que nous rencontrons au nombre des arbitres 
chargés de vider le différend qui s'était élevé entre l'évêque 



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COURTELEVANT 115 

de Bâle et Farchiduc d'Autriche, au sujet de leurs droits res- 
pectifs sur Boncourt. 

En l'absence d'autres documents concernant l'existence et 
le régime communal de Courcelles. c'est à ce que l'histoire 
nous a laissé, à ce sujet, pour Florimont et Délie, dont Cour- 
celles a successivement dépendu, qu'il faut renvoyer le 
lecteur. 

Au commencement de ce siècle, Courcelles avait 198 habi- 
tants ; elle en a 205, d'après le dernier recensement. 

Courcelles appartient au canton de Délie. Ce village est à 
la distance légale de 8 kilomètres du chef-lieu de canton et de 
2 myriamètres 8 kilomètres de Belfort. 

Gourtelevant. — Ce qui vient d'être dit de l'origine de 
Courcelles peut surtout s'appliquer à Courtelevant. La grande 
voie militaire passait sur son territoire, et la station ou le 
poste établi sur ce point aurait porté le nom de Curtis; après 
la prise de possession du lieu par la langue romane, Curtis 
(cour) aurait été augmenté de la terminaison levant (au 
levant), pour indiquer la situation de ce poste ou de cette 
cour, soit relativement à la forteresse de Florimont, soit 
relativement à Curtis-cella ou Courcelles. Au siècle dernier, 
on prétendait à Courtelevant, en se basant sur un souvenir 
traditionnel, que l'église de cette commune était bien anté- 
rieure à l'église Notre-Dame de Florimont. 

Quant au passé politique de Courtelevant, il se confond avec 
celui de la terre de Florimont. Nous renvoyons le lecteur à la 
notice de cette localité. 

Quant aux faits particuliers, ce sont, comme pour Courcelles, 
les seules archives ecclésiastiques qui fournissent presque tous 
les matériaux susceptibles de servir à l'histoire élémentaire 
de nos communes dans cette partie du territoire de Belfort. 

Ainsi nous trouvons le nom d'un Théodore de Courtelevant 
dans une sentence arbitrale du 9 mai 1262, rendue en faveur 
de l'abbaye de Bellelay; le nom de Pierre, curé de Courtele- 
vant, dans une donation, du 4 novembre 1294, en faveur de la 
même abbaye, et le même curé comme témoin dans une autre 



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116 COURTELEVANT 

donation faite le 15 octobre de la même année, à l'église de 
Grandgourt, par Renaud et Guillaume de Délie. 

A la lin du XIIP siècle, le nom de Courtelevant figure dans 
les titres allemands sous celui de Herbsdorf. 

En 1303, le landgrave de la Haute- Alsace percevait le quart 
des cens de Courtelevant, lequel quart consistait en 9 bichots 
de blé et 9 d'avoine. 

De 1303 à 1313, nous rencontrons, comme témoin, le curé 
de Courtelevant dans un assez grand nombre d'actes concer- 
nant l'achat ou la donation de propriétés en faveur de l'abbaye 
de Bellelay. Le principal de ces actes est du 13 mars 1313; 
les frères du couvent de Hagenbach cèdent à ladite abbaye 
tous les biens qu'ils possèdent à Le Puits. 

Le 14 novembre 1347, réapparaît la petite noblesse locale 
dans la personne de l'écuyer Petermann de Courtelevant, qui 
est témoin dans l'acte d'amodiation d'une terre située à 
Réchésy et qui appartenait à l'abbaye de Bellellay. 

Après le nom du noble, celui d'un chapelain, puis celui d'une 
bienfaitrice de l'endroit : le 9 mars 1357, un nommé Vernat 
était chapelain de l'autel Notre-Dame de Courtelelevant; le 
17 juillet 1363, Bellias, fille de feu Villemin de Courtelevant, 
donne une rente à Notre-Dame de Porrentruy. 

Ainsi, l'église de Courtelevant avait au XIV^ siècle un autel 
dédié à Notre-Dame, avec une chapellenie dont Vernat fut l'un 
des bénéficiaires. 

Le 1" décembre 1429, Jean-Henri de Courtelevant est 
témoin dans la reprise d'un fief. Ce Jean-Henri était probable- 
ment un descendant de l'écuyer Petermann, d'où l'on pourrait 
conclure que cette famille n'était pas éteinte au XV* siècle. 

En 1441, l'église de Courtelevant payait annuellement à 
l'église de Bâle 6 sous de droit cathédral. Elle appartenait au 
décanat de l'Ajoie. 

Notons encore, à la date du 3 décembre 1454, deux anciens 
noms d'habitants de Courtelevant : Jeannette, femme de Jean 



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CRAVANCHE 117 

La population de cette commune était de 278 habitants en 
1803; elle est de 295, d'après le recensement de 1876. 

Courtelevant fait partie du canton de Délie. Distance légale, 
7 kilomètres ; 2 myriamètires 7 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Gravanclie. — On a cherché le Oramatim de l'itinéraire 
d'Antonin à l'endroit où est Cravanche. La science n'a jusqu'à 
présent pas admis cette opinion; elle se tient à celle de 
Schœpflin et autres qui laissent Gramatum à l'endroit où 
l'itinéraire le place, c'est-à-dire entre Mandeure et Oberlarg, 
sur la voie militaire qui, de Lyon, arrivait à Mandeure, et se 
dirigeait de là, en suivant le versant septentrional du Jura, à 
Augtista Eauracorum sur le bord du Rhin, au-dessus de Bâle. 
Or, Cravanche est à 15 kilomètres au moins vers le nord de 
cette voie, dont le tracé est aujourd'hui assez exactement 
reconnu. Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter davantage à l'opi- 
nion que Cravanche serait assis sur les ruines de l'ancien 
Gramatum. 

Cependant, les récentes découvertes d'antiquités romaines 
entre Belfort et Cravanche portent à admettre que le sol de 
cette commune fut aussi hanté par la civilisation romaine. Sa 
proximité de Brace et d'Ofmont, des voies de Banvillars à 
Bavilliers et Danjoutin, de Vourvenans à Brace et plus loin, 
les substructions découvertes par M. le docteur Corbis à la 
Combe-la-Dame de Cravanche même, les fragments de tuileaux 
à rebords et de poterie fine que l'on remarque encore à la sur- 
face du sol qui environne ces substructions, donnent de la 
probabilité au sentiment que la commune moderne a pour 
origine un établissement, peut-être un centre de population 
gallo-romaine, qui aurait aussi été ravagé par le flot des 
invasions barbares. 

D'un autre côté, Schœpflin dit, en citant Gramatum et 
d'autres noms parmi lesquels Cravanche peut être classé, que 
ces noms séquanais dérivent de l'idiome celtique et dénotent 
une origine gauloise et non romaine. Si l'on ajoute à ces 
diverses indications les découvertes récentes faites à la 
caverne du Mont^dont l'entrée est à la Combe-la-Dame même, 



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118 CROIX 

on aura un ensemble d'indices, de points de repère conver- 
gents vers une première conclusion, à savoir : l'origine de 
Cravanche remonte à une haute antiquité. 

Cravanche fut chef-lieu de mairie relevant, dès les premiers 
temps, de la prévôté de Belfort ; Bavilliers dépendait de cette 
mairie; mais, en 1347, Cravanche, étant advenu à Adélaïde, 
marquise de Bade, dans le partage de la succession de sa mère, 
paraît avoir été réuni à la mairie de Châtenois ou à la justice 
des onze villes. Adélaïde s'empressa d'affranchir les serfs 
qu'elle possédait dans cette petite commune. 

Mais, au XV* siècle, une partie de la population était encore 
dans la servitude, comme d'ailleurs en beaucoup d'autres loca- 
lités. Le fait suivant le prouve. 

Jean de Courroux venait d'épouser la fille de Jean de Bon- 
court. Il avait reçu en dot 300 florins « de bon or en comptant 
15 sous de bons este venants par florin ». En garantie de la dot 
dont il s'agit, Jean de Courroux hypothèque « les hommes qu'il 
possède à Cravanche et Valdoie ». L'acte est du 31 mai 1409. 

Cravanche avait son château féodal. Il était près du village. 
Schœpflin le cite parmi ceux qui avaient disparu dans la 
« période germanique ». 

Au commencement de ce siècle, Cravanche avait 140 habi- 
tants; le dernier recensement y en a trouvé 205. 

Cravanche appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
4 kilomètres. 

Croix. — Si l'on doit s'en rapporter à la légende, la com- 
mune de Croix devrait son nom et son origine au martyr de 
Saint Dizier. Au VIP siècle (670-675), le lieu oîi la commune 
est établie n'aurait été qu'un endroit désert, couvert de brous- 
sailles et traversé par un chemin raviné. C'est en cet endroit 
que Saint Dizier et ses compagnons auraient été aâsassinés et 
dépouillés. Nous nous bornons à extraire de la légende le 
passage qui concerne Croix, et renvoyons, pour le surplus, à la 
notice de Saint-Dizier. 

« Mais auparavant (avant de quitter l'oratoire de Saint- 
Martin), il (Saint Dizier) avait dit à beaucoup de fidèles qui 



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CROIX 119 

l'ont entendu : « chers frères, si vous apprenez quelque part 
« que des pèlerins ont été tués, ayez soin de les enterrer dans 
« l'oratoire de Saint-Martin. » 

« Lorsqu'ils (Dizier, Regenfroi et Willibert) furent arrivés 
en cet endroit (lieu de la passion), Dizier prit une baguette 
flexible et, l'ayant pliée en croix, il se prosterna et ordonna à 
ses compagnons de se prosterner aussi. 

« Après la mort de Dizier, cette baguette devint un arbre 
vigoureux ; et moi (le légendaire) et beaucoup d'autres, nous 
l'avons vu debout et pendant de longues années, environ 
quatre-vingts ans ou plus. C'est de là que la commune a pris 
son nom. » 

Si l'histoire ne doit pas mettre en doute le fait de l'assassinat 
et le lieu où il a été commis, on peut dire que l'agglomération 
qui a pris le nom de Croix n'existait pas encore vers la fin du 
VIII* siècle ; mais il y avait certainement sur ces premières 
hauteurs du Jura une population éparse et encore attachée 
aux croyances du passé. Le premier missionnaire paya de sa 
vie la première tentative d'évangélisation directe, et l'événe- 
ment porta ses fruits. La tradition veut qu'une chapelle ait 
été élevée sur ce point, que l'une de ses portes ait été teinte 
du sang du martyr et qu'au pied de l'élévation où ce premier 
édifice chrétien avait été bâti, le village se soit peu à peu 
formé par l'agglomération des néophytes qui le fréquentaient. 

Abandonnant la légende pour arriver à l'histoire nous nous 
trouvons en face d'une lacune de six siècles ; car le premier 
document historique que nous rencontrons est de 1232. En 
cette année, les habitants de la commune de Croix abandonnent 
à l'abbaye de Lucelle la jouissance des pâturages de leur ban 
pour y faire brouter les moutons de l'abbaye pendant vingt- 
huit années. En retour de ce sacrifice, l'abbaye s'oblige à 
réparer, dans cet espace de temps, l'église de Croix qui tom- 
bait en ruines. 

Ce titre prouve donc que Croix avait une église depuis un 
temps indéterminé, et que ce temps remonte à plusieurs siècles 
peut-être, puisqu'elle tombait en ruines en l'année 1232. 

Ulrich, comte de Ferrette, confirma la convention, mais il 



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130 CROIX 

prolongea de neuf années le terme fixé pour la jouissance du 
pâturage et la réparation de l'église. 

Ainsi la vieille église, démolie en 1852, était le berceau du 
christianisme à Croix et, en même temps, l'œuvre réparatrice 
des moines de Lueelle au XIIP siècle, ainsi que le prix des 
sacrifices de la communauté. L'église dont il ne reste plus 
aujourd'hui que l'emplacement, couvert de menus débris de 
démolition, remonterait au IX* siècle, si l'on prend pour l'église 
l'endroit ad crucem, cité par Grandidier. 

Sous le rapport politique. Croix fut, dès ses premiers temps, 
une dépendance de Saint-Dizier et une possession de l'abbaye 
de Murbach, à l'extrémité sud du duché d'Alsace. Croix suivit 
la fortune de la mairie et du domaine dont il .dépendait. Son 
passé se confond donc avec l'histoire du domaine de Délie et 
de la mairie de Saint-Dizier. (Voy. Délie et Saint-Dizier.) 

Croix eut de bonne heure sa famille de basse noblesse ou 
de ministériaux. Nous trouvons en effet parmi les témoins de 
l'acte de 1232, cité précédemment, un Gauthier, un Cunon et 
un Werner de Croix; en 1241, le 17 janvier, un Thierry et un 
Walther ou Gauthier de Croix, également comme témoins dans 
deux chartes dont l'objet est étranger à l'histoire de cette 
conmiune. 

En 1274, au mois d'avril, les droits que l'abbaye de Murbach 
possédait à Croix sont vendus par cette abbaye à Thierry III, 
comte de Montbéliard. 

En 1303, l'église de Croix contribuait avec celle de Délie au 
paiement annuel d'une contribution landgraviale de 30 marcs 
d'argent. 

En 1326, un Huguenin de Saint-Dizier était possessionné 
à Croix; le 28 février, il vend à un chanoine de Saint- 
Hypolite une partie de ses biens et, le 27 février 1330, une 
autre partie à l'abbaye de Bellelay. 

Dans les titres allemands le nom du village de Croix est 
Krutz. 

En 1803, il y avait à Croix 204 habitants; en 1876, on y en a 
recensé 303. 



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CUNELIÊRE — DANJOUTIN 121 

Croix appartient au canton de Délie. Distance légale, 9 kilo- 
mètres; 3 myriamètres 1 kilomètre jusqu'à Belfort. 

Gunelière. — Cette petite commune est de celles qui ne 
fourniraient par elles-mêmes aucune indication historique sur 
leur existence, si elles n'avaient appartenu à un domaine 
du moyen-âge. Cunelière paraît n'avoir été d'abord qu'un 
hameau dépendant de la commune de Montreux-Château, qui 
est sa paroisse. 

Les titres allemands lui donnent le nom de Lœffeldorf, 

Cunelière faisait partie du domaine de Montreux, dont 
l'aperçu historique lui est conséquemment commun. Quand, 
en 1458, le domaine fut divisé entre les deux branches de la 
famille de Montreux, Cunelière advint à la branche aînée, 
c'est-à-dire à Frédéric, fils de Jean, pour arriver en dernier 
lieu, au commencement du XVII' siècle, aux Reinach-Fousse- 
magne. (Voy. Montreux-Château.) 

Au commencement de ce siècle, Cunelière avait 110 habi- 
tants; on y en a recensé 127 en 1876. 

Cunelière appartient au canton de Fontaine. Distance légale, 
4 kilomètres; 1 myriamètre 2 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Danjoutin. — Le lieu où cette commune a pris naissance 
et s'est développée porte des traces de son occupation à 
l'époque gallo-romaine. La partie haute, ou mieux la partie 
orientale du village est encore désignée sous le nom de la ville, 
et tout un canton de prés contigus, au sud de cette partie, 
porte le nom Aeprés de la ville. Cela sufl&rait pour autoriser à 
conclure qu'à l'époque romaine, il y avait à proximité un 
établissement quelconque auquel le nom de villa, velle ou ville 
est resté. 

En 1840, on a en effet découvert, au sud-est du coteau sur 
lequel est situé le quartier la ville, des substructions auxquelles 
on a d'abord attribué une haute antiquité. Dans les récents 
travaux de terrassements exécutés pour la construction de la 
voie ferrée de Belfort à Délie, on a de nouveau rencontré ces 
substructions dont on a recueilli quelques fragments, entre 



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122 DANJOUTIN 

autres des enduits portant des restes de peinture ou de déco- 
ration semblables à ceux que l'on voit au musée de Colmar 
sur des fragments de même nature, provenant de la villa 
d'Offemont. Quelques-uns de ces restes sont au musée de 
Belfort ; un plus grand nombre dans la collection d'un ama- 
teur, M. Kessler fils. 

A la limite ouest du quartier la viUe, se trouvait une cha- 
pelle dédiée à Saint-Tiburce. Elle a subsisté jusqu'aux pre- 
mières années de ce siècle. Son emplacement est encore 
aujourd'hui le lieu traditionnel d'une station pour la procession 
des Rogations et des autres jours de grandes fêtes religieuses. 

Plus loin, à l'ouest et de l'autre côté de la Savoureuse, 
sourd, au pied d'une roche, une source d'eau vive qui porte 
le nom de Fontaine Saint-Tiburce. Elle est fréquentée par les 
personnes dont les enfants sont affectés de dépérissement et 
par les grandes personnes atteintes de maladie des membres. 

Deux voies romaines aboutissaient nécessairement au quar- 
tier la ville : celle dont un tronçon a été reconnu à Vourve- 
nans, Trétudans et Sévenans ; puis celle dont un tronçon a 
aussi été reconnu près de Banvillars, se dirigeant vers le 
castellum de Bavilliers et, de là, vers le quartier la ville^ en 
contournant la roche de la fontaine Saint-Tiburce. 

Ces indications permettent de conclure que le quartier la 
ville fut le berceau de la conmiune moderne et que la chapelle 
Saint-Tiburce, martyr du IIP siècle, fut le premier temple 
chrétien du village naissant, aux temps qui ont immédiatement 
précédé ou suivi les grandes invasions barbares. 

Mais quel est le Dominas Justinm qui a donné son nom à 
Danjoutin, et à quelle époque cette transformation s'est-elle 
accomplie ? 

Si l'on devait s'en tenir à un fait consacré par la tradition 
locale, ce serait Saint-Just, archevêque de Lyon, qui vécut 
au IV" siècle, et sous l'invocation duquel la nouvelle église, 
édifiée après les invasions ou à la restauration du culte, aurait 
été placée. Nous avons bien au pays d'autres évêques du 
même nom, à la vie desquels il paraîtrait plus naturel de 
rattacher l'histoire de Danjoutin et de sa nouvelle église; ce 



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DANJOUTIN 123 

sont : Justinien, premier évêque des Rauraques, au commen- 
cement du IV* siècle, et Saint-Juste ou Justin, successeur de 
Saint-Amand, premier évêque de Strasbourg. Quoi qu'il en soit 
de cette question, que nous ne voulons pas approfondir ici, il 
ne demeure pas moins évident que le nom de cette commune 
lui vient du patron de son église, et qu'il peut dériver indiffé- 
remment de domirms Justinus et de domus Jicstini. 

Dans les premiers temps de l'Assise du château de Belfort, 
Danjoutin devint le chef-lieu de la mairie de l'Assise-sur-l'eau. 
Elle comprenait Danjoutin, Andelnans, Sévenans, Leupe, 
Moval, Trétudans et Dorans. Il est vraisemblable que la 
paroisse avait la même circonscription. 

En 1299, Danjoutin et ses dépendances furent compris dans 
Papanage, par préciput, de Jeanne de Montbéliard, mariée à 
Ulrich II, comte de Ferrette; en 1333, Danjoutin lui fut défini- 
tivement acquis par le partage de la succession de son père; 
en 1347, Danjoutin advint à la fille de Jeanne, Adélaïde, 
marquise de Bade, qui conserva jusqu'à sa mort cette part de 
la succession maternelle. Elle fut ensuite définitivement 
réunie au comté de Ferrette et au domaine de la maison 
d'Autriche. D'ailleurs, le passé de cette mairie se confond dans 
l'histoire de la prévôté dont elle dépendait. (Voy. Belfort) 

Dans l'armoriai de France, Danjoutin a les armes suivantes : 

D'or à deux loups d'azur passant, Vun sur Vautre. (Voy. 
NM6 des planches.) 

Vers la fin de 1793, Marc-David Lavie, né à Montbéliard et 
élu député à la Constituante pour le baillage de Belfort, est 
mort à Danjoutin, où il avait acheté un petit domaine. 

Le finage de la commune fournissait autrefois du minerai 
en grains aux hauts-fourneaux de Belfort et de Châtenois. 

En 1803, la population de cette commune était de 400 habi- 
tants; elle est aujourd'hui de 1199, d'après le recensement 
de 1876. 

Danjoutin appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
3 kilomètres. 



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134 DELLE 

Délie. — Malgré l'absence de recherches archéologiques 
sur le périmètre de la ville de Délie, il ne peut y avoir aucun 
embarras à constater que cette localité existait à l'époque 
gallo-romaine. Elle portait le nom de Datira dont, après 
diverses corruptions successives, telles qneDadila^Dadmriedj 
Daile, Diele, Tatinriet, Tannenriet, Delà, sont dérivés les 
noms français et allemand de nos jours : DeUe et Tatenried. 

Délie devait même avoir une certaine importance, car elle 
était située à la bifurcation ou au point de jonction de deux 
routes principales : la route militaire de Mandeure au Rhin et la 
voie qui, en remontant le cours de l'AUaine, conduisait les 
légions à Porrentruy et plus loin. La terre remuée pour 
l'agrandissement de la gare a mis à découvert des objets qui 
viennent à l'appui de cette indication stratégique et des obser- 
vations faites précédemment par M. A. Quiquerez. 

Que devient le Datira gallo-romain, à partir de la fin du 
IV* siècle jusqu'au commencement du VHP, où nous allons 
tantôt le retrouver ? Il subit, comme toutes les localités du 
territoire, la violence des invasions et, après avoir fait partie 
pendant près de quatre-vingts ans du duché d'Alemanie, sous 
le gouvernement des envahisseurs, il devint, vers 662, une 
dépendance du duché d'Alsace, désormais propriété allodiale 
des ducs issus des premiers rois qui fondèrent la monarchie 
française. Les Francs se substituèrent donc aux Alémans qui 
occupaient le duché, et c'est d'un descendant du premier duc, 
Athic-Etichon-Adalrich, que va nous être transmise la première 
mention historique du moyen-âge concernant l'ancien Datira 
gallo-romain. 

En 728, le comte Eberhard, fils d'Adalbert, duc d'Alsace, 
donna, avec le consentement de son épouse Emeltrude et de 
son frère le comte de Luitfrid, au monastère de Murbach qu'il 
venait de fonder, la « villa Datira » avec l'église où reposait 
le corps de Saint-Dizier et les dépendances de cette église, 
situés in 'pago Alsegaugensi, c'est-à-dire au duché d'Alsace, 



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DELLE 1% 

diplôme par lequel il confirme à l'abbaye de Murbach ses pos- 
sessions de Délie. C'est dans ce diplôme que Datira devient 
Dadila. 

Comme possession ecclésiastique, il fallait à ce domaine un 
avoué laïque, et nous rencontrons, au commencement du 
XIIP siècle, un comte de Ferrette, Frédéric II, qui exerçait 
l'avouerie, au nom de l'abbé de Murbach. Il faut croire que 
l'exercice de cette charge donna naissance à une guerre entre 
Frédéric II, comte de Ferrette, et Richard, comte de Montbé- 
liard. Nous trouvons en effet, à la date du 15 mai 1226, un 
traité de paix conclu entre ces deux comtes et duquel il 
résulte : que l'avouerie passe à Richard de Montbéliard et 
que, pour la récupérer, Frédéric de Ferrette paiera à Richard 
200 marcs d'argent ou détruira son château de Montfort. 

Où était situé le château dont il s'agit et dont l'histoire n'a 
conservé aucune trace que celle résultant du traité? (Voy. 
à ce sujet Brace.) 

Montfort ayant disparu, on peut conclure que les 200 marcs 
ne furent point payés à Richard et que l'avouerie de Délie 
revint à Frédéric après la démolition du château. 

Six ans après ce traité de paix, c'est-à-dire en 1232, l'abbé 
de Murbach, Hugon, offrit en fief direct à Henri VII, roi des 
Romains, fils de l'empereur Frédéric II, la viUob de Délie dans 
toute son intégrité et la juridiction qu'y exerçait l'abbaye, à la 
condition que la moitié des revenus et redevances serait 
conservée à Murbach, et que le roi Henri construirait dans 
le même lieu une ville fortifiée qui ne pourrait jamais être 
aliénée, soit à titre d'inféodation, de collation, de vente ou 
d'oblation. 

Après 1333, Thierry III, dit le Grand-Baron, comte de Mont- 
béliard, excommunié à l'occasion de ses entreprises sur 
l'abbaye de Lure, dépendante de Murbach, se précipita sur 
Délie, où l'on a vu que Murbach était aussi possessionnée ; 
il brûla et pilla quelques villages. Il rentrait dans ses domaines 
avec un butin considérable lorsque, irrités de ces dilapidations, 
les paysans fondirent sur lui, dispersèrent ses troupes et s'em- 
parèrent de sa personne qui fut livrée à l'évêque de Srasbourg, 



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126 DELLE 

Berthold de Bucheck. Thierry ne recouvra sa liberté qu'après 
avoir signé un traité avec l'abbé de Murbach et fourni des 
otages en garantie de l'exécution du traité. 

En 1235, intervint un arrangement entre le comte de Fer- 
rette et l'abbé de Murbach, en vertu duquel le comte aban- 
donna à l'abbaye toutes les prétentions qu'il pouvait avoir sur 
Délie. 

C'est de cette époque, 1232 à 1235, que date la forteresse ou 
le château de Délie. Dans ces temps de violences féodales, les 
populations de la campagne se réfugièrent souvent à l'ombre 
du château. Elles quittaient ainsi des terres qui appartenaient 
à divers seigneurs, et notamment à l'évêque deBâle. Cela leur 
causait un préjudice auquel nous verrons bientôt les seigneurs 
essayer de remédier, en rivant le plus étroitement possible les 
serfs à la terre sur laquelle ils étaient nés. 

En 1245, au mois d'avril, l'abbaye de Murbach « engage à 
Guillaume de Eoppe son domaine de Délie pour 20 livres este- 
venantes * ». Cette laconique indication semblerait indiquer 
qu'il s'agit du domaine tout entier de Délie et dépendances ; 
mais il importe de rappeler qu'en 1232, l'abbaye ne s'était 
réservé que la moitié des revenus et redevances et que, dès 
lors, il ne peut s'agir que de cette partie du domaine utile, 
dans l'engagement dont il vient d'être question. D'ailleurs, on 
verra tantôt que l'abbaye rédima l'engagement et aliéna 
complètement ce qui lui restait de la donation du comte 
Eberhard en 728. 

En 1274, au mois d'avril, Berthold de Steinbrunn, abbé de 
Murbach, vend à titre de fief, à Thierry III, comte de Mont- 
béliard, — le Grand-Baron, — pour 450 marcs d'argent, le 
domaine de Délie ainsi que tous les droits et possessions que 
lui et son église avaient à Bethoncourt, Sainte-Suzanne, Mont- 
bonton, Croix, Essert, Saint-Dizier et Lebetain. L'engagement 
fait à Guillaume de Roppe avait donc été racheté. 



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DELLE 127 

Les termes généraux de ce contrat semblent indiquer encore 
qu'il s'agit du domaine tout entier du château de Délie ou de 
la seigneurie, tandis qu'en tenant compte des indications qui 
ont précédé, il ne s'agit évidemment que de ce qui était resté 
à l'abbaye après l'oblation faite à titre de fief direct, en 1232, 
à Henri VIII, roi des Romains, auquel et aux successeurs 
duquel la meilleure partie du domaine utile et la souveraineté 
sont certainement demeurées acquises. 

La vente dont il est question répond en outre à une remarque 
de Shœpflin, qui dit que l'on ignore comment l'abbaye de 
Murbach a perdu la propriété du domaine de Délie. Elle a 
restitué cette propriété à, l'Empire, ou au roi des Romains, le 
futur empereur, et ce qu'elle s'était réservé, elle l'a vendu au 
Grand-Baron, comte de Montbéliard, qui se trouvera ainsi 
substitué pour la suite aux droits de l'abbaye. 

Cette remarque est d'ailleurs confirmée par le fait suivant 
qu'il importe, pour l'intelligence des faits, de conserver et de 
placer à son rang chronologique. 

Quand Renaud de Bourgogne eut épousé Guillaumette de 
Neufchâtel, arrière-petite-fille de Thierry III — le Grand- 
Baron, — comte de Montbéliard, Thierry donna à, Renaud, qu'il 
avait choisi pour successeur, la baronie et la seigneurie de 
Montbéliard, à l'exception de Porrentruy, Milandre, Blamont 
et l'advocatie de Délie, dont Thierry se réserva la libre 
disposition. 

Or, il est sensible qu'en considération de la situation infé- 
rieure de Thierry relativement à ses possessions au domaine 
de Délie, relevant directement de l'Empire, il ne dut pas en 
disposer de la même façon qu'il disposait du comté de Mont- 
béliard en faveur de Renaud, son successeur de prédilection. 
La charte à laquelle nous faisons allusion est du 15 mai 1282. 

Cette réserve de Thierry en faveur de ses droits à Délie, 
Milandre et Porrentruy, devint d'ailleurs, de la part de Renaud 
de Bourgogne, le sujet d'entreprises guerrières qui ne rentrent 
pas dans le cadre de notre sujet, mais qui devaient amener 
l'empereur Rodolphe de Habsbourg dans cette partie de 



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128 DELLE 

l'Elsgau et enfin la réduction des comtes de Montbéliard, 
jusque là souverains, à l'état de vassaux de Tempire. 

En 1284, le 22 avril, l'empereur Rodolphe de Habsbourg qui 
avait pris la défense de l'évêque de Bâle, suzerain de TAjoie 
et du Sundgau, déclare qu'aucun homme appartenant à l'église 
de Bâle ne peut obtenir le droit de citoyen dans la ville de 
Délie, excepté les hommes inféodés à ladite église qui ne 
peuvent être privés de ce droit par l'assemblée des citoyens. 
On comprend qu'il s'agissait des serfs de la campagne qui, 
pour se soustraire aux ravages des guerres de la féodalité, 
cherchaient un refuge à l'ombre de la forteresse élevée 
depuis 1232 ; et il va de soi que J'exception concernait les 
hommes libres et les vassaux de l'évêque. 

On voit, d'après ce qui précède, qu'à partir de la fondation 
du duché d'Alsace, vers le milieu du VIP siècle (662), Délie 
n'a jamais cessé de former un domaine particulier, dont 
l'abbaye de Murbach a joui pendant une certaine période 
(de 728 à 1232), époque à laquelle le domaine est revenu à 
l'autorité dont il émanait. 

Mais, avant de passer à une autre période des destinées du 
domaine, ou au XIV* siècle, jetons un coup d'oeil sur quelques 
figures d'une noblesse secondaire dont nous trouvons d'ailleurs 
des similaires dans la plupart de nos communes du territoire. 

C'est en 1219 que nous rencontrons les premiers membres 
de la famille de Délie : ce sont les chevaliers Otton et Guillaume, 
son neveu, qui figurent conmie témoins dans une charte pour 
l'abbaye de Lucelle; en 1232, c'est encore Otton et Cunon, son 
frère, dans une pièce du même genre; en 1254, dans une charte 
du 2 juillet, ce sont les chevaliers Henri et Pierre que nous 
rencontrons ; en 1262, dans une charte du 9 mai, ce sont les 
chevaliers Jacques et Hugues de Délie; le 2 juin 1272, ce sont 
Agnès, fournie de Jean de Morimont, fille de Henri de Délie, et 
Pierre de Délie, oncle d'Agnès ou frère de Henri; en 1279, 
c'est le chevalier Eenaud de Délie, un Hugo et un Poinzaz, 
frères de Renaud; enfin, le 15 octobre 1295, c'est encore 
Renaud et un autre frère, Guillaume de Délie, qui ferment la 



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DELLE 129 

nomenclature de cette famille que nous découvrons dans le 
cours du XIIP siècle. 

Nous entrons dans le XIV* siècle, en donnant quelques indi- 
cations sur les revenus et les redevances que les landgraves 
de la Haute-Alsace tiraient, en 1303, de leur domaine de Délie. 
L'urbaire de Courcelles porte un cens de... (le chiffre n'est pas 
indiqué). On donne aussi à Courcelles pour la contribution 
landgraviale un quartaut de seigle et un quartaut d'avoine, qui 
reviennent au maire (de Délie?). La seigneurie perçoit aussi le 
quart des amendes de justice. 

Dans le ban de Courtelevant, la seigneurie possède le quart 
de la dîme, lequel rapporte neuf boisseaux de seigle et neuf 
boisseaux d'avoine. 

La cour de Délie possède treize tenures (hueben). Les nobles 
de Délie déclarent que trois de ces tenures rapportent dix 
quartauts de seigle, vingt-huit d'avoine et 12 livres 17 sous 
estevenants. 

Il y a aussi douze chenevières (binviss), dont huit font partie 
des fiefs, comme les nobles le déclarent. Les quatre autres 
contribuent pour 6 sous estevenants à, la contribution géné- 
rale. Les cours (coUonges) dans la ville contribuent pour 
10 sous dans la même contribution, et le curé pour 13 sous 
10 deniers et un quartaut d'avoine. On reconnaît dans la ville 
que celui qui entre dans une cour, d'où qu'il vienne, s'il la 
garde jusqu'au mois de février suivant son entrée, en devient 
légitime tenancier, et qu'il doit payer au colon qui la tenait 
avant lui 13 sols estevenants. 

L'urbaire de Faverois contribue pour quatre quartauts 
d'avoine et 30 sols estevenants. 

L'urbaire des villages de Joncherey (Haut et Bas. Voy. Jon- 
cherey) contribue pour deux quartauts d'avoine. 

Les urbaires deBoncourt et de Thiancourt y contribuent pour 
dix-neuf quartauts d'avoine. 

Les biens que possèdent Jean de la Thor (de la Porte) et 
Rodolphe Grugner y contribuent pour un quartaut d'avoine. 

Il y a aussi un emplacement de moulin qui paie 5 sols. 

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130 DELLE 

Chaque tenancier (colon) doit donner la plus belle tête de 
bétail, quand il meurt. 

Ainsi rhomme libre, le colon, était encore main-mortable au 
commencement du XIV^ siècle, dans le domaine de Délie. 

D'autres rôles de même date, 1303, nous donnent un aperçu 
de ce qui était payé aux seigneurs, les ducs d'Autriche : de 
Courcelles, 48 sous estevenants de contribution annuelle, huit 
poules, dix quartauts de méteil par le moulin, quatre de blé et 
quatre d'avoine ; par le village, 16 livres estevenantes et au 
moins dix sur trois journaux de champs et 5 sous pour un demi. 
Pour le landgraviat, un quartaut d'avoine et un de blé. Le 
quart restait au seigneur. La moitié de la contribution de 
Réchesy. Dans la cour de Délie, les droits du seigneur sur les 
biens et les hommes tributaires du château; de même pour 
Courcelles, Courtelevant, Faverois, Joncherey, Saint-Dizier, 
Croix, Montbouton, Fesche-l'église, Villars-le-sec, Lebetain, 
Bourogne, Chévremont et Essert. 

En 1319, le duc Albert d'Autriche, landgrave de la Haute- 
Alsace, épouse Jeannette, fille du comte Ulrich de Ferrette et 
et de Jeanne de Montbéliard. Albert est élu roi des Romains 
et conséquemment désigné pour succéder à l'empereur Fré- 
déric, son frère aîné. Léopold, frère cadet des deux premiers, 
succède à Albert dans le landgraviat et, en considération du 
mariage de celui-ci avec Jeannette de Ferrette, Léopold lui 
accorde le château et la ville de Délie, qui deviennent ainsi 
la garantie du douaire de Jeannette, et en même temps il 
confère à Ulrich, comte de Ferrette, le domaine à titre de fief 
avec droit de transmission à ses héritiers des deux sexes. 
L'année suivante, le comte de Montbéliard cède à l'empereur 
Frédéric les droits qu'il avait acquis en 1274 de l'abbé de 
Murbach, Berthold de Steinbrunn. La même année, c'est-à- 
dire en 1320, l'empereur Frédéric confirme les dispositions 
relatées et, à partir de ce moment. Délie et toutes ses dépen- 
dances appartiennent au comte de Ferrette, à titre de fief de 
la maison d'Autriche, transmissible à ses héritiers des deux 
sexes. 

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Montbéliard, entre en jouissance du fief; elle ne tarde pas à 
convoler en secondes noces avec Raoul Hess, marquis de 
Bade, et en 1324, le 17 mars, Jeanne remet la ville et le château 
de Délie à son gendre Albert d'Autriche, moyennant 2,000 marcs 
d'argent à payer à Ursule de Ferrette, sœur cadette de Jean- 
nette et belle-sœur d'Albert. 

C'est de cette époque que l'on peut considérer comme formé 

i ce que Schœpflin appelle le plus souvent le domaine et quel- 

[quefois la seigneurie de Délie, composée alors de Délie, Flori- 

lont, Montreux-Ciiâteau et des dépendances de chacun de ces 

iomaines, dont le château de Délie était, depuis 1232, le chef- 

ieu féodal. 

Nous touchons à une date qui apportera un changement de 
luelque importance à la condition politique de la seigneurie. 
Relevant directement de la maison d'Autriche, elle va passer, 
1332, sous la domination seigneuriale du château de Belfort, 
même temps que le fief de Grandvillars et le sous-fief de 
lorvillars. 

La seigneurie de Belfort ayant passé du comté de Mont- 
pliard au comté de Ferrette par le partage de la succession 
comte de Montbéliard (voy. Belfort)^ Délie, domaine ou 
Mgneurie, devient un district de la seigneurie dont le château 
Belfort seront désormais le chef-lieu féodal. En exécution 
ce partage, Regnauld de Délie rend foi et hommage au 
larquis de Bade, mari en secondes noces de Jeanne de Mont- 
béliard, veuve d'Ulrich, comte de Ferrette, et à laquelle 
idviennent définitivement en partage la seigneurie de Belfort 
ce que la maison de Montbéliard avait possédé à Délie ; 
[l'acte de foi et hommage est de 1333. 

Ainsi le domaine de Délie formait un district de la seigneurie 
de Belfort, mais le domaine n'avait pas moins conservé, comme 
auparavant, son administration spéciale et ses institutions 
particulières; seulement ce domaine nous paraît, depuis cette 
époque, avoir ressorti plus étroitement qu'aux trente années 
précédentes du tribunal du château de Belfort. 

Sous le gouvernement de la maison d'Autriche, le château 
de Délie était la résidence d'un juge-châtelain relevant, comme 



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132 DELLE 

on vient de le voir, du château de Belfort La famille de Délie 
fournit naturellement le juge ou le châtelain dont il est ques- 
tion. A l'époque où nous sommes arrivé, un rôle nous permet 
de constater que cette famille tenait en fief, à Délie, toute la 
juridiction et la pêche dans l'Alaine, plus quatre forêts appar- 
tenant au château; les avoines à recevoir des églises de Délie, 
Saint-Dizier et Montbouton; en hommes, les individus établis 
sur les terres et les possessions héréditaires du château. 

De leur prévôté dépendaient : V la mairie comprenant 
Saint-Dizier, Croix, Fesche-l'église, Villars-le-sec, Lebetain, 
Montbouton et Beaucourt (une partie de ces deux dernières 
communes appartenait cependant à la seigneurie de Blamont, 
comté de Montbéliard) ; 2° la mairie de Réchesy; 3° la mairie 
deFaverois; 4° celle de Bourpgne, moins la partie inféodée 
aux Brinighoflfen; 5** celle de Joncherey; 6° celle de Froidefon- 
taine et Gharmois; 7** celle de Grosne, Recouvrance, Boron et 
Villescot; et 8** celle de Grandvillars moins la partie relevant 
du comte de Montbéliard. 

Il paraît que des difiScultés s'élevèrent assez fréquemment 
entre les archiducs et l'évêque de Bâle au sujet des serfs qu'ils 
possédaient les uns dans leur domaine de Délie et l'autr.e dans 
des villages contigus au domaine; nous rencontrons en effet, 
le 30 juillet 1339, un traité par lequel ils conviennent de 
laisser réciproquement à leurs sujets la liberté de passer 
des possessions de l'un dans celles de l'autre, sans qu'ils 
puissent pour ce fait être recherchés ou inquiétés par le 
seigneur. 

C'est vers cette époque encore, 1351, que l'archiduc 
Rodolphe, fils d'Albert, accorde à ses bourgeois de Délie un 
complément de franchises et confirme celles qu'ils avaient 
obtenues de ses ancêtres. 

Toute contestation est jugée par le prévôt (Schultheiss), et 
les juges doivent être choisis parmi les bourgeois. 

Tout bourgeois peut être admis à, témoigner en justice dès 
l'âge de douze ans; 



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DELLE 133 

Les enfants de condition libre, âgés de quinze ans, dont le 
père et la mère sont encore vivants, peuvent acquérir ou 
aliéner des biens de tout genre ; 

Quiconque a encouru la disgrâce du prince peut rester en 
sûreté dans la ville pendant trois semaines et trois jours, 
c'est-à-dire qu'il ne peut y être arrêté avant ce délai; 

La ville a le droit de mort sur les meurtriers et de confisca- 
tion de leurs biens; 

Elle peut accorder le droit de bourgeoisie à tous ceux qui 
se présentent, même aux sujets des seigneurs, s'ils ne sont pas 
réclamés dans l'année; 

Les bourgeois de Délie ne peuvent être jugés que par 
le tribunal de la ville, excepté dans les causes de mariage et 
d'usure; 

Les magistrats peuvent faire des lois pour la police et le bon 
gouvernement de la cité. 

En sollicitant de l'empereur la confirmation des privilèges 
de Délie, l'archiduc Rodolphe dit que ces franchises et privi- 
lèges sont au fond semblables à ceux de la ville de Colmar du 
15 février 1293. On sait que c'est aussi sur ces lettres d'affran- 
chissement que furent calquées celles de Porrentruy. 

Il faut croire que le lien qui attachait le serf à la terre 
commençait à se détendre vers la fin du XIV** siècle, car nous 
rencontrons, sous la date du 22 janvier 1361, un nouveau 
traité conclu entre l'évêque de Bâle et les archiducs d'Au- 
triche, Rodolphe, Frédéric, Albert et Léopold, pour régler la 
question de l'émigration. Les deux parties reconnaissent à 
leurs sujets le droit d'émigrer de l'une dans l'autre des seigneu- 
ries, c'est-à-dire du Sundgau au pays de Délie et de ce dernier 
dans le Sundgau. Mais les droits respectifs des seigneurs pour 
ce qui peut être dû par les sujets au moment de leur départ, 
pour les biens délaissés, demeurent réservés. Le 7 mars sui- 
vant, l'archiduc Rodolphe donne à son bailli de Délie les ordres 
nécessaires pour l'exécution du traité. Ce bailli était alors 
Henri de Masevaux. En 1393, c'était Jean d'Altenach. 

Délie avait alors une existence politique bien constituée, et 
nous allons voir cette ville intervenir dans un de ces actes du 



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134 DELLB 

moyen-âge qui associent une localité aux grands faits de la 
vie politique de ce temps-là. 

Le 17 octobre 1366, Ulmann de Ferrette, bailli de la Haute- 
Alsace (Landvogt), représente la ville de Délie dans l'alliance 
conclue entre les seigneurs et les villes pour maintenir la paix 
publique au pays, depuis l'Isle-sur-le-Doubs et Lure jusqu'au 
Rhin et depuis le Hauenstein jusqu'à Seltz. Mais nous ne retrou- 
verons plus Délie en aussi noble compagnie. 

Nous aurons épuisé nos documents du XIV^ siècle, concer- 
nant Délie, quand nous aurons consacré aux nobles de cette 
ville la mention que nous avons accordée à leurs devanciers 
pour le Xlir siècle. 

En 1302, le 25 mars, nous trouvons le chevalier Hugo de 
Délie, marié à une dame de Vercel; en 1313, le même, témoin 
dans un acte de vente; en 1313, Renaud de Délie, chevalier et 
châtelain de Florimont, où nous le rencontrons encore en 1333 ; 
en 1316, le 27 mai, Hugo et Renaud qui scellent un acte de 
vente; en 1326, le 28 février, Jean de Délie, écuyer de Metz, 
dans une vente au profit d'un chanoine de Saint-Hypolite; 
en 1330, le 27 février, le même Jean, écuyer, dit de Metz; il 
était en partie justicier de Délie; vers 1331, nous trouvons un 
Jean-Ulrich de Délie, qui tenait à Delémont un tief de l'évêché 
de Bâle, un Guillaume et un Richard qui tenaient des archi- 
ducs divers fiefs à Délie, Saint-Dizier et Lebetain; un Henri, 
un Guillaume et un Jean, dit Malrage, qui tenaient du comte 
de Montfort des fiefs à Florimont, Bretten et Angeot; en 1333, 
les 1" et 2 juin, l'écuyer Jean de Délie, dit de Metz, qui signe 
l'acte de vente du château de Vouhay; en 1342, le 16 mai, 
c'est Henri de Délie, fils de Hugo, qui vend une propriété et, 
parmi les témoins, un Jean-Henri de Délie, dit La Truffe; ce 
dernier encore, le 20 mai; il avait épousé la fille de Richard, 
dit Vaidrel, de Porrentruy; en 1344, le 30 décembre, nous 
retrouvons Jean, dit Malrage, et Jean-Henri, écuyers; puis 
Henri de Délie, doyen d'Ajoie et recteur de Mandeure; en 1347, 
le 11 janvier, nous retrouvons encore Jean-Henri; en 1356, 
le 5 février, nous faisons connaissance avec l'écuyer Jean 
Malreiget, qui rachète des biens et des hommes engagés par 



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BELLE 135 

son oncle Jean Malrage; en 1357, le 25 juin, un nouvel écuyer 
de Délie, Jean, dit Managez, qui tient un fief de Chatel- 
Vouhay; en 1363,1e 22 avril, Guillaume de Délie est retenu 
comme héritier de douaires, dans le cas oii ceux de ses parents 
qui bénéficient des douaires n'auraient pas d'enfants; en 1365, 
le 4 mars, Jean, dit Malrage, fonde son anniversaire; en 1384, 
le 9 juin, les biens de Malrage, à Ornans et ailleurs, sont 
vendus à Etienne, comte de Montbéliard; en 1388, le 31 dé- 
cembre, Jean Lailey, écuyer de Délie, est témoin dans la 
reprise du fief par Jean-Ulrich ; en 1390, le 27 janvier, Richard 
de Délie, dit de Metz^ écuyer, donne à ses enfants, issus de 
« sa demoiselle », Jeannette de Frahier, tous ses biens à 
Villars-le-sec; en 1395, le 15 septembre, nous rencontrons 
Catherine, fille de l'écuyer Jean Lailey de Délie et femme de 
Renaud de Vendlincourt; enfin, en 1399, le 15 septembre, nous 
trouvons encore le même Jean Lailey de Délie, écuyer, 
comme témoin dans une transaction concernant la dîme de 
Cœuve. 

On voit que pendant le XIV* siècle la famille de Délie s'est 
assez notablement agrandie. Cette famille avait ses armes : un 
éai de sabUj une croix et dix-huit billettes d'argent. 

Pour clore ce siècle, notons encore quelques noms moins en 
relief, mais qu'il est également bon de conserver. 

En 1302, le 20 janvier, nous trouvons, comme témoin dans 
une sentence arbitrale, Jean clerims de Délie, c'est-à-dire 
curé de Délie; en 1349, le 29 juin, un Cuenin de Miserez 
(Meziré), grand vernier de Délie, et Jean, fils de l'Ambourg 
(maire, maître-bourgeois) ; en 1365, le 3 juin, Jehannenat 
Verge, père, bourgeois de Délie, qui possédait la coUature de 
l'autel de la confrérie de Notre-Dame, dans l'église de Por- 
rentruy; enfin, en 1377, le 17 juin, Nicolas, curé de Délie, et, 
en 1390, le 27 janvier, Jean Farmel, vicaire. 

Nous n'avons pour le XV* siècle que la plus maigre provi- 
sion de matériaux. Nous les analysons rapidement. 

En 1402, le 26 septembre, nous constatons la mort de l'un 
des membres de la famille de Délie, Jean-Thiebaut, fils de 
Jean-Ulrich, qui tenait en fief le château de Soyères et que sa 



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mort laisse vacant Thiébaut de Neuf-Chatel confère ce fief à 
Thiébaut de Blamont. En 1403,1e 4 juillet, Henri de Délie nous 
apparaît comme témoin d'un acte concernant Monjoie; en 1405, 
le 29 septembre, c'est Pierre, curé de Délie, que nous rencon- 
trons comme « discret témoin » dans la quittance d'une somme 
de 10 livres payée par le chapitre de Saint-Ursanne au lieu et 
place de la chaudière et du surplis que le chapitre devait 
livrer à l'archevêque de Besançon. On devait pouvoir cuire un 
bœuf entier dans la chaudière. Une chaudière de cette capacité 
devait coûter beaucoup d'argent et le chapitre marchandait 
Il en fut quitte pour 10 livres, dont Pierre, curé de Délie, 
donna quittance valable, Pierre étant en même temps notaire 
de la cour de Besançon. En 1425, le 24 décembre, nous trou- 
vons le nom du châtelain de Délie : c'était Ludemann de 
Euedesohr. En 1437, le 26 août, nous rencontrons un Robert 
Oudriat, demeurant à Délie, et, en 1438, l'écuyer Thiébaut de 
Vendlincourt, qui est aussi fixé à Délie et qui est reçu dans 
la confrérie de Saint-Michel, de Porrentruy. En 1454, nous 
constatons que, le 3 septembre, le curé Pierre était remplacé 
par le curé Fingerlin, également notaire; il y était encore 
le 2 février 1466. 

En 1474, lorsque Charles-le-Téméraire menaçait le Sundgau, 
les Badois, unis aux Autrichiens pour repousser leur ennemi, 
envoyèrent des secours à la ville de Délie; ce qui n'empêcha 
pas 5,000 Bourguignons d'entrer dans Délie, de piller la ville et 
d'aller plus loin, après avoir ravagé encore quatre villages 
voisins, et emmenant avec eux gens, bêtes, meubles, en un mot 
tout ce qui pouvait leur convenir. L'entrée à Délie eut lieu 
le 18 août, et Knebel, qui nous fournit ce renseignement, ne 
dit pas quels sont les quatre villages qui furent ravagés. 
Le 23 septembre suivant, 300 Badois se dirigent vers Délie 
pour escorter ceux que Délie avait d'abord envoyés au secours 
de Bâle contre Hagenbach. Ces Badois racontent, à leur 
retour, comment ils ont été empêchés de tomber sur les soldats 
pillards du Bourguignon, leurs chefs s'y étant toujours 
opposés. En 1481, le 28 janvier, des arbitres se réunissent à 
Pelle pour régler les difficultés survenues entre l'archiduc 



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d'Autriche et l'évêque de Bâle, au sujet de leurs droits respec- 
tifs sur Boncourt. Jean Cardinal, Jean Roy, Jean Truchay, 
Pierre. Platot, Petitjean Guy on et Jean Chapuis, de Délie, 
furent les arbitres de l'archiduc. Nous trouvons encore un 
Henri-Quelave Gailet de Délie comme témoin dans une charte 
d'investiture d'un fief. Enfin, en 1495, Messire Faivre était 
curé de Délie. 

Le magistrat se composait alors de cinq membres présidés 
par un bailli. SchvMheiss^ Burgermeister und Bath — le prévôt 
ou bailli, le maire et le conseil. 

Au XVI^ siècle (1511), Jean de Tavannes était seigneur de 
Délie. Il était colonel d'un corps de lansquenets (Landsknecht) 
au service de François I". Il n'eut qu'une fille qui avait 
épousé, en 1504, Jean de Saulx en Bourgogne. 

Cette indication ferait supposer que la famille de Délie était 
alors ou en disgrâce ou éteinte. Nous manquons de documents 
à cet égard. 

Au XVIP siècle. Délie va subir le sort commun. Tandis 
qu'une partie de l'armée suédoise assiégeait Belfort, l'autre 
partie parcourait les campagnes, ruinait les monastères ainsi 
que les châteaux. Au mois de décembre 1632, celui de Délie 
ainsi que la ville, tomba au pouvoir des Suédois. Le château 
fut ruiné de fond en comble. Construit de 1232 à 1235 (?) et 
ruiné en 1632-1633, il avait ainsi existé pendant quatre siècles 
entiers. 

Ce château était placé sur le rocher; il était orné de trois 
tours et dominait la ville. C'est à peine, disait Schœpflin au 
siècle dernier, si l'on en découvre encore aujourd'hui des 
traces. Schœpflin dit encore, qu'il fut détruit en 1674, par 
Turenne, c'est-à-dire par l'armée française. Cette allégation est 
erronée et il est bon d'en décharger la mémoire du grand 
homme de guerre. 

Quand, le 15 juillet 1636, Délie et ce qui restait du château 
se furent rendus au comte de La Suze, Louis XIII nomma 
seigneur de Délie le fils du comte, Gaspard de (Champagne, 
comte de La Suze, marquis de Normanville. Le nouveau 
seigneur ne crut pas que Délie valût la peine d'être réparé. 



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138 DENNEY 

Le château fut démantelé et abandonné. Ce n'est donc pas 
Turenne qui Ta fait détruire trente et quelques années après 
1636, c'est-à-dire en 1674. 

Délie eut encore à souffrir quand Belfort et la seigneurie 
eurent, par le fait du gouverneur, le comte de La Suze, pris 
fait et cause pour le prince de Condé ou le parti de la Fronde. 
Le pays fut occupé par l'armée du roi, sous le commandement 
du maréchal La Ferté, qui assiégea Belfort et l'arracha des 
mains du comte de La Suze, pour le remettre sous l'autorité 
du roi. A l'approche de cette armée, la population de Délie 
chercha un refuge en Suisse et à Montbéliard. Aux mois de 
janvier et février 1652, tout avait fui; mais, dès le mois de 
mars, tous aussi avaient pu rentrer et vivre paisibles dans 
leurs foyers. 

Réunie définitivement à la France, la ville de Délie devint 
le chef-lieu d'un baillage de la subdélégation de Belfort et fut 
inscrite dans l'armoriai général de France aux armes sui- 
vantes : 

Uor à neuf tiges de joncs étêtées et appointées en pointe de 
simple. (Voy. N° 17 des planches.) 

Au commencement de ce siècle, Délie avait une population 
de 714 habitants; le dernier recensement lui en attribue 1,491. 

Délie est chef-lieu de canton ; il est à une distance légale de 
Belfort, de 2 myriamètres 2 kilomètres. 

Denney. — On a cru trouver dans la vie de Saint-Prix, 
au VIP siècle, une désignation de Denney. Nous pensons que 
dans ces temps reculés Denney n'avait pas d'existence parti- 
culière ; qu'il pouvait y avoir, qu'il y avait probablement quel- 
ques cabanes isolées sur son finage moderne, en un mot que 
les premiers rudiments de la future commune peuvent être 
reconnus dans les cabanes, champs et prés signalés dans une 
charte de 792 relative à la marche de Roppe. 

Le territoire de Denney était en effet compris dans cette 
circonscription dont le passé historique se confond avec celui 
du chef-lieu de la marche et de la paroisse primitive. (Voy. 
Eoppe et Phaffmis.) 



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DORANS -- EGUENIGXJE 139 

Denney est désigné dans les titres allemands sous le nom 
de Duringen, 

Les Roppach, parmi lesquels Jean-Ulrich de Denney, en 1665, 
Pierre de Denney, en 1535, ceux de Denney, en 1608, ont 
conservé des possessions et des droits à Denney jusqu'à la 
Révolution. La dernière descendante de cette famille les a 
apportés en dot à son mari, François-Christophe de Klinglin, 
préteur de Strasbourg. On y trouve encore aujourd'hui une 
maison qui avait appartenu au préteur et qui lui servait pro- 
bablement de résidence quand il venait à Denney. Cette 
maison a encore, à l'intérieur, quelques traces de son ancienne 
splendeur. 

En 1804, Denney avait une population de 225 habitants ; il 
y en a 231, d'après le recensement de 1872. 

Denney appartient au canton de Fontaine. Distance légale, 
7 kilomètres; jusqu'à Belfort,^5 kilomètres. 

Dorans. — Nous ne rencontrons aucun titre qui concerne 
directement cette localité. Elle est citée, en 1302, dans une 
vente dont il est parlé à la notice d'Andelnans. Dorans suivit 
la fortune politique du centre administratif dont il dépendait, 
c'est-à-dire de la mairie de l'Assise-sur-l'eau et de la prévôté. 
(Voy. Danjoutin et Belfort) 

Dorans eut aussi sa petite noblesse; messire Guy de Dorans, 
en 1432, et messire Pierre, en 1635, sont cités par M; Stoffel. 
Le premier avait fondé son anniversaire à l'église de Belfort, 
dont le chapitre avait des cens dans cette commune. 

En 1803, il y avait 233 habitants dans cette commune. 
En 1876, pn y en a recensé 286. 

Dorans est du canton de Belfort. Distance légale, 7 kilo- 
mètres. 

Eguenigue. — Un Valto de Eglinga figure comme témoin 
dans une donation faite, en 1136, à l'abbaye de Lucelle, par 
Gérard de Nouo Castro et son épouse, fille d'Otton et d'Adé- 
laïde de Mandeure. Dans les titres allemands, Eguenigue figure 
sous le nom ^'Eglinge% von Egligen, et cette désignation a 
porté M. Trouillat à appliquer à Eglingen, près d'Altkirch, le 



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140 ELOYE 

témoin Valto que nous retenons, à bon droit pensons-nous, 
pour Eguenigue. C'était aussi l'opinion de M. Stoffel dans la 
première édition de son dictionnaire; dans la seconde, c'est le 
contraire, et nous n'apercevons pas ce qui a pu motiver le 
changement. La donation portait sur un manse situé à Damp- 
joux, au pays de Montbéliard, et tous les autres témoins sont, 
comme Valto d'Eguenigue, de l'Ajoie ou de ses confins. 

Eguenigue était compris dans l'ancienne marche de Roppe. 
En 1136, ce village aurait déjà été formé et le seigneur de 
Roppe y aurait eu un représentant, un ministériel, Valto, qui 
en aurait pris le nom. 

Dans la suite, Eguenigue suivit nécessairement la fortune 
des centres dont il dépendait. (Voy. Boppe et Phaffans.) 

En 1803, Eguenigue avait 246 habitants; on y en a recensé 
227 en 1876. 

Ce village appartient au canton de Fontaine. Distance 
légale, 6 kilomètres; elle est de 8 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Eloye. — Petite commune dont le territoire fut compris, 
au commencement du XP siècle^ dans la seigneurie du Rose- 
mont et la mairie d'Evette. Il serait d'ailleurs difficile de dire 
le temps où cette petite agglomération prit assez d'importance 
pour entrer comme un hameau dépendant de ladite mairie. 
M. Stoffel ne le trouve dénommé qu'en 1347, dans le fonds du 
chapitre de Belfort, créé en 1342, et qui y percevait des dîmes. 
Il ajoute qu'Eloye dépendit d'abord de la mairie d'Evette, et 
plus tard de celle du Haut-Rosemont. (Voy. Evette.) 

Ces indications, que nous croyons conformes à la vérité 
historique, permettent de prévoir qu'après l'année 1024, Eloye 
fut donné à la mairie d'Evette, et qu'après 1347, Evette ayant 
été incorporé dans la mairie du Haut-Rosemont, Eloye subit 
le même sort. Ces deux dates sont celles de la constitution de 
la seigneurie et de son accession au domaine héréditaire de 
la maison d'Autriche. 

Au reste, Eloye n'a tenu qu'une place bien effacée dans 
l'histoire de la seigneurie et nous ne découvrons rien de parti- 
culier à ajouter à ce qui précède. 



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ESOHÊNE . 141 

Au commencement de ce siècle, cette commune avait 
153 habitants; on y en a recensé 173 en 1876. 

Eloye fait partie du canton de Giromagny. Distance légale, 
9 kilomètres, et 8 jusqu'à Belfort. 

Eschêne. — Que pouvait être la localité d'Eschêne, appelée 
de Quercuhus dans la charte du 8 mars 1105, pour la dotation 
du prieuré de Froidefontaine? Probablement quelques cabanes 
au milieu d'une forêt de grands chênes. La charte avait en vue 
la forêt, plutôt que les cabanes qui pouvaient alors exister sur 
le bord du marais appelé aujourd'hui la Bourbeuse. Autrage, 
hameau dépendant d'Eschêne, n'est pas désigné, mais il est 
évident qu'il est compris dans les chênes que la donation avait 
en vue. Avec le temps, la forêt s'est peu à peu éclaircie et, au 
commencement de ce siècle, il ne restait plus que de rares 
sujets de l'espèce qui avait été jadis l'objet de la vénération 
ou du culte des premiers habitants de la contrée. 

Il en restait un cependant, et c'est ce vénérable témoin des 
âges passés qui justifiera la courte disgression à laquelle nous 
nous livrons. 

Le mythe du chêne appartient aux temps antérieurs au 
christianisme. La vénération pour cet arbre était grande 
quand apparurent au pays les premiers apôtres du christia- 
nisme. La légende et la tradition nous en ont conservé la 
preuve et, sans nous écarter beaucoup du cadre de notre 
exploration, nous en trouvons un exemple dans le chêne de 
Saint-Fromont, à Bonfol. Saint-Fromont, compagnon de Saint- 
Ursanne, était un honmie robuste; il lança, dit la légende, son 
bâton de chêne vers la droite, et le bâton alla choir à trois 
lieues de son point de départ, y prit racine et donna un gros 
arbre dont il ne reste plus qu'un tronc poudreux à l'extrémité 
du village de Bonfol, lequel est encore réputé indestructible 
et respecté au même titre que la mémoire de Saint-Fromont. 
Cette légende a ses racines au VIP siècle. Si, de notre temps, 
elle conserve encore sa valeur mystique, on comprendra qu'à 
son origine elle devait avoir un degré de parenté très proche 
avec ridée que les populations celto-gauloises avaient du chêne, 



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142 ESCHÊNK 

même sous la domination romaine, qui ne parvint jamais à 
détacher entièrement de la religion druidique les Celtes du 
pays. 

Proscrits et persécutés depuis la conquête des Gaules, les 
Druides tinrent secrètement leurs assemblées la nuit et dans 
les forêts écartées. Plus tard, les prêtres chrétiens discrédi- 
tèrent, à leur tour, ces assemblées et les qualifièrent de réu- 
nions diaboliques. Les sectateurs furent ensuite accusés de 
magie, et ces accusations contribuèrent à accréditer les récits 
fantastiques de sorcellerie et des réunions du sabbat. Les 
réunions druidiques que le christianisme combattait n'ont pas 
moins persisté à avoir lieu, car on en trouve la preuve dans 
les lois forestales de Pévêché de Bâle du siècle dernier (1755), 
contenant des prohibitions formelles à cet égard, et spécia- 
lement dans les forêts de Pévêché, ainsi que M. Aug. Quiquerez 
le prouve. 

De nos jours, le gui sacré du culte druidique est devenu le nid 
de la genauche^ de la sorcière, et le culte chrétien poursuit ce 
reste des croyances reculées en substituant la vierge au tronc 
du chêne, qui ne cessera de produire le gui sacré ; mais c'est 
Notre-Dame-du-Chêne qui règne aujourd'hui à sa place. 

Les découvertes archéologiques que l'on fait aujourd'hui au 
sein des forêts, au sommet des collines et même dans les 
vallons, mettent souvent au jour des débris auxquels on est 
embarassé d'assigner une date certaine. Il ne paraîtra pas 
invraisemblable que quelques-uns ne soient que des sépultures 
des temps druidiques, dans les mystérieux refuges de l'ancienne 
croyance des premiers peuples. Ceux de nos concitoyens du 
territoire dont le souvenir peut encore se reporter au commen- 
cement de ce siècle se feront, plus facilement que d'autres, 
une idée de ce que devaient être ces forêts de chênes, par les 
superbes et nombreux échantillons qui ombrageaient encore 
au commencement de ce siècle, les pâquis et les terrains vagues 
de beaucoup de communes du territoire. Tout a disparu, il y a 
environ cinquante ans, et cela nous ramène aux chênes qui 
ont donné leur nom au village dont nous devons dire quelques 
mots. 



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ESOHÊNE 143 

Eschêne, hameau rudimentaire, de même qu'Autrage, exis- 
tait donc déjà en 1105, puisque la comtesse de Montbéliard et 
ses deux fils, dont Frédéric sera vingt ans plus tard le premier 
comte de Ferrette, donnèrent la forêt au prieuré de Froide- 
fontaine. De quermhus (ès-chênes). 

Frédéric étant donc devenu comte de Ferrette, en 1125, 
divisa, ou trouva son comté divisé en seigneuries, parmi les- 
quelles celle de Rougemont étendait sa limite sud jusque dans 
la forêt de chênes dont il est question. Un de ces chênes mar- 
quait cette limite. Il était désigné sous le nom de chêne 
fourchu. On le trouve encore ainsi nommé dans un règlement 
colonger, du XIV* siècle, de cette seigneurie. (Voy. Rouge- 
mont.) 

En même temps que le hameau d'Eschêne-Autrage prenait 
une certaine consistance, Novillars se fondait sous la protec- 
tion du comte Frédéric et l'impulsion des bénédictins de 
Valdieu, dont le couvent avait été doté de cette partie voisine 
de l'ancienne forêt de qiiercubus. Le Chêne-fourchu était aussi 
la limite du ban de la nouvelle création dotée, elle aussi, d'une 
église, avec Eschêne-Autrage comme annexe de la paroisse. 
Jusque-là, c'est le curé de Grosne qui avait donné les soins de 
son ministère aux habitants disséminés sur cette partie du 
territoire, et dont la chapelle de Piticors (Petit-Croix) avait 
été le premier lieu de réunion du culte naissant. 

Eschêne et Autrage furent en même temps compris dans la 
mairie dont le nouveau village (Novillars) était devenu le 
chef-lieu. 

En 1478, Eschêne et Autrage, qui forment aujourd'hui une 
seule commune, étaient inféodés à Frédéric de Montreux et à 
ses héritiers. Environ un siècle plus tard, Eschêne-Autrage 
avait fait retour au seigneur direct, l'archiduc d'Autriche. 

Dans les titres allemands, le nom de cette commune est 
ainsi traduit : Zur Eichen. 

Quant au chêne-fourchu, il a des droits à sa notice parti- 
culière. 

Il était né et il est mort sur un terrain communal d'Eschêne. 
La tradition populaire faisait remonter son existence aux 



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144 ESGHÊNB 

temps les plus reculés de notre histoire. A travers les âges, 
un pieux sentiment Pavait préservé contre les injures de 
l'homme et de l'administration. Sa renommée était grande, car 
on venait de tous les points de l'Alsace visiter cet incompa- 
rable géant, très vigoureux encore, malgré les siècles qui 
s'étaient écoulés depuis sa naissance. Le sentiment public 
semblait devoir le protéger jusqu'au moment de sa mort natu- 
relle. Mais, hélas! il vint un instant où l'aveuglement auto- 
ritaire fut assez fort pour braver le respect public, et le géant 
fut condamné à mort. Le jour de l'exécution fut fixé. 

C'était le 19 mars 1858. Le maire d'Eschêne d'alors voulut, 
aidé d'un jeune garçon, être lui-même l'exécuteur. C'était 
pour cet homme, au rapport des habitants de la commune, un 
honneur de jeter à terre un être qui avait eu la chance de 
braver les siècles, tandis que des centaines de maires avaient 
mordu la poussière sous son ombrage. L'exécuteur et son aide 
travaillèrent pendant de longues semaines avant d'arriver au 
bout de leur triste tâche. Mais, enfin, le géant tomba et, quand 
il fut à terre, les fossoyeurs dressèrent un acte de décès, auquel 
nous empruntons les détails qui vont suivre. 

« Chêne monstre d'Autbage-Esghênè, en Alsaoe, près Belfort, 
surnommé le sans-parehi 

t Cinq mètres de diamètre, à la base d'abattement (c'est-à-dire à 
1 m. 50 c. au moins du sol). Hauteur de la première bille, 8 mètres. 
— Toute la longueur de l'arbre est de 19 mètres. » 

Après avoir été abattu, il fut vendu à l'enchère et adjugé au 
prix de 400 fr.; puis revendu au prix de 600 fr. par le premier 
adjudicataire. A cette occasion, le deuxième acquéreur publia 
une notice commerciale et un dessin qui indiquent les vraies 
dimensions du chêne. 

« La bille (le tronc) a 8 mètres de hauteur, et l'arbre entier 
19 m. 40 cent. Il cube approximativement 48 mètres carrés, 
dont 36 de bois sain. Le poids de la première bille, dit-il encore, 
sur 8 mètres de longueur, est de 20 à 24 mille kilogrammes. » 

Une notice, publiée dans un journal d'Alsace, ajoute d'autres 
renseignements encore à ceux qui précèdent 



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ËSSERT 145 

« Des connaisseurs font remonter l'origine de ce phénomène 

du règne végétal aux temps druidiques Une des grosses 

branches avait 5 mètres de circonférence; une autre, 3 m. 50. 
Les mêmes branches on donné 40 stères de bois façonné, et la 
bille promettait 126 stères de bois marchand. La cavité de son 
tronc était de 2 mètres environ. » 

Enfin, cette notice ajoute encore : 

« Cet arbre géant offre une grande analogie avec le chêne 
d'AUonville (Seine-Inférieure), qui a 14 m. 28 de circonfé- 
rence et dont la cavité a été transformée en chapelle 
en 1696. » 

C'est à l'ombre du chêne que la commune est née ; c'est le 
chêne qui lui a donné son nom, et c'est la commune qui l'a 
immolé. Il convient donc d'en consacrer le souvenir dans 
cette notice. 

Au commencement de ce siècle, Eschêne avait une popu- 
lation de 172 habitants; le dernier recensement y en a 
trouvé 105. 

Eschêne appartient au canton de Belfort; distance légale : 
1 myriamètre 1 kilomètre. 

Essert. — Nos auteurs sont d'accord pour faire dériver 
du défrichement d'une forêt l'origine et le nom de cette loca- 
lité. Exarus = Essarts = Essert^ telle est la filiation linguis- 
tique sur laquelle se base cette opinion. 

Ainsi, le territoire d'Essert aurait été couvert d'une forêt, 
que les habitants du voisinage auraient peu à peu défrichée 
pour y élever des habitations qui ont fini par former le 
hameau, puis le village d'Essert. 

Ce hameau ou ce village se trouva compris dans la mairie 
d'Evette. Il fit partie de cette mairie jusqu'en 1347, époque à 
laquelle celle-ci fut absorbée dans la mairie du Haut-Rose- 
mont. (Voy. Evette.) 

Les nobles de Grammont possédaient ce village en fief de la 
mouvance des comtes de Montbéliard. Quand le domaine direct 
d'Essert eut passé, en 1347, au comté de Ferrette et à la 
maison d'Autriche, les Grammont ne demeurèrent pas moins 

10 



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146 ESSEBT 

investis du fief, et ce sont eux qui tirent édifier, sur un promon- 
toire au sud du village, le château dont on voit encore aujour- 
d'hui les ruines. Ils conservèrent le fief et le château jusqu'en 
1566, époque à laquelle ils les vendirent aux comtes d'Ortem- 
bourg, coganerbes de Roppe, et ceux-ci les conservèrent à 
titre de fief de la maison d'Autriche, jusqu'à ce que l'empereur 
Ferdinand eut affranchi de toute redevance féodale Gabriel 
d'Ortembourg. Il advint ensuite, à titre d'alleu, aux Roppach, 
dont Marie-Louise, dernière fille de François-Conrad de 
Roppach, l'apporta en dot à son mari, François-Christophe de 
Klinglin, préteur de Strasbourg. 

Dans les titres allemands, Essert est appelé Schert, qu'il ne 
faut pas confondre avec un village du même nom dont il est 
parlé ci-après. 

La population d'Essert était de 488 habitants en 1803. On y 
en a recensé 577 en 1876. 

Essert appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
4 kilomètres. 

Essert. — Village détruit — L'abbaye de Murbach avait 
encore, au XIII* siècle, des droits et des possessions dans 
cette localité, car nous voyons qu'au mois d'avril 1274, elles 
passent, avec ce qui lui restait du domaine de Délie, au comte 
Thierry III de Montbéliard. On peut donc conclure de ce fait 
que cet endroit était compris dans la donation faite en 728 à 
ladite abbaye, par le duc Eberhard d'Alsace. 

De cet ancien village il ne reste plus, dit M. Stoflfel, que la 
ferme de Saint-André, près de Florimont. 

La chapelle de Saint- André servait d'église à ce village. Elle 
existait déjà en 1274, car le même auteur la trouve citée à 
cette date, et encore en 1303, 1483, 1491 et 1623. 

A quelle époque a disparu le village ? C'est ce que les docu- 
ments à notre disposition ne nous permettent pas d'établir. 
Mais nous pouvons reconnaître qu'en 1303, il existait encore, 
car il est inscrit au rôle de la prévôté de Délie pour le droit 
dû aux Landgraves de la Haute- Alsace ; de même, en 1344 et 



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ETUEFFONT-HATJT . 147 

1347, OÙ nous rencontrons un Vernier de Délie qui était curé 
à Essert. 

En allemand, ce village était appelé Schert 

Sa destruction peut être attribuée aux guerres ou aux épidé- 
mies qui l'auront dépeuplé. 

Etueffont-Bas. — Nous ne trouvons rien à retenir qui se 
rattache particulièrement à cette localité. Elle faisait partie 
de la mairie et de la paroisse d'Etueflfont-Haut. Ce qui est; dit 
plus loin pour cette dernière commune s'applique donc en 
partie à Etueffont-Bas, que M. Stoffel ne trouve cité qu'à 
partir de 1579 jusqu'en 1783 dans des rôles et autres pièces 
concernant le comté de Ferrette et la seigneurie de Belfort. 

Cette conmiune y figure sous le nom allemand de Nieder- 
Stauffen. 

En 1803, sa population était de 191 habitants; le recense- 
ment ^e 1876 lui en attribue 275. 

Etueiïbnt-Bas appartient au canton de Giromagny. Distances 
légales : 9 kilomètres, jusqu'à Giromagny; 1 myriamètre 3 kilo- 
mètres, jusqu'à Belfort. 

EtuefFont-Haut. — Situé aux contins des seigneuries du 
Rosemont et de Rougemont, le territoire de cette commune 
paraît n'avoir, dans les premier temps, fait partie d'aucune de 
ces deux seigneuries. La plus ancienne mention que nous en 
découvrons, dans un titre, est du 13 février 1188. Elle se trouve 
dans une bulle du pape Clément III, qui confirme au monas- 
tère de Grandgourt les biens qu'il possède, et parmi lesquels 
sont nommés un pré et deux manses situés à Etuefifont-Haut 
et qui avaient été donnés au monastère par Richard de Lebe- 
tain. Un siècle se passe sans que nous retrouvions trace de 
cette localité, et c'est Saint-Nicolas-des-Bois qui la fait réap- 
paraître. En 1260, Hugues de Buix avait, à Etueffont-Haut, 
deux maix de terre à la possession desquels les moines de 
Saint-Nicolas élevaient des prétentions; Hugues dut céder et, 
le 25 juin de la même année, il signa un acte par lequel il 
abandonna à Saint-Nicolas sa propriété. 



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148 ETUBFFONT-HAUT 

En 1296, le 26 mai, Thîébaut, comte de Ferrette, donne à 
l'abbaye de Lucelle le droit de patronage de Téglise d'EtueflPont- 
Haut, et l'évêque de Bâle confirme cette donation. 

Il résulte donc de ces titres qu'EtueflPont-Haut existait 
comme agglomération à la fin du XII* siècle, et qu'à la fin du 
siècle suivant cette agglomération avait son église. 

Le 24 août 1316, le successeur de Thiébaut, Ulrich II, comte 
de Ferrette, confirme la donation faite à l'abbaye de Lucelle, 
du ^oit de patronage de l'église d'Etueffont, et, le 23 juin 1333, 
la veuve d'Ulrich, Jeanne de Montbéliard, confirme à son 
tour le même droit à ladite abbaye, confirmation que celle-ci 
a encore la précaution de faire corroborer, la même année, 
par Albert d'Autriche, qui avait épousé Jeannette, la fille 
aînée de Jeanne et d'Ulrich, et qui, en sa qualité de gendre 
d'Ulrich, avait succédé aux premiers comtes de Ferrette. 

En 1337, le 21 juin, Jean de Munsingen, évêque de Bâle, 
convertit en annexion à l'abbaye de Lucelle le patronage de 
l'église d'Etueffont-Haut qui avait été donné à ladite abbay^ 
en 1296; de sorte qu'à dater de cette année, la paroisse, 
composée des mêmes communes que la mairie, releva de 
l'église de Lucelle. 

L'église d'Etueffont était alors placée sous l'invocation de 
Saint-Valbert, abbé, et ses deux autels- latéraux étaient 
dédiés: l'un, à la Vierge, avec une confrérie du Scapulaire; 
l'autre, à Saint-Sébastien. 

Albert ayant pris possession du comté, avait érigé Etueffont- 
Haut en chef-lieu de mairie, dont EtuefFont-Bas, Anjoutey, 
Petit-Magny, Bourg et La Madeleine firent partie. En 1354, il 
réunit cette mairie à la seigneurie du Rosemont. 

Un Jean Textor de Saint-Ursanne était, le 31 mai 1412, 
vicaire de l'église d'Etueffont. Il est ainsi qualifié parce que 
l'église était une annexe de celle de Lucelle. Ce Textor 
désirait arriver à lia cure de Phaffans. L'abbé de Lucelle 
lui délivra, à la date aui précède, une charte oui lui assurait 



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EVETTE 149 

Bâle 7 marcs d'argent, 3 sous, 10 deniers de droit de banalité 
et 3 sous de droit cathédral. 

L'abbaye de Masevaux avait la dtme de l'avoine. 

Dans les titres allemands, cette commune prend le nom 
^'Oher-Stauffen. 

Après le retour de l'Alsace à la France, elle fut inscrite 
aux armes suivantes dans l'armoriai général: 

Uazur à deux chevrons de sable. (Voy. N"" 18 des planches.) 

En 1803, sa population était de 566 habitants; elle est de 817, 
d'après le recensement de 1876. 

EtuefFont-Haut appartient au canton de Giromagny. Distance 
légale, 9 kilomètres; 1 myriamètre 4 kilomètres jusqu'à 
Belfort. 

Evette. — Sous le premier comte de Montbéliard, c'est- 
à-dire en 1024, Evette nous paraît n'avoir été qu'un petit nombre 
d'habitations disséminées sur un sol marécageux. Aux XP 
et XIP siècles, d'autres habitations s'élevèrent à côté des 
précédentes, de manière à former des groupes, des hameaux, 
situés entre l'étang Malsaulcy et la montagne Salbert Ces 
hameaux furent d'abord désignés sous le nom de Les Evettes 
(Haut et Bas-Evette). 

Au XI? ou au XIIP siècle, les Evettes avaient acquis une 
consistance assez grande pour faire considérer l'ensemble 
comme un village d'une certaine importance, car cet ensemble 
devint le chef-lieu d'une mairie dont dépendaient d'autres 
centres naissants ou renaissants : Valdoye, Eloye, Forchelon 
et Essert. 

Ces centres sont connus, excepté Forchelon, dont nous 
n'avons point retrouvé trace. 

A son origine, la mairie d'Evette était donc dépendante du 
comté de Montbéliard, mais distincte de la seigneurie du 
Rosemont. 

Au XIIP siècle, l'église ou l'évêché de Bâle avait à Evette 
des droits dont aucun document ne nous indique l'origine; on 
ne s'écartera pas beaucoup de la vérité en la faisant remonter 
aux premiers temps de la soumission, à l'église de Bâle, des 



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150 EVETTE 

comtes de Ferrette, issus de la maison de Montbéliard ; mais, 
le 3 avril 1284, le comte Renaud dut reconnaître qu'il tenait 
en fief, de Téglise de Bâle, la dîme d'Evette. Renaud ayant 
donné, en 1299, Jeanne, sa fille aînée, en mariage à Ulrich II, 
comte de Ferrette, renonça, le 29 septembre 1300, au fief dont 
il est question, qui fit retour à l'égUse de Bâle pour en investir 
son vassal, le comte Ulrich. 

Cette circonstance explique, jusqu'à un certain point, la 
situation particulière de la mairie d'Evette entre les deux 
mairies du Haut et du Bas-Rosemont, formant la seigneurie 
ainsi coupée en deux parts, dont Evette-mairie faisait la 
séparation. 

Cet état de choses dura jusqu'en 1347, c'est-à-dire jusqu'au 
partage de la succession de Jeanne de Montbéliard. Le 26 août 
de cette année, la seigneurie du Rosemont échut à sa fille 
Jeannette, qui avait épousé l'archiduc Albert d'Autriche, 
devenu comte de Ferrette à la mort d'Ulrich, son beau- 
père. La mairie d'Evette, qui appartenait déjà à Ferrette 
depuis la renonciation de Renaud de Montbéliard, fut alors 
réunie à la mairie du Haut-Rosemont. Ainsi s'expliquent 
les locutions vagues, plus tard et anciennement^ employées, à 
propos de cette mairie, par Schœpflin dans son Ulustrata^ et 
par M. Stofifel dans la deuxième édition de son Dictionnaire 
topographique. 

Dans les titres allemands, Evette figure sous le nom de 
Weites = Pâturages. 

A partir du moment de l'absorbtion de cette mairie, son 
passé se confond dans l'histoire de la seigneurie du Rosemont. 

L'église d'Evette, qui était sans doute la paroisse de l'an- 
cienne mairie, était placée sous l'invocation de Saint-Claude 
et dépendait du décanat de Granges. 

Au commencement de ce siècle, on comptait 354 habitants 
dans cette commune ; on y en a recensé 494 en 1876* 

Evette appartient au canton de Giromagny. Distances 



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FAVEROIS 151 

Faverois. — Il reste encore à découvrir des traces maté- 
rielles de la grande voie militaire de Mandeure au Rhin, qui 
a dû traverser le ban de Faverois à Tépoque gallo-romaine. 
On ne peut qu'appeler sur ce point l'attention des amis de 
l'histoire de nos villages et des gens du pays. 

Le ruisseau qui traverse Faverois et qui se jette dans la 
Coeuvatte marqua, en 728, la limite des terres données à 
l'abbaye de Murbach par le duc Eberhard d'Alsace; de sorte 
que les maisons de Faverois qui s'établirent à l'ouest ou sur 
la rive gauche du ruisseau appartinrent à l'abbaye, tandis que 
celles qui s'élevèrent à l'est ou sur la rive droite demeurèrent 
au comté du Sundgau. 

A partir de cette époque, l'histoire de Faverois se lie à celle 
du comté du Sundgau, qui deviendra comté de Ferrette, et à 
celle du domaine de Délie. (Voy. Florimont et Délie.) 

Pendant les trois ou quatre siècles qui suivirent la donation 
de 728, Faverois demeura sans doute un village peu impor- 
tant. Mais au XIV* siècle il avait déjà son église, car nous ren- 
controns son curé, Guillaume, qui est témoin dans un acte du 
11 novembre 1314, portant amodiation d'une coUonge qui 
appartenait à l'abbaye de Bellelay. En 1323, le 25 février, c'est 
Pierre, curé de Faverois, qui est témoin dans une vente, faite 
à la même abbaye par Thiébaut de Réchésy, de ses terres de 
Joncherey; en 1332, le 20 janvier, t'est Hugues, ditBusy, curé 
de Faverois, qui est témoin dans un acte du même genre, au 
profit de la même abbaye; enfin, en 1466, UUat, de Délie, était 
curé de Faverois. 

L'église de Faverois était sous l'invocation de Saint-Urs ; 
elle dépendait du décanat de l'Ajoie. 

Au XVIP siècle, Faverois continuait à dépendre des deux 
seigneuries dont le ruisseau marquait la limite. En 1667, celle 
de Délie y comptait seize sujets, et celle de Florimont, six; 
soit en tout vingt-deux sujets ou serfs, qui étaient probablement 
• chefe de famille. Il est présumable que l'église y en avait aussi, 
mais nous manquons de documents à cet égard. 

La tradition locale veut que Faverois ait été en partie 
détruit par l'armée suédoise. Bien qu'aucune pièce ne permette 



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152 fêche-l'église 

de préciser les dégâts que ce village eut à subir, le fait dont 
le souvenir s'est conservé par la tradition ne paraît pas 
invraisemblable, puisque des localités voisines, Florimont et 
Courcelles, eui^ent beaucoup à souffrir en cette occasion. 

Dans les derniers temps, Faverois était une mairie relevant 
du château de Délie. 

En 1803, la population de cette commune était de 410 habi- 
tants; on y en a recensé 374 en 1876. 

Faverois appartient au canton de Délie. Distances légales : 
4 kilomètres, jusqu'à Délie; 2 myriamètres 3 kilomètres, jus- 
qu'à Belfort. 

Fêche-l'Eglise. — Dans l'état des revenus et prestations 
dont jouissaient, en 1303, les ducs d'Autriche, landgraves de 
la Haute-Alsace, nous trouvons la commune de Fêche-l'Eglise 
citée pour un manse qui payait 8 sous et trois quartauts 
d'avoine. C'est la mention la plus ancienne que nous trouvons 
de cette localité. Dans ce titre en langue allemande, Fêche est 
ainsi désigné : Dorfze Witz. 

Fêche-l'Eglise dépendait, dit M. Stoffel, en partie de la 
mairie de Saint-Dizier et en partie de la seigneurie de Flori- 
mont. En 1667, la première y comptait onze sujets et la 
seconde, quatre. Il n'est pas présumable que ces quinze serfs 
aient formé toute la population de la commune; d'autres 
appartenaient au château de Délie. Aucun document ne nous 
permet d'en fixer le nombre, mais diverses pièces antérieures 
à 1667 font mention des droits et des possessions dudit château 
à Fêche-l'Eglîse. 

Fêche-l'Eglise avait ses nobles de troisième ordre, relevant 
de la famille de Délie. En 1333, c'est un Maurice de Fesche 
qui intervient dans la renonciation de Béatrix de Vouhay, 
femme de Jean de Montreux, à l'héritage de sa famille, les sires 
de Vouhay, et à la suite des écuyers Jean de Délie, dit de Metz, 
et Jean, dit Malrage, son frère; en 1481, c'est un Girard 
Rouhat de Fêche qui témoigne en faveur du duc d'Autriche 
dans le différend entre ce dernier et l'évêque de Bâle au sujet 
de leurs prétentions réciproques sur Boncourt. 



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FÊCHE-MOULIN — FELON 153 

Les comtes de Montbéliaxd avaient eux aussi des droits et 
des possessions dans cette commune. Cela résulte de l'inspec- 
tion que le comte y fit exercer, le 7 septembre 1448, par son 
surintendant et les commissaires de la Régence. « Tous ceux 
de Fêche, est-il dit dans le rapport, sont ivrognes et tiennent 
des paillardes dans leurs maisons. » Il ne s'agit peut-être que 
des sujets qui appartenaient au comte. 

Ces possessions multiples s'expliquent par la situation de 
Fêche à la frontière des deux comtés de Ferrette et de Mont- 
béliard; mais il ne paraît pas moins certain que ce village 
dépendait de la seule mairie de Saint-Dizier, laquelle, à son 
tour, relevait des archiducs d'Autriche ou du château de 
Délie. (Voy. Saint-Dizier et Délie.) 

L'église de Fêche était du décanat de l'Ajoie et du diocèse 
de Bâle. Elle était sous l'invocation de Saint- Valère. 

Au commencement de ce siècle, Fêche-l'Eglise avait une 
population de 158 habitants; on y en a trouvé 486 a»u dernier 
recensement. 

Fêche fait aujourd'hui partie du canton de Délie, dont elle 
est à la distance légale de 4 kilomètres. Il y a, de cette com- 
mune à Belfort, 2 myriamètres 2 kilomètres. 

Fêdie-Moulin. — Village détruit et qui existait encore 
au XVP siècle, entre Fêche-l'Eglise et Badevel. — Au ban de 
Fêche-Moulin, dit M. Stoffel dans la deuxième édition de son 
Dictionnaire topographique de la Haute-Alsace. Village nommé 
Fêche-Moulin, qui a disparu par suite des guerres, avec son 
existence territoriale sur la Fêchotte, ses droits et sa juridic- 
tion relevant de la seigneurie de Délie et du château de 
Belfort. 

Il suflSt d'avoir indiqué que ce village existait encore au 
XVP siècle (1520) pour que l'on doive conclure que sa destruc- 
tion est contemporaine de celle d'autres villages, que l'on sait 
avoir péri au temps de l'invasion suédoise. 

Félon. — Nous ne trouvons trace historique de cette com- 
mune qu'au commencement du XIIP siècle. Elle dépendait 



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154 FLORIMONT 

alors de la seigneurie de Rougemont et était le siège d'une 
famille qui en prit le nom. Un Arnold et un Gauthier de Félon 
sont cités dans les Habsburgiaca de Guilliman, à la date de 
1227. Félon existait donc en 1227. Nous soupçonnons qu'il en 
était déjà ainsi en 1096, c'est-à-dire à l'époque où le comte 
provincial Otton II, dont la seigneurie de Bothenberg = Rouge- 
mont dépendait, devint comte de Habsbourg. Félon, le fief et 
la famille de Félon, dont on rencontre, en 1227, des membres 
attachés à la fortune des Habsbourg, remonteraient ainsi au 
XP siècle. 

En 1235, un Otton de Félon figure comme témoin, entre 
Cunon de Delémont et Maître Jean de Chévremont, dans un 
acte concernant le couvent de Saint-Léonard, de Bâle, et un 
échevin de Pfeffingen. En 1241, on rencontre encore le même 
Otton, dans un traité de paix conclu, le 17 janvier, entre le 
comte de Froburg = Montjoie et Henri de Kienberg. En 1252, 
ce sont Gauthier, Hermann et Arnold de Félon, probablement 
les fils d'Otton, qui sont cités dans les Habsburgiaca. 

Dans le livre de vie de Lucelle, deux livres, sur la dîme de 
Félon, sont attribuées à l'abbaye par Pierre, curé d'Angeot, 
pour la fondation de son anniversaire. La donation de cette 
dîme est du 5 juillet 1350. 

La dîme de l'avoine, à Félon, appartenait à l'abbaye de 
Masevaux. 

L'église de Félon fut érigée après 1752 ; elle était filiale de 
celle d'Angeot et sous l'invocation de Saint- Antoine. Elle avait 
deux autels latéraux, dont l'un consacré au Sacré-Cœur et 
l'autre à la Vierge. Le couvent de Schœnensteinbach était coUa- 
teur de cette église, qui dépendait du décanat de Masevaux. 

En 1803, Félon avait 227 habitants; on y en a trouvé 217 au. 
recensement de 1876. 

Félon est du canton de Fontaine. Distances légales : 8 kilo- 
mètres, jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 3 kilomètres jusqu'à 
Belfort. 

Florimont. — Il est incontesté qu'au sommet de la colline 
sur laquelle s'élèvera tantôt le château féodal de Florimont, 



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FLORTMONT 155 

il avait existé, sous la domination romaine, une vigie, un poste 
militaire ou un castellum. C'est en effet à proximité de cette 
élévation que passait la grande voie Agrippa, de Lyon, par 
Mandeure, à Augusta-Rauracorum. 

Les Rauraques, population celtique, étaient établis jusque 
dans cette partie du territoire, et ils avaient donné à la colline 
le nom de Blumemberg. Les Romains ont traduit ce nom par 
celui de Floris-mons, et les Francs, ensuite, par celui de Flori- 
mont. La colline a donc donné son nom au bourg dont nous 
essayons d'esquisser l'histoire. 

Tout ce que la civilisation gallo-romaine avait édifié sur ce 
point a dû subir les ravages des diverses invasions barbares 
du V^ au VIP siècle. Quand, vers la fin du VIP (après 662), 
les Francs eurent vaincu les Alémans et établi le duché 
d'Alsace, Florimont se trouva compris dans ce duché, sous la 
protection duquel l'ancien burg gallo-romain va se relever de 
ses ruines. 

La terre de Florimont restera pendant trois siècles dans la 
situation première qui lui fut faite dans le duché. Elle ne fut 
pas comprise dans la donation du domaine de Délie, en 728, à 
l'abbaye de Murbach ; elle demeura sous la dépendance directe 
des descendants du duc Adalrich, les comtes du Sundgau, puis 
des comtes de Montbéliard-Ferrette, dont le premier apparaît, 
en 1024, dans la personne de Louis III, comte de Montbéliard, 
de Pont-à-Mousson et de Ferrette, tué en 1027 au mont Saint- 
Vanne de Verdun. Elle ne changea pas de condition sous ses 
successeurs : Louis IV, en 1027; Thierry P', en 1074; Louis V, 
en 1096, et Thierry II, en 1125. 

Dans le cours de cette dernière année, les possessions de 
Thierry II furent partagées entre ses trois fils. Frédéric eut 
le comté de Ferrette, dont la terre de Florimont fit partie, 
tandis que ses deux autres fils eurent : Thierry III, le comté 
de Montbéliard, et Renaud, dit le Borgne, le comté de Bar- 
le-Duc. 

C'est vraisemblablement dans le cours du XIP siècle, c'est- 
à-dire après la constitution du comté de Ferrette, que le châ- 
teau de Florimont s'éleva sur les ruines du castellum 



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156 FLOBIMONT 

gallo-romain. Ce qui est certain, c'est qu'il existait en 1243, 
ainsi que le prouve un écusson qui portait cette date et les 
armes de Ferrette' ; ce qui est non moins certain, c'est qu'au 
XIP siècle le burg avait déjà reconquis un certain développe- 
ment, et qu'au siècle suivant la terre de Florimont elle-même 
avait aussi acquis une consistance suffisante pour devenir 
l'apanage particulier de l'un des membres de la famille de 
Ferrette. 

Le premier membre de cette famille que nous rencontrons 
en possession de cette terre est Louis, fils d'Ulrich P'. Il est 
nommé le chevalier Louis, dans une transaction intervenue, 
le 7 décembre 1264, entre l'abbé de Bellelay et un Pierre, dit 
Silline. Le maire de Florimont, Verner, est également désigné 
dans ce document. En 1272, c'est un Jean de Blumenberg que 
M. Stoffel rencontre dans un titre concernant Fribourg en 
Brisgau. 

Un accord entre l'évêque de Bâle et Thiébaut, comte de 
Ferrette, du mois de mai 1281, au sujet de leurs prétentions 
réciproques sur Florimont et Porrentruy, nous apprend enfin 
que le seigneur de Florimont était alors Ulrich de Blumen- 
berg, neveu de Thiébaut et fils de Louis, et que sa mère était 
une Rapolstein =:Ribaupierre =Ribauvillé. Le seigneur Ulrich 
était mineur et fils unique; sa mère administrait la seigneurie 
en son nom. 

En présence de ce seul héritier direct, l'évêque de Bâle 
prévoyait une vacance par suite de la mort de l'enfant mineur, 
et il voulut prendre ses précautions pour sauvegarder et 
agrandir les possessions de son église dans la terre de Flori- 
mont Le comte Thiébaut de Ferrette, oncle de l'enfant, dut 
avoir les mêmes craintes et dut se précautionner aussi contre 
l'éventualité prévue par l'évêque de Bâle. Ces prévisions don- 
nèrent lieu à la convention qui intervint entre Henri d'Isny, 
évêque de Bâle, et Thiébaut, comte de Ferrette. Il fut stipulé : 
1"* Que si, dans les cinq années qui suivraient la convention du 

^ Cet écusson a été conservé jusqu'au siècle dernier; il a disparu 
depuis, et on n'en a plus retrouvé trace. 



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PLOMMOKT 157 

mois de mai 1281, la dame de Rapolstein, veuve de Louis de 
Blumenberg, vendait à l'évêque sa part de la terre de Flori- 
mont, ledit évêque laisserait la moitié de cette part au comte 
Thiébaut de Ferrette, avec le château, les gens qui étaient 
dans la ville, quels qu'ils soient, ainsi que les biens allodiaux 
ou d'héritage; 2° Que s'il arrivait que la part d'Ulrich, mineur, 
fût dévolue à sa mère, de façon que l'évêque dût acheter le 
tout de celle-ci, ledit évêque en laisserait la moitié au comte 
de Ferrette. 

Or, ce ne fut pas l'évêque qui acheta la part de la veuve de 
Louis de Blumenberg, mais bien le comte Thiébaut qui en 
devint acquéreur la même année 1281 ; de sorte que la terre 
de Florimont resta à la maison de Ferrette. L'évêque dut se 
contenter des droits et des possessions qui appartenaient à 
son église et renoncer, momentanément, à les agrandir au 
détriment de la famille de Ferrette. 

Cet arrangement de famille avait froissé l'évêché qui, dès ce 
moment, ne cessa de susciter des difficultés au comte de Fer- 
rette. Après vingt-huit années de luttes sans cesse renais- 
santes, le comte y mit fin, au mois de février 1309, en concé- 
dant à l'église de Bâle, dont il les reprendrait en fief, l'oblation 
du château et de la ville de Florimont, qui lui appartenaient à 
titre héréditaire. 

C'est ainsi que la terre de Florimont tomba dans la vassalité 
de l'évêché de Bâle et, chose qui n'a rien de surprenant, l'obla- 
tion dut être motivée sur le désir que les serfs avaient de 
passer de la suzeraineté du comte de Ferrette sous celle de 
l'évêché de Bâle. 

Thiébaut de Ferrette avait pour épouse, en secondes noces 
Marguerite de Blanckenberg ■= Blamont. Marguerite donna, le 
4 février 1309, une charte ratifiant l'oblation. Mais comme la 
terre de Florimont lui avait été assignée en douaire par le 
comte Thiébaut, elle s'en réserva l'usufruit ou le domaine 
utile, dans le cas où son mari viendrait à mourir avant elle, 
ce qui eut lieu peu de temps après, Thiébaut étant mort 
en 1310. 



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158 FLORIMONT 

Il est difficile d'établir la part du domaine utile qui revenait 
à chacun des maîtres de la terre de Florimont, au XIV** siècle 
et dans les siècles suivants. Il faut se borner à consigner ici 
les indications que divers documents donnent à cet égard. 

Les Blumenberg-Ferrette avaient en entier le bourg de 
Florimont, entouré de tours, de murs, de fossés, et le château. 
Ils avaient les cinq sixièmes de Faverois ; le dernier sixième 
était au château de Délie. Courcelles tout entier était aux 
Blumenberg ; de même de Suarce, de Chavannatte, de Lepuits 
et de Normanvillars, ancien village dont il ne reste plus que 
le nom, et diverses fermes disséminées sur le sol" qui formait 
son territoire. Un tiers de Vellescot appartenait encore au 
château de Florimont; les deux autres tiers étaient à celui de 
Délie; un sixième de Grosne, Boron et Réchésy; les cinq autres 
sixièmes étaient au château de Délie. Les Blumenberg avaient 
encore un bien considérable à Pfetterhausen, canton de Fer- 
rette, et un autre à Beurnevesin, Suisse. 

Quant à la part de l'église de Bâle, nous n'avons aucun 
document qui permette de la préciser. Elle consistait sans 
doute dans les biens, droits et revenus, que l'évêché devait 
posséder en propre; d'un autre côté, deux abbayes du voisi- 
nage, celles de Lucelle et de Bellelay, étaient aussi opulem- 
ment possessionnées sur la terre de Florimont; l'église Notre- 
Dame de Florimont, à laquelle nous consacrons plus loin une 
notice, ainsi qu'à la chapelle Saint-Georges; les églises de 
Courtelevant, Faverois, Courcelles et Suarce avaient, elles 
aussi, leurs domaines particuliers. Cet ensemble de possessions 
ecclésiastiques, relevant toutes de l'évêché de Bâle, constituait 
un faisceau de domination féodale assez fort pour contraindre, 
comme on l'a vu, le seigneur direct à se ranger dans la vassa- 
lité de l'église ou de l'évêché de Bâle. 

En 1313, nous trouvons un Guillaume de Florimont qui pré- 
sida, le 30 mars, la cour de justice devant laquelle les frères 
Augustins, de Hagenbach, vendirent à l'abbaye de Bellelay les 



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PLORIMONT 159 

« 

En 1321, Renaud de Délie était châtelain de Florimont. Il 
fit partie d'une commission arbitrale chargée de vider une 
constestation concernant certains biens situés à Lepuits, et 
c'est la sentence rendue qui nous révèle sa qualité de châ- 
telain de Florimont. On verra plus loin que Renaud fut enterré 
dans l'église Notre-Dame, à côté de Félicité de Granges^ son 
épouse. 

Il serait difficile de dire avec certitude en quelle année de 
ce siècle la terre de Florimont devint féodalement dépendante 
du château de Délie, ou une annexe de son domaine. Cepen- 
dant on ne s'écartera pas beaucoup de la réalité en fixant 
cette annexion à l'année 1324. C'est en effet l'année dans 
lafluelle Albert II, archiduc d'Autriche, succéda à son beau- 
père dans le comté de Ferrette. Afin de ne pas laisser éteindre 
sa race, Albert avait quitté l'épiscopat pour épouser Jeannette 
de Ferrette, et de cette union sortirent les continuateurs de 
la maison d'Autriche. Or, le domaine de Délie appartenait à 
cette maison dont Albert était, lorsqu'il se maria, l'unique et 
dernier rejeton mâle. En succédant, par ce mariage, au dernier 
comte de Ferrette, la terre de Florimont tomba, avec le comté, 
dans les mains de la maison d'Autriche, à laquelle le domaine 
de Délie appartenait depuis 1232. Il est vraisemblable que, 
pour lui donner plus d'importance encore qu'il n'en avait eu, 
Albert aura mis la terre de Florimont sous la dépendance du 
château patrimonial, en la joignant au domaine de Délie. 

En 1339, le 30 juillet, l'archiduc Albert et Jean Senn de 
Munsingen, évêque de Bâle, concluent un second accord, 
concernant les sujets de leurs possessions réciproques qui 
passaient des terres de l'un dans celles de l'autre. Ces émi- 
grations donnaient lieu à de fréquentes contestations entre 
les officiers des deux seigneurs. Pour prévenir ces difficultés, 
l'évêque et l'archiduc s'interdirent réciproquement la recher- 
che des émigrants, à moins que la fuite n'ait eu pour cause 
un méfait punissable par la justice du seigneur dont le sujet 
dépendait. 

En 1344, le bourg de Florimont avait acquis un développe- 
ment qui nous est révélé par une vente faite, le 4 février, à 



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160 PLORIMONT 

l'abbaye de Bellelay. Vernier fils, de Besançon, autrefois 
prévôt et châtelain de Florimont, vend à l'abbaye dont il 
s'agit sa maison située au grand bourg, entre les fossés du 
petit bourg et la maison d'un particulier de Montignez. Le 
bourg primitif s'était donc accru d'une partie qui* était dési- 
gnée sous le nom de Grand Bourg. 

Le 26 août 1347, la terre de Florimont échut en partage à 
Marguerite, marquise de Bade. Marguerite était la sœur uté- 
rine de Jeannette, femme d'Albert d'Autriche. Leur mère, 
Jeanne de Montbéliard, après la mort de son premier mari, 
Ulrich II, comte de Ferrette, avait épousé en secondes noces 
Raoul de Hesse, marquis de Bade, et Marguerite était issue 
de ce second mariage. Au partage de la succession de Jeann!^, 
la terre de Florimont, avec la seigneurie d'Héricourt, échut à 
sa fille Marguerite, qui devint ainsi dame de Florimont et 
d'Héricourt. 

Albert étant mort le 20 juillet 1358, ses quatre fils, Rodolphe, 
Frédéric, Albert et Léopold, reprirent collectivement, le 22 
janvier 1361, la terre de Florimont en fief de l'évêque de Bâle 
et au titre de landgraves de la Haute- Alsace. Le 7 mars sui- 
vant, Marguerite, marquise de Bade, qui était en possession 
de cette terre par droit successoral, invita son bailli à tenir 
la main à l'exécution de la convention du 30 juillet 1339, 
concernant les sujets de l'évêque qui passeraient dans sa terre 
et réciproquement. 

Le 15 septembre de la même année, Marguerite prit des 
dispositions testamentaires, en vertu desquelles la terre de 
Florimont passa, avec la seigneurie d'Héricourt, à sa fille 
Marguerite, épouse de Godefroi de Linange. Elle institua 
exécuteurs testamentaires les chevaliers Henri de Délie, 
Guillaume de Grandvillars et le prêtre Guillaume de Bavilliers. 
Henri de Délie était fils de Renaud et de Félicité de Granges. 

En 1390, la terre de Florimont était engagée à Bernard, 
comte de THîerstein. Cela résulte d'un document concernant 



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PLORIMONT 161 

Entre les années 1450 et 1459, l'empereur donna à Flori- 
mont le droit de tenir deux foires par an et un marché par 
semaine. 

En 1486, la terre de Florimont était tenue en engagement 
des archiducs d'Autriche, moyennant 9707 florins, par Marcard 
2jum Stein = de la Roche. 

Dix ans plus tard, en 1496, c'est Bernard de Reinach, gendre 
de Marcard, qui était en possession de la terre engagée. Le 
document qui nous donne cette date est une pierre tombale 
dont il sera fait mention plus loin. 

En 1511, un diplôme de l'empereur Maximilien, daté d'En- 
sisheim, le 4 février, confirma au bourg de Florimont le droit 
de tenir annuellement deux foires, l'une à la Toussaint, l'autre 
le mardi après Pâques, ainsi qu'un marché par semaine, et 
d'ériger une tribune pour la mercerie. Ce diplôme lui accorda 
encore le droit de débit du sel pour tous les villages dépen- 
dant de ladite terre ou de son bailliage. Le diplôme rappelle 
la concession de Sigismond, dont le titre avait péri dans un 
incendie. 

En 1520, nous rencontrons, comme seigneur engagiste, 
Melchior de Reinach, qui avait succédé h son père, Bernard. 
Melchior mourut vers l'an 1542, laissant trois fils, Jacques, 
Jean-Henri et Jean-Thiébaut. Melchior avait aussi sa pierre 
tombale dans l'église Notre-Dame, dont il sera parlé plus 
loin. 

L'aîné des fils de Melchior, Jacques de Reinach, succéda à 
son père ; mais il paraît que ses deux frères, Jean-Henri et 
Jean-Thiébaut, conservèrent leurs parts dans le domaine utile. 
Jacques demeura en possession du fief engagé jusqu'en 1560, 
époque à laquelle il fut retiré des mains de la famille de 
Reinach par l'empereur Ferdinand P', pour passer dans celles 
des barons de Bolwiller. 

Nicolas, baron de Bolwiller, remboursa aux Reinach les 
9707 florins qui avaient été le prix de l'engagement. Nicolas 
paraît avoir tenu la terre jusqu'en 1604, en participation avec 
son frère, Jean, pour le domaine utile. 

11 



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162 JLORIMONT 

En 1583, conséquemment sous le baron Nicolas, un incendie 
se déclare au château et le détruit en grande partie. La cha- 
pelle de Saint-Georges, qui y était établie, fut transférée la 
même année dans l'église Notre-Dame. Les dégâts causés par 
l'incendie furent réparés, car on verra plus tard la forteresse 
rasée par l'armée suédoise. 

Rodolphe, baron de Bolwiller et de Wattwiller, seigneur de 
Masevaux et gouverneur d'Alsace, succéda à Nicolas et 
mourut en 1616. Rodolphe était le dernier rejeton mâle de 
cette maison. Son héritage échut à son gendre, Jean-Ernest 
Fugger. 

Jean-Ernest Fugger, baron de Kirchberg et Weissenhorn, 
de Bolwiller et Wattwiller, seigneur de Masevaux et Mindel- 
heim, chevalier de l'ordre de Saint- Jacques-de-l'Epée, conseiller 
de l'empereur et son chambellan, succéda donc à son beau- 
père dans le fief de Florimont. Il vivait encore en 1629, car il 
assista à l'intronisation de son cousin, Jean-Henri d'Ôstein, 
élu évêque de Bâle la même année. Il faut admettre que Jean- 
Ernest avait disposé du fief en faveur des suivants, que nous 
trouvons en possession dès 1628. 

Otton-Henri et Christophe-Rodolphe Fugger, frères, tenaient 
en effet, en l'année indiquée ci-dessus, le fief de Florimont. 
Ils en jouirent en commun jusqu'en 1632. En cette année, il 
fut confisqué à l'occasion de la guerre et, sur l'ordre du roi 
de France, retiré de leurs mains par l'intendant d'Alsace, 
Poncet de la Rivière. 

L'armée suédoise, qui occupait le pays, rasa la forteresse 
qui depuis ne s'est plus relevée. 

La terre de Florimont passa alors entre les mains de Volmar 
de Rosen, dit le Furieux, gentilhomme suédois, allié à la famille 
de Grand-Roppe et maître de camp de cavalerie. Il en jouit 
pendant quelque temps, en vertu d'un brevet de 1647; mais, 
peu après, il fut tué à Bade, en Suisse, par le major de son 
régiment, à qui il avait donné un soufflet 

En 1648, après le traité de Westphalie, Otton-Henri et 



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PLORIMONT 163 

guerre. Ils en jouirent en commun comme auparavant ; mais 
il paraît que Otton-Henri mourut avant 1672, car l'acte de 
retrait, du 20 août de cette année, est signé par Christophe- 
Rodolphe seul et ne contient aucune mention de son frère, 
Otton-Henri, qui avait partagé l'investiture en 1648. 

Le 20 août 1672, Gaspard Barbaud, seigneur de Grandvillars, 
de Thiancourt et de Morvillars, acquit de Louis XIV la terre 
dont il s'agit, avec faculté de rachat. Le prix de l'engagement 
était alors arrivé à 16000 florins. Dix ans après, l'engagement 
est racheté et. 

En 1682, Jacques de la Grange, conseiller d'Etat, intendant 
d'Alsace, en jouit pendant deux années. 

En 1684, Gaspard Barbaud s'étant accommodé avec M. de 
la Grange, rentra en possession de la terre de Florimont et 
en jouit jusqu'à sa mort, arrivée en 1694. 

Etienne, son fils aîné, lui succéda et mourut en 1702. 

A la mort d'Etienne, dont les affaires étaient en très mau- 
vais état, la terre de Florimont passa dans les mains de son 
gendre, Abraham Le Comte, lieutenant-colonel des régiments 
suisses de Greder et de Monin. Il en jouit, lui et sa femme, à 
titre d'achat à réméré ou d'engagement, jusqu'en 1714. 

En cette année, Léopold Barbaud, fils d'Etienne et beau- 
frère de Le Comte, retira l'engagement dont il demeura en 
possession jusqu'à sa mort, arrivée en 1724. 

Son fils unique, Jean-Gaspard Barbaud, lui succéda en cette 
année, à titre d'héritier direct. Ce Jean-Gaspard et ses descen- 
dants demeurèrent en possession de cette terre jusqu'à la 
Révolution. 

A cette époque, elle ne comprenait plus que les villages de 
Courcelles, Courtelevant, Le Puix et Chavannatte. Le surplus 
paraît être revenu aux ministériaux, dont la famille avait pris 
le nom des dynastes de Ferrette. 

Après avoir restitué aux seigneurs la place qu'ils ont 
occupée dans le passé de la terre de Florimont, il ne saurait 
être déplacé d'accorder une mention aux infimes dont on ren- 
contre les noms dans les titres consultés. 



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164 FLORIMONT 

Dans une vente du 9 septembre 1303, nous trouvons comme 
témoins : un Huriot, dit Orepinet, un Jean, dit Maiadrerie, un 
Huguenin et un Henri, manants de Florimont En 1317, un 
Willemez, bourgeois; en 1322 et 1324, un Huguenin de Bon- 
court, bourgeois de Florimont; en K38, unWilhelmin fils; 
en 1240, un Werner, procurator, c'est-à-dire intendant du 
prieuré de Froidefontaine, h Florimont, lequel Werner est 
fort maltraité par des bourgeois de Cernay et perd l'épée dont 
il s'était servi contre des porcs qui causaient des dégâts sur 
une propriété du prieuré; en 1346, un Mercheant et un Kathe- 
Un; en 1353, un Clavin, fils de Belin; en 1357, un Wuillemin, 
fils de Paisquel, et unBourkard; en 1363, un Jean Oyson; en 
1388, un Jean Frickat, de Suarce, qui demeurait à Flori- 
mont; en 1427, un Henri, dit Quelain; et en 1481, un Michel 
et un Jean Nicole, 

ÉGLISE NOTRE-DAME 

La tradition rapporte que, dans les temps reculés, l'église 
de Florimont, placée sous l'invocation de Notre-Dame, était 
filiale de l'église préexistante de Courtelevant, qui avait le 
même vocable. Un seul et même curé desservait alors les deux 
églises. 

Le fait dont la tradition a gardé le souvenir n'a rien d'in- 
vraisemblable. Courtelevant-village aurait ainsi existé avant 
le bourg de Florimont; Courtelevant aurait eu son église quand 
le donjon féodal s'élevait au sommet du Blumenberg, puis le 
bourg, s'étant organisé sous l'égide du château, aurait été 
doté d'une chapelle dépendante de l'église de Courtelevant. 
Le bourg a grandi, sa chapelle est devenue, si elle n'a été rem- 
placée par elle, l'ancienne église, que nous ne rencontrons 
qualifiée d'église paroissiale qu'en 1647. L'édifice fut réparé 
en 1735. Il se composait d'un chœur, d'une nef, de bas-côtés 
et d'une tour. Il a été démoli en 1863. 

Quelques-uns des personnages dont il est question précé- 
demment y furent enterrés. Nous les indiquons dans leur ordre 
chronologique. 



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FLORIMONT 165 

1328 

Félicitas de Orages uxor Dni Benaldi de Délie militisque 
ohiit feria sexta ante festum beati Michaelis arcmigeli anno 
DniMCCCXVIlL 

Cette inscription était taillée en lettres onciales au pourtour 
d'une dalle de près de six pieds de longueur, sur trois de lar- 
geur, et représentant Félicité couchée de son long, sculptée 
en bosse, les bras croisés, la tête reposant sur un coussin et 
légèrement penchée à droite, du côté de la tombe de Renaud, 
son époux. Aux quatre coins de la tombe, des écussons char- 
gés, le premier et le quatrième, des armoiries de la maison de 
Délie, d'argent, à la croix d'azur cantonnée de vingt bUlettes de 
même, deux et une dans chaque quartier. Les deuxième et 
troisième écussons, aux armoiries de la maison de Granges, 
dont nous ignorons les émaux, mais portant une croix en 
sautoir. 

Une pierre de même grandeur était placée à droite de la pré- 
cédente. Elle n'avait aucune inscription, mais les armoiries 
qu'elle portait étaient celles de la maison de Délie, ce qui indi- 
quait suffisamment que c'était le tombeau de Renaud de Délie, 
mari de Félicité de Granges, Renaud était également sculpté 
en bosse, la tête inclinée du côté de son épouse, casque en 
tête, la main droite appuyée sur sa poitrine et la gauche sur 
son écusson. Son épée, engagée dans un ceinturon, reposait à 
côté de lui et à sa droite. Renaud mourut plusieurs années 
après Félicité. Il vivait encore en 1333. (Voy. Délie.) Ces deux 
tombes étaient placées dans l'un des bas-côtés de l'église, 
celui de l'Epître. 

1496 

Au chœur se trouvaient les épitaphes suivantes : 

Hie ligen her Bernhardtdin von Binach ritter Kinder etlich 
den Gottgenod 1496. 

L'inscription était taillée en gros caractères, sur une pierre 
bleuâtre de cina nîeds de loner et deux nieds huit Douces de 



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166 FLORIMONT 

annes des Reinach : â!or au lion rampant de gueules chape- 
ronné d'azur. 

1520 

Hie ligendt Melchiors von Binach Kinder etlich den Oott 
genod 1520. 

La pierre portant cette inscription était à côté de la précé- 
dente et portait au milieu le même écusson des Reinach, can- 
tonné aux quatre coins par les armoiries du père et de la 
mère de Melchior et celles du père et de la mère de sa 
femme. 

1590 

t Ci GIT VENERABLE PSONE MeSSIRE JeAN GrANDRICHARD 
PBRE JADI CURE DE FlORIMONT, TREPASSA LE 14 DE SPTÊBRE 
L'AN 1590. 

Sur le milieu de la pierre était sculpté un écusson chargé 
d'un calice surmonté d'une hostie autour de laquelle se trou- 
vaient les initiales du curé J. G. R, — Au-dessus de l'écusson, 
le vœu ordinaire : Requiescat in page, 

1601 

Sepultura nobilis scutife. Domini Adam Camt ab Hertz- 
berg doni pro partie bologni^ qui du vixit non minimû 
deçus meruit obiit 9 junt ano 1601. 

Aux quatre coins de la dalle dont le milieu portait cette 
inscription, se trouvaient des écussons aux armes de Camy, 
de Bolschwitz, gentilhomme de Silésie, et des Waldner de 
Freundstein. Cette pierre était immédiatement au-dessus de 
celle des enfants de Bernard de Reinach. 

A côté, une pierre aux mêmes armoiries, mais sans aucune 
inscription. 

Quant aux mots : Domini pro partœ Bologniœ, ils ne peuvent 
se traduire que de cette façon : Coseigneur de Bourogne. Les 
Camy avaient sans doute succédé aux archiducs d'Autriche, 



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FLORIMONT . 167 

En ce qui concerne les desservants et curés de Notre-Dame, 
nous ne connaissons les noms que d'un très petit nombre : 
Pierre, dit Lechtnude, en 1302, 1303, 1313,1314, 1316 et 1332; 
Jean de Granges, en 1341 et 1347; il était peut-être le frère de 
Félicité, épouse de Renaud de Délie. En 1365 et 1366, c'est 
Jean de Courcelles, et en 1590, Jean Grandrichard, dont le 
monument funéraire signalé plus haut nous révèle la fonction 
curiale. Ajoutons à cette courte nomenclature le nom de Bour- 
kard de Montignez, chapelain de l'autel Sainte-Catherine, 
dans l'église Notre-Dame de Florimont, en 1353. 

SAINT-GEORGES DTJ CHATEAU. 

Le château eut sa chapelle particulière dès les premiers 
temps de sa construction. Quand le château eut été incendié, 
en 1583, Saint-Georges fut réuni à Notre-Dame, les droits du 
seigneur réservés. Cette chapellenie a subsisté jusqu'à la Révo- 
lution. Nous n'en connaissons les chapelains qu'à partir de la 
fin du XVI* siècle. Ce sont : 

A la coUature de Nicolas et Jea% barons de Bolwiller : 

P Pierre Choulet, institué le..., mort en 1581 ; 

2° Jacques Girardin, clerc, institué le 23 janvier 1582, mort 
en 1583, année de l'incendie; 

3° Jean Girardin, institué le 17 novembre de la même 
année ; 

A la collature des archiducs d'Autriche : 

4° Pierre Fusier, de Délie, institué le 5 janvier 1590, mort 
en 1598; 

5° Richard Marion, institué le 25 avril 1598, mort en 1605; 

6° Etienne Gravier, de Porrentruy, sous-diacre, institué le 
25 octobre 1605, mort en 1620; 

7' Pierre Vignette, de Délie, prêtre, institué le 31 mai 1620, 
mort en Ï647 ; 

A la collature de Volmar de Bosen: 

&" Jean-Baptiste Vernerey, prêtre, institué la première fois 
le 20 mai 1647, par le colonel Volmar de Rosen, et la seconde 
fois, le 9 février 1651, par le comte Gaspard de La Suze qui. 



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168 • FLORIMONT 

comme on sait, s'était emparé de Belfort et de toute la 
seigneurie, qu'il voulut conserver après s'être déclaré pour la 
Fronde. En 1653, Vernerey résigna purement et simplement 
la chapellenie de Saint-Georges; 

A la collature de Oaspardj comte de La Svze : 

9** Robert-Alexandre du Bouget, clerc, institué le 12 sep- 
tembre 1653, mort en....; 

A la nomination directe de V archevêché de Besançon : 

l(f François Ladoubart, prêtre, institué le 3 septembre 
1667, mort en 1704. 

Cette nomination eut lieu par droit de dévolution, faute par 
le seigneur d'y avoir pourvu à temps ; 

A la collature de M. Le Comte: 
IV JuUen Relange, institué le 5 octobre 1704. 
Ce droit fiit contesté à M. Le Comte par le duc de Mazarin, 
et le Conseil souverain d'Alsace reçut, le 8 juin 1707, l'oppo- 
sition, sauf aux seigneurs de Florimont à se pourvoir au péti- 
toire dont l'action leur était réservée. L'action n'eut pas 
d'autre suite; 

A la coUature du duc de Mazarin: 

12"* Jean-Henri de Boug, clerc du diocèse de Besançon, 
institué le 19 novembre 1704. 

Ce chapelain est le dernier que nous font connaître diverses 
pièces appartenant aux archives de MontbéUard, et qui nous 
ont fourni, en outre, beaucoup de renseignements utilisés dans 
cette notice. 

Entre les années 1697 et 1704, Etienne Barbaud ou son 
gendre, Abraham Le Comte, fit inscrire sur l'armoriai général 
de France la seigneurie de Florimont, aux armes suivantes : 

Coupé d'argent et de gueules, à quatre fleurs de lys de Vun 
en Vautre. (Voy. N° 7 des planches.) 



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FONTAINE • IW 

Florimont appartient au canton de Délie. Distances légales : 
jusqu'à Délie, 7 kilomètres; jusqu'à Belfort, 2 myriamètres 
6 kilomètres. 

Fontaine. — On a appliqué à cette commune une charte 
du 1*^' novembre 1040, par laquelle l'archevêque de Besançon 
donnait à l'abbaye de Baume-les-Dames Altar de Fontanis 
(l'autel ou l'église de Fontaine). La donation dont il s'agit 
concerne l'église de Fontaine, dans l'arrondissement de Mont- 
béliard. Ce point de départ fait donc défaut aux recherches 
qui nous occupent 

C'est à l'histoire du fief de Montreux, dont notre Fontaine a 
toujours fait partie, qu'il faut recourir, et l'on ne peut remon- 
ter, avec quelque certitude, au delà de la première moitié du 
XIP siècle. Nous pensons qu'à cette époque le Fontaine em- 
bryonnaire qui a pu, qui a dû préexister, prit de la consis- 
tance et devint de bonne heure un des villages les plus impor- 
tants du fief. Fontaine appartenait aux premiers chefs de la 
famille des Montreux, et c'est au sort du fief que l'histoire de 
ce village est étroitement liée. (Voy. Montreux-Château.) 

A la mort de Jean de Montreux, arrivée en 1458, Fontaine 
échut en partage à Antoine, fils cadet de Jean. Quelques 
années plus tard, Antoine prit parti pour Charles-le-Téméraire 
contre l'archiduc Sigismond, dans la guerre qui s'alluma au 
pays, à propos de l'engagement des terres antérieures de la 
maison d'Autriche. (Voy. Belfort.) Après la défaite du Bour- 
guignon, l'archiduc Sigismond retira le bourg de Fontaine à 
son vassal, Antoine de Montreux, et le conféra, en 1475, à 
Jean Kuttin qui le céda, en 1490, à Gaspard de Morimont. Les 
Morimont le revendirent, en 1528, au comte Ernest de Fugger ; 
mais la guerre empêcha celui-ci d'en payer le prix et d'en 
prendre possession. Alors, le baron de Polheim, gendre du 
dernier baron de Morimont, se substitua au comte de Fugger, 
et conserva Fontaine, au titre de bénéfice royal, jusqu'après 
le traité de Ryswick. A la paix de 1648, Fontaine étant tombé 
dans le domaine du roi passa, comme tous les biens de la 
maison d'Autriche, au duché de Mazarin. 



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170 FONTENELLE 

Dans les titres allemands, Fontaine est désigné sous le nom 
de Brunn. 

Aucun document ne nous permet de direTépoque à laquelle 
Fontaine fut doté d'une église. Nous voyons seulement qu'à la 
dernière division de l'évêché de Bâle, dont l'église faisait 
partie, elle passa, vers la lin du XV" siècle, du décanat du 
Sundgau dans le décanat de Masevaux, de nouvelle création; 
que cette église était filiale de celle de Jeune-Montreux et 
sous l'invocation de la Sainte-Croix, avec deux autels latéraux 
dédiés à Saint-Roc et à la Vierge; qu'il y avait une confrérie 
de la mort; que le recteur de Jeune-Montreux était coUateur 
de cette église, et qu'à la fin du siècle dernier (1777), le droit 
de collature avait passé au comte de Reinach-Grandvelle, 
chanoine de Saint-Claude. 

Dans l'armoriai général de France, la communauté de Fon- 
taine a les armes suivantes : 

De salle à une fontaine d'argent (Voy. N° 19 des planches.) 

A la division politique de la France par la loi des 20-22 dé- 
cembre 1790, Fontaine fut érigé en chef-lieu de canton du 
district de Belfort. Sa population était de 273 habitants en 
1803, et, au recensement de 1876, on y en a compté 359. 

La distance légale de cette commune jusqu'à Belfort est de 
1 myriamètre 2 kilomètres. 

Fontenelle. — Cette petite commune paraît avoir eu, 
pendant tout le moyen-âge, un sort assez singulier; elle était 
une enclave de la mairie de la Haute- Assise, et tandis que ses 
voisines étaient comprises dans une organisation collective 
plus ou moins étendue, Fontenelle, ancien alleu qui avait été 
donné en fief oblat au landgraviat de la Haute-Alsace, a 
continué à appartenir, dit Schœpflin, à divers seigneurs, qui 
relevaient, à partir du XIV* siècle, de la seigneurie de Belfort. 
D'après les recherches de M. Stoflfel, le plus ancien docu- 
ment où il est fait mention de cette commune remonte à 
l'année 1458. 

A la Révolution, Fontenelle appartenait à un bourgeois de 
Belfort, Bisantzer (Besançon), qui s'en était rendu acquéreur; 



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FOUSSEMAGNE 171 

ce qui prouve que, sous le régime français comme sous le 
régime autrichien, Fontenelle a conservé l'autonomie qui lui 
avait été laissée depuis les premiers temps de la féodalité. 

L'organisation nouvelle de la France, après 1789, lit dispa- 
raître la situation antérieure de cette commune. Elle fut 
placée dans le canton de Belfort; de sorte que, en réalité, ce 
fut l'Etat qui se substitua aux minuscules seigneurs dont elle 
avait jusqu'alors dépendu. 

Au commencement de ce siècle, Fontenelle comptait 65 habi- 
tants; le dernier recensement lui en attribue 103. 

Fontenelle fait partie du canton de Belfort La distance 
légale de cette commune au chef-lieu de canton eSt de 9 kilo- 
mètres. 

Foussemagne — L'histoire de cette commune est liée à 
celle de Montreux-Château, chef-lieu du fief dont Foussemagne 
a toujours fait partie. (Voy. Montreux-Château.) 

En 1458, Foussemagne advint à la branche cadette de la 
famille de Montreux, qui s'est éteinte au XVP siècle. Un 
Henri de Reinach succéda aux Montreux et ses descendants 
formèrent trois branches, dont une fut les Reinach-Fousse- 
magne. A partir de ce moment, Foussemagne devint chef-lieu 
du fief de Montreux et les Reinach en firent leur résidence. 

Dans les titres allemands, le nom français de Foussemagne 
fut traduit par celui de Fuchsmeng. 

Après le retour de l'Alsace à la France, le fief prit le titre 
de seigneurie et les Reinach-Foussemagne, qui avaient leur 
blason spécial, firent inscrire dans l'armoriai général de 
France les armes suivantes pour la seigneurie : 

De gueules à un aigle à deux têtes d'argent^ hecqué et membre 
d'or. (Voy. N° 8 des planches.) 

De même que Montreux-Château était déchu de son ancien 
rang de chef-lieu du fief au profit de Foussemagiie, de même 
aussi Foussemagne devait, en 1790, déchoir de la supériorité 
que ses derniers seigneurs lui avaient donnée. 

A la nouvelle organisation du territoire, Fontaine, qui avait 
successivement dépendu de Montreux et de Foussemagne, fut 



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172 FRAIS — PROIDBFONTAINE 

érigé en chef-lieu du canton dont Foussemagne fait aujour- 
d'hui partie. 

Au commencent de ce siècle, sa population était de 342 habi- 
tants; elle est aujourd'hui de 526, d'après le dernier recen- 
sement. 

Distances légales : de Foussemagne à Fontaine, 4 kilomètres; 
h Belfort, 1 myriamètre 3 kilomètres. 

Frais. — Comme la précédente, cette commune cessa de 
faire partie du fief de Montreux, mais à l'inverse de Fousse- 
magne elle échut, en 1458, à la branche aînée, représentée par 
Frédéric dé Montreux, qui obtint de l'archiduc Sigismond la 
faculté de transmettre à ses filles sa part du fief. Une de ses 
filles, mariée à Louis de Reinach, forma la branche des 
Reinach-Montreux, h laquelle Frais échut en 1458, comme 
nous le disons plus haut. Cette branche des Reinach-Montreux 
s'étant éteinte, l'empereur Ferdinand P' y substitua, en 1560, 
un Henri de Reinach qui devint la branche des Reinach- 
Foussemagne, à laquelle Frais appartint jusqu'à la Révo- 
lution. 

Dans les titres allemands, cette commune est désignée sous 
le nom de Fress. 

Au commencement de ce siècle, la population de Frais était 
de 151 habitants; le dernier recensement y en a compté 150. 

Froidefontaiiie. — S'il est vrai qu'au fond de toute 
légende il y a un fait historique h dégager, c'est à cette source 
qu'il faut demander les premières informations historiques 
concernant Froidefontaine. 

La légende rapporte que Saint-Maimbœuf était Ecossais; 
qu'il parcourait le monde pour enseigner le christianisme aux 
peuples qu'il visitait; qu'arrivé à Dampierre, il passa une 
partie de la journée en prières dans l'église de ce lieu; que, 
s'étant mis en route vers le Nord, il rencontra des hérétiques, 
les arrêta et leur prêcha l'Evangile; que ces hérétiques, le 
voyant bien vêtu, crurent qu'il avait beaucoup d'argent; que 
d'ailleurs, irrités de ce qu'il professait une autre croyance que 



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FROIDEPONTAINE 173 

la leur, ils le tuèrent à coups de couteau et de bâton; que 
Salnt-Maimbœuf fut enterré à l'endroit même où il avait 
souffert le martyre, propè frigidam fontem^ près d'une fon- 
taine d'eau vive où fut plus tard érigé le prieuré de Froide- 
fontaine. 

La légende dit encore que, bientôt après le martyre, le bruit 
des miracles qui s'opéraient sur la tombe de Saint-Maimbœuf, 
près de la fontaine, éveilla l'attention des habitants de la 
contrée et que les reliques du saint furent transférées à Dam- 
pierre, entre les années 895 et 920. 

En 920, le ban de Froidefontaine faisait partie du comté du 
Sundgau. En 1024, il fut compris dans le comté de Montbéliard- 
Ferrette, sous Louis de Mousson, et continua à faire partie de 
ce comté sous Thierry P', fils et successeur de Louis, qui 
régna de 1070 à 1104. Thierry avait épousé, en 1075, Ermen- 
trude, fille de Guillaume II, comte de Bourgogne. De ce 
mariage étaient issus deux fils : Thierry et Frédéric. 

Jl est hors de doute qu'à la mort de Thierry I", en 1104, le 
martyre de SaintrMaimbœuf était devenu l'objet d'un culte 
dans l'esprit des populations de la contrée. Ce qui le prouve, 
c'est la consécration que la veuve de Thierry I", la comtesse 
Ermentrude, va lui donner. 

En 1105, Ermentrude et ses deux fils donnent à l'abbaye de 
Cluny le manse ou la cour qu'ils possèdent, et qui est appelé 
Frigidits Fons (Froidefontaine), avec les biens qui en dépen- 
dent, les hommes, les terres cultivées ou non cultivées, les 
prés, pâturages, forêts, chemins, étangs, cours d'eau et tous 
les droits quelconques attachés à ces biens allodiaux. La dona- 
tion est affectée à l'usage des moines que l'abbé de Cluny, 
représenté par le prieur de Morteau, instituera à Froide- 
fontaine, sous la règle de Saint-Benoît. La donation ou charte 
de fondation est du 8 mars. 

Le même jour, Ermentrude, préoccupée du salut de son âme, 
de la rémission de ses fautes, de celles de ses enfants, de ses 
parents, de ses ascendants et descendants, signe une seconde 
charte portant donation, au couvent qu'elle venait de fonder, 
de l'église de Grosne, Recouvrance, Normanvillars, Boron, 



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174 PROIDEPONTAINE 

Vellescot, Brebotte, Eschêne et de la chapelle de Petit-Croix, 
avec les droits qui lui appartiennent sur les hommes, colons, 
biens, terres, possessions, forêts, dîmes, moulins, et autres 
droits généralement quelconques qui peuvent lui appartenir 
dans cette paroisse. Ermentrude ne réserve dans cette dota- 
tion, pour elle et les comtes de Montbéliard-Ferrette qui lui 
succéderont, que l'avocatie perpétuelle du couvent. Ses fils, 
Thierry et Frédéric, ratifient la dotation. 

C'est ainsi que Froidefontaine, avec la paroisse ou l'église 
de Grosne devinrent, à partir du commencement du XII*" siècle, 
un domaine féodal essentiellement ecclésiastique. 

En 1105, les fils d'Ermentrude, Thierry et Frédéric, gouver- 
nèrent en commun le comté et exercèrent indivisément l'avo- 
catie sur le couvent à la fondation duquel ils avaient participé. 
En 1125, les deux frères se partagèrent la succession pater- 
nelle; Thierry eut, à titre d'atné, le comté de Montbéliard, 
tandis que Frédéric eut le comté de Ferrette, dont il fut ainsi 
le premier dynaste sous le titre de Frédéric I". L'avocatie du 
couvent de Froidefontaine resta vraisemblablement au comte 
de Montbéliard. 

En 1144, le couvent était en plein exercice, car nous trou- 
vons en cette année le nom de son prieur Richard, parmi les 
témoins de la charte de fondation du monastère de Feldbach, 
entre Altkirch et Ferrette. 

Comme toutes les fondations religieuses du temps, le prieuré 
de Froidefontaine, fort convenablement doté par ses fonda- 
teurs, s'enrichit au moyen d'acquisitions et surtout de fonda- 
tions pieuses dont il fut le bénéficiaire. Il avait des possessions 
dans diverses parties de la Haute-Alsace, et, s'il n'atteignit 
jamais le degré d'opulence que certaines abbayes du voisinage 
réalisèrent avec le concours des églises dont elles avaient la 
coUature, le prieuré de Froidefontaine fut un des plus riches 
du territoire. 

L'avocatie de cette maison devint, en 1303, sinon l'objet 
d'une revendication, le sujet d'un doute sur la question dé 
savoir à qui, des comtes de Montbéliard ou de Ferrette, elle 
devait alors appartenir. En l'absence de documents sur le sens 



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FROIDEPONTAINE 175 

précis de ce doute ou de cette revendication, il faut en cher- 
cher l'origine dans les faits contemporains. 

En 1299, un comte de Ferrette, Ulrich II, avait épousé une 
comtesse de Montbéliard, Jeanne, qui lui avait apporté en 
dot une partie du territoire de Belfort, dont il ne devait toute- 
fois entrer en jouissance qu'après la mort de son beau-père, 
le comte de Montbéliard. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce 
que, dès 1303, Ulrich eût réclamé ou possédé l'avocatie du 
prieuré conmie faisant partie de la dot de Jeanne. Quoi qu'il en 
soit, c'est à partir de 1303 que Froidefontaine apparaît dans 
les titres sous le nom allemand de KaUenbrunn. 

Ulrich étant mort en 1324, son gendre, Albert II, archiduc 
d'Autriche et landgrave de la Haute- Alsace, lui succéda dans 
le comté de Ferrette. C'est vraisemblablement à cette époque 
qu'Albert institua, à côté du prieuré, la mairie à laquelle la 
haute justice appartint, tandis que la justice inférieure resta 
au prieuré. Charmois fut rendu dépendant de cette mairie. 

Un diflérend, survenu en 1340, entre le prieur de Froide- 
fontaine et l'abbé de Lieu-Croissant, près de l'Isle-sur-le- 
Doubs, prouve qu'à cette époque l'avouerie du prieuré était 
exercée, pour le comte de Ferrette, par son châtelain de Flori- 
mont. Le prieur et l'abbé se contestaient réciproquement une 
vigne située à Wattwiller. Le châtelain, Verner de Florimont, 
captura un certain nombre de porcs appartenant à des bour- 
geois de Cernay, et qui étaient en liberté dans la vigne en 
litige. Mais Verner se heurta à une résistance vigoureuse de 
la part des propriétaires du bétail; il fut maltraité et perdit 
son épée dans la lutte. Des arbitres furent nommés et ils adju- 
gèrent la vigne au prieuré de Froidefontaine, à la condition 
que Verner n'élèverait aucune réclamation à rencontre de 
ceux qui lui avaient résisté, ni au sujet de l'épée qu'il avait 
perdue. 

En 1411, l'église paroissiale était sous l'invocation de Saint- 
Pierre et de Saint-Paul. Un des autels latéraux leur était 
dédié; l'autre l'était à l'Assomption. Quant au maître-autel, il 
était veuf de dédicace et n'avait que le tabernacle. 



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176 PROIDBPONTAINE 

Quel est le sens qu'il convient de donner à ce renseigne- 
ment, émané des archives de l'évêché de Bâle ? Le maître- 
autel était-il encore, au XV* siècle, la représentation du 
sacrarnim, c'est-à-dire du sarcophage du saint sous l'invoca- 
tion duquel l'église était placée? Dans ce cas, le saint de 
Froidefontaine ne peut être que l'Ecossais Maimbœuf de la 
légende. Son corps ayant été transféré d'abord à Dampierre, 
puis à l'église du château de Montbéliard, il est difficile de ne 
pas admettre que l'église primitive de Froidefontaine fût 
placée sous son invocation et que le maître-autel de 1441, 
muni d'un tabernacle, ne fût que la continuation de l'état 
originaire de cette église. De l'évêché de Bâle, le corps de 
Saint-Maimbœuf avait passé dans l'évêché de Besançon ; mais 
l'évêché de Bâle avait gardé le souvenir du fait, et en conser- 
vant à son maître-autel son état primitif, son veuvage de 
dédicace, il consacrait traditionnellement le martyre du saint, 
à l'endroit même où la légende rapporte qu'il a eu lieu. 

En la même année 1441, le prieuré de Froidefontaine fut 
exonéré de la taxe de 40 marcs qu'il payait annuellement à 
l'évêché. 

Le XVP siècle ne nous fournit rien de particulier concer- 
nant la commune et le prieuré. Cependant, il est probable que 
ce fut pour la maison religieuse une époque de souflfrance et 
de ruine. Comme les autres monastères de la contrée, elle eut 
à subir la colère et les violences du soulèvement des paysans, 
mais elle ne périt point dans cette épreuve, car, au commen- 
cement du siècle suivant elle existait encore, pour tomber, il 
est vrai, dans la dépendance d'une institution bien différente 
de l'ordre de Cluny. 

En 1621, l'archiduc Léopold donna le prieuré aux jésuites 
d'Ensisheim. Mais la guerre de Trente- Ans était allumée, et, 
en 1632, au mois de décembre, pendant qu'une partie de 
l'armée suédoise assiégeait Belfort, une autre partie ravageait 
les châteaux et les monastères. Le prieuré fut ruiné de fond 
en comble. 

Au rétablissement de la paix, c'est-à-dire après 1648, les 
jésuites d'Ensisheim rentrèrent en possession des droits et 



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PROIDEVAL 177 

des revenus du prieuré, et les conservèrent jusqu'à la suppres- 
sion de la célèbre Compagnie, en 1756, époque à laquelle 
Louis XIV les conféra au collège royal de Colmar, qui en 
bénéficia jusqu'à la Révolution. Vendus comme biens natio- 
naux, les bâtiments qui existaient et les biens du prieuré 
devinrent des propriétés particulières. 

En 1803, la population de Froidefontaine était de 385 habi- 
tants ; le recensement de 1876 y en a trouvé 282. 

Froidefontaine appartient au canton de Délie. Distances 
légales: 1 myriamètre jusqu'à Délie; 1 myriamètre 2 kilo- 
mètres jusqu'à Belfort. 

Froideval. — Le vallon qui porte ce nom fait partie du 
territoire d'Andelnans. Il est appelé Frigida vaïle dans les 
titres latins et Kaltenthaïl dans les titres allemands. 

Les titres auxquels il est fait allusion concernent une 
maison religieuse qui fut fondée au fond de ce vallon dans le 
cours du XIV* siècle. Elle dépendait de la commanderie des 
chanoines réguliers de Saint-Antoine de Vienne, établie à 
Issenheim, et dont elle était un préceptorat. L'église de Froi- 
deval existait déjà en 1350, car elle est citée dans un urbaire 
de Belfort de cette année. En 1453, Froideval fut renouvelé, 
dit Schœpflin, par la libéralité de l'archiduc Sigismond. C'est 
vraisemblablement à partir de cette époque que Froideval fut 
à son tour qualifié du titre de conunanderie. 

Froideval avait alors acquis une certaine importance, car il 
s'y tenait chaque année, le P' mai et le dimanche suivant, une 
sorte de marché qui était fréquenté par les populations du 
voisinage et, comme Froideval était partie intégrante de la 
mairie de l'Assise-sur-l'eau, le maire de Danjoutin avait la 
police du marché. Il s'y rendait assisté de quatre notables de 
la mairie, et la commanderie leur servait une réfection 
convenable. 

Au mois de décembre 1632, Froideval fut ruiné de fond en 
comble par l'armée suédoise qui occupait le pays et assiégeait 
Belfort. Une statue de Saint-Antoine, provenant de la comman- 
derie, est aujourd'hui réfugiée dans l'église de Danjoutin. 

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178 GIROliAGNY 

Froideval n'est plus qu'une ferme et un but de promenade 
peu fréquenté; il est à 5 kilomètres de Belfort. 

Giromagny. — Si l'on doit tenir compte des recherches 
de M. Aug. Quiquerez, concernant la sidérurgie pratiquée par 
les Celtes sur les sommets du Jura et le versant alsacien, on 
est porté à croire que le versant méridional de l'ancienne 
Vosge, notamment le fond de la vallée d'Oye = Savoureuse, 
recèle aussi des vestiges d'un travail du même genre dans les 
temps les plus reculés. Mais, en l'absence de preuves sembla- 
bles à celles qui sont produites par M. Quiquerez, ce senti- 
ment ne peut avoir d'autre base que l'induction par analogie. 

Cependant, il est hors de doute que cette partie du terri- 
toire de Belfort a été le berceau d'une industrie sidérurgique 
rudimentaire longtemps avant que les travaux des mines, pro- 
prement dites, fussent soumis à l'organisation révélée par les 
documents écrits; il est hors de doute que l'exploitation, de 
plus en plus régulière, favorisa l'agglomération des habitants 
disséminés et donna naissance aux villages dont nous recher- 
chons l'origine et dont nous essayons d'esquisser l'histoire. 

Dans ces temps lointains, l'agglomération qui prit le nom 
de Giromagny = habitation, demeure de Giro, paraît être de 
date plus récente que celles de Rougegoutte et de Chaux, 
car ces deux localités furent, l'une et l'autre, choisies de pré- 
férence par les premiers seigneurs, pour être le siège de 
l'administration et de la justice seigneuriale de la contrée. 

A la création de la seigneurie de Rosemont, 1024, le hameau 
de Giromagny aurait ainsi été une annexe de Rougegoutte, 
siège de la basse justice dont les appels étaient portés devant 
la justice seigneuriale de Chaux. 

Comme centre plus rapproché que Rougegoutte du rayon 
boisé et montagneux dans lequel les populations éparses se 
livraient à la recherche des métaux, le hameau acquit peu à 
peu de l'importance. De là ce souvenir traditionnel que Giro- 
magny doit son origine et son développement aux mines du 
fond de la vallée. 

Son accroissement paraît avoir été lent pendant la période 



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GIKOMAGNY 179 

de sa dépendance du comté de Montbéliard, qui dura plus de 
trois siècles, 1024 à 1332. En 1347, la seigneurie passa au 
comté de Ferrette et à la maison d'Autriche. Les mines furent 
alors l'objet d'une sollicitude plus grande qu'auparavant ; une 
direction plus intelligente fut imprimée aux travaux. C'est à 
cette date qu'il convient peut-être de faire remonter la prépon- 
dérance que Giromagny devait conquérir sur Rougegoutte, 
dont il n'avait cependant pas encore cessé de dépendre, quant 
à l'administration de la basse justice. 

Au siècle suivant, l'exploitation des mines avait pris un 
développement tel, que les archiducs durent lui donner un 
règlement et des droits particuliers. Une ordonnance de 1462, 
confirmée et amplifiée par des ordonnances postérieures, 
confia à l'agent supérieur la surveillance spéciale des travaux 
et des mineurs; elle institua en outre le Bergerichter, c'est-à- 
dire le tribunal ou le juge des mines, qui eut à connaître, en 
dehors de tous autres officiers de la seigneurie, des affaires 
relatives aux personnes attachées au service et aux travaux 
des mines. Quoique participant toujours à la vie générale de 
la seigneurie, Giromagny eut dès ce moment une vie particu- 
lière, dont le développement sera désormais subordonné à la 
prospérité de l'exploitation. Aux ressources que les forêts 
seigneuriales et une nombreuse population ouvrière offraient 
à celle-ci, vint s'ajouter une force nouvelle, la poudre, dont 
l'emploi dans les galeries eut lieu dès le XV* siècle. 

Les galeries qui existaient au XV* siècle portaient les noms 
de : 1. Le Cougle; 2. La Galroube; 3. Saint-Daniel; 4. Saint- 
Nicolas; 5. Saint-Paul; 6. Saint- André; 7. Sainte-Barbe; 
8. Saint-Georges; 9. Saint-Pierre. De grands progrès avaient 
été réalisés dans leur exploitation, toujours régie par l'ordon- 
nance de 1462. 

Au XVI* siècle, une émigration de mineurs saxons vient se 
fixer aux gisements de Giromagny. Elle ouvre de nouvelles 
galeries auxquelles elle donne les noms de : 1. Pfenningthurn; 
2. Seelig; 3. Schlucht; 4. Tischgrund; 5 Scheerschmitt, et 
6. Kelschaft. 

Ce nouvel élément donna naissance à de nouveaux intérêts, 



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180 OmOMAGNY 

auxquels de nouvelles ordonnances devaient donner satisfac- 
tion. Elles intervinrent en 1560 et 1562. La dernière se com- 
pose de vingt-quatre articles qui ont pour but de régler et de 
protéger les droits et les intérêts de tous. Giromagny a alors 
cessé d'être un simple village, car il est qualifié dans cette 
ordonnance du titre de viUe, ayant, outre son service et sa 
justice des mines, une administration et une justice civiles, 
comme les plus anciennes communes de la seigneurie. 

« Tant que nos pays, dit M. Henri Bardy, furent fiefs de 
l'archiduché d'Autriche, les mines de Giromagny furent exploi- 
tées avec soin et intelligence. Des canaux, actuellement h 
moitié comblés, conduisaient les eaux à grande distance, le 
long de la montagne, dans de vastes étangs qui alimentaient 
les moteurs de la fonderie. De grands déblais se rencontrent 
et témoignent de l'activité qui régna pendant ces temps, sur 
lesquels nous manquons de documents détaillés. » 

L'exploitation organisée par les archiducs, et qui était une 
grande source de revenus pour la seigneurie, continua à pros- 
pérer jusqu'aux événements qui devaient la compromettre et, 
finalement, amener l'interruption des travaux. En 1633, la 
vallée fut occupée par l'armée suédoise et les mines commen- 
cèrent à chômer. Peu après, les travaux furent interrompus 
pour être repris en des temps plus favorables. 

C'est dans ces temps de crise que vinrent, en 1643, s'établir 
à Giromagny des moines du tiers ordre de Saint-François. 
Leur couvent fiit placé sous la dépendance de la maison 
Picpus, de Paris. 

En vertu du traité de paix de 1648, les mines devinrent la 
propriété de Louis XIV qui, par lettres patentes de 1659, les 
donna, avec le pays, au cardinal de Mazarin; mais il paraît 
qu'en ce qui regarde les mines, le donataire devait obtenir des 
lettres de confirmation. Il paraît, en outre, qu'elles ne lui furent 
jamais accordées et que les mines demeurèrent dans l'abandon 
jusqu'au commencement du XVIII* siècle. 

De 1700 à 1709, Paul-Jules de Mazarin les fit valoir pour 
son compte, et M. Henri Bardy constate, au vu d'états arrêtés 



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GmOMAGNY 181 

par le duc lui-même, qu'elles ont produit annuellement un 
bénéfice net d'environ 40,000 francs. 

En 1716, elles furent données à bail à diverses compagnies 
qui ne les exploitèrent pas et qui furent cause de leur aban- 
don jusqu'en 1732. 

En cette année, une société anglaise, la Société Floid, passa 
un traité avec le duc pour la reprise des travaux, et en 1733, 
le 13 octobre, Louis XIV confirma la concession; mais cette 
concession devint onéreuse et, en 1740, Sauer entra dans la 
Société et prit la direction des travaux. En 1745, un Saxon, 
Kœchler, lui succéda, et quand, au mois d'août, Gensanne vint 
les inspecter, il les trouva en bon état, car, d'après lui, les 
mines produisaient alors 100 marcs d'argent par mois. 

Malgré cet état, en apparence prospère, la compagnie 
anglaise y renonça. La même année 1745, Gensanne et Dela- 
hauque les exploitèrent pour le compte de la nièce de Mazarin, 
mademoiselle de Duras, jusqu'en 1747. Avant l'expiration de 
ces deux années, elles furent afi'ermées à Joachim Huvelain jus- 
qu'au 1" juillet 1756. En 1755, un traité en assura la conces- 
sion à Jaussand jusqu'au mois de juillet 1772, et, le 25 mars 
1773, la duchesse de Mazarin les donna à bail, pour trente 
années, à Dufraîsse, sous la garantie de Patu-Deshautschamps 
et de Millin-Duperreux. Mais ce traité fut résilié définitive- 
ment le 18 février 1781, et le lendemain un nouveau traité fut 
passé, aux mêmes conditions que le précédent, au profit de 
Maugellier et de Millin-Duperreux. Ces derniers ne tardèrent 
pas à abandonner l'exploitation et, en 1783, le duc de Valen- 
tinois la fit continuer pour son compte jusqu'en 1791, époque 
à laquelle les mines devinrent propriété de l'Etat. 

Le gouvernement républicain songea un instant à établir 
une école nationale des usines à Giromagny. Une visite fut 
faite par une Commission dont Charles Nodier faisait partie, 
mais le projet fut oublié ou abandonné et les mines eurent le 
même sort. 

A la fin du siècle dernier, Giromagny avait acquis une 
importance prépondérante sur toutes les localités de l'an- 



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183 GBANDVHiLABS 

cienne seigneurie. Elle prit les armoiries suivantes, inscrites 
dans l'armoriai général de France : 

U argent à trois tours de giteules, pavillonnées de même et 
girouettées d'or^ rangées sur une terrasse de même. (Voy. N** 20 
des planches.) 

A la nouvelle organisation des provinces en départements, 
Giromagny devint chef-lieu de canton. 

En 1803, sa population était de 1533 habitants. Le dernier 
recensement lui en attribue 3156. 

La distance légale de Giromagny à Belfort est de 13 kilo- 
mètres. 

Grandvillars. — Diverses découvertes, signalées il y a 
environ trente ans par M. l'abbé Courant, tendent à établir que, 
de même qu'à Délie, il y avait à l'endroit où Grandvillars est 
assis un poste militaire ou un village gallo-romain. Ces décou- 
vertes consistaient en substructions très anciennes, en débris 
de tuileaux, de poteries, et en monnaies romaines. La voie mili- 
taire de Mandeure au Rhin passait non loin de cet endroit, et c'est 
à Granvillars que Danville et Grandidier ont placé le Qramatum 
de l'itinéraire d'Antonin. Si cette opinion est combattue par 
des écrivains plus modernes, il ne convient pas moins de la 
retenir à l'appui de cette notice. Schœpflin dit que Granvillars 
faisait encore partie du pays occupé par les Rauraques. 
C'était vraisemblablement l'extrême limite ouest du territoire 
où cette peuplade celtique était établie. 

Plus tard, cette localité fut comprise dans la division alé- 
mane de l'Elsgau et du duché d'Alsace. Quand, au XP siècle, 
Louis de Mousson prit possession du comté de Montbéliard- 
Ferrette, elle devint partie intégrante de ce comté et de bonne 
heure, avec Thiancourt et Morvillars, centre d'un fief de la 
mouvance des comtes. 

Le prieuré de Lanthenans y possédait, au XIP siècle, les 
chapelles de Sainte-Marie et de Saint-Ursanne. C'est ce que 



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GRANDVILLARS 188 

alors cessé de dépendre du prieuré de Lanthenans, car, le 
19 mars 1222, Gérard de Rougemont, archevêque de Besançon, 
donna cette église, avec tous ses revenus, à celle de Saint- 
Etienne de Besançon, pour fonder l'anniversaire à célébrer 
par les chanoines pour le repos de son âme. 

Granvillars paraît avoir, déjà à cette époque, acquis une 
certaine importance comparativement aux localités voisines. 
Cette bourgade fut le terrain, neutre en quelque sorte, que 
Conrad d'Aurach choisit, le 15 mai 1226, pour négocier le 
traité de paix entre le comte de Montbéliard et le comte de 
Ferrette, qui se faisaient la guerre au sujet de leurs préten- 
tions réciproques sur Belfort. (Voy. Bracc) 

Le comte de Ferrette, Ulrich I", avait conservé des droits 
à Granvillars et il faut croire que le traité de 1226 fut suivi de 
négociations qui avaient pour but d'écarter désormais toute 
cause de nouveaux conflits entre les deux familles. Par une 
charte du mois de mars 1236, UMch P' céda à son beau-frère 
Thierry III, comte de Montbéliard, diverses possessions limi- 
trophes^ parmi lesquelles celles qui lui appartenaient à Grand- 
viUars. Le bourg étant ainsi tout entier aux comtes de Mont- 
béliard fut, peu après, inféodé à une famille qui en prit le 
nom. 

Le premier membre de cette famille que nous rencontrons 
dans les titres est le chevalier Henri de Grandvillars qui, au 
plaid tenu le 4 septembre 1282 sous les tilleuls de Courgenay, 
est choisi par le comte de Montbéliard pour le représenter, au 
château de Porrentruy ou ailleurs, dans les négociations ayant 
pour but de mettre d'accord le comte et l'évêque de Bâle sur 
les diverses questions qui les divisaient. 

Le fief de Grandvillars était au nombre de ces questions. 
Les comtes de Ferrette, étant vassaux de l'église de Bâle, 
n'avaient pu céder au comte de Montbéliard leurs possessions 
de Grandvillars sans la participation ou le consentement de 
l'évêque, qui entendait réserver ses droits quant à la vassalité 
de ce fief. Le comte de Montbéliard, Renaud de Bourgogne, 
n'était pas d'humeur à plier devant cette prétention. Cette 
cause fut, en même temps que d'autres du même genre, portée 



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184 GRÂNDVILLABS 

devant le Mail de Courgenay et, comme on ne put tomber 
d'accord, l'évêque et le comte nommèrent des arbitres pour 
régler ces difficultés dans des conférences qui devaient se 
tenir au château de Porrentruy. Ils s'engagèrent réciproque- 
ment à se soumettre à la décision des arbitres dont la mission, 
la procédure et les pouvoirs furent rigoureusement réglés par 
le compromis. 

Cet arbitrage n'était, à vrai dire, qu'un moyen dilatoire, les 
parties étant résolues à l'avance à ne se faire aucune conces- 
sion. Le comte Renaud s'empara brusquement de Porrentruy, 
qu'il revendiquait. L'empereur, Rodolphe de Habsbourg, 
accourut au secours de l'évoque, força le comte Renaud à 
évacuer Porrentruj , qui fut rendu à l'évêque, puis, descendant 
la vallée de l'AUaine, il vint, par Délie et Grandvillars, assié- 
ger Renaud dans sa forteresse de Montbéliard. Le comte ne 
tarda pas à se soumettre à l'empereur et à se déclarer vassal 
de l'Empire. 

Le 3 avril 1284, Renaud reconnut que le fief de Grandvillars, 
sauf la maison de Henri, relevait de l'évêché de Bâle. 

La maison de Henri de Grandvillars, qui est l'objet de l'ex- 
ception, continua à relever du comte de Montbéliard dont 
Henri demeurait le vassal, tandis que pour le surplus du fief 
la guerre l'avait rendu vassal de l'évêque. La maison dont il 
s'agit ne tarda point à être fortifiée et à devenir ainsi le 
château de Grandvillars dont il sera fait mention plus loin. 

En 1320, Grandvillars est entouré de murs et muni de 
portes. 

Renaud étant mort en 1321, sa succession fut partagée entre 
ses enfants. Jeanne, sa fille puînée, avait épousé le comte 
Ulrich de Ferrette et le fief de Grandvillars lui était advenu 
dans le partage. Cela résulte d'une déclaration du 3 mai 1332, 
émanée de Henri de Montfaucon, qui avait succédé au comte 
de Montbéliard dont il avait épousé la fille aînée, Ursule, 
sœur de Jeanne. Henri déclare, en effet, que le fief de Henri 



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GBÀKDVILLÂBS 185 

Eq 1333, Henri de Grandyillars rendit foi et hommage de 
son fief audit marquis de Bade. 

En 1342, il rendit également foi et hommage à Henri de 
Montfaucon, comte de Montbéliard, pour la partie réservée du 
fief. 

Le marquis de Bade étant mort, et Jeanne ayant épousé en 
troisièmes noces le comte de Katzenellenbogen, partagea sa 
succession paternelle entre ses quatre filles, dont deux issues 
de son premier mariage et deux du second. Ce partage eut 
lieu le 26 août 1347 et le fief de Grandvillars échut à Ursule, 
seconde fille du premier lit. 

Henri de Grandvillars devait être mort en 1366, car nous 
trouvons Guillaume de Grandvillars, probablement son fils, 
qui lui avait succédé et qui, le 15 septembre, est nommé exé- 
cuteur testamentaire de Marguerite, marquise de Bade, dame 
de Florimont et d'Héricourt. Marguerite était la fille cadette 
de Jeanne et de Raoul Hesse. 

On rencontre Guillaume de Grandvillars en diverses cir- 
constances jusqu'en 1387 : le 28 mars 1373, dans une constitu- 
tion de rentes par l'évêque de Bâle au profit de Jean d'Eptin- 
gen; le 8 décembre 1375, dans l'avis qu'il donne au Conseil de 
Bâle de la présence au pays des bandes d'Enguerrand, sire de 
Coucy, se disposant à marcher sur Bâle dans le courant de la 
semaine; le 8 février 1382, dans l'acte de vente qu'il passe, 
pour cent florins d'or, d'une rente sur son moulin de Grand- 
villars au profit de l'abbaye de Lucelle; et enfin, le 2 novembre 
1387, dans une reprise du fief de la forteresse de Beurnevesin, 
où il figure comme témoin. 

A Guillaume avait succédé Thiébaut de Grandvillars. Il est 
témoin, le 11 novembre 1395, dans l'acte de prestation de ser- 
ment de Thiébaut IV de Neuf-Châtel, postulé pour évêque de 
Bâle; le 13 novembre 1397, il figure encore comme témoin, 
pour le mari, dans l'acte de mariage de Henriette, comtesse 
de Montbéliard, avec Eberhard, le jeune, comte de Wur- 
temberg. 

Le XV*» siècle presque tout entier s'écoule sans que nous 
trouvions de faits particuliers à noter. Nous constatons seule- 



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186 GBANDVILLARS 

ment qu'au mois de mars 1444, les Armagnacs s'étaient empa- 
rés de Grandvillars et qu'ils y séjournèrent pendant un mois 
et trois jours. « On frémit d'horreur, dit M. Tuetey, en son- 
geant que dans ce seul eniroit cinquante petits enfants 
(kinddin) périrent. » 

Au siècle suivant, c'est-à-dire en 1520, un Jean de Grand- 
villars était en possession du fief et, après lui, nous ne rencon- 
trons plus que sa veuve, dame Anastasie, qui, le 8 avril 1584, 
est marraine de la tille de Michel de Novarupt et de Marie de 
Recourt. Anastasie donne son prénom à sa filleule. Cette dame 
est encore mentionnée dans deux actes de vente du 20 août 
1592, avec sa fille qui avait épousé Claude de Tavanne, dit 
Macabre. 

Anastasie et Jean laissaient encore un fils, Jean, qui posséda 
le fief dans les premières années du XVIP siècle. Walter 
d'Andlau le posséda après lui pour l'avoir acheté, moins Mor- 
villars, de la maison d'Autriche ; mais, en 1670, Louis XIV le 
lui retira, parce que le prix d'achat n'avait pas été payé. Le 
fief fut alors vendu pour trente mille florins à Nicolas Barbaud 
d'Héricourt. Le fils de ce dernier ayant contracté des dettes, 
le domaine fut revendu aux Basinier, qui possédaient déjà 
Morvillars, et qui le conservèrent jusqu'à la Révolution. 

Les Basinier firent inscrire sur l'armoriai général de France 
la bourgade de Grandvillars, ou plutôt leur fief, Grandvillars, 
Thiancourt et Morvillars, aux armes suivantes : 

D'azur à trois écussons d'argent, écartelé aussi éHazur à un 
coq dior, crêté^ becqué, barbé et membre de gueules, (Voy. N** 6 
des planches.) 

Après 1648, ces trois localités formèrent une mairie du bail- 
lage de Délie, avec Grandvillars pour chef-lieu. 

Schœpflin dit qu'au siècle dernier il restait encore du châ- 
teau de Grandvillars une tour en bon état de conservation. , 

Au commencement de ce siècle, Grandvillars avait une popu- 
lation de 761 habitants; on y en a compté 2,272 au Recensement 
de 1876. 

Grandvillars appartient aujourd'hui au canton de Délie, 



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GROSMAGNY — GROSNE 187 

dont il est à la distance légale de 5 kilomètres; cette distance 
est de 1 myriamètre 7 kilomètres jusqu'à Belfort 

Grosmagny. — Le passé de Grosmagny se confond dans 
l'histoire de la seigneurie du Rosemont. La mention la plus 
ancienne que l'on rencontre de cette localité, dans les titres, 
est de 1347. Le 26 août, elle advint à Jeannette de Ferrette, 
épouse de l'archiduc Albert d'Autriche, dans le partage de la 
succession de sa mère, Jeanne de Montbéliard, comtesse de 
Ferrette. (Voy. Bosemont) 

Grosmagny, sous la dépendance des comtes de Montbéliard 
et sous celle des comtes de Ferrette, ne cessa de faire partie 
de la mairie du Haut-Rosemont. 

Sous les Ferrette, son nom français fut converti en celui de 
Oro88'Menglatt. 

Après son retour à la France, la communauté prit les armes 
suivantes : 

D'azur à trois flèches d/or^ ferrées d'argent, posées en pal et 
en sautoir, liées de gueules. (Voy. N° 21 des planches.) 

En 1803, la population de Grosmagny était de 551 habitants. 
On y en a recensé 646 en 1876. 

Grosmagny appartient au canton de Giromagny. Distances 
légales : 6 kilomères jusqu'au chef-lieu de canton ; 1 myria- 
mètre 2 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Grosne — Il existe au sud de cette localité une élévation 
qui porte le nom de Oa= mont = hauteur. Ce crâ est bordé à 
l'est par une vie = via, chemin creux, et à la naissance de ce 
chemin, vers le sud, se trouvait, il y a quelque vingt ans, 
perché sur le point culminant, une misérable cabane qui domi- 
nait le chemin. La cabane portait le nom de Tschelatt = châ- 
telet et était habitée par un cultivateur de quatrième ordre, 
du nom de sa cabane. La cabane et la famille ont disparu. 

A environ quatre cents mètres plus au sud du châtelet se 
trouve, dans un vallon, un étang qui existe depuis un temps 
immémorial et qui a toujours porté le nom d'étang de la Velle 
= villa = ville. 



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188 OROSHB 

Ces indications, dépouillées de toute couleur poétique, por- 
teront peut-être beaucoup de lecteurs à penser qu'aux temps 
celtiques et gallo-romains, une population d'une certaine den- 
sité vivait sur ce point du territoire. 

Cette population aurait échappé à une destruction totale, 
à la suite des invasions, et quand, en 662, le duché d'Alsace 
fut fondé, elle aurait été comprise in fine Dadarinse, c'est-à- 
dire dans le domaine de Délie. 

En 728, le comte Eberhard donna ce domaine à l'abbaye de 
Murbach. C'est sans doute de cette époque que date une réor- 
ganisation de cette localité et la construction de sa première 
église. Grosne étant alors l'agglomération la plus importante, 
on adjoignit à sa mairie et à sa paroisse tous les hameaux du 
voisinage, à cinq kilomètres à la ronde; à leur tour, ces 
hameaux se développèrent et quand, en 1024, Grosne et sa 
circonscription furent englobés dans la formation du comté de 
MontbéUard-Ferrette, ce petit domaine avait déjà acquis une 
certaine consistance. 

En 1105, la mairie et la paroisse embrassaient sept villages 
voisins, outre Grosne, dont l'église était le centre ; c'étaient 
Grosne, Normanvillars, Boron, Vellescot, Recouvrance, Bre- 
botte, Eschêne et la chapelle dite Petit-Croix. 

Il ne nous semble pas possible d'admettre, avec Trouillat, 
que Normanvillars, désigné dans le titre dont il sera question, 
soit le village de Novillard. Nomanvilare était un village qui a 
disparu et qui était situé entre les finages de Faverois et de 
Boron d'une part, et d'autre part entre ceux de Vellescot, 
Suarce et Joncherey. Plusieurs fermes, disséminées sur le 
ban de l'ancien village, forment aujourd'hui un domaine 
auquel le nom de Normanvillars est resté. Trouillat suppose 
encore que la chapelle désignée sous le nom de PUicors, dans 
le même titre, pourrait être Beaucourt. M. Stoffel démontre 
que Trouillat a mal lu ce titre qui porte Piticors =Vetit Creux 
= Petit-Croix. M. Stoffel est dans le vrai, ainsi que ce sera 
démontré. 

Le 8 mars 1106, Ermentrude, veuve de Thierry P', comte de 
MontbéUard-Ferrette, donne, avec le consentement de ses 



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GR08NE 189 

fils Frédéric et Thierry, au prieuré de Froidefontaine, toute 
la paroisse de Grosne avec ses hommes, ses colons, les biens, 
les terres, possessions, forêts, dîmes, moulins et généralement 
tous les droits et usages qui lui appartenaient dans les villages 
nommés plus haut. 

Des indices qui n'ont rien de décisif nous font pourtant 
penser que la paroisse dépendait alors de l'évêché de Besan- 
çon. Nous sommes encore porté à croire que le domaine, qui 
n'appartenait pas à l'église proprement dite, demeura à l'ab- 
baye de Murbach. 

£n 1125, le comté ayant été divisé entre les deux fils d'Er- 
mentrude, le prieuré de Froidefontaine et sa paroisse de 
Grosne advinrent à Frédéric, premier comte de Ferrette. C'est 
seulement alors, si nos inductions sont exactes, que le prieuré 
et la paroisse relevèrent de l'évêché de Bâle. 

En 1170, nous rencontrons un Huton, curé de Grosne, qui 
est témoin dans un acte passé au profit de l'abbaye de 
Bellelay. 

En 1235, Murbach ayant donné en fief direct, au roi des 
Romains, une partie de ses possessions in fine Dadarinse, il 
est possible que ses biens de Grosne aient fait partie du fief 
et qu'ils soient ainsi advenus au domaine de Délie. 

En 1303, nous trouvons désignée dans un titre la villa de 
Grosne. Le seigneur de GUers y avait des fiefs qui étaient 
vacants, car il est dit dans le titre qu'il n'en avait pas fait la 
reprise. Sont-ils restés vacants? Cela n'est pas probable. Il est 
au contraire presque certain que, des mains du sire de Gliers, 
ils passèrent en celles d'un sieur Villermin de Grosne qui, les 
1" et 2 juin 1333, figure avec divers « damoiseaux » parmi les 
témoins d'un acte passé devant l'écuyer Jean de Délie, dit de 
Metz, qui avait la justice féodale de Délie. Ce Villermin se 
rencontre encore le 2 août de la même année, qualifié d'an- 
cien maire de Grosne, parmi les témoins d'une vente au profit 
de l'abbaye de Lucelle. 

Le 8 mai 1337, le curé de Grosne, Richard Savaigeat, est 
témoin dans une vente faite par un bourgeois de Florimont à 
Guillaume de Bremoncourt 



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190 GROSNE 

En 1345, nous trouvons un Heinzinus de Grosne, remplis- 
sant une charge dans la maison de l'évêque de Bâle. 

En 1366, le 15 janvier, c'est un Jean de Grosne qui est 
témoin dans la concession faite par l'évêque aux gens de 
Petit-Bâle, pour faciliter la fortification de cette partie de la 
ville. 

Au XV' siècle, nous lisons que l'église était placée sous l'in- . 
vocation de l'apôtre Saint-Paul; que ses deux autels latéraux 
étaient dédiés : l'un à la Vierge avec une confrérie du Rosaire, 
l'autre à Saint-Nicolas avec une confrérie du Mont-Carmel ; 
à cet autel était annexée une chapellenie dont les revenus 
étaient réunis à la paroisse de Petit-Croix, avec obligation au 
curé d'y célébrer douze messes par an. 

Cette obligation imposée au curé est, sans aucun doute, la 
consécration du lien qui attachait, en 1105, à la paroisse de 
Grosne, la chapelle reconnue par M. Stoffel. 

Il va de soi que le prieuré de Froidefontaine était toujours 
collateur de l'église et que les curés Huton et Savaigeat, nom- 
més précédemment, ainsi que leurs prédécesseurs depuis 1105, 
et leurs successeurs, étaient institués par le prieuré. 

En 1441, l'église de Grosne payait annuellement à l'évêché 
de Bâle 14 marcs et 3 sous de droit cathédral. 

Quant au domaine indépendant de l'église, la branche des 
Ferrette-Blumenberg percevait, au XV' siècle, un sixième des 
revenus ; les cinq autres sixièmes étaient au seigneur direct 
ou au château de Délie. 

Cette situation dura jusqu'en 1454. Le 17 décembre de cette 
année, Grosne fut engagé par l'archiduc Albert, à titre de fief 
héréditaire, à Thierry de Tullières, sire de Montjoie; en 1476, 
Sigismond en investit le comte d'Eberstein; mais en 1500, 
Nicolas Tullières obtint de nouvelles lettres d'investiture, 
avec transmissibilité aux femmes de cette famille. Grosne 
resta un fief de Montjoie jusqu'en 1630, ainsi que cela résulte 
d'une pièce dont M. Talion nous fournit copie. 

Les Montjoie avaient encore d'autres fiefs à Heimersdorf et 
Hirsingue. La perception des revenus de ces fiefs partiels 
occasionnait de fréquentes diflScultés entre les oflSciers du 



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JONCHEREY 191 

seigneur direct et ceux des Montjoie. Pour obvier à ces incon- 
vénients, Montjoie proposa, en 1627, dQ donner, en échange de 
ce qui restait à l'archiduc à Heimersdorfl et Hirsingue, ce 
qu'il tenait en fief héréditaire à Grosne et Eschêne-Autrage. 
Après enquêtes, estimations et avis de la Régence d'Ensisheim, 
l'échange fut conclu en 1630. 

Le prieuré de Froidefontaine conserva ses possessions et 
ses droits dans la paroisse de Grosne jusqu'en 1621. En cette 
année, le bénéfice passa aux jésuites d'Ensisheim, qui en 
jouirent jusqu'ep 1764 ; il fut conféré en cette année au collège 
royal de Colmar, qui le conserva jusqu'à la Révolution. 

Il reste à Grosne une ou deux traces visibles des domina- 
tions seigneuriales dont il vient d'être parlé. Ce sont: une 
maison située au nord du village, fortement construite, une 
sorte de tour carrée, avec un appendice ayant quelques carac- 
tères d'une construction de la Renaissance; et la maison 
curiale, vraisemblablement contemporaine de l'église actuelle, 
qui formait probablement, avec une maison voisine de la cure, 
la dernière cour dominicale du prieuré de Froidefontaine ou 
des jésuites d'Ensisheim. 

En 1803, la population de Grosne était de 309 habitants. On 
y en a recensé 239 en 1876. 

Grosne est du canton de Délie. Distances légales : 9 kilo- 
mètres jusqu'à Délie ; 1 myriamètre 5 kilomètres jusqu'à 
Belfort. 

Joncherey. — Les études de M. Aug. Quiquerez établis- 
sent qu'une voie romaine secondaire, se détachant de la voie 
principale de Mandeure au Rhin, traversait, dans la direction 
du nord, le ban actuel de Joncherey. M. Quiquerez en suit les 
traces jusqu'à Vellescot. Ce sont jusqu'à présent les seules 
indications que l'on possède, pour l'époque gallo-romaine, sur 
cette localité. 

En 728, ce territoire fut compris dans la donation faite par 
le comte Eberhard à l'abbaye de Murbach. Les habitations qui 
existaient alors sur ce point dépendaient vraisemblablement 
de la villa Datira = Délie. En 962, elles formaient déjà un ou 



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192 JONOHBRET 

deux hameaux d'une certaine importance, car, dans une charte 
de cette année, Joncherey séparait conmie un alleu des comtes 
du Sundgau, descendant comme Eberhard du premier duc 
d'Alsace. Dans une charte du 29 juillet 1290, par laquelle le 
chevalier Bourcart de Porrentruy donne à sa femme les biens 
qu'il possède en diverses localités, on trouve la viUa de Jon- 
cherey, seu banno Juncherye inferiori, c'est-à dire au ban de 
Joncherey-Bas, d'oîi il faut conclure que Joncherey-Haut exis- 
tait également. La disposition moderne de ce village porte 
encore la trace de la disposition ancienne et l'on peut dire, 
sans risquer de se tromper, que la partie est de ce village 
était Joncherey-Haut, et la partie ouest Joncherey-Bas. 

Nous pensons qu'il faut faire remonter à l'année 1232 la 
constitution de Joncherey en une mairie qui dépendait du 
domaine de Délie. Cette date est celle où l'abbaye de Murbach 
offrit au roi des Romains, en fief direct, la villa de Délie, pour 
être convertie en ville fortifiée. C'est encore de cette époque 
que l'on peut faire dater la traduction du nom de Joncherey 
en celui de Ountscherac, que l'on trouve dans les titres 
allemands. 

L'urbaire de Joncherey, de 1303, constate que la commune 
payait alors pour sa contribution landgraviale, et annuelle- 
ment, deux quartauts d'avoine et six sous estevenants. 

Un titre de 1360 prouve que le ban de Joncherey était 
compris dans l'étendue territoriale où le seigneur évêque de 
Bâle exerçait le droit régalien de chasse. Dans le plaid tenu en 
cette année sous les tilleuls de Bure, la. vie = via = chemin 
de Joncherey est nommée dans l'itinéraire où le prince avait le 
droit de requérir le premier attelage qu'il apercevait aux 
champs, pour conduire à la forteresse la plus rapprochée le 
produit de sa chasse. 

Recueillons le seul nom d'une ancienne famille de Joncherey 
que nous rencontrons dans ce siècle : c'est celui d'un Jean de 
Joncherey, dit Méra. Jeannette, sa femme, aliène les terres 
qu'elle possédait à Bure. Méra est le nom d'un hameau qui 
dépend de la commune de Buix. 

Joncherey suivit ^'ailleurs le sort politique qui était réservé 



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LACHAPELLE-SOUS-CHAUX 193 

à la ville fortifiée de Délie, dont il ne cessa de dépendre, au 
point de vue féodal et au point de vue religieux. Dans les titres 
ultérieurs du château de Délie, Joncherey-Haut et Joncherey- 
Bas devinrent : Grand et Petit-Joncherey. 

En 1803, la population de cette commune était de 336 habi- 
tants ; le recensement de 1876 y en a trouvé 447. 

Joncherey appartient au canton de Délie. Distances légales : 
3 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 2 myriamètres jus- 
qu'à Belfort. 

Lachapelle-sous-Ghaux. — Au X* siècle, cette localité 
était un hameau pourvu d'une chapelle qui lui a donné son 
nom. Le hameau était une annexe de Chaux. En 1024, il fut 
compris dans la seigneurie du Rosemont. Il resta au comté de 
Montbéliard quand Ferre\te en fut détaché pour former, en 
1125, un comté spécial. Lachapelle se développa insensible- 
ment soud la domination des comtes de Montbéliard, et quand, 
en 1332, ce hameau fut dévolu à Jeanne de Montbéliard, mar- 
quise de Bade, il avait déjà acquis une importance qui le 
plaçait au niveau des villages voisins. Il fut aloi*s désigné, dans 
les titres allemands, sous le nom de Capelen. 

En 1347, il advint en partage à Jeannette, fille de Jeanne et 
épouse de l'archiduc Albert II d'Autriche. A partir de cette 
année, il fit donc partie des biens de la maison d'Autriche ou 
de l'Autriche antérieure. Les titres le désignèrent alors sous 
le nom de KappeUscha = Lachapelle-sous-Chaux, pour le dis- 
tinguer de Lachapelle-sous-Rougemont qui déjà, depuis près 
de trois siècles, appartenait aux comtes de Ferrette et aux 
archiducs d'Autriche, leurs successeurs. 

Le passé de cette commune est d'ailleurs étroitement lié à 
celui de la seigneurie et de la mairie de Chaux. (Voy. Bose- 
mont.) 

En 1590, la chapelle fut incorporée au chapitre de Belfort. 
Elle faisait partie du décanat de Grange et était placée sous 
l'invocation de Saint-Vincent. 

Après 1648, Lachapelle-sous-Chaux tomba dans le domaine 

13 



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194 LACHAPELLE-SOUS-ROUGEMONT 

du duc de Mazarin et de ses successeurs, dont le village 
dépendit jusqu'à la Révolution. 

Les armoiries suivantes lui sont attribuées dans l'armoriai 
de France : 

De sable à une aigle âlor (aux ailes éployées). (Voy. N** 14 
des planches.) 

En 1803, la population de cette commune était de 404 habi- 
tants; on y en a recensé 545 en 1876. 

Lachapelle-sous-Chaux appartient au canton de Giromagny. 
Distances légales : 5 kilomètres jusqu'à Giromagny ; 9 kilo- 
mètres jusqu'à Belfort. 

Lachapelle-sous-Rougemont. — C'est évidemment 
une chapelle établie sur ce point du territoire, aux premiers 
temps de la propagation du christianisme dans la contrée, qui 
a donné naissance à la commune moderne et qui lui a aussi 
donné son nom. Il est présumable que cette chapelle fut 
contemporaine du rétablissement de l'ancienne forteresse 
gallo-romaine de Rougemont et qu'elle existait déjà au com- 
mencement du IX* siècle, c'est-à-dire quand le duché d'Alsace 
fut divisé en comtés du Nordgau et du Sundgau. Lachapelle 
appartint au dernier. Autour de cette chapelle se groupèrent 
quelques habitations qui, au XIIP siècle, firent désigner, dans 
un titre du comte de Ferrette, cette localité sous le nom de 
villa de la chapelle, qui capella nuncupatur. Cette villa était 
alors un fief de la seigneurie de Rougemont. Un Jean de 
capella, figurant comme témoin dans un échange de biens entre 
l'abbaye de Murbach et le monastère de Hegen, conclu en 
1214, est peut-être le gentilhomme qui était alors investi du 
fief de la villa. En 1234, Thierry, comte de Ferrette et seigneur 
de Rougemont, donna l'église de ladite villa au prieuré de 
Saint-Nicolas-des-Bois. Celui-ci possédait Sope, qui venait 
d'être dépeuplé par la peste; il n'en restait plus rien, car les 
terres de ce village étaient demeurées sans culture. Le 
seigneur dédommagea le prieuré en lui donnant la chapelle 
ou l'église de la villa. 

Ainsi, au commencement du XIIP siècle, Lachapelle, qui 



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LACHAPELLE-SOUS-ROUGEMONT 195 

depuis 1125 appartenait au comté de Ferrette, se trouva consti- 
tuer un fief laïque et un fief ecclésiastique de la seigneurie 
de Rougemont et de la mouvance des comtes de Ferrette. 

Il faut penser que plusieurs gentilshommes furent simulta- 
nément investis d'une partie du fief laïque, car nous consta- 
tons que, le P"* décembre 1295, Henri de Delémont, gendre de 
Richard de Belfort, reprit en fief cinq sous-censaux qu'il avait 
hérités à Lachapelle de la succession de son beau-père. 

En 1441, la chapelle primitive, qui appartenait à Saint- 
Nicolas-des-Bois, se trouvait érigée en vicariat. 

Quant au fief laïque, il avait continué, pendant le XIV*' 
siècle, à appartenir par moitié à deux familles, dont une seule 
nous est connue : celle des Laubegasse, à laquelle succédèrent 
pendant cent trente-deux ans les Stœren, qui se sont éteints 
au commencement du XVIP siècle. 

Quant à l'autre moitié, l'archiduc Sigismond en investit, en 
1485, les Wessemberg avec Jean de Hirtzbach, dont les Wes- 
semberg héritèrent en 1500. 

Au siècle dernier, les Wessemberg et les Reinach possé- 
daient en commun cette localité. 

Quant au fief ecclésiastique, le prieuré de Saint-Nicolas- 
des-Bois le conserva jusqu'à la destruction du couvent, en 
1630. Peu de temps après, le bénéfice fut attribué au recteur 
du collège des jésuites d'Ensisheim, puis, en 1777, au collège 
royal de Colmar. 

L'ancienne église était sous l'invocation de Saint-Vincent. 
Elle avait deux autels latéraux, dont l'un dédié à Saint-Jean- 
Baptiste, l'autre à Saint-Nicolas. Elle fit d'abord partie du 
décanat du Sundgau et ensuite du décanat de Masevaux, lors- 
qu'il fut créé, au XV^ siècle. 

Dans les titres allemands, Lachapelle est désigné sous le 
nom de Capplen, Cappel hey Botenberg. 

En 1803, la population de cette commune était de 290 habi- 
tants ; on y en a recensé 764 en 1876. 

Lachapelle appartient au canton de Fontaine. Distances 
légales : 7 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 1 myria- 
mètre 5 kilomètres jusqu'à Belfort. 



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196 LAGOLONGB — LAGRAN6E 

Lacolonge. — Le nom de cette petite commune trahit son 
origine. C'était d'abord une ferme, un moulin sur lequel un 
colon fut établi à une époque indéterminée et peut-être très 
lointaine. Cette colonge faisait partie de l'ancienne marche de 
Roppe et du territoire de Phaffans. Autour de ce premier 
noyau se sont peu à peu groupées quelques habitations, qui, à 
la longue, sont devenues assez nombreuses pour faire ériger 
la colonge du moyen-âge en commune, à laquelle le nom pri- 
mitif est resté. 

Lacolonge faisait partie de la mairie et de la paroisse de 
Phaflfans. (Voy. Phaffans.) 

Le peu d'importance de cet endroit n'a laissé, dans les 
monuments écrits, de traces de son existence que vers la fin 
du XVP siècle. M. Stoffel ne l'a en effet rencontré qu'en 1573, 
1577, 1694, 1696 et 1754, aux archives du Haut-Bhin, dans une 
notice manuscrite et diverses pièces concernant la seigneurie 
de Belfort. 

En 1803, la population de ce village était de 172 habitants. 
On y en a recensé 85 en 1876. 

Lacolonge appartient au canton de Fontaine. Distances 
légales: 4 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre jusqu'à 
Belfort. 

Lagrange. — Ce qui est dit pour Lacolonge, quant à 
l'origine de l'agglomération, s'applique également à Lagrange. 
M. Stoffel ne rencontre cette localité qu'en 1566 dans les 
comptes du prieuré de Saint-Nicolas qui y avait des rede- 
vances. Elle dépendait de la mairie de Bethonvilliers, consé- 
quemment son passé historique se confond dans celui de la 
mairie. (Voy. Bethonvilliers), 

En 1803, la population de ce village était de 100 habitants. 
On y en a recensé 132 en 1872. 

Laffranee appartient au canton de Fontaine. Distances 



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LA MADELEINE 197 

La Madeleine. — L'endroit oîi cette commune est assise 
fut compris, en 1093, dans la dotation du prieuré de Saint- 
Nicolas-des-Bois; y existait-il antérieurement un édifice reli- 
gieux ou bien la chapelle désignée plus tard dans les titres 
fut-elle construite par les soins des premiers moines de Saint- 
Nicolas? C'est ce qu'aucun document ne permet de préciser. 
Quoi qu'il en soit, la chapelle dont 11 s'agit paraît avoir été le 
premier noyau de la commune moderne. Dédiée à Sainte- 
Marie-Madeleine, elle a laissé ce nom à la commune, ainsi 
qu'à une petite rivière dont la source est au nord du lieu où 
la chapelle fut construite. 

Schœpflin dit, dans son lUustrata, qu'il y avait auprès de la 
chapelle un couvent de bénédictines dépendant du prieuré. 
Cette affirmation, à l'appui de laquelle on ne trouve aucun 
titre dans sa Diplomatica^ explique le nom de Val des Anges 
que l'on rencontre au XIV* siècle et plus tard dans les titres 
concernant ce point culminant de la vallée oîi le couvent de 
Saint-Nicolas était établi. 

C'est donc autour de la chapelle de Sainte-Marie-Madeleine 
que des habitations se sont groupées, à partir des XP, XIP 
et XIIP siècles, et ont ainsi formé la petite agglomération 
désignée dans un urbaire de Belfort de 1350 sous le nom de 
chapellenie de Sainte-Marie-Madeleine, au Val des Anges 
puis, sous le nom de waid = pâturages, dans les comptes de 
la seigneurie de 1577, et enfin, sous celui de la chapelle de 
Madame Sainte-Marie-Madeleine es hruders = des hermites, 
séant en la montagne derrière Estneffonds^ dans les titres de 
1604, concernant des dîmes novales. 

Les indications qui précèdent permettent de conclure que, 
dans la dépendance du prieuré de Saint-Nicolas, La Madeleine 
ne prit que peu de développement; que le couvent dont 
Schœpflin parle n'exista pas longtemps et que la chapellenie 
ne tarda point à devenir un simple hermitage. 

Quand la seigneurie du Bosemont fut advenue à la maison 
d'Autriche, La Madeleine dépendit de la mairie et de la 
paroisse d'Etueffond-Bas. Ce hameau fut, après 1777, détaché 



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198 LARIVIÉRE — LIBBTAIN 

de la paroisse d'Etueffond, pour être rattaché à celle d'An- 
joutey qui venait d'être érigée. 

La Révolution en a fait une commune indépendante. Elle 
avait, en 1803, une population de 138 habitants ; on y en a 
recensé 148 en 1876. 

La Madeleine appartient au canton de Giromagny. Distances 
légales: 1 myriamètre jusqu'au chef-lieu de canton; 1 myria- 
mètre 8 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Larivière. — L'histoire de cette localité se confond dans 
celle d'Angeot. Les titres qui en font mention sont de dates 
relativement récentes, ce qui tend à prouver que Larivière 
n'a pas occupé une place marquante dans la prévôté dont 
Angeot fut le chef-lieu. 

Comme la plupart de nos villages, Larivière n'était, dans 
les premiers temps de la féodalité, qu'un hameau de la dépen- 
dance d'Angeot. A une époque indéterminée, ce hameau fut 
doté d'une chapelle placée sous l'invocation de Saint-Quirin. 
En 1441, cette chapelle était pourvue d'un chapelain, qui 
payait une taxe d'un marc à l'évêché de Bâle. Il faut penser 
qu'à cette époque la chapelle primitive avait été agrandie, car 
elle avait alors deux autels latéraux, dont l'un dédié à Saint- 
Etienne et l'autre à la Vierge, avec une confrérie du Saint 
Scapulaire. Néanmoins, en 1590, elle constituait encore une 
chapellenie dont la coUature appartenait au couvent de 
Schœnensteinbach. 

Larivière continua à dépendre de la mairie d'Angeot jus- 
qu'à la Révolution, qui lui conféra son individualité com- 
munale. 

En 1803, la population de Larivière était de 202 habitants; 
le recensement de 1876 lui en attribue 222. 

Cette commune fait partie du canton de Fontaine. Distances 
légales : 2 kilomètres jusqu'à Fontaine, et 1 myriamètre 
3 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Lebetain. — Le territoire de cette localité fut compris. 



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LEBETAIN 199 

à la dotation de l'abbaye de Murbach. Lebetain se composait 
vraisemblablement, à cette époque, de quelques habitations 
disséminées sur les deux versants et dans le fond du vallon 
oîi le village moderne est assis. Il nous paraît s'être développé 
en même temps que Saint-Dizier, dont il n'a cessé d'être une 
dépendance, quant à la mairie, et une annexe, quant à la 
paroisse. (Voy. Saint-Dizier.) 

En 1150, le hameau devait déjà avoir une certaine consi- 
stance, car on rencontre un Bourcard de Lebetain qui fonde 
son anniversaire en donnant au monastère de Belchamp des 
biens qu'il possédait à Reclère, au pays de Porrentruy. Cette 
personnalité peut, jusqu'à un certain point, faire penser que 
Lebetain était alors un fief relevant de Murbach et dont Bour- 
card était investi. 

Murbach ayant, en 1232, donné -en fief direct au roi des 
Romains Délie et ses dépendances, dont Lebetain faisait 
partie, s'était néanmoins réservé la moitié des revenus. Au 
mois d'avril 1274, l'abbaye vendit au comte de Montbéliard, 
Thierry III, les biens et les droits qui lui étaient restés à 
Lebetain. 

Au siècle suivant, toute la propriété de Lebetain était 
revenue aux archiducs d'Autriche, landgraves de la Haute- 
Alsace. Dans les titres de ce siècle, Lebetain est désigné par 
le nom allemand de LiehthaL 

En 1303, l'église de Saint-Dizier levait annuellement, pour 
la contribution landgraviale, trois sous sur trois jardins qu'elle 
possédait à Lebetain. 

L'abbaye de Bellelay y avait également des possessions. Le 
27 février 1330, elle y acquiert, moyennant cent sous esteve- 
nants, de nouvelles terres, qui appartenaient à Henri, dit 
Berbéls. 

La famille de Délie était alors investie du fief de Lebetain, 
relevant des archiducs d'Autriche. Vers 1331, Henri de Délie 
y percevait la dîme. 

Dans les temps qui suivirent, comme dans les temps qui 



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dOO LEPUITS 

En 1803, cette commune avait 195 habitants ; on y en a 
recensé 293 en 1876. 

Lebetain fait partie du canton de Délie. Distances légales : 
3 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 2 myriamètres 
5 kilomètres jusqu'à Belfort 

Lepuits. — Canton de Délie. — La grande voie militaire 
de Lyon au Rhin, ou de Mandeure à AugiLsta-Bavâracorum, 
passait sur le territoire de Lepuits. On en rencontre encore 
des restes au lieu dit le champ Mouton. Cette circonstance 
permet de supposer que, là aussi, il y a eu une station ou un 
poste militaire romain avec un pifieus = puits, dont le village 
moderne aura pris la place et le nom. 

Dès les premiers temps de la féodalité, ce village fit partie 
de la terre de Florimont et, dès 1125, du comté de Ferrette. 
Il était alors désigné sous le nom allemand de Sod. 

Diverses maisons religieuses y avaient les plus importantes 
propriétés de l'endroit. En 1206, c'est l'abbaye de Belchamp 
qui cède à celle de Bellelay les terres qu'elle y possédait. 
En 1290, le 11 avril, ce sont les moines d'Altkirch (Saint- 
Morand) qui donnent à la même abbaye les propriétés qu'ils 
avaient in villa et hanno^ dicta ad Pideum, et qui leur rappor- 
taient un cens de trois sous, quatre émines de seigle et quatre 
d'avoine, en échange d'un cens de deux sous que Bellelay avait 
auprès d'Altkirch et d'une soulte de sept livres courantes, 
payées aux moines d'Altkirch. En 1313, le 30 mars, ce sont les 
frères augustins de Hagenbach qui vendent encore à Bellelay, 
pour cinquante livres estevenantes, les biens de toute nature 
qu'ils possédaient in banno et co^finio vUle de Puteo, c'est-à- 
dire au ban et aux contins du ban du village de Lepuits. Enfin 
en 1321, la même abbaye était déjà en possession du quart du 
ban qui avait appartenu aux sires de Morimont; de sorte que, 
suivant une sentence arbitrale du 9 mai de la même année, 
Bellelay était en possession des trois quarts du ban, le quart 



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LEPUIX 201 

Jean de Lepuits, dit BacquereiXj et son oncle Vauthier de 
Suarce, qui reprennent en inféodation temporaire tout ce 
qu'ils tenaient précédemment des biens de l'abbaye à Lepuits, 
et pour lesquels ils paient annuellement à ladite abbaye 
12 quaressons d'avoine, mesure de Florimont, 4 chapons et 
40 sous de monnaie coursable au marché de Florimont. 

Les indications qui précèdent permettront au lecteur de se 
faire une idée de l'origine de Lepuits et de la condition de sa 
population pendant le moyen-âge. Son passé historique se lie 
d'ailleurs à celui de la terre dont il dépendait. (Voy. Flori- 
mont) 

En 1803, la population de cette commune était de 200 habi- 
tants. On y en a recensé 373 en 1876. 

Lepuits appartient au canton de Délie. Distances légales : 
1 myriamètre jusqu'à Délie , et 2 myriamètres 5 kilomètres 
jusqu'à Belfort. 

Lepuix. — Canton de Oiromagny. — L'existence de cette 
localité, comme agglomération communale, ne paraît pas 
remonter à des temps reculés. On est même porté à croire 
qu'elle ne va pas au delà de l'époque où l'exploitation des 
mines prit un développement quelque peu régulier, c'est-à- 
dire au cours de la dernière moitié du XIV* siècle, ou à l'in- 
corporation de la seigneurie du Rosemont au comté de Fer- 
rette et au domaine de la maison d'Autriche. (Voy. Rosemont 
et Oiromagny.) 

Cependant il ne paraît pas douteux que, déjà en 1024, il y 
ait eu sur ce point quelques habitations, voire même un 
hameau dépendant de la mairie du Haut-Rosemont et de la 
paroisse de Chaux. Ce qui tend à le prouver, c'est que la pre- 
mière chapelle dont le hameau fut doté fut une annexe de la 
vieille église de Chaux et que beaucoup plus tard la chapelle, 
convertie en église, sous, l'invocation de la Nativité de la 
Vierge, demeura filiale de celle de l'ancienne paroisse. En 
1590, elle est encore ainsi désignée dans les archives de la 
seigneurie de Belfort. Elle faisait partie du décanat de 
Granges. 



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202 LEUPE 

M. StoflFel trouve , dans les archives du chapitre de Belfort, 
en 1347, cette localité désignée sous le nom de villa de FtUeo. 
Le 26 août de la même année, elle est aussi nommée parmi les 
villages qui échurent à Jeannette de Ferrette, épouse de 
l'archiduc d'Autriche Albert II, dans le partage de la succes- 
sion de sa mère, Jeanne de Montbéliard. Lepuix avait donc, 
à cette époque, acquis une consistance particulière qui le 
plaçait au même rang que les autres villages de la seigneurie. 

L'exploitation des mines favorisa son développement. Des 
mineurs saxons s'y fixèrent aussi au XVI** siècle et ouvrirent, 
sur son ban, un nouveau puits ou une nouvelle galerie à 
laquelle ils donnèrent le nom de Ffenning-Thurn. C'est d'ail- 
leurs à Lepuix que la fonderie des mines de la vallée fut éta- 
blie. On y voyait naguère encore les ruines du bâtiment prin- 
cipal, appelé le château des mines. 

Dans la suite, Lepuix subit le sort que le temps et les événe- 
ments apportèrent dans les conditions faites à toutes les 
localités de la même seigneurie. 

En 1803, Lepuix avait une population de 1074 habitants ; on 
y en a recensé 1995 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis- 
tances légales : 2 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 
1 myriamètre 5 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Leupe. — Cet endroit est un hameau qui dépend de la 
commune de Sévenans. Au moyen-âge il comptait pour quelque 
chose, car on le trouve cité en 1347 parmi les localités échues 
à Jeannette, comtesse de Ferrette et archiduchesse d'Autriche, 
dans le partage de la succession de sa mère. 

Leupe dépendait alors de la mairie de l'Assise-sur-l'eau. Au 
siècle dernier, on exploitait encore sur les champs de cette 
locq,lité la mine en grains qui alimentait les hauts-fourneaux 
de Belfort et de Châtenois. 

Leupe dépend du canton de Belfort. Distance légale, 8 kilo- 
mètres. 



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LEVAL d08 

Levai. — Cette localité a toujours dépendu de la seigneurie 
de Rougemont. Son passé historique se confond dans celui de 
cette dernière commune. (Voy. Boitgemont.) 

La plus ancienne mention que M. Soffel rencontre de Levai 
ne remonte qu'à Tannée 1502. Dos Thaï est son nom dans les 
titres allemands. 

Si l'on doit s'en tenir aux informations que nous fournissent 
les documents historiques, l'origine de cette commune daterait 
seulement du moyen-âge et son organisation communale ne 
serait pas antérieure à 1532. Un règlement signé de Jean- 
Henri deBreiten-Landenberg ne saurait être antérieur à cette 
année. C'est en eflfet à cette date que ce personnage quitta la 
Suisse, pour cause de religion, et se réfugia en Alsace oîi il 
fut investi du fief de Levai. Le règlement qu'il donna résume 
sans doute les franchises dont le hameau jouissait depuis un 
temps inmiémorial. Il fut complété en 1618 et renouvelé en 
1708, de sorte que l'on peut conclure que Levai vécut sous 
cette loi communale jusqu'à la Révolution. 

Le règlement dont il s'agit est, de toute certitude, issu du 
droit colonger. Nous le résumons dans cette notice, ne fût-ce 
que pour donner au lecteur une idée de la situation juridique 
et administrative d'une commune affranchie, au commence- 
ment de l'époque connue sous le nom de la Renaissance : 

1. Quand les bourgeois sont ensemble (assemblés) et deman- 
dent quelques choses, le plus doit emporter le moins et les 
autres (la minorité) doivent suivre ce qu'est de raison. 

2. Quand les jurés (juges élus par les bourgeois) comman- 
deront les bourgeois ensemble et un ne se trouve doit estre 

amendable de trois à ladite communauté, sinon (à moins 

que) qu'il ne monstre occasions (excuses) raisonnables. 

3. Quand la communauté sera commandée ensemble pour 
aller lever une maison (charrier les pierres et les bois?) et un 
ne se trouve doit estre amendable à ladite communauté d'une 
livre cinq sous. 

4. Tous les bourgeois trouvant quelqu'un prenant baire 
(haie, clôture ?) ou les coupant, doivent rapporter (dénoncer). 



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20i LEYAL 

et celui qui sera trouvé sera amendable à ladite communauté 
de quinze sous. 

5. Tous ceux qui seront trouvés cueillant fruit sur les bois 
du communal, soit cerises ou autres fruits, seront amendables 
de dix sous à ladite communauté, et tous bourgeois doivent 
les accuser. 

6. Tous ceux qui seront pris en la Creuse le Badaire (nom 
d'un canton) coupant bois, soit en cette ou autre creuse 
(dépression de terrain, combe) seront amendables à la commu- 
nauté de quinze sous. Et les coupans par le pied doit estre 
chastié par le seigneur ou ses officiers, et doivent rapporter 
tous les bourgeois de la communauté. 

7. A été réglé que tous ceux qui feront faute de boucher 
(réparer la clôture) après la Saint-George, sur le communal, 
seront amendables de trois sous tous les jours (par jour de 
retard). 

8. Celui qui fera faute de se trouver es corvées pour refaire 
les vies (chemins de défruitement) et chemins ou autre chose 
sera pour trois sous d'amende. 

9. A esté réglé que tous les bœufs qui passeront deux ans 
ne se devront chasser devant le berger, et des deux der- 
niers quarts d'an. Ceux qui auront des bœufs davantage que 
leur charrue doivent payer deux bœufs pour une vache, et 
aussi les autres que chasseront ces deux bœufs quart d'an 
nommez cy devant. Mais les bœufs qui tireront ne les pourront 
contraindre de les chasser. 

10. Quand les banvoyes (bangards) trouveront bestes en 
faisant dommage, les doivent rapporter es jurés et les jurés 
doivent reconquester ladite amende et y défaillant la doivent 
payer eux-mêmes. 

11. Quand un hls de bourgeois jurera bourgeois, doit estre 
pour le profit du communal cinq sous et non plus. 

12. Quand il y voudrait venir un étranger bourgeois, doivent 
attendre lesdits bourgeois, qu'il ait convenu d'avec le seigneur 
et doivent prendre d'une livre moins que ledit seigneur. 

13. Un berger qui plaidera (la garde du) le bétail et le lais- 
sera devant le dernier quart d'an, doit à la communauté de 



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LEVAL 905 

brésie (dédit) quatre livres, sinon qu'il n'aye bonne et raison- 
nable excuse. 

14. Celui qui mettra le varay (verrat) à la Saint-Michel et 
qui fera faute sera amendable tous les jours (de retard) de 
trois sous d'amende. 

15. Celui qui héberge un étranger plus de deux nuits doit 
estre pour dix sous d'amende au communal, et s'il héberge 
plus de deux nuits cela doit être rapporté au seigneur qui les 
châtiera. 

16. Quand les jurés commanderont les bourgeois de venir 
devant le seigneur, celui qui fera faute sera chastié par ladite 
communauté de quinze sous pour la première fois, et la 
seconde au chastoy (châtiment) du seigneur officier. 

17. Un qui rompera le Rupt (détournera le ruisseau), lesdits 
bourgeois le doivent rapporter audit seigneur et les chastiera. 
Et si sont les pescheurs cito^ cito le tout pesché, le doivent 
refaire vitement et bien conune il estoit. — Jean-Henri de 
Braiten-Landenberg. 

Les noms des sept jurés qui furent élus par la conmiunauté 
à la suite de ce statut méritent d'être conservés dans l'histoire 
de cette commune ; ce sont : Servois, Rossât, Jean-Guillaume 
Bellequippe, Nicolas Choffin, Conrad Scheuquelin et Clauderez 
Droz. 

En 1618, la communauté ajouta quelques articles à la consti- 
tution qui précède ; elle décida : V que chaque bourgeois 
paierait cinq sous par an pour « le gage des pauvres, les 
héberger et les mener hors du village » ; 2** ceux qui n'auront 
point de porc doivent payer pour un les quatre quarts d'an 
(par trimestre) ; S"" celui qui doit mettre (fournir) le taureau, 
le doit mettre à la Saint-Martin, à peine de chacune tournay 
trois sous d'amende : 4** a esté conclu par les jurés et 
messieurs les sept, et par le reste de la communauté, voyant 
que cette règle a esté faite par les vieux par cy-devant, qu'un 
qui fera faute de tonnayer son bétail, quand le tour luy vient, 
doit estre amendable de vingt-cinq sous à la communauté ; 
5*^ a esté réglé qu'une personne qui sera pris es soys (?) doit 
estre amendable. 



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5W6 MENONCOURT 

Le titre est suivi des redevances payées à la communauté 
pour chésal, vergers, prés, champs, chènevières et jardins, 
par d'anciennes familles qui^e sont perpétuées et dont il est 
bon de consigner les noms dans cette notice. Ce sont : les 
Chaignat, Montavon, Clavey, Mathey, Voisin, Chrestien, 
Devaux, Lau, Mang, Chevillât, Guenin, Ferney et Frossard, 
tous illettrés, excepté les deux derniers. 

En 1803, la population de cette commune était de 268 habi- 
tants ; on y en a recensé 321 en 1876. 

Levai faisait partie du canton de Masevaux; il est rattaché 
aujourd'hui au canton de Fontaine. Distances légales: 1 myria- 
mètre jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 8 kilomètres jusqu'à 
Belfort. 

Menoncourt. — Cette localité, dont l'origine remonte au 
temps oîi tous les villages compris dans l'ancienne marche de 
Boppe se sont formés, fit constamment partie de la mairie et 
de la paroisse de Phaffans. Elle ne paraît avoir joué aucun 
rôle particulier dans le passé de son ancienne mairie et de sa 
paroisse. (Voy. Phaffans.) 

Menoncourt est désigné dans les titres allemands sous le 
nom de Miningen. 

En 1347, ce village échut à Ursule de Ferrette, dans le par- 
tage de la succession de sa mère, Jeanne de Montbéliard. 
Ursule était mariée à Hugues de Hohenberg ou Montfort, qui 
conserva pendant quatre années l'héritage de sa femme. Le 
2 juin 1351, Ursule et son mari renoncèrent à cet héritage au 
profit de leur beau-frère l'archiduc Albert d'Autriche, moyen- 
nant une somme d'argent sur laquelle il était encore dû 
3000 florins en 1359. Menoncourt fut ainsi incorporé, à partir 
du 2 juin 1351, au domaine de la maison d'Autriche, et tomba 
dans le domaine du duc de Mazarin en 1648. 

En 1803, cette commune avait 241 habitants; on y en a 
recensé 290 en 1876. 

Menoncourt fait partie du canton de Fontaine. Distances 



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MEROUX 307 

Meroux. — L'absence d'observations directes et de 
recherches spéciales, la pénurie de documents qui en est la 
conséquence, rendent difficiles les études concernant l'origine 
des villages du territoire. Ainsi, relativement à Meroux, est- 
ce un couvent dont la tradition a conservé un souvenir fort 
confus, qui a donné naissance au village, ou bien est-ce une 
agglomération préexistante qui a déterminé la fondation du 
couvent? Tel est le problème qui se pose et qu'aucune indi- 
cation historique ne nous permet de résoudre dans un sens 
plutôt que dans l'autre. 

En 1210, le couvent existait déjà. Nous en trouvons la preuve 
dans une charte de Frédéric II, comte de Ferrette, qui donne 
à l'abbaye de Lieu-Croissant, près de l'Isle-sur-le-Doubs, un 
fief sur le territoire de Soultz, pour la dédommager du préju- 
judice qu'il lui avait causé. B..., prieur de Meroux, figure 
comme témoin de cette charte, qui fut donnée à Cernay. 

Ainsi, en 1210, le couvent de Meroux existait déjà. Des titres 
postérieurs nous apprennent que c'était un couvent de béné- 
dictins et que son église était placée sous l'invocation de 
Saint-Nicolas. 

Relevait-il de l'abbaye de Cluny, comme ceux d'Altkirch, de 
Morteau, de Froidefontaine et de Valdieu, qui étaient aussi 
des monastères de bénédictins? Aucun document ne nous 
permet de l'affirmer. Cependant, ces maisons étant consacrées 
au même ordre monastique, il est vraisemblable qu'elles étaient 
dans la dépendance de la même maison-mère. Dans ce cas, on 
est amené à penser que la fondation du prieuré de Meroux est 
due à l'un des premiers comtes de Montbéliard, à Louis de 
Mousson peut-être, qui commença à régner en 1024 et qui, 
en organisant son comté en seigneuries, favorisa en même 
temps la fondation des maisons religieuses, dans le but d'en 
faire les auxiliaires de son règne et de la civilisation du 
pays. 

La fondation de Saint-Nicolas de Meroux remonterait ainsi, 
sinon au XP siècle, du moins au XIP ; il était, dans tous les 
cas, en plein exercice, au commencement du XIIP, puisque 
son prieur figure, à ce titre, comme témoin de la charte dont 



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308 MESIRÊ 

il vient d'être fait mention. Une autre titre, du 22 avril 1328, 
constate que ledit prieuré de Meroux possédait des colonges 
à Bonfol, dont dépendaient huit journaux de terres dissémi- 
nées sur le finage. 

Sous les comtes de Montbéliard, Meroux forma une mairie 
avec Vezelois, de la dépendance de la seigneurie du Rosemont. 
Cette dépendance continua à subsister quand la seigneurie 
fut advenue à la maison d'Autriche. 

Meroux fut alors désigné dans les titres allemands sous le 
nom de Mœrlingen. 

En 1441, le prieuré de Saint-Nicolas de Meroux fut réuni 
au chapitre de la collégiale de Belfort. 

Il n'est pas probable que ce prieuré ait échappé aux vio- 
lences du soulèvement des paysans, en 1525 ; cependant il ne 
périt point en cette occasion, car il était encore debout au 
siècle suivant; mais, à la fin de 1632 ou au commencement 
de 1633, il fut ravagé par l'armée suédoise qui assiégeait Belfort 
et il ne se releva plus. 

On n'a conservé dans la commune aucune indication précise 
de son emplacement. On prétend que l'église du prieuré était 
sur le cimetière actuel et qu'une maison du voisinage de 
ce cimetière, incendiée en 1871, était une dépendance du 
couvent. 

Après 1648, Meroux fit inscrire sur l'armoriai général de 
France les armes suivantes, pour la communauté : 

jyazwr^ à trois pommes de pin fcPorJj deux et une. (Voy. 
N*" 22 des planches.) 

En 1803, Meroux avait une population de 421 habitants ; on 
y en a recensé 641 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Belfort. Distance 
légale, 6 kilomètres. 

Mesiré. — Cette localité faisait partie du fief de Grand- 
villars, dans l'histoire duquel la sienne se confond. Elle 
demeura au comté de Montbéliard depuis la fondation de ce 
comté jusqu'au milieu du XIV* siècle, époque à laquelle on la 
voit apparaître dans les titres que nous pouvons consulter. 



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MONTBOUTON 200 

En 1317, une dîme de Mesiré était revendiquée à la fois par 
Tabbaye de Moutiers-Grandval et Henri de Porrentruy ; une 
sentence arbitrale du 24 mars l'adjugea à l'abbaye. M. Stoffel 
constate qu'en la même année 1317, Mesiré figure dans un 
rôle de la seigneurie de Belfort. Ces deux mentions sont, jus- 
qu'à présent, les plus anciennes que l'on a rencontrées dans 
les titres concernant la commune. 

En 1333, Mesiré advint à Jeanne de Montbéliard, comtesse 
de Ferrette et marquise de Bade, dans le partage de la succes- 
sion de son père, Renaud de Bourgogne, comte de Montbé- 
liard. Foi et hommage furent rendus la même année au mar- 
quis de Bade, pour le fief de Mesiré, par la dame qui en était 
alors investie. 

En 1347, il échut à Jeannette, fille de Jeanne, dans le par- 
tage de la succession de cette dernière. Jeannette était l'épouse 
de l'archiduc d'Autriche Albert II, qui avait succédé au comte 
de Ferrette. De^ cette année date donc la distraction de Mesiré 
du comté de Montbéliard, pour passer au comté de Ferrette 
et au domaine de la maison d'Autriche. 

Dans les titres allemands de cette époque Mesiré est désigné 
sous le nom de Miserach. 

Quant aux temps qui suivirent, nous ne saurions que répéter 
ce qui a été dit relativement au fief dont Mesiré faisait partie. 
(Voy. Grandvillars.) 

En 1803, la population de Mesiré était de 287 habitants; on 
y en a recensé 744 en 1876. 

Mesiré fait partie du canton de Délie. Distances légales : 
1 myriamètre jusqu'à Délie; 1 myriamètre 6 kilomètres jus- 
qu'à Belfort. 

Montbouton. — Hameau ou commune, Montbouton fit 
partie, dans les temps reculés, du domaine de Délie, de la 
mairie et de la paroisse de Saint-Dizier. L'abbaye de Murbach 
y avait des biens et des droits qu'elle conserva depuis 728 
jusqu'en 1235. En cette année, elle les donna en fief direct au 
roi des Romains et se réserva la moitié des revenus. En 1274, 
au mois d'avril, elle vendit, à titre de fief, ce qui lui restait à 

14 



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210 MONTREUX'CHATEAU 

Montbouton, au comte de Montbéliaxd, ITiierry III, le Grand- 
Baron. 

En 1303, Montbouton est déjà qualifié de village dans Tétat 
des revenus et prestations dont jouissaient, dans différentes 
localités, les ducs d'Autriche, landgraves de la Haute-Alsace. 
Le village leur payait annuellement 24 sous de contribution 
landgraviale. Montbouton avait aussi déjà sa chapelle et son 
vicaire, relevant sans doute de l'église de Saint-Dizier. Le 
vicaire est en effet inscrit au même rôle pour une contribu- 
tion annuelle de 12 sous au plus, de 2 pfennings au moins 
et de 2 quartauts d'avoine. 

En 1331, Henri de Délie était investi du fief de Montbouton, 
consistant dans les terres des archiducs d'Autriche et les 
hommes qui étaient établis sur ces terres. En 1333, un Henri 
de Montbouton était bailli de Délie. 

Quant à la chapelle, un prêtre nommé Jean la desservait 
en 1327; en 1404, c'était Girard Chîquet et, en 1466, Jean 
Perisot. Les noms de ces vicaires sont relevés parmi les 
témoins d'actes dont l'objet est étranger aux recherches qui 
nous occupent 

M. Stoffel constate, d'après les actes du chapitre de Belfort, 
qu'en 1627 l'église de Montbouton était encore un vicariat 
Elle dépendait du décanat de l'Ajoie et était sous l'invocation 
de Saint-Léger, ce qui permet, jusqu'à un certain point, de 
conclure que la chapelle devait son origine à l'abbaye de Mur- 
bach, donnant à un édifice religieux, situé à l'extrémité de ses 
possessions du sud, le même patron qu'à l'église primitive de 
Guebwiller. 

En 1803, la population de Montbouton était de 173 habi- 
tants. Le recensement de 1876 y en a compté 527. 

Montbouton fait partie du canton de Délie. Distances 
légales : 9 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton ; 2 myria- 
mètres 5 kilomètres jusqu'à Belfort 

Montreux - Château. — Un diplôme de l'empereur 

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MONTREUX-CHATEAU 211 

à cette date et nous apprend que son église, dédiée à Sainte- 
Marie, appartenait alors à l'abbaye d'Andlau. 

Une charte de Mathilde de Dagsbourg, donnée vers l'an 
1094, nous apprend aussi que l'abbaye de Woffenheim (Sainte- 
Croix-en-plaine) avait des biens à Montreux, 

Ainsi Montreux existait au X* siècle et avait son église, 
d'oîi l'on peut conclure que l'agglomération avait déjà une 
certaine importance. 

Quel fut son sort au siècle suivant? Aucun document ne 
nous l'apprend. Il est à présumer que les deux abbayes dont 
il est question conservèrent leurs possessions, les agrandirent 
même, et que la situation de Montreux resta ce qu'elle était 
auparavant, c'est-à-dire le domaine des ducs d'Alsace avec 
les deux maisons religieuses en participation. 

Au XIP siècle, la situation change. Schœpflin dit que le 
domaine de Montreux était un fief du château de Délie. 
M. StoflFel affirme, tout aussi laconiquement, que c'était un 
fief du comté de Ferrette. La contradiction est brusque, mais 
elle n'est qu'apparente. L'une et l'autre affirmation sont vraies. 
Seulement, le fief de Délie ne peut remonter à une date plus 
reculée que la construction du château, de même que le fief 
du comté de Ferrette ne peut remonter à une date plus reculée 
que la constitution du comté. Or, le comté de Ferrette se 
constitua en 1125 et le château de Délie ne remonte pas au 
delà de 1232; de sorte que l'on peut conclure que le fief de 
Montreux-Château releva d'abord des comtes de Ferrette et 
ensuite du château de Délie ou des ducs d'Autriche qui succé- 
dèrent aux comtes de Ferrette. 

Le château de Montreux a dû être construit dans la pre- 
mière moitié du XII* siècle, c'est-à-dire immédiatement après 
la constitution du comté de Ferrette et l'inféodation du 
domaine au premier membre de la famille de Montreux, dont 
le nom nous est jusqu'à présent demeuré inconnu. 

Le château fut élevé au sud et à proximité de l'église; il fut 
entouré d'une haute muraille et deux portes, dit M. Henri 
Bardy, y donnaient accès. La principale était défendue par 
deux tours, l'autre n'était qu'une poterne en face de l'église; 



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^2 MONTRSnX-GHATEAU 

un fossé entourait le tout jusqu'au marais sur le bord duquel 
le château était élevé. 

Dès ce moment Montreux constitua le bourg qui prit le nom 
de Montreux-Château. Cette transformation dut s'opérer dans 
l'intervalle compris entre l'année 1125 et Tannée 1170. Nous 
tirons cette conclusion du fait qu'avant la constitution du 
comté de Ferrette, en 1125, le château n'existait pas et qu'en 
1170 Montreux-Château ou le bourg avait acquis une certaine 
importance, car il avait son maire {villims), appelé Albert 
dont nous rencontrons le nom parmi les témoins d'une dona- 
tion de Raimbaud de Spébach en faveur de l'abbaye de 
Bellelay. 

Le nom allemand de Munsterol figure dans tous les titres 
que nous venons de citer. 

A partir de ce moment, l'histoire de Montreux-Château n'est 
autre que celle de ses seigneurs. 

La seigneurie comprenait : Montreux-Château, Montreux- 
Vieux, Montreux-Jeune, Chavannes-sur-l'Etang, Grùn au 
Valdieu, Chavannes-les-Grands, Bretagne, Foussemagne, Fon- 
taine, Cunelière, et, plus tard, Magny, Romagny et Lutran. 

Cette seigneurie relevait naturellement du comté de Fer- 
rette, dont elle faisait partie. 

Le premier des ministériaux des Ferrette à Montreux ou 
des seigneurs de Montreux-Château que nous rencontrons est 
le chevalier Werner de Montreux. 

En 1188, il est témoin dans une charte de l'évêque de Bâle 
concernant le monastère de Lieu-Croissant. 

En 1194, Hugo de Montreux était chanoine de l'église de 
Bâle. 

En 1241, Henri de Montreux est témoin dans une transac- 
tion conclue entre Hermann de Montjoie et Henri de 
Kienberg. 

En 1281, au mois de mai, Werner de Montreux est arbitre 
dans une composition entre l'évêque de Bâle, Henri d'Isny, et 
Thiébaut, comte de Ferrette, au sujet de leurs prétentions 
réciproques sur Florimont. 

En 1291, Otton de Montreux est qualifié sire ou seigneur de 



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MONTREUX-GHATEÂ.U ^8 

Montreux. Il figure aussi comme témoin dans une vente faite 
par le prévôt d'Œlenberg à l'abbaye de Lucelle et est qualifié 
de bourgeois de Cernay. La vente est du 19 janvier. 

Au XIIP siècle, dame Louise de Montreux meurt au couvent 
d'Unterlinden de Colmar. 

En 1320, le 28 novembre, nous trouvons un Werner de 
Montreux, qualifié chanoine de l'église de Saint-Amarin. 

En 1333, Fery de Montreux était investi dé ce fief. Il rend 
foi et hommage au marquis de Bade, époux de Jeanne de 
Montbéliard, veuve d'Ulrich II, comte de Ferrette, et de 
laquelle le fief de Montreux relevait, après la mort d'Ulrich. 

En 1333, les P' et 2 juin, Robert de Montreux est témoin 
dans une vente que l'épouse de Jean de Montreux-le-Vieux 
fait à son frère Ulrich de Châtel-Vouhay. 

En 1347, le 26 août, le fief de Montreux échoit en partage à 
Ursule de Ferrette, comtesse de Hohenberg = Montfort. Le 
fief était alors tenu par Jean de Montreux, fils de Guillaume. 

En 1350, Albert d'Autriche, époux de Jeannette de Ferrette, 
sœur d'Ursule, rachète de celle-ci tout ce qu'elle avait hérité 
et conséquemment le domaine de Montreux. C'est de cette 
année ou de l'année suivante que date la dépendance du fief 
de Montreux du château de Délie, relevant directement de 
l'Empire et possession allodiale de la maison d'Autriche. 

En 1351, Jean de Montreux était en possession du fief. 

Le 24 juUlet de la même année, il est qualifié de baron de 
Montreux et donne en fief héréditaire à un bourgeois de Bâle 
le village de Willer, près Saint^Léger, ainsi que deux autres 
qui n'existent plus. 

En 1354 et 1360, Antoine et Jean de Montreux étaient reli- 
gieux au couvent des franciscains de Thann. 

En 1386, le 9 juillet, Frédéric, seigneur de Montreux, est au 
nombre des gentilshommes alsaciens qui périssent à la bataille 
de Sempach. 

En 1397, le 3 novembre, Robert représente le seigneur de 
Montreux comme témoin dans le contrat de mariage d'Hen- 
riette de Montbéliard avec Eberhard, duc de Wurtemberg. 

En 1444, Jean de Montreux écrivit, le 20 mars, au magistrat 



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214 MONTREUX-CHATBAU 

de Strasbourg, une lettre qui atteste que les Armagnacs com- 
mirent de grandes cruautés dans cette commune, relevant de 
la maison d'Autriche. 

En 1453, Georges, bâtard de Jean de Montreux, est institué 
prévôt de Belfort, par Albert-le-Prodigue, archiduc d'Au- 
triche. 

En 1455, Jean de Montreux est délégué avec d'^autres, par 
l'archiduc Albert, pour lever des contributions en argent dans 
le pays. 

En 1458, Jean de Montreux meurt en laissant deux fils, qui 
se partagent le fief. L'aîné, Frédéric, eut Cunelières, Frais, 
Chavanne-sur-l'Etang, Chavannes-les-Grands, Lutran, Magny, 
Romagny et Grtine au Valdieu. 

Le cadet, Antoine, eut Foussemagne, Montreux-Vieux, 
Montreux-Jeune, Bretagne et Fontaine. 

Quant à Montreux-Château, il demeura en commun entre 
les deux branches. 

En 1474, l'archiduc Sigismond reprend possession des terres 
landgraviales et Antoine de Montreux, branche cadette, qui 
avait pris parti pour Charles-le-Téméraire contre Sigismond, 
est dépossédé de son fief. 

En 1475, Frédéric de Montreux, chef de la branche aînée, 
n'ayant pas d'enfants mâles, obtint de l'archiduc Sigismond la 
transmission du fief à ses tilles et leurs descendants. Il en 
avait trois, mariées à Etienne de Saint^Loup, Christophe de 
Hadstatt et Louis de Reinach. 

En 1478, Eschêne et Autrage sont inféodés à Frédéric et à 
ses successeurs. 

En 1490, Frédéric de Montreux meurt et ses trois gendres 
sont co-investis de son fief. 

En 1498, Conrad de Morimont et Pierre de Bollwiller sont 
co-investis du fief dont Antoine de Montreux avait été dépos- 
sédé en 1474. 

En 1519, Etienne de Saint^Loup meurt sans enfants. 

En 1549, Guido de Montreux, le dernier de sa race, dut 
mettre en possession de la moitié de son domaine Nicolas 



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MONTREUX-CHATEAU 215 

Perrenot de Grandvelle, moyennant finance et sur l'ordre de 
l'empereur Ferdinand I". De là les Montreux-Grandvelle. 

C'est avec Guido que s'éteint la famille des Montreux. 

En 1585, la race des Hadstatt s'éteint et tout le domaine de 
Frédéric devait revenir aux enfants de Louis de Reinach- 
Montreux. 

Mais dès 1560, Ferdinand I" avait substitué une autre 
branche des Reinach à celle de Louis de Reinach-Montreux, 
la branche de Henri, dont les descendants formèrent à leur 
tour trois branches : celle des Reinach-Foussemagne, Munt- 
zingen et Hirtzbach. Les deux premières possédèrent en 
commun les parties vacantes du fief. 

A l'extinction des Morimont, des Bollwiller et des Grand- 
velle, au commencement du XVIP siècle, les Reinach-Fousse- 
magne achetèrent les parties qu'ils avaient possédées, et c'est 
ainsi que tout le domaine se trouva définitivement entre leurs 
mains. 

Quant à la lignée de Louis de Reinach-Montreux, dépossédée 
dès 1560, elle s'éteignit en 1704 dans la personne de Philippe- 
Charles de Reinach-Montreux, capitaine au régiment d'Alsace. 

La première église de Montreux, apparue au X* siècle et 
dédiée à Sainte-Marie, avait sans doute fait place à un édifice 
que nous trouvons au XV* siècle, sous l'invocation de Saint- 
Jacques-le-majeur, avec trois autels latéraux dédiés, l'un à 
Saint-Nicolas avec une confrérie du Saint Nom de Jésus , le 
second à Saint-Georges avec une chapellenie, et le troisième 
à Sainte-Catherine, également avec une chapellenie. 

Après le retour de l'Alsace à la France, la communauté se 
fit inscrire aux armes suivantes dans l'armoriai général : 

Uazwr à un château d'or^ sur U7ie terrasse de sinople. (Voy. 
N^ 23 des planches.) 

On voit apparaître à cette époque la famille Reiset, qui 
fournit de père en fils et jusqu'à la Révolution, oîi nous trou 
vous un Genty qui leur avait succédé, les baillis de Montreux- 
Château. 

En 1803, la population de cette commune était de 249 habi- 
tants; on y en a recensé 595 en 1876. 



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216 MOBVILLABS 

Montreux-CMteau appartient au canton de Fontaine. Dis- 
tances légales : 7 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 
4 kilomètres jusqu'à Belfort 

Morvillars. — L'histoire de Morvillars est liée à celle de 
Grandvillars et de Délie. La première mention spéciale que 
l'on rencontre de cette localité est du 19 mars 1222. Gérard 
de Rougemont, archevêque de Besançon, donne à son église 
métropolitaine, pour la fondation de son anniversaire, l'église 
de Morvillars. 

Quant au domaine laïque, il appartenait à cette époque au 
comté de Montbéliard et faisait partie du iief de Grandvillars. 
Il fut détaché de ce comté en 1332, et appartint à Jeanne de 
Montbéliard, comtesse de Ferrette, puis marquise de Bade, à 
laquelle il fut attribué dans le partage de la succession de son 
père, Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard. En 1333, 
le sire de Morvillars rendit, en effet, foi et hommage de son 
fief à Raoul Hesse, marquis de Bade et second mari de 
Jeanne. 

Le nom que les titres allemands donnèrent 'à cette localité 
est celui de : Welsch-MorschvnUer. 

En 1347, le 26 août, Morvillars échut à Jeannette, fille aînée 
de Jeanne. Jeannette avait épousé Albert II, archiduc d'Au- 
triche et successeur des comtes de Ferrette. Morvillars se 
trouva ainsi détaché définitivement du comté de Montbéliard 
et incorporé au comté de Ferrette ainsi qu'au domaine de la 
maison d'Autriche. C'est de cette époque aussi que date sa 
dépendance du château de Délie qui appartenait, depuis 1232, 
au domaine de la maison d'Autriche, à titre de fief relevant 
de l'Empire. 

Morvillars eut son sire et son château particuliers; ils 
constituaient une dépendance du fief de Grandvillars et eurent 
le même sort dans les temps qui suivirent. Au siècle dernier, 
Morvillars était la propriété des Basinier, qui le conservèrent 
jusqu'à la Révolution. Une élégante maison d'habitation s'élève 
aujourd'hui sur les ruines de l'ancien château. 



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MOVAL — NORMANVILLARS 217 

En 1803, la population de Morvillars était de 331 habitants; 
on y en a recensé 672 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Délie. Distances 
légales : 8 kilomètres jusqu'à Délie; 1 myriamètre 5 kilo- 
mètres jusqu'à Belfort. 

Moval. — Nous n'avons sur cette localité que les brèves 
indications fournies d'abord par Schœpflin et ensuite par 
M. Stoffel. Moval, d'après Schœpflin, n'avait qu'une bien mince 
importance au siècle dernier ; c'était plutôt des fermes qu'un 
village. Ces fermes faisaient partie de la mairie de VAssise- 
sur-Veau. M. Stoffel trouve un Jean de Moval en 1430 dans le 
registre de la fondation d'anniversaires du chapitre de Belfort; 
il constate en outre que ledit chapitre et le prieuré de Meroux 
y avaient des cens. 

La population de Moval était de 66 habitants en 1803; 
on y en recensé 86 en 1876. 

Moval appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
8 kilomètres. 

Normanvillars. — Ancien village qui nous paraît avoir 
disparu dans le cours du XV*» siècle. La charte de dotation du 
prieuré de Froidefontaine constate qu'il existait au commen- 
cement du XIP siècle et qu'il faisait partie de la mairie et de 
la paroisse de Grosne. Son ban était limité au nord par ceux 
de Suarce et de Vellescot, au sud par celui de Joncherey, à 
l'est par ceux de Faverois et de Florimont, et à l'ouest par 
ceux de Vellescot et de Boron. Le ban de cet ancien village 
est resté jusqu'à nos jours une enclave distincte, connue sous 
le nom de domaine de Normanvillars. Il a continué, jusqu'au 
commencement de ce siècle, à appartenir aux descendants des 
derniers ministériaux des dynastes de Ferrette, dont un des 
derniers alliés, M. de Salomon, a sa tombe au nord de l'église 
de Grosne. Ce domaine se compose d'un certain nombre de 
fermes, disséminées sur l'étendue de l'ancien ban du village 
et qui sont devenues des propriétés particulières. 

M. Trouillat attribue à Novillard la désignation de ce village 



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218 NOVILLARD 

qui se trouve dans la charte de dotation du prieuré de Froide- 
fontaine. C'est évidemment une erreur. La dernière mention 
de cette localité se lit dans un urbaire du prieuré de 
Froidefontaine, du XV* siècle. Elle y est désignée sous le titre 
de : colonges de Normanvillars. Il règne au pays, sur la dispa- 
rition du village primitif, une légende qui nous paraît n'avoir 
aucune teinte de vraisemblance. Nous n'en faisons mention 
que pour mémoire : un eJBfondrement du sol aurait englouti le 
village. Or, aucune partie de l'étendue du domaine ne nous 
paraît présenter des traces d'un semblable cataclysme. 
(Voy. Orosne.) 

Novillard. — Le territoire sur lequel cette commune est 
assise formait, sous les comtes du Sundgau, l'extrême limite 
sud de la seigneurie de Rougemont. Le chêne fourchu de la 
forêt de Qaercubus, désignée dans la dotation du prieuré de 
Froidefontaine, marquait cette limite. Il y avait probablement 
sur ce point quelques huttes, quelques chétives habitations 
disséminées, mais elles ne formaient encore aucune agglomé- 
ration particulière. 

Quand le premier comte de Ferrette eut pris possession de 
son héritage paternel, dont la seigneurie de Rougemont faisait 
partie, il songea à favoriser le développement des ressources 
de son comté. Les maisons religieuses étaient alors un des 
plus puissants auxiliaires des dynastes. Aussi, Frédéric I" ne 
tarda point à fonder le couvent des bénédictins de Valdieu et 
à comprendre dans sa dotation le sol, les huttes et les habi- 
tants de l'extrémité sud de la seigneurie de Botenherg = 
Rougemont. Ce qu'il avait fait en 1105 pour le lieu du martyr 
de Saint-Maimbœuf, de concert avec sa mère et son frère 
Thierry, il le fit pour Valdieu et le canton du chêne-fourchu 
après 1125, c'est-à-dire lorsqu'il eut pris possession de son 
comté de Ferrette. 

M. Trouillat commet une erreur dans l'interprétation de la 
charte de 1105, oîi il voit Novillard dans le Normanno-ViUario 



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NOVILLABD 219 

Après la fondation du monastère de Valdieu, le premier 
soin des bénédictins fut d'ériger une église, au nord du chêne- 
fourchu, et le premier soin du comte fut de leur concéder le 
droit de coUature. L'église fut placée sous l'invocation de 
Saint-Julien, et les habitations éparses ne tardèrent pas à se 
grouper autour de ce premier édifice du culte nouveau. 
M. Stoffel constate qu'en 1251, l'église dont il s'agit est 
désignée : in parochia de Neueuiller, dans un urbaire du 
prieuré de Froidefontaine. Neueuiller = village neuf = No vil- 
lard existait donc en 1251, et Eschêne-Autrage relevait de sa 
paroisse, de même que Rechotte qui, au temporel, appartenait, 
avec Eschêne-Autrage, au prieuré de Froidefontaine. 

Novillard devint alors le chef-lieu d'une mairie de la 
seigneurie de Rougemont et de la prévôté d'Angeot. Comme 
dépendance de la seigneurie de Rougemont et de la prévôté 
d'Angeot, toutes les phases de l'histoire politique de cette 
seigneurie deviennent ainsi communes à la mairie de 
Novillard. 

Au point de vue spirituel, Novillard continua à dépendre 
du monastère de Valdieu. En 1441, le liber marcarum de 
Tévêché de Bâle signale un recteur et un vicaire de la paroisse 
de Novillard, qui payaient annuellement à l'évêché une contri- 
bution de six marcs. En 1663, l'église de Novillard fut attri- 
buée aux jésuites d'Ensisheim, et en 1776 au collège royal de 
Colmar. 

Quant au domaine laïque, il échut, après 1648, au duc de 
Mazarin et à ses successeurs, qui le possédèrent jusqu'à la 
Révolution. 

Après le retour de l'Alsace à la France, la communauté de 
Novillard prit les armoiries suivantes, inscrites dans l'armoriai 
général de France : 

Uaziir à un arbre arraché d'or. (Voy. N° 24 des planches.) 

On retrouve dans ces armoiries une allusion évidente au 
chêne-fourchu marquant la limite de l'ancienne seigneurie. 

En 1803, la population de Novillard était de 171 habitants. 
On y 'en a recensé 187 en 1876. 



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290 OFFEMONT 

Novîllard appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
1 myriamètre 1 kilomètre. 

Offemont. — Les ruines découvertes à Offemont en 1841 
établissent péremptoirement que ce point du territoire fut 
habité sous les Romains, et que ceux-ci y avaient créé une 
villa ou un poste colonger d'une certaine importance. Les 
objets provenant de ces ruines forment, au musée de Cohnar, 
une collection intéressante pour Tétude de l'époque gallo- 
romaine. La poterie fine, les grandes tuiles à rebords, les 
tuyaux de chauffage, la ferronnerie et les médailles y sont 
représentés par de beaux échantillons; vingt et quelques 
exemplaires de monnaies en bronze aux effigies d'Auguste, 
de Caligula, d'Antonin, d'Adrien, de Trajan, de Gallien, de 
Maximin, de Tetriçus, de Decentius, de Salonin, de Valérien, 
de Constantin et de Claude II, jalonnent sur ces ruines le 
temps qui s'est écoulé du P' siècle jusqu'à la fin du IV% c'est- 
à-dire jusqu'à la veille des grandes invasions barbares qui 
détruisirent de fond en comble tout ce que la civilisation 
romaine avait édifié au pays. 

Le poste ou mieux la villa romaine avec ses colonges devait 
être en communication, par des chemins secondaires, avec 
Bracel = Brace, d'une part, et d'autre part avec les colonges 
de la via petrosa de nos anciens auteurs, ou de Perouse, dont 
l'origine remonterait également aux temps les plus lointains 
de notre histoire. 

Si, partant d'Offemont, le lecteur veut bien faire le trajet 
de cette commune à Perouse, en se dirigeant vers le point où 
la forêt des Bromonts et celle de la Miotte se rejoignent, il 
reconnaîtra d'abord au milieu des champs une excavation du 
chemin de défruitement et qui présente, sur environ deux 
cents mètres de longueur, tous les caractères des anciens che- 
mins celtiques observés avec tant de précision par M. Auguste 
Quiquerez jusqu'aux confins du territoire de Belfort. Il fera 
encore la même observation aux abords de la jonction des 
deux forêts dont il est question, et il reconnaîtra volontiers 
qu'au point de jonction même, la roche a été attaquée par la 



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OFFEMONT 331 

main de Phomme pour adoucir le passage. Ce chemin se diri- 
geait ensuite jusqu'à la via petrosa, au-dessus de Perouse. Il 
est encore fréquenté de nos jours par quelques piétons et sert 
au défruitement des propriétés qui le bordent. 

Les anciens titres ont d'ailleurs conservé des traces de sa 
très grande ancienneté. M. Stofifel le trouve, en 1347, désigné, 
avec le canton qu'il traverse, sous le nom de Vailx, puis de 
Valx, Vaulx, et enfin Pertux = Pertuis. 

Quant à la voie qui devait relier la villa colongère à Brace, 
nous n'en apercevons plus aucune trace, mais la proximité de 
ces deux anciennes localités suflBtpour faire admettre qu'elles 
furent nécessairement en communication par une voie d'une 
importance secondaire peut-être, et à tout le moins par une 
via vidnalis. 

La colonie d'Oflfemont, détruite par les barbares, paraît ne 
s'être relevée que tardivement. Nous n'en trouvons aucune 
mention sous le règne des Montbéliard-Ferrette, c'est-à-dire 
de 1024 à 1125. Quoique contigu à la seigneurie du Rosemont, 
Oflfemont n'en fit jamais partie, alors que des localités situées 
plus au sud, Vezelois et Meroux, en formèrent une mairie. 
De 1125 jusqu'en 1332, c'est-à-dire pendant le règne des 
comtes de Ferrette, jusqu'à l'avènement de la maison d'Au- 
triche, on ne trouve non plus aucune mention de cette localité, 
dont le ban paraît cependant avoir fait partie du comté. Mais 
Oflemont devait alors exister, car nous touchons au terme oh 
les titres vont le révéler. Cette localité consistait probable- 
ment en quelques fermes issues des anciennes colonges gallo- 
romaines et restées, pendant des siècles d'une laborieuse 
résurrection, attachées aux colonges congénères de Petrosa= 
Perouse, de l'époque gallo-romaine. 

En 1324, Offemont était donc compris dans la part qui 
advint définitivement, en 1332, à la comtesse de Ferrette, 
Jeanne de Montbéliard, dans le partage de la succession de 
son père; et lorsqu'on 1347 la succession de Jeanne fut par- 
tagée entre ses quatre filles , Offemont échut à Ursule, 
mariée au comte de Hohenberg ou Montfort. Offemont formait 
alors une mairie avec Perouse. En 1350, Ursule et son mari 



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222 OFFEMONT 

vendirent à leur beau-frère, Albert d'Autriche, leur héritage 
maternel, et de cette époque date l'annexion définitive d'Offe- 
mont au comté de Ferrette et au domaine patrimonial de la 
maison d'Autriche. 

Sous cette domination, Ofifemont paraît s'être développé 
assez notablement et, chose digne de remarque, le lien originel 
entre Ofifemont et Perouse se dessina plus vigoureusement 
qu'auparavant. Offemont demeura attaché à la mairie dont 
Perouse fut le chef-lieu. M. Stofifel relève dans les comptes de 
la seigneurie de Belfort, de 1427, la définition suivante : 
Meygerthum Offemundt imd Fhetterhusen ; c'est-à-dire : 
Mairie d'Ofifemont et de Perouse. Telle était au XY^ siècle, et 
telle est demeurée jusqu'en 1648, la condition politique de la 
commune d'Ofifemont. 

Sa situation au point de vue spirituel se déduit facilement 
de ce qui précède. La mairie et la paroisse étaient alors, sinon 
une seule et même chose, du moins une seule et même cir- 
conscription. Ofifemont dépendit constamment de l'église de 
Perouse, qui ne fut d'abord qu'une chapelle, puis une église 
filiale de celle de Phafifans. Cependant Ofifemont finit par être 
aussi doté d'une chapelle, à une époque que les documents ne 
nous permettent pas de préciser. Le desservant de Perouse 
vint ofi&cier dans la chapelle, qui était une annexe de son 
église; cette chapelle était dédiée à Saint- Augustin. Plus 
tard, le chapitre de Belfort revendiqua ce soin, car, lors de 
sa fondation, en 1342, par la comtesse de Katzenellenbogen, 
il avait été doté de quelques cens à percevoir à Ofifemont. 
L'église de Perouse finit par être privée de fait de son 
ancienne annexe et fut remplacée par l'église de Belfort, 
dont un prêtre desservit la chapelle d'Ofifemont. Cette situa- 
tion dura jusqu'en..., époque à laquelle la chapelle fut érigée 
en église paroissiale. 

En 1803, la population d'Ofifemont était de 325 habitants ; 
on y en a recensé 537 en 1876. 



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OYE — PEROUSE 223 

Oye. — Ce village était situé entre Bermont et Châtenois. 
Au XIP siècle, le prieuré de Lanthenans y avait des posses- 
sions. Cela résulte d'une charte du 5 janvier 1147, par laquelle 
Humbert, archevêque de Besançon, confirme audit prieuré ses 
possessions, parmi lesquelles une pièce de terre à Oye. 

En 1347, Oye est encore cité comme étant échu à Jeannette 
de Ferrette, archiduchesse d'Autriche, dans le partage de la 
succession de sa mère. (Voy. Châtenois.) 

En 1633, tandis qu'une partie de l'armée suédoise assiégeait 
Belfort, l'autre ravageait les campagnes et détruisit Oye en 
remontant la vallée. (Voy. Vezelois.) 

Oye ne s'est plus relevé; il s'est fondu avec Châtenois et 
Bermont. Une forêt porte encore le nom du village détruit, et 
une ancienne fontaine, au nord de Châtenois, rappelle le lieu 
où le village était assis. 

Perouse. — On rencontre, dans les anciens documents 
historiques et dans les recherches modernes, des indications 
auxquelles nous voudrions demander quelques lumières, sans 
nous livrer à une réfutation des opinions divergentes. 

M. Clerc et M. de Golbery démontrent qu'une voie romaine 
passait de Vourvenans par Perouse et continuait sa course 
vers Rougemont. Selon M. Coste, le nom de Perouse serait 
dérivé de viapetrosa, de la voie pierreuse qui passait à l'en- 
droit où le village est établi et qui, de là, jetait deux branches, 
dont l'une se dirigeait vers Offemont, tandis que l'autre se 
prolongeait dans la direction de Rougemont. 

Le 12 février de l'année 730, le comte Eberhard donne h 
l'abbaye de Murbach, qu'il avait fondée en 728, basilica = 
l'église fondée en l'honneur de Sainte-Marie in loco nuncupante 
Petrosa = Perouse, in pago alsadns = au duché d'Alsace. 
Ces indications permettront peut-être de conclure qu'il s'agit 
réellement de Perouse et qu'ainsi cette localité devrait son 
origine à une colonie fondée sur la via petrosa de Vépoque 
gallo-romaine. 

D'autres indications non moins concluantes, quoiqu'enta- 
chées d'une certaine confusion, se présentent pour les époques 



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234 PBROUSE 

gallo-franque et germaine. Dans les titres allemands, le nom 
de Perouse est souvent écrit comme celui de Pfetterhaitsen, 
du canton de Ferrette. Nous essayons de faire la part de 
Fheterhausen = Perouse, devenu au XI« siècle, pensons-nous, 
chef-lieu d'une mairie de la seigneurie de Belfort. 

En 1241, Bourcart d'Asuel résigne, pour des motifs de 
pauvreté, curtem = la colonge qu'il tenait en fief de l'évêque 
de Bâle à Fheterhausm = Perouse. 

Le P' décembre 1295, Henri de Delémont, écuyer et gendre 
de Richard de Belfort, reprend en fief du comte de Montbé- 
liard différents biens et redevances, parmi lesquels 4 sous 
censaux et deux bichots d'avoine dûs annuellement par 
« Jeannet de Per'ouse » sur la terre ou la colonge qu'il 
occupe. 

Le 9 septembre 1305, Thiébaut d'Asuel résigne un fief qu'il 
possédait in villa ^eu territorio de Pheterosa = dans le 
village ou le territoire de Perouse, et qui consistait en un 
manse de terre occupé par Robert et Martin, dits les bergers, 
et que Bourcart d'Asuel, entre les mains duquel le fief est 
résigné, assigne en douaire = Morgengaben à Annelat, sa 
femme légitime. 

En 1343, le 16 février, un rôle des colonges appartenant au 
sire de Valengin est rédigé au plaid tenu h Miécourt. Les 
colonges de « Perouse » sont désignées dans ce rôle ; on est 
porté à croire qu'il s'agit bien de Perouse près Belfort, et non 
de Pheterhausen qui, cependant, est plus rapproché que 
Perouse de la mairie colongère de Miécourt. Il semble qu'il 
ne saurait y avoir de doute à cet égard; le château de Valengin 
relevant des comtes de Montbéliard, les colonges de Perouse 
auraient continué à faire partie des fiefs de la mouvance du 
comté. Si cette interprétation est conforme à la vérité, les 
colonges de Perouse auraient été soumises à la loi colongère 
de la mairie dont il s'agit. Il n'est donc pas sans intérêt de 
citer ici quelques-unes des conditions qui liaient les colons à 
leur seigneur. 



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PEROUSE 2185 

Dans le cas où il faudrait un nouveau maire, il appartient 
aux colongers de l'élire et de le présenter au seigneur. 

Le maire a droit, de la part du seigneur, à une robe qui 
peut coûter 60 sous, parce que le maire a charge de recevoir 
pour le seigneur tout ce qui est dû par les colongers. 

Le maire doit tenir le plaid toutes les fois qu'il en est besoin 
et qu'il en est requis selon les usages. Les petites amendes 
sont pour lui. 

Les veuves ne sont pas tenues d'assister au plaid général. 

Le colonger peut vendre sa colonge, les droits du seigneur 
réservés. 

Si le seigneur veut y venir, le maire des colongers doit aller 
à sa rencontre, tenir l'étrier, le recevoir honorablement et lui 
remettre en main un bâton blanc, signe de l'autorité seigneu- 
riale. 

Ainsi à Perouse, comme d'ailleurs dans les autres localités, 
le colon était un homme libre, un afifranchi. Mais, à côté des 
colons, il y avait des habitants d'une condition inférieure, des 
chavanniers, qui s'étaient bâti des cabanes sur des terres 
inoccupées, c'est-à-dire des serfs qui dépendaient plus parti- 
culièrement du seigneur direct, le comte du Sundgau avant 
1024, le comte de Montbéliard de 1024 à 1125, et le comte de 
Ferrette de 1125 jusqu'à l'époque qui sera indiquée ci-après. 
Ces deux classes d'habitants sont désignées dans les titres 
analysés plus haut, et ce que nous en disons sufl&t pour per- 
mettre au lecteur de se faire une idée de la manière dont la 
plupart de nos villages se sont formés à travers les âges. 

Abstraction faite de la mairie colongère inféodée au sire de 
Valengin, Perouse forma de bonne heure, avec Offemont, une 
mairie de la seigneurie de Belfort. En 1333, elle échut à Jeanne 
de Montbéliard, comtesse de Ferrette, dans le partage de la 
succession de son père. En 1347, dans le partage de la succes- 
sion de Jeanne, elle fut départie par le sort à sa tille Ursule, 
comtesse de Hohenberg == Montfort, qui la conserva jusqu'en 
1350. En cette année, Ursule vendit son héritage à son beau- 
frère Albert II, duc d'Autriche et successeur des comtes de 
Ferrette. 

15 



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éSsb PBTrroRoix 

Gomme beaucoup d'autres communes du pays, Perouse fut 
dès ce moment incorporé au domaine de la maison d'Autriche, 
pour passer, trois siècles plus tard, en 1659, au duché de 
Mazarin, dont la commune fit partie jusqu'à la Révolution. 

On a vu, relativement au spirituel, apparaître en 730, à 
Perouse, une basilique dédiée à Sainte-Marie. Nous n'en 
retrouvons de trace qu'au XVP siècle ; elle était alors sous 
l'invocation de Saint-Mathieu. Cette église était filiale de celle 
de Phafifans. Le curé était tenu d'y venir célébrer le service 
divin les dimanches et fêtes, alternativement En 1774, elle fut 
érigée en vicariat perpétuel. L'abbaye de Lucelle en avait la 
coUature, pour la première fois, et ensuite l'évêque de Bâle, 
suivant le droit ordinaire. 

Après le retour de l'Alsace à la France, la communauté 
de Perouse se fit porter sur l'armoriai général aux armes 
suivantes : 

De salle, à un lion â!or. (Voy. N° 11 des planches.) 

En 1803, la population de cette commune était de 370 habi- 
tants ; on y en a recensé 481 en 1876. 

Perouse appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
3 kilomètres. 

Petitcroix. — Une croix, une chapelle, élevées avant le 
XIP siècle, sur cette partie boisée et alors presque déserte 
du territoire furent l'origine de Petitcroix et lui ont donné le 
nom qu'il porte. 

En 1105, la chapelle était encore isolée; elle dépendait de 
la paroisse de Grosne et fut comprise dans la donation faite, 
le 8 mars, par la comtesse de Montbéliard et ses fils pour la 
fondation du prieuré de Froidefontaine. 

Des habitations ne tardèrent pas à s'élever à proximité de 
la chapelle. Richard de Belfort favorisa ce commencement 
d'a^lomération qui fut rattaché à la mairie de la Haute- 
Assise. En 1295, il y percevait dix sous censaux, et à sa mort 



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PETITE-FONTAINE 287 

blissement d'habitations à proximité de la chapelle et sur des 
terres comprises dans son domaine. Il arriva ainsi que Tagglo- 
mération se composa de deux communautés ayant chacune 
son seigneur distinct. Les deux réunies formèrent la grande 
communauté. 

Quant à la chapelle appartenant au prieuré de Froidefon- 
taine, elle conserva son ancien caractère et fut desservie par 
les soins du prieuré. Au XV* siècle, elle nous apparaît comme 
paroissiale, sous l'invocation de la Nativité de la Sainte- 
Vierge, avec un seul autel dédié à la Vierge et une confrérie 
du Rosaire. La coUature appartenait au prieuré ; il la conserva 
jusqu'en 1773; elle passa ensuite au collège royal *de Colmar 
qui en bénéficia jusqu'à la Révolution. 

En 1803, la population de Petitcroix était de 280 habitants; 
on y en a recensé 293 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Fontaine. Distances 
légales: 6 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre jusqu'à 
Belfort. 

Petite-Fontaine. -— La voie romaine qui reliait Délie à 
Rougemont par Grandvillars, Bourogne, Angeot et La Chapelle 
a aussi laissé à Petite-Fontaine des traces qui ont été recon- 
nues. Mais on ne saurait en conclure que l'origine du village 
remonte à cette époque. Cependant on pourrait justifier ce 
sentiment en se basant sur d'assez nombreuses analogies 
prises au territoire même. 

Petite-Fontaine a toujours dépendu de la seigneurie de 
Rougemont. M. Stofifel trouve cette localité désignée sous le 
nom de Parvits putem, dans une pièce de 1347 concernant 
une redevance appartenant au chapitre de Belfort, et sous le 
nom de EMn-Brimn dans des titres moins anciens. 

Cette conmiune ne paraît d'ailleurs avoir pris aucun rang 
spécial dans la vie de la seigneurie. Jusqu'à la fin du siècle 
dernier, elle dépendit du baillage de Masevaux, puis du canton 
du même nom. 

En 1803, on y a compté 201 habitants ; on y en a recensé 
214 en 1876. 



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SS38 PBTIT-MAGNY ■— PHAPFANS 

Petite-Fontaine est rattaché au canton de Fontaine. Dis- 
tances légales : 8 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 
6 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Petit-Magny. — La formation de cette commune paraît 
ne pas remonter à une grande antiquité. M; StoflFel ne la 
trouve désignée dans les archives qu'à partir de 1427. Elle 
dépendait de la mairie d'Etueffont-Bas, conséquemment de la 
seigneurie de Rosemont. 

Le nom de Ghial maigny^ sous lequel cette localité est 
inscrite en 1427 dans les comptes de la seigneurie, fait penser 
que ce n'était alors qu'un corps de bien, un manse, une ferme, 
appartenant à un célibataire, un Qnal, c'est-à-dire à un beau 
et bon parti. Telle est en effet la signification de GFml dans le 
patois du pays. 

D'autres habitations furent élevées au même lieu et, en 
1577, l'ancien nom disparaît pour faire place dans les titres 
au nom de Petit-Magny. 

Nous ne rencontrons du reste rien autre à noter, sinon que 
le chapitre de Belfort avait des cens à Petit-Magny, et que 
l'abbaye de Masevaux y avait encore la dîme de l'avoine au 
XVP siècle. 

En 1803, la population de Petit-Magny était de 200 habi- 
tants. Ou y en a recensé 256 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis- 
tances légales : 7 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 
1 myriamètre 3 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Phaffans. — Un échange conclu à Guebwiller le VIII des 
calendes de novembre 792, constate que sur les terres, champs, 
prés, pâturages, marais et cours d'eau du pagiis Pefferauga^ 
ou du territoire de Phaffans, il y avait des cases, des huttes 
ou des chaumières, dont une valait une demi-livre et toutes 
ensemble une livre; que ce territoire était compris in marca 
Eoàbach, ou la marche de Roppe; qu'il appartenait à Reginger, 
ainsi que la forêt; que Reginger donne ce territoire, la forêt 
exceptée, au monastère de Murbach, dont Agilmar était prévôt, 



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PHAFFANS 2SS9 

et qu'en échange Agilmar donne à Reginger toutes les terres, 
grandes et petites, que le monastère possédait dans la marche 
de Zillisheim et de Flachslanden. 

Ainsi se trouve accusé ou décrit, dès les premières années 
du règne de Charlemagne, l'embryon de la future commune 
de Phaffans. . 

Une légende, recueillie par M. Talion et publiée dans la 
Bévue d'Alsace, paraît se rapporter à ces temps reculés de 
l'histoire locale. 

« Un seigneur de Rougemont, s'étant égaré dans une vaste 
forêt où il chassait les bêtes fauves, erra longtemps sans pou- 
voir retrouver son chemin; il attribuait à une cause surnatu- 
relle l'impuissance où il était de sortir de cette solitude. Il 
finit enfin par découvrir un point d'orientation, une fontaine 
à laquelle les bêtes fauves venaient se désaltérer. Sorti de sa 
détresse, il fit le vœu d'ériger une chapelle auprès de cette 
fontaine, qui existe encore aujourd'hui et qui est connue sous 
le nom de Thierbrunn, » 

Si, comme on peut le penser, la chapelle remonte au temps 
où l'abbaye de Murbach prit possession du pagits, l'aventure 
légendaire pourrait s'appliquer à Reginger, qui avait conservé 
la forêt et qui aurait ainsi fait construire la chapelle destinée 
à devenir l'église paroissiale de toute la marche. 

Le pagîis et la marca révélés par l'échange de 792 dépen- 
daient du duché d'Alsace fondé en 662; quand le duché fut 
divisé en Norc^au et en Sundgau, la marche et le pagus furent 
compris dans le Sundgau et placés sous la domination des 
comtes qui se succédèrent. 

En 1024, ils font partie du comté de Montbéliard-Ferrette, 
dont Louis de Mousson venait de prendre possession; en 1125, 
ils restent au comté de Ferrette, qui venait d'être créé par 
suite du partage de la succession de Thierry I". La marche 
forma alors la limite ouest du comté de Ferrette et de l'évêché 
de Bâle. 

Dans le cours des XP et XIP siècles, les huttes, les chau- 
mières s'étaient rapprochées et le même travail d'aggloméra- 
tion s'était accompli sur d'autres points de l'ancienne marche. 



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2B0 PHAFFAMB 

Le nom barbare de Peffera/uga se convertit, sons les comtes 
de Montbéliard, en celui de Fafen (pron. FaSems), et sous les 
comtes de Ferrettte en celui de JPfeffingen. Grâce à sa cha- 
pelle et peut-être aussi à sa position plus centrale, Phaffans 
était devenu la localité la plus importante de la marche, et par 
cela même le chef-lieu des autres agglomérations qui s'y étaient 
formées; de sorte qu'aux premiers temps de Torganisation 
féodale, toutes ces agglomérations relevèrent de la seigneurie 
de Roi^emont quant au temporel, et de Tévêché de Bâle quant 
au spirituel. C'étaient : Phaffans, chef-lieu de mairie et de 
paroisse; Bethonvilliers-rive droite, Lacolonge, Menoncourt, 
Eguenigue, Eoppe, Yetrigne, Denney et la partie de Besson- 
court située au nord du chemin qui le traversait de Test à 
Touest. La parochia = paroisse devint, dans le langage du 
pays La Baroche, nom qu'elle porte encore aujourd'hui. 

Une bulle d'Alexandre III, de 1168, constate que le monas- 
tère de Saint-Âlban, de Bâle, y avait des possessions que 
Albert de Phaffans et ses frères lui contestaient; c'étaient 
des habitations, ou mieux casiUes, des chaumières. Le pape 
enjoint à l'évêque de veiller à l'exécution de l'exconmiunica- 
tion lancée contre les spoliateurs. 

Bien que l'ancienne marche appartînt alors aux comtes de 
Ferrette, les comtes de Montbéliard n'y avaient pas moins 
conservé un quart de la dîme, en ce sens que chaque qua- 
trième année ils la percevaient toute entière, tandis que pen- 
dant les trois autres années elle revenait aux comtes de Fer- 
rette, qui déjà étaient devenus, pour certaines parties de leur 
comté, vassaux de l'évêque de Bâle. Le 3 avril 1284, Renaud 
de Bourgogne, comte de Montbéliard, dut reconnaître qu'il 
tenait en fief de l'évêque de Bâle la dîme dont il est question; 
cette reconnaissance fut la suite de la soumission imposée à 
Renaud, l'année précédente, par l'empereur Rodolphe de 
Habsbourg, accouru au secours de l'évêque à qui Renaud 
contestait le Porrentruy et d'autres possessions. 

Le 26 mai 1296, Thiébaut, comte de Ferrette, donne à 



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PHAFFANS 231 

était alors recteur de cette église ; il mourut en 1298. Le 26 
juin de la même année, et malgré la donation de 1296, l'abbé 
de Lucelle dut, pour cette fois encore, abandonner au comte 
Thiébaut le droit de pourvoir au remplacement de Hugo. Le 
27 juin, il présenta à l'évèque un jeune clerc, Jean Schwab, 
instituteur à Bâle, qui fut agréé, et le 5 avril 1299, le pape 
Boniface III confirma au nouveau recteur les biens et revenus 
attachés à son église. 

Le 29 septembre de l'année 1300, le comte de Montbéliard, 
Renaud de Bourgogne, dut, à la suite de conventions inter- 
venues entre lui et l'évèque de Bâle, renoncer à la dîme de 
Phafifans que l'on a vue, en 1284, lui appartenir chaque qua- 
trième année. 

Des indications recueillies jusqu'à présent on peut conclure 
qu'à la fin du XIIP siècle, les éléments qui constituaient l'an- 
cienne marche avaient, du IX* au XIIP siècle, acquis une 
consistance relativement considérable, tant au point de vue 
spirituel qu'au point de vue civil ou temporel. La chapelle 
était devenue église paroissiale, et pour l'avenir sa direction, 
ainsi que le bénéfice qui devait en résulter, allaient appar- 
tenir à l'abbaye de Lucelle, c'est-à-dire à l'une des plus opu- 
lentes du comté. Au point de vue civil, les agglomérations ou 
les villages s'étaient formés ; les populations avaient su, elles 
aussi, se créer une petite autonomie et arracher à la féodalité 
naissante des droits fondés sur des usages précédents. Plus 
tard, ces usages et ces droits furent codifiés, quelquefois mal- 
gré les seigneurs et finalement avec leur consentement et sous 
leur protection. Ainsi en arriva-t-il pour le ^pagus Pefferauga 
de la marca Roabach et ses congénères de la même circon- 
scription, dont nous retrouvons au XIV siècle les statuts 
renouvelés des siècles précédents. M. Véron-Réville en a 
publié le texte dans ses essais sur les anciennes juridictions 
d'Alsace. Renouvelés le dimanche avant la Saint-Jean, 1344, 
ils forment un code que nous ne pouvons reproduire dans cette 
notice, mais dont il importe d'indiquer quelques traits 
généraux. 

Les Prud'hommes = boni homines des capitulaires = 



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2aSS PHÀFFANS 

Schosffen des Germains = Echevins des Français recon- 
naissent : 

Que la haute et basse justice appartiennent au seigneur de 
Bougemont; que les amendes se montant à 30 schillings lui 
appartiennent et que celles au-dessous reviennent au seigneur 
dont le justiciable relève; 

Que le seigneur étant le protecteur de toute la paroisse 
= marca, c'est à lui qu'appartient le droit d'appel aux armes 
pour protéger ses sujets contre toute violence ou capture (par 
un seigneur étranger ou voisin), et que les amendes obtenues 
(en réparation) appartiennent audit seigneur de Rougemont; 

Que celui qui frappe à coups de couteau ou autre arme, 
dans le village de Phafifans, à quelque seigneur il puisse appar- 
tenir, encourra l'amende de 10 livres au profit du seigneur de 
Rougemont. Si (le condamné) appartient à un autre seigneur 
et s'il est disgracié par celui-ci pour cause de la condamnation 
dont il est frappé, le disgracié doit être en sûreté à Phaffans 
pendant un an et un jour, protégé par le seigneur de Rouge- 
mont contre toute violence, et chaque mois le seigneur de 
Rougemont devra chercher à le réconcilier avec son seigneur. 
S'il n'y parvient pas au bout de l'année, il le fera escorter 
pendant un jour et une nuit, de quelque côté que le disgracié 
voudra aller. 

Les habitants et sujets de la marca = mairie = paroisse 
ont le droit et la liberté de se marier sous quel seigneur ils 
voudront, ainsi que cela s'est pratiqué « jusqu'ici » (c'estrà- 
dire de temps immémorial). 

L'étranger qui s'établit dans la marche peut y demeurer 
un an et un jour sans choisir son seigneur. S'il ne l'a pas 
choisi à la fin de l'année, il sera de droit sujet du seigneur de 
Rougemont. 

Les enfants ou sujets de la marche seuls peuvent êtres juges 
ou membres de la justice. 

Une fois par an, le mardi appelé le mardi des serments, les 
droits ci-dessus doivent être reconnus. 



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PHAFFÂNS 233 

(difficultés) dans la paroisse, à quelque seigneur qu'il appar- 
tienne. 

D n'y a point de droit de main-morte ou servitude dans 
toute la paroisse. L'un hérite l'autre jusqu'au neuvième degré 
de parenté. 

Quand on conduit un prisonnier qui veut passer par le ban, 
il sera loisible à ses conducteurs de le faire juger sur le lieu, 
et le seigneur doit les garantir contre la force et la violence. 

Personne ne doit se pourvoir devant une autre justice que 
celle de la paroisse ; mais quiconque n'y peut obtenir justice 
doit se pourvoir devant le seigneur de Rougemont. 

Du consentement du seigneur, les Prud'hommes doivent 
choisir treize hommes des villages de la paroisse pour visiter 
les poids et mesures et prononcer l'amende contre les contre- 
venants, à la majorité de dix voix. Phaffans en élit 2, Besson- 
court 3, Denney 2, Vetrigne 1, Roppe 2, Eguenigue 1, et 
Menoncourt 2. 

Telle était en résumé la constitution à laquelle tous les 
habitants de la mairie étaient soumis, à l'exception toutefois 
de ceux établis sur le chezal ou terrain à bâtir situé derrière 
l'église de Phaffans, que le comte de Ferrette avait donné à 
un sieur Franconis sur lequel et les sujets duquel nous man- 
quons d'informations. 

Cette paroisse, dit Schœpflin, doit être considérée sous le 
double point de vue ecclésiastique et séculier. Le premier, 
ajoute-t-il, était le plus étendu : il est quelques bourgs qui 
reconnaissent le curé, mais non la juridiction de Phaffans. 
Puis il cite comme reconnaissant la juridiction de cette 
paroisse toutes les communes de la mairie. 

Cette donnée historique est confuse, mais elle s'explique. 
Au temps indéterminé que Schœpflin avait en vue, les bourgs 
qui reconnaissaient le curé de Phaffans, mais non la juridic- 
tion de la mairie, étaient : Saint-Germain, qui appartenait à 
la seigneurie de Rougemont, mais qui avait une chapelle des- 
servie par l'église de Phaffans ; Bethonvilliers, dont la rive 
gauche appartenait aussi à Rougemont, mais qui n'avait pas 
de chapelle et qui fréquentait celle de la paroisse de Phaffans; 



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234 PHAFFANS 

Perouse, qui appartenait à la seigneurie de Belfort, mais qui 
avait une chapelle desservie par le recteur de Phaffans. Les 
populations reconnaissaient le curé, mais ne reconnaissaient 
pas la juridiction de la mairie, par la raison qu'elles apparte- 
naient : les deux premières, à la juridiction de Bougemont, et 
la dernière, avec Ofiemont, à la juridiction du château de 
Belfort. 

On a vu qu'en 1296 le comte Thiébaut de Ferrette avait 
donné la coUature de l'église à l'abbaye de Lucelle. A chaque 
succession d'un suzerain à l'autre, le monastère eut soin de 
se faire renouveler et confirmer ce droit de patronage. Ainsi, 
en 1316, le 24 août, parle comte Ulrich II; en 1330, le 19 juin, 
par le pape Jean XXII, qui prononça en même temps l'an- 
nexion de l'église à l'abbaye; en 1331, le 9 mars, par Jean de 
Chalon, administrateur de l'évêché de Bâle, qui confirme 
l'annexion; en 1333, le 23 juin, par Jeanne de Montbéliard, 
veuve d'Ulrich et marquise de Bade ; le 12 novembre suivant, 
par l'archiduc Albert II d'Autriche, comte de Ferrette et 
gendre de Jeanne, marquise de Bade, et ainsi de suite par 
leurs successeurs. 

Le puissant patronage de l'église et son incorporation cano- 
nique à la maison religieuse qui avait ce patronage donnèrent 
à l'église elle-même et au rectorat une importance considé- 
rable. Le rectorat était fort recherché; c'est ainsi que le 
31 mai 1412, nous voyons Conrad Holtzacker, abbé de Lucelle, 
promettre ce rectorat à Jean Textor de Saint-Ursanne. Ce 
Textor était vicaire de l'église d'EtueflFond et payait 4 florins 
par an à l'abbaye de Lucelle. Textor désirait mieux que le 
rectorat dont il était pourvu, et Holtzacker lui promit le rec- 
torat de Phaffans si, à sa vacance, ledit Textor était encore 
vicaire à Etueffond. 

Quant à l'église ou au recteur, les documents nous appren- 
nent qu'en 1441 il payait annuellement à l'évêché de Bâle, 
par l'intermédiaire de son patron, l'abbé de Lucelle, 17 marcs, 
plus 8 sous 8 deniers sur les droits de banalité, plus 6 sous de 
droit cathédral. 



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RÉGHÉSY 235 

tion. Il y avait plusieurs autels latéraux. Le premier, dédié à 
Saint-Nicolas, fondé par la cure et les paroissiens, qui en 
avaient la coUature; le deuxième, dédié à Sainte-Catherine, 
fondé par les sires de Roppe qui en avaient la coUature: 
en 1777, ce droit était exercé par M. de Klinglin, sire d'Essert; 
le troisième, dédié à Saint-Michel, fondé par Henri Reuche, 
de Roppe, chapelain de Sainte-Catherine avant 1712; ses 
parents en avaient la coUature; et le quatrième, dédié à 
Saint-Biaise, dans une chapelle servant de sépulture à la 
famille Reinach-Roppe. 

La fondation de ces autels, à chacun desquels un prêtre 
était attaché, s'expUque par la desserte, dans les anciens 
temps, des chapelles de Saint-Germain, de Perouse et même 
d'Offemont, indépendamment de la chapelle affectée spéciale- 
ment à la sépulture des derniers seigneurs de l'ancienne 
marche. 

Dans le cours des XV% XVP et XVIP siècles, Phaffans subit 
les épreuves communes, ne fut ménagé ni par les Armagnacs, 
en mars 1444, ni par les Suédois, en 1632; mais U n'y a aucun 
fait particuUer à relever, et si sa vieille organisation dut subir 
quelques modifications, si, par exemple, les sires de Roppe 
furent investis de la juridiction en 1500, si des engagements 
partiels, si des rachats eurent lieu à différentes époques, il n'en 
est pas moins vrai que l'ensemble de l'ancienne organisation 
conserva à ce domaine un cachet particuUer qui s'est per- 
pétué jusqu'à la Révolution, Nous renvoyons d'ailleurs, pour 
plus amples développements, aux notices particuUères de 
Rougemont et Roppe. 

Phaffans avait, en 1803, une population de 263 habitants ; 
au recensement de 1876, on y en a compté 232. 

Phaffans appartient au canton de Fontaine. Distances 
légales : 6 kilomètres jusqu'à Fontaine, et 8 kUomètres jus- 
qu'à Belfort. 

Réchésy. — M. Aug. Quiquerez étabUt que la route 
romaine, aUant de Vendelimont à Courtelevant se joindre à 
la grande voie mUitaire de Mandeure au Rhin, passait à 



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296 BÉOHÉSY 

Réchésy et que le canton sous voivre jalonne cette ancienne 
route. Il n'y a, à notre connaissance, aucune autre découverte 
permettant de conclure que, comme ailleurs, l'origine de ce 
village remonte à un établissement quelconque qui aurait 
existé en cet endroit à l'époque gallo-romaine. Des recherches 
et des observations ultérieures le prouveront peut-être un 
jour. 

Par sa situation géographique, Réchésy fit, dès les premiers 
temps du comté de Ferrette, partie de la terre de Florimont. 
La notice concernant cette terre est donc commune au village 
de Réchésy. (Voy. Florimont) 

En 1291, Réchésy avait son église et son curé, ses nobles et, 
conséquemment, son château. Cela est attesté par une charte 
du 6 janvier, par laquelle le chevalier. Humbert de Réchésy 
donne, du consentement de sa femme Agnès et de son fils 
Thiébaut, au monastère de Grangourt, vingt sous censaux 
assignés sur les chaumières, jardins, chenevières, prés, pâtu- 
rages et forêts qu'il possédait à Boncourt et à Joncherey. 
Cette donation est revêtue du sceau de Pierre, curé de 
Réchésy. 

En 1299, on trouve ce même curé comme doyen du décanat 
de l'Ajoie. 

Dans les titres allemands de cette époque, le nom de cette 
commune est exprimé par ceux de Rœschlach et Bœschlis. 

En 1303, Réchésy payait, avec six autres communes étran- 
gères au territoire de Belfort, une censé annuelle de 63 livres 
bâloises au plus et 23 au moins de contribution landgraviale. 

Cette indication prouve que Réchésy formait une mairie. 
Elle était probablement aussi ancienne que l'église. Elle releva 
d'abord de la prévôté ou du château de Florimont et elle 
advint au domaine de Délie à l'époque où le château de Flori- 
mont fut placé dans la dépendance de celui de Délie. 

En 1308, l'église de Réchésy était un vicariat dont le doyen, 
Pierre, que nous avons rencontré précédemment, était le 
vicaire perpétuel. Cela résulte d'un acte du mois de novembre, 
par lequel une Perrette et une Helviz, dite Mawre, et son fils, 



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KÊGHÉSY 237 

sur le ban de Kéchésy, que ledit Pierre avait donnée, pour la 
fondation de son anniversaire, à l'abbaye de Bellelay. Cette 
abbaye possédait d'ailleurs beaucoup de biens à Réchésy, soit 
par suite de donation, soit par acquisition. C'est ainsi que nous 
la rencontrons dans divers actes des années 1321, 1323, 1329 
et plus tard encore, continuant à agrandir les richesses qui 
firent de cette maison une des plus puissantes de l'Ajoie. 

En 1323, le 25 février, c'est l'écuyer Thiébaut de Réchésy 
qui lui vend toutes les terres qu'il tenait à Joncherey, de son 
père Humbert, dont il a été question en 1291. 

En 1347, le fief de Réchésy était retenu par Thuring de 
Ramstein. Au partage de la succession de Jeanne de Mont- 
béliard, comtesse de Ferrette, Réchésy échut à sa fille Jean- 
nette, archiduchesse d'Autriche, et c'est à elle que Thuring 
de Ramstein rendit foi et hommage dudit fief. 

Au siècle suivant, le 28 mai 1427, nous rencontrons le nom 
de l'un des curés de Réchésy; il s'appelait Broquart Quoichat. 
Ce nom nous est révélé par le testament d'un nommé Henri, 
dit Quelain, de Florimont. 

En 1441, l'église est signalée comme étant placée sous l'in- 
vocation de Notre-Dame de l'Assomption. Elle y demeure 
jusqu'en 1754 ; en 1792, elle était sous celle de Saint-Jean- 
Baptiste. 

Il y avait une chapellenie sous l'invocation des Trois-Rois. 
Les habitants en avaient la coUature. Celle de l'église appar- 
tenait aux archiducs d'Autriche qui la conservèrent jus- 
qu'en 1648. Le duc de Mazarin et ses héritiers succédèrent 
aux archiducs jusqu'en 1792. 

La communauté de Réchésy est inscrite aux armes suivantes 
sur l'armoriai général de France : 

If azur, à une fleur de lys cPor, couronnée de même. (Voy. 
N^ 25 des planches.) 

Réchésy avait en 1803 une population de 700 habitants. Au 
recensement de 1876 on y en a compté 909. 

Réchésy appartient au canton de Délie. Distances légales : 
1 myriamètre jusqu'à Délie; 3 myriamètres jusqu'à Belfort. 



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338 RECHOTTE — REOOUVRANCE 

Rechotte. — Pour dégager quelque lumière sur Torigine 
de cette localité, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux 
notices sur Froidefontaine, Eschêne-Autrage et Novillard. 

Selon nous, Rechotte n'avait pas encore d'existence parti- 
culière au conunencement du XIP siècle. Les cabanes, les 
chaumières, qui pouvaient se trouver alors sur l'emplacement 
du village actuel, étaient comprises dans la désignation géné- 
rale de QuermbiLs du titre de 1105, constituant la dotation du 
prieuré de Froidefontaine. Ces cabanes auraient donc appar- 
tenu audit prieuré avec la forêt qui les recelait. Selon nous, 
Rechotte aurait conquis son autonomie en même temps que 
Neuf-village = Novillard se fondait. 

Les recherches de M. Stoffel constatent qu'en 1345, Rechotte 
était en possession de cette autonomie ; mais c'est le nom de 
Bichefontaine qui est donné à la localité dans le document qui 
la concerne. En 1347, c'est-à-dire deux années plus tard, 
l'urbaire de Froidefontaine la désigne sous celui de Rechiote, 
et c'est le nom qu'elle a conservé. Ce rapprochement semble 
prouver que seulement alors le village se dégageait des limbes 
de la forêt où il avait pris naissance. 

Le prieuré de Froidefontaine y avait conservé des droits ; 
mais, après la fondation de Novillard, Rechotte, dont le ban 
est contigu, devint une annexe de la nouvelle mairie et de la 
nouvelle paroisse créées par le comte de Ferrette et le prieuré 
de Valdieu. Le passé historique de cette annexe se confond 
ainsi dans celui de la mairie et de la paroisse dont il 
dépendait. 

Erigé en mairie à la Révolution, Rechotte avait en 1803 une 
population de 60 habitants; on y en a recensé 77 en 1876. 

Rechotte appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
1 myriamètre 1 kilomètre. 

Recouvrance. — Cette petite agglomération existait déjà 
en 1105, car elle est nommée dans la charte de dotation du 
prieuré de Froidefontaine, parmi les localités qui furent attri- 
buées au prieuré. Elle dépendait de la mairie et de la paroisse 
de Grosne, dont elle partagea le sort historique. (Voy. Orosne.) 



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REPPE 239 

En 1454, le 17 décembre, ce village fut conféré par Albert, 
archiduc d'Autriche, avec toutes ses appartenances, gens et 
biens, en fief héréditaire à Thierry de Tullières, sire de Mont- 
joie. Un des successeurs de ce personnage fit élever, au fond 
du vallon, un petit château-fort entouré de fossés. Il fut 
détruit à une époque qu'aucun document ne nous permet de 
préciser. La ruine a conservé, dans la mémoire des anciens de 
la contrée, le nom de Motte de Becotwrance. 

Recouvrance avait en 1803 une population de 92 habitants; 
on y en a recensé 94 en 1876. 

Fait partie du canton de Délie. Distances légales : 1 myria- 
mètre 1 kilomètre jusqu'à Délie ; 1 myriamètre 2 kilomètres 
jusqu'à Belfort 

Reppe. — Dès le XIIP siècle, Reppe fit partie de la 
seigneurie de Thann. Il dépendait alors de la prévôté de Trau- 
bach et formait à lui seul une des quatre mairies de cette pré- 
vôté. Reppe était à l'extrémité sud-ouest de la seigneurie dont 
il faisait limite vers Belfort. Reppe est connu dans les titres 
allemands sous le nom de Rispach. 

En 1331, Henri de Délie et Guillaume son frère étaient en 
possession de la dîme de Reppe, pour l'avoir acquise du comte 
de Montfort et en avoir été investis par l'archiduc d'Au- 
triche. 

En 1333, Jeanne de Montbéliard, veuve d'Ulrich II de Fer- 
rette, s'étant réservée, à titre de douaire, la prévôté de Trau- 
bach, Reppe fut naturellement compris dans la réserve. Reppe 
resta dans cette situation jusqu'au 26 août 1347, c'est-à-dire 
jusqu'au partage de la succession de Jeanne entre ses filles. En 
vertu de ce partage, Reppe retourna à l'archiduc Albert II, 
époux de Jeannette, fille de Jeanne. 

Nous ne saurions dire si la famille de Délie resta en posses- 
sion du fief après le partage dont il s'agit. Mais au commence- 
ment du XVP siècle, les Schutz le possédaient et, après leur 
extinction, il advint à Walther de Schwendi, auquel succéda, 
en 1651, Benoit Glutz de Soleure et, en 1677, Jean Beat Wille- 
mann; en 1690, Wolfgang de Schœnbeck; en 1728, M. de Cor- 



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240 REPPE 

beron, président du Conseil souverain d'Alsace; et enfin, en 
1731, la famille Clebsattel, à titre de fief masculin. Notons qu'à 
la réunion de l'Alsace à la France, la maison d'Autriche avait 
affranchi le fief de toute redevance féodale. 

Le monastère de Saint-Ulrich avait des colons à Reppe. 
C'est d'eux qu'il est traité dans un règlement colonger du 
17 novembre 1481. Le cardinal Granvelle était alors abbé 
commendataire du couvent. Ce règlement est publié par 
M. Hanauer dans ses Constitutions des campagnes d'Alsace. 
Nous en donnons ci-après un résumé qui permettra au lecteur 
de se faire une idée de la situation des calons de Reppe à la 
fin du XVP siècle- 

Le seigneur tenait le plaid annuel le dimanche avant la Saint- 
Martin et, s'il était nécessaire, les deux dimanches suivants, 
le faucon sur le poing et ses chiens. Si en venant au plaid il 
prenait du gibier, il devait servir au repas du prieur et de ses 
colongers, qui dînaient avec lui. 

Le maire devait prévenir les colongers huit jours à l'avance 
et tous étaient tenus de comparoir au plaid, sous peine d'une 
amende de trois sous. L'amende n'était pas due si le colonger 
n'avait pas été prévenu. 

Le prieur percevait la dîme sur toute la terre qui lui devait 
un cens. 

Les colongers lui devaient sur leurs terres, prés, champs, 
bois et raigiers (broussailles), cinquante sous bâlois, le sou 
valant douze deniers, plus onze poules et vingt-deux boisseaux 
d'avoine légère, le tout payable à la Saint-Martin. 

Au décès d'un colonger, le droit mortuaire était dû au 
prieur et devait être levé au sortir de l'église, par le maire, 
assisté d'un colonger. Le maire faisait choix de deux bêtes sur 
quatre jambes et désignait celle qui devait constituer le droit 
mortuaire. Si la bête valait plus de dix sous, cinq revenaient 
aux colongers, les autres au seigneur. Mais si la bête ne valait 
pas plus de dix sous, les colongers n'avaient rien. 

Au temps de la glandée, le prieur pouvait envoyer six porcs 
dans les forêts de Reppe. S'il lui fallait du bois pour construire 
une étable, il y prenait celui qui était nécessaire. Quand il 



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REPPE 241 

construisait à Saint-Ulrich, il avait droit à six pièces de 
bois. 

Aucun autre seigneur que le prieur n'avait rien à connaître 
en quelque manière que ce fût, et l'on ne pouvait plaider autre 
part que devant le maire et les-colongers, au nombre de sept. 
Quand les plaideurs étaient conciliés selon les bonnes cou- 
tumes, le maire percevait douze deniers et les colongers 
chacun six. Si les parties ne pouvaient être conciliées, le maire 
les assignait pardevant lui et les colongers; il percevait trois 
sous, et les prud'hommes (jurés) un quartal de vin. Les sept 
jurés étaient juges des frais incombant aux terres du prieur. 
Son maire devait les payer et signifier à ses colongers la part 
qu'ils devaient fournir. 

Les veuves ou autres, qui ne pouvaient porter colonge, ne 
pouvaient prendre d'avoué qu'avec le consentement du prieur, 
pour ses terres, et l'avoué ne pouvait être choisi que parmi les 
colongers payant le droit du maire et des colongers. Tous les 
actes devaient se faire devant la justice du prieur et non 
devant celle du maire et des colongers. 

S'il arrivait que les colongers du prieur vendissent les héri- 
tages, soit maisons, champs, prés, chènevières ou jardins, 
celui qui achetait ne pouvait en prendre possession qu'au bout 
d'un an et un jour, des mains du maire qui prélevait pour son 
droit douze deniers, et le prieur une amende qui ne pouvait 
être au-dessus de trois sous. 

Si le prieur faisait saisir la terre du colon qui n'avait pas 
payé le cens à la Saint-Martin, il devait lui donner un délai 
de sept jours et sept nuits pour aller à Saint-Ulrich s'arranger 
avec lui. Celui qui achetait la terre devait aussi lui accorder 
le même délai avant d'entrer en possession. 

Le colonger, à qui on réclamait une redevance plus forte que 
celle qu'il croyait devoir, avait le droit d'aller à Saint-Ulrich 
jurer sur l'autel qu'il ne devait pas autant et, après avoir 
déclaré ce qu'il devait, on ne pouvait pas lui réclamer davan- 
tage. Toutefois, la censé due au prieur ne pouvait être amoin- 
drie, et la différence était répartie sur les autres colongers du 
couvent. 

16 



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342 REPPE — RIERVESCEMONT 

Si un colonger du prieuré commettait un méfait comportant 
la peine de mort et s'il parvenait à se sauver à Saint-Ulrich, 
il était franc pendant trois jours aux frais du prieuré ; si, après 
ces trois jours, il parvenait à mettre le pied hors du cloître et 
à y rentrer, il y était franc peûdant six semaines; s'il pouvait 
ensuite mettre le pied hors de la franchise et y rentrer, il y 
était franc pendant un an et un jour, mais à ses frais et 
dépens. Si, durant ce temps, il demandait à être conduit hors 
de la franchise, le prieur devait le faire conduire pendant une 
nuit et un jour par celui des quatre chemins que le coupable 
avait choisi ; et, s'il requérait la vente de ses biens, le prieur 
devait les faire vendre par son maire et lui envoyer l'argent 
là oU il se trouvait, le tout aux frais et dépens du fugitif. 

Il serait intéressant de pouvoir mettre, en regard du règle- 
ment colonger ecclésiastique de Reppe, la constitution de la 
commune à la même époque, ou, si l'on veut, de la colonge 
laïque qui, elle aussi, avait sa justice particulière et son maire, 
dépendant de la seigneurie de Thann et de la prévôté de Trau- 
bach. N'en trouvant de trace nulle part, nous devons nous 
borner à ce qui précède. Cependant il ne serait pas illogique 
de présumer que cette constitution fût la même que celle du 
chef-lieu de la prévôté; mais nous ne la possédons pas 
davantage. 

Quant à l'église de Reppe, elle était filiale de celle d'Angeot 
Elle était sous l'invocation de Saint-Biaise, évêque et martyr. 
Après 1762, elle fut érigée en vicariat perpétuel. Le couvent 
de Schœnensteinbach en avait la coUature. Deux autels laté- 
raux étaient dédiés, l'un à Saint-Eloi, l'autre à la Vierge. La 
construction actuelle date de 1777. 

En 1803, Reppe avait une population de 313 habitants; on y 
en a recensé 316 en 1876. 

Reppe appartient au canton de Fontaine. Distances légales : 
2 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 3 kilomètres 
jusqu'à Belfort. 



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ROMAGNY 243 

paraissent, avec d'autres maisons éparses, avoir formé, au 
XVIIP siècle, la commune de Riervescemont. Auparavant, ces 
éléments disséminés faisaient partie de Vescemont, et le mot 
Bier = derrière explique leur situation topographique, relati- 
vement au village dont ils dépendaient précédemment. 

Pour les temps antérieurs, ce qui est dit plus loin à propos 
de Vescemont s'applique donc à Riervescemont. 

En 1803, la population de cette commune était de 220 habi- 
tants; on y en a recensé 187 en 1876. 

Riervescemont appartient au canton de Giromagny. Dis- 
tances légales : 6 kilomètres jusqu'à Giromagny ; 1 myria- 
mètre 7 kilomètres jusqu'à Belfort.. 

Romagny. — Les noms allemands donnés à ce village et 
le nom français qui lui est conservé semblent comporter, à 
l'endroit de son origine, une interprétation qu'il ne faut pas 
pas craindre de livrer aux recherches et à la critique des 
personnes qui s'occupent de notre histoire locale. 

Dans un obituaire du couvent à'Unterlinden, du XIV^ siècle, 
M. StoflFel découvre une Anna de Eschon. Eschon serait notre 
Romagny. Dans des pièces de procédure du XVP siècle, le 
même auteur retrouve la même localité désignée sous le nom 
d'Esche. Dans des comptes de Saint-Nicolas-des-bois du même 
siècle, elle apparaît sous la désignation de Welschenesch. Pos- 
térieurement, c'est sous une corruption significative, Welschen- 
nest, du nom primitif qu'elle est désignée dans les titres. Enfin 
c'est seulement en 1692 qu'on la rencontre sous le nom qu'elle 
porte de nos jours, Rommaingny. 

Esche = Asche = cendre implique l'idée d'un village qui 
aurait été incendié et qui, après avoir été reconstruit, aurait 
conservé dans les titres allemands le nom de Esche. Situé aux 
confins du territoire où les populations de langue différente 
sont juxtaposées, la population allemande aura continué à lui 
donner ce nom et, plus tard, elle lui aura appliqué le qualifi- 
catif Wehch, pour le distinguer d'un autre Esche, dépendant 
également de l'évêché de Bâle et situé sur la Birse, au-dessous 
du château d'Angenstein. 



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244 ROPPE 

L'hypothèse de l'existence, dans les premiers temps de la 
féodalité, d'une agglomération quelconque, d'un hameau ou 
même d'un manse, au lieu où le village moderne est assis, n'a 
rien d'invraisemblable. Il aurait péri dans les guerres qui 
signalèrent la division du comté de Montbéliard-Ferrette en 
deux comtés distints. Mais le sol resta acquis au comté de 
Ferrette, et le hameau, s'étant relevé sur les cendres des 
constructions pré-existantes, aurait pris le nom de Esche = 
Asche, rappelant ainsi l'événement qui l'aurait fait disparaître. 

Esche fit alors partie de la seigneurie de Rougemont, et, 
comme il était peuplé d'une population de langue française, il 
fut désigné par le nom de Welschen-Esch, comme il est dit 
plus haut, et enfin par celui de Wehchennest, trahissant la 
haine que les guertes avaient engendrée entre les populations 
de langue différente. 

Le nom allemand resta à ce village pendant toute la durée 
du moyen-âge, et il ne prit le nom français qu'après le traité 
de 1648 et son incorporation, avec toute la seigneurie, au 
duché de Mazarin. 

Romagny avait, en 1803, une population de 245 habitants; on 
y en a recensé 272 en 1876. 

Cette commune appartenait au canton de Masevaux; elle 
est aujourd'hui rattachée au canton de Fontaine. Distances 
légales: 1 myriamètre jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 3 kilo- 
mètres jusqu'à Belfort. 

Roppe. — Une charte de l'année 792 nous révèle l'exis- 
tence de Roppe comme chef-lieu d'un district, ou mieux d'une 
marche des temps barbares, et, chose assez curieuse, les Umites 
de cette marche se retrouvent exactement dans l'ancienne 
paroisse de Phaffans. (Voy. Phaffans,) 

Roppe est ensuite cité dans une charte du 15 juin 797, par 
laquelle Angelram, évêque de Metz, dispose de la villa de 
Roppe en faveur du monastère de Saint-Nabor (canton de 

PAcVlo^Tn^ 



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BOPPE 245 

Agilmar du titre de 792. Il était en 792 abbé de Murbach, et 
en 797 évêque de Metz. 

Il résulte de la combinaison de ces deux titres que l'an- 
cienne marche de Roppe fut comprise dans la dotation de 
l'abbaye de Murbach, faite en 728, par le duc d'Alsace, 
Eberhard. (Voy. Délie.) 

La dotation dont il s'agit n'implique pas la possession exclu- 
sive de toute la marche par l'abbaye de Murbach. Celle-ci 
avait bien disposé de la villa de Roppe en faveur de Saint- 
Nabor, mais la villa n'était pas tout ce qui pouvait dépendre 
de son territoire. Un diplôme de Louis-le-Débonnaire, donné 
le 21 juin 823, en son palais de Franckfort, nous apprend en 
effet que l'abbaye de Masevaux avait aussi des biens ou des 
droits à Roppe. 

Les documents nous laissent dans l'ignorance des faits spé- 
ciaux concernant Roppe jusqu'au XIIP siècle, où apparaît la 
famille noble de Roppe. C'est dans cet intervalle que fut 
construit le château féodal, dont il ne reste plus que le sou- 
venir et un débris de la dernière construction sur l'emplace- 
ment qu'il occupait. Nous pensons que ce donjon était contem- 
porain de la fondation du comté de Ferrette, au commence- 
ment du XIP siècle (1125). Le premier des membres de la 
famille noble qui l'occupa est Guillaume de Roppe en 1232. 
Nous le retrouvons encore en 1245, qualifié seigneur de Roppe 
pour le fief de Murbach ; c'est à lui que l'abbaye engagea la 
même année, pour cent vingt livres estevenantes , sa cour 
de Délie et de Saint-Dizier, rachetable pour la somme qu'il 
avait avancée. En 1278, c'est Gysèle de Roppe que M. Stoffel 
rencontre dans les registres des dominicains A'Unterlinden de 
Colmar, dont elle faisait partie; en 1347, c'est Henri de 
Roppe; en 1365, Jean-Ulrich; en 1375, Guillaume; en 1466, 
Elisabeth; en 1588, Pierre; et en 1590, Jean-Guillaume, dont 
le même auteur nous révèle l'existence et les noms. 

D'autre part, nous voyons qu'en 1317, François de Roppe, 
qui ne figure pas dans la nomenclature précédente, fut investi 
du fief du château par Ulrich II, comte de Ferrette, à la condi- 
tion qu'il lui fournirait, en cas de besoin, des secours contre 



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240 ROPPE 

les Français et les Bourguignons. Comme Ulrich n'avait point 
d'enfants mâles, l'évêque de Bâle avait conféré la capacité 
féodale aux femmes de Ferrette, et le pape Jean XXII avait 
ratifié cette coUature , de sorte qu'à la mort d'Ulrich , le 
métropolitain de l'évêché de Bâle, l'archevêque de Besançon, 
s'empressa de confirmer, le 26 mars 1324, l'investiture du fief de 
Roppe donnée à François de Roppe en 1317. Toutefois, cette 
investiture était subordonnée à la condition que les femmes 
de Ferrette n'épouseraient que des maris résidant dans 
l'évêché de Bâle et à même de lui porter secours en cas de 
besoin. 

Le fief, dit Schœpflin, était une ganerbie, c'est-à-dire une 
forteresse possédée par plusieurs burburger = ganerbes, qui y 
demeuraient sous le commandement du maître du château. 
Les marais qui l'entouraient, dit-il encore, le rendaient sus- 
ceptible d'une certaine défense. Les Wessemberg en eurent le 
quart au nombre de leurs fiefs et le conservèrent constam- 
ment. 

En 1347, Henri de Roppe avait succédé à François dans le 
fief, dont la suzeraineté était advenue à Jeannette de Ferrette, 
épouse d'Albert II, duc d'Autriche, dans le partage de la 
succession de sa mère, Jeanne de Montbéliard et veuve d'Ul- 
rich II de Ferrette. 

En 1397, une part du fief ou de la ganerbie était aux sei- 
gneurs de Saint-Leu. 

En 1478, on y rencontre aussi les Grandvillars au même 
titre. 

En 1500, les Roppach étaient investis, non seulement du 
château et du village, mais encore de la juridiction dans la 
paroisse de Phaffans. 

En 1697, un Jacques de Roppe, âgé de 14 ans, fut réputé 
avoir été ensorcelé par une bergère, Sara Marion, Il fut exor- 
cisé par Jean-Georges Parrot: mais l'esprit diabolique résista. 
Jacques ayant demandé du paipai, de la bouillie, on en fit 
avec de la farine blanche et cinq œufs pondus par une poule 
noire; Jacques l'ayant avalée, le diable sortit do son corps 
avec des sifflements que tous les assistants ouïrent très bien. 



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ROSEMONT 347 

C'était le 13 septembre. La légende ne dit pas ce qu'il arriva 
de la bergère. 

Au commencement du dernier siècle, c'était François- 
Léopold de Roppe qui était en possession du fief. Après sa 
mort, le comte François-Joseph de Reinach lui succéda, en 
l'année 1729, par bénéfice royal, dans le château et le village. 
Il en avait d'ailleurs reçu la promesse du roi, en 1723. 
. Après son retour à la France, Roppe prit les armoiries 
suivantes : 

Uor^ à ime croix de sable, cantonnée de quatre roues de même, 
(Voy. N° 26 des planches.) 

Le territoire était exploité, au siècle dernier encore, par les 
hauts-fourneaux de Belfort et de Châtenois. On y extrayait, à 
ciel ouvert, la mine en grains. 

En 1803, la population de cette commune était de 378 habi- 
tants. On y en a recensé 479 en 1876. 

Roppe est au canton de Belfort. Distance légale, 6 kilo- 
mètres. 

Rosemont. — Il a pu exister au sommet de la roche où se 
trouvent les ruines du château du Rosemont, et antérieure- 
ment aux temps mérovingiens, un établissement militaire quel- 
conque, comme sur beaucoup de hauteurs du pays dominant 
la plaine ou les vallées. La voie romaine conduisant au pays 
des Lingons a dû passer non loin de là, et l'on concevrait 
qu'un poste militaire l'eût protégée ; d'ailleurs, l'étroite vallée 
du Rosemont était alors le seul passage qui existât pour aller 
en Lorraine. Aussi le château fut-il élevé sur la roche qui 
domine l'étranglement le plus prononcé de ce passage. 

D'autre part, il nous paraît certain que ce n'est pas avant 
le XP siècle que le château fut construit. Nous présumons 
qu'il prit naissance sous le premier comte de Montbéliard, 
Louis de Mousson, qui régna de 1024 à 1070. C'est dans cet 
intervalle que la seigneurie aurait été établie en même temps 
que le château, avec un lieutenant pour l'administrer. Nous 
n'apercevons que plus tard les localités qui formèrent, dans 
les premiers temps, la seigneurie. C'étaient, d'après les titres 



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SMS . ROBEMONT 

consultés par M. Stofifel, la Burg ou le château, Sermamagny, 
Chaux, La Chapelle-sous-Chaux, Lepuits, Giromagny, Vesce- 
mont, Rougegoutte, Grosmagny, Valdoie, Eloie, Essert, Evette, 
Urcerey, Argiesans et Banvillars. Ces localités fonnaient 
trois mairies : 1° celle de la Burg ou du val, comprenant : la 
Burg ou le château, Sermamagny, Chaux, La Chapelle-sous- 
Chaux, Lepuits, Giromagny, Vescemont, Rougegoutte et Gros- 
magny ; 2"* celle d'Evette, comprenant : Valdoie, Eloie, Essest 
et Evette; 3° celle de Banvillars, comprenant : Urcerey, Argie- 
sans et Banvillars. 

Toutes ces populations étaient de condition servile. Elles 
paraissent n'avoir fait que des pas très lents vers une amélio- 
ration jusqu'au commencement du XIV** siècle. Comme elles 
dépendaient alors du château ou de la seigneurie de Belfort, 
elles participèrent, tout en conservant leurs droits et leurs 
usages antérieurs, à certaines des franchises que le comte de 
Montbéliard, Renaud de Bourgogne, accorda, en mai 1307, à la 
ville de Belfort. 

Mais elles étaient à la veille de passer en d'autres mains. 
Renaud étant mort le 10 mars 1321, sa succession devait 
s'ouvrir cinq ans après, comme conséquence d'une clause 
testamentaire concernant son lils. Jeanne de Montbéliard, la 
fille aînée de Renaud, avait épousé Ulrich II, comte de Fer- 
rette. Ulrich étant mort en 1324, Jeanne épousa, en 1325, en 
secondes noces, Rodolphe Hesse, marquis de Bade. C'est dans 
ces conditions que s'ouvrit, en 1332, la liquidation de la suc- 
cession de Renaud. Le partage entre Jeanne et ses co-héritiers 
fut conclu à Labretenière (Jura), le 23 février 1326, et la sei- 
gneurie de Belfort avec ses dépendances fut adjugée à Jeanne. 
Le domaine du Rosemont, étant une dépendance de la sei- 
gneurie, advint donc à la veuve du comte Ulrich de Ferrette, 
devenue marquise de Bade par son second mariage, et les 
populations du Rosemont prêtèrent foi et hommage à son 
mari. De fait, elles étaient dès ce moment réunies au comté 
de Ferrette. 

Jeanne s'étant mariée une troisième fois, en 1347, au comte 



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ROSBMOMT '^19 

liquider la succession maternelle. Le domaine du Rosemont 
advint à Jeannette de Ferrette, sa fille aînée. Jeannette avait 
épousé Albert II, archiduc d'Autriche. Cet archiduc, qui avait 
succédé à son beau-père, Ulrich II, dernier des comtes de 
Ferrette, s'était fait investir, dès son mariage en 1324, du 
comté et de tout ce qui pourrait advenir à sa femme de sa 
succession maternelle. C'est ainsi que les populations du 
Rosemont passèrent définitivement à la maison d'Autriche. 

Le domaine était destiné à s'agrandir sous cette nouvelle 
domination. En 1351, Albert ayant racheté de sa belle-sœur 
Ursule de Ferrette, comtesse de Montfort (Hohenherg), ce qui 
lui était advenu de la succession maternelle, Meroux et Véze- 
lois formèrent une nouvelle mairie, qu'il incorpora au domaine 
du Rosemont. 

En 1354, il détacha de sa seigneurie de Rougemont les vil- 
lages d'Etueffont-Haut, d'Etueflfont-Bas, d'Anjoutey et de 
Petit-Magny, qu'il incorpora également au Rosemont. 

C'est, paraît-il, vers la fin de ce siècle que fut rédigée la 
constitution connue sous le nom de Coutumier du Rosemont* 
Il résulte de ce coutumier que chaque mairie avait son admi- 
nistration et sa justice particulières ; qu'au-dessus de ce pre- 
mier degré, il y avait la justice seigneuriale et, au-dessus de 
celle-ci, la justice du château de Belfort; que les maires 
connaissaient des affaires locales de commune importance, à 
des époques déterminées de l'année; que la justice seigneu- 
riale connaissait, en matière civile, des appels interjetés contre 
les sentences des maires; et enfin que la justice du château de 
Belfort, sur le rapport du lieutenant du Rosemont, statuait en 
dernier ressort. 

Quant à la haute justice, la justice criminelle, elle apparte- 
nait à la justice seigneuriale. Le Rosemont avait ainsi son 
gibet pour tous les justiciables de ses terres. 

Si, dans les premiers temps^ la justice seigneuriale eut son 
siège effectif au château, il fut établi plus tard à Chaux. C'est 
là qu'elle siégeait déjà avant la réunion du Rosemont au 
comté de Ferrette ; c'est là que se vidaient par neuf juges, 



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250 ROSBMONT 

SOUS la présidence du lieutenant, les contestations ou les 
appels engendrés par les sentences des maires. 

Il faut croire que, sous les archiducs, la basse justice de 
Rougegoutte prit plus d'importance que celle des autres mai- 
ries, car on la rencontre, vers le milieu du XV* siècle, engagée 
à prix d'argent à Nicolas de Chaux. Un MUandre, probable- 
ment un des habitants de l'un des trois hameaux qui ont 
formé Biervescemont, lui ayant succédé pour une part, vendit 
cette part à Louis de Masevaux. A l'extinction de ces derniers» 
Henri de Reinach, seigneur de Roppe, en fut investi par l'ar- 
chiduc Ferdinand. En 1607, l'empereur Maximilien et, en 1723. 
Louis XIV, confirmèrent les Reinach dans cette possession, 
En 1730, les Reinach-Foussemagne devinrent propriétaires de 
de cette basse justice et l'échangèrent en 1781, aux Mazarin, 
contre celle d'Angeot. C'est ainsi que toute chose rapportant 
un bénéfice devint, sans en excepter la justice, l'objet d'un 
fief, un fleuron de plus à la couronne des familles déjà en 
possession d'avantages considérables. 

Sous la maison d'Autriche, les droits concédés par les 
Montbéliard à nos populations du Rosemont s'accrurent suc- 
cessivement. C'est ainsi qu'après la mort d'Albeii, son frère, 
l'archiduc Léopold, les aflfranchit de la main-morte. 

Malheureusement, nous ne voyons pas que le lieutenant du 
Rosemont se soit préoccupé d'assurer aux constitutions de 
ses administrés la sécurité que d'autres ne négligeaient pas, 
en les faisant renouveler et confirmer à chaque changement 
de maître. Aussi arriva-t-il que, dans des temps plus rappro- 
chés de nous, l'authenticité ou la valeur du coutumier fut 
contestée et, finalement, amoindrie, surtout en ce qui avait 
rapport à la chasse, à la pêche et à l'usage des forêts. Il 
n'entre pas dans le plan de cette notice d'aborder le détail 
des contestations et des péripéties judiciaires qui en furent 
la suite, sous les archiducs et même jusqu'à la veille de la 
Révolution, sous les Mazarin. Mais, ce qu'il importe d'ajouter, 
c'est que les Rosemontois luttèrent sans cesse pour arriver à 
conserver au moins une partie des droits dont ils étaient en 
possession depuis un temps immémorial, mais qui, sous la 



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ROSBMONT 251 

domination des archiducs, étaient devenus, plus virtuellement 
qu'auparavant, des droits régaliens. 

On sait du reste que les archiducs, malgré leurs grandes 
possessions, eurent fréquemment recours à l'engagement de 
leurs domaines pour se procurer de l'argent. Le Rosemont 
surtout eut ce sort. En 1360, c'est à Pierre de BoUwiller qu'il 
fut donné en engagement, avec faculté de rachat; en 1363, 
c'est à Marguerite de Bade qu'U appartenait au même titre; 
en 1447, à Erkinger de Hugenhoven ; en 1450, à Pierre de 
Morimont; en 1456, à Guntzmann de Brinighoffen; en 1457, à 
Rodolphe de Sultz ; en 1459, de nouveau à Pierre de Morimont. 
C'est ce même Pierre qui avait été le négociateur de l'engage- 
ment général, à Charles-le-Téméraire, de tous les domaines 
d'Autriche dans la Haute- Alsace, et qui, après remboursement, 
le 27 avril 1474, se termina par la décapitation de Pierre de 
Hagenbach, lieutenant de Charles-le-Téméraire, les victoires 
d'Héricourt, de Granson, de Morat et la mort de Charles, 
devant Nancy, en 1477. 

A peine rentré en possession du Rosemont, l'archiduc Maxi- 
milien, besoigneux comme ses prédécesseurs, l'engagea de 
nouveau, pour 25,300 florins, à Gaspard de Morimont. L'em- 
prunt s'éleva successivement jusqu'à 52,645 florins, qui ne 
furent remboursés qu'en 1534. Par suite des diflBcultés très 
longues occasionnées par la liquidation, la maison d'Autriche 
ne reprit possession du domaine que le 21 janvier 1563. 

Dans le cours des XIV% XV* et XVI* siècles, les Rosemon- 
tois n'ont pas été moins éprouvés que d'autres par les trois 
principaux événements qui ont laissé de si profondes traces 
dans nos annales. Mais, plus que d'autres, ils ont opposé à 
l'ennemi une résistance digne d'un meilleur sort. 

En 1365, ce sont les bandes de l'archiprêtre, Arnaud de Cer- 
vole, qui, après avoir guerroyé au pays messin, ravagé les 
campagnes de la Basse-Alsace, furent harcelées par les Rose- 
montois lorsqu'elles passèrent en Bourgogne. 

En 1366, Lutzmann de Rœdersdorf représenta le Rosemont 
dans l'alliance conclue, le 17 octobre, entre les seigneurs et 
les villes d'Alsace, pour assurer la sécurité du pays. 



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260 ROSBMOMT 

Quand, neuf années plus tard, en 1375, Enguerrand, sire de 
Coucy, eut de nouveau rassemblé les bandes de routiers, qui 
n'étaient pas dissoutes, le Rosemont fut envahi le premier des 
pays d'Autriche. Il eut beaucoup à souffrir, mais l'histoire ne 
nous a conservé aucun détail des horreurs qu'elle relate pour 
d'autres localités. 

En 1444, ce sont les armées du roi de France qui envahis- 
sent le Rosemont, appelées qu'elles étaient par l'archiduc 
Sigismond contre les Suisses, avec lesquels il était en guerre. 
La bataille de Saint-Jacques mit fin à l'entreprise, et les 
Armagnacs ayant pris leur quartier d'hiver en Alsace, les 
Rosemontois furent réduits à la misère et au désespoir. 
En 1445, ils se révoltèrent et battirent l'ennemi, qu'ils expul- 
sèrent, au moment d'ailleurs où il allait quitter le pays. 

En 1525, au soulèvement des paysans, quatre cents Rose- 
montois, conduits par André de Chaux, envahirent Belfort, 
imposèrent au chapitre de la collégiale une contribution de 
150 livres bâloises, et se dirigèrent ensuite sur le prieuré de 
Froideval, qu'ils pillèrent. 

En 1632, au mois de décembre, après la reddition d'Altkirch, 
Ferrette et Belfort à l'armée suédoise, quatre mille Rosemon- 
tois et des fuyards se rassemblèrent et marchèrent sur Altkirch 
et Ferrette, où ils massacrèrent la garnison suédoise. Pour- 
suivis dans leur retraite par le Rhingrave Othon, ils furent 
atteints et massacrés entre Perouse et Danjoutin. Vézelois fut 
incendié. Il n'y reste plus, des constructions de ce temps, que 
la tour de l'église, percée au rez-de-chaussée d'embrasures, 
murées aujourd'hui, mais par lesquelles les débris de l'expédi- 
tion se défendirent avec quelque succès. (Voy. Vézelois.) 

Le château du Rosemont fut à peu près bombardé et réduit 
à l'état de ruines, comme il est encore aujourd'hui. 

Le Chant du Rosemont, publié par M. Henri Bardy dans la 
Revue â! Alsace, et d'autres après lui, consacre cette héroïque 
résistance des Rosemontois, en même temps qu'il implique un 
amer reproche à rencontre des Belfortains qui ne les ont pas 



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ROUOEGOUTTE 2S8 

Le traité de 1648 ayant mis fin à la guerre de trente ans, et 
les domaines de la maison d'Autriche n'étant pas réunis 
expressément au domaine public, Louis XIV en fit don d'abord 
au comte de La Suze, puis, après la dépossession de celui-ci, 
à la suite de sa révolte contre l'autorité royale, au cardinal 
de Mazarin. Les lettres patentes du roi, concernant cette 
donation, sont du mois de décembre 1659. C'est en vertu de 
ces lettres que le Rosemont passa sussessivement à Hortense 
de Mancini, mariée au duc de la MeUleraie, puis à Paul-Jules 
de Mazarin, puis à Louise- Jeanne de Durefort-Duras, mariée 
au marquis de Villequier-d'Aumont, puis à Louise-Félicité- 
Victoire d'Aumont, mariée à Honoré-Maurice Grimaldi, duc 
de Valentinois, qui en était en possession lorsque la loi du 
25 juillet 1791 révoqua la donation de Louis XTV et ordonna 
le retour au domaine national de toutes les terres cédées. 

Mais la Restauration ne l'entendit pas ainsi : une décision 
de M. de Villèle remit, en 1824, les héritiers des Grimaldi en 
possession de tous les immeubles qui n'avaient pas été vendus 
comme biens nationaux. Ils recouvrèrent presque toutes les 
forêts du Rosemont, en payant à l'Etat le quart de la valeur 
de la futaie. A la révolution de 1830, et dans la crainte de voir 
rapportée la décision de 1824, ces héritiers les vendirent à 
des particuliers, dont les descendants de quelques-uns en ont 
encore la possession. 

Rougegoutte. — Dans les premiers temps de la seigneu- 
rie de Rosemont, dont il dépendait, ce village semble avoir 
formé une mairie qui embrassait vraisemblablement quelques 
agglomérations embryonnaires du voisinage, la demeure de 
Giro = Giromagny entre autres. Rougegoutte, appelé Ruheor 
gutta dans des pièces de 1347, du chapitre de Belfort, fondé 
cinq ans auparavant, avait alors son administration particu- 
culière et était le siège d'une basse justice relevant, pour les 
appels, de la justice de Chaux, et du château de Rosemont, 
pour la haute justice. 

Dans le partage qui eut lieu, le 26 août 1347, de la succession 
de Jeanne de Montbéliard entre ses quatre fiUes, Rougegoutte 



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254 ROUGEMONT 

est désigné comme étant échu à sa fille Jeannette, qui avait 
épousé l'archiduc Albert II d'Autriche, et c'est de cette année 
que date l'accession définitive de cette localité au domaine 
patrimonial de cette maison ou à l'Autriche antérieure. 

M. Stoflfel rencontre encore Rougegoutte comme chef-lieu 
de mairie, en 1577. Ce n'est donc que postérieurement à cette 
année que la mairie aurait été fondue dans celle du Haut- 
Rosemont. 

M. Stoffel relève encore, dans des pièces de 1645, concer- 
nant divers biens situés dans diverses localités, un droit ou 
une propriété von SandOrBadigunda ausz dem Beforter Ambt, 
de Sainte-Radegonde dans la seigneurie de Belfort, et il appli- 
que à Rougegoutte cette citation. Si l'interprétation est exacte, 
il faudrait en conclure qu'à cette époque l'église de Rouge- 
goutte était dédiée à cette reine béatifiée. Plus tard, le vocable 
aurait été changé et Saint-Georges, qui est le patron actuel, 
aurait pris la place de Sainte-Radegonde. Quoi qu'il en soit, 
cette église faisait partie du décanat de Granges. 

Quant à la commune, elle a aussi toujours été partie inté- 
grante de la seigneurie du Rosemont, sous les comtes de 
Montbéliard comme sous les comtes de Ferrette, les archiducs 
d'Autriche et, après 1659, sous le duc de Mazarin et ses héri- 
tiers. (Voy. Rosemont) 

Rougegoutte avait, en 1803, une population de 500 habi- 
tants. Le recensement de 1876 lui en attribue 824. 

Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis- 
tances légales : 3 kilomètres jusqu'à Giromagny; 1 myria- 
mètre 2 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Rougemont. — Il ne saurait y avoir de doute qu'aux 
temps gallo-romains il existait, sur la colline qui domine Rou- 
gemont, un établissement militaire d'une certaine importanca 
La voie venant de Langres et longeant le sud des Vosges 
passait au pied de cette colline; c'est vraisemblablement en 
cet endroit que venait se souder la voie transversale se déta- 
chant de la grande voie de Mandeure au Rhin, au delà de 
Dambenois, pour arriver à Vourvenans, où un tronçon est encore 



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BOUGEMONT 255 

visible, puis à Perouse, Lacolonge, Lp. Grange et Rougemont; 
se dirigeant ensuite vers la Haute- Alsace, par Sentheim, où 
l'on en reconnaît encore un tronçon. M. Ingold et M. Talion 
ont judicieusement éclairé ce point de notre topographie 
gallo-romaine. 

D'un autre côté, on a recueilli un certain nombre de 
médailles qui tendent à confirmer l'existence de l'établisse- 
ment militaire dont nous parlons, outre que dans ces dernières 
années on a découvert, à Rougemont même, en rectifiant la 
route, des restes incontestables de l'ancienne voie. 

Il est hors de doute que l'établissement militaire de Rou- 
gemont tomba, comme tant d'autres, sous les coups des bar- 
bares ; mais il est hors de doute aussi que, dès leur défaite par 
les Francs, ou plutôt dès la constitution du duché d'Alsace, 
au VIP siècle, la colline dut être réoccupée et munie d'une 
forteresse destinée à protéger le pays contre le retour des 
invasions. 

Cette forteresse fut nécessairement assise au sommet de la 
colline, et peut-êre y rencontre-t-on, comme le pense M. Tal- 
ion, des restes de la construction de ces temps reculés. Mais, 
au temps féodal, elle devint le manoir d'une seigneurie embras- 
sant une circonscription dont il sera parlé. 

Du VIP au IX® siècle, Rougemont et sa circonscription 
appartinrent aux landgraves de la Haute- Alsace, et, au com- 
mencement du IX% en 829, au comté du Sundgau. Au XI** 
siècle, Otton II, de la famille des Habsbourg, paraît en avoir 
eu la possession, car il était, en 1096, comte provincial de la 
Haute- Alsace. C'est peut-être de cette époque que date l'ori- 
gine des domaines héréditaires de la maison d'Autriche, dont 
Rougemont et sa seigneurie ont toujours fait partie. 

On peut présumer que le château du haut, la haute hirg, 
prit naissance et se fortifia sous les premiers landgraves, et 
ensuite sous les comtes qui, tous, descendaient du duc Adalic. 
Quoi qu'il en soit, en 1105, Rougemont avait son seigneur. On 
en trouve le nom parmi les témoins des chartes de fondation 
et de dotation du prieuré de Froidefontaine. C'était Thiébaut 
de Rougemont M. Trouillat dit qu'il s'agit de Rougemont en 



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356 BOUGBMONT 

Franche-Comté, mais il ja'apporte aucune preuve à Pappuî de 
cette allégation qui nous semble absolument contredite par la 
qualité des autres témoins, qui étaient tous du Sundgau. Le 
même Thiébaut se retrouve encore en 1151. 

Ainsi, quand, en 1125, Frédéric, premier comte de Ferrette, 
fut mis en possession de son comté, il trouva la seigneurie du 
Rougemont entre les mains du seigneur Thiébaut, qui était 
vraisemblablement aussi^e la descendance des ducs d'Alsace. 

Compris alors dans le comté de Ferrette, Rougemont fut 
acquis aux comtes. Mais, à notre avis, la Imrg du haut ne prit 
son dernier développement que sous le comte Ulrich P', qui 
lui donna son nom. Ce fut le mont Ulrich. Dans les titres de ce 
temps l'ortographe de ce nom varie et on le rencontre souvent 
sous les variantes d'OZnc et d'Oîn, d'où, dans le langage popu- 
laire, le mont et le château ont été désignés jusqu'à nos jours 
sous l'appellation de Mont Ori. Nous croyons qu'il ne faut pas 
chercher ailleurs l'étymologie de ce nom. 

Quant au château du bas, on peut présumer que son origine 
est aussi contemporaine du règne d'Ulrich P', mort en 1275. 
La seigneurie, fortement constituée alors dans le domaine 
héréditaire des dynastes de Ferrette, dut recevoir, dans ses 
monuments seigneuriaux, la représentation complète de son 
organisation féodale : le château du haut, siège de la défense 
et de la haute justice de la seigneurie; le château du bas, 
siège de son administration et de la basse justice. C'est au 
château du bas que se trouvait la chapelle seigneuriale, 
comme le dit M. Talion, et qui a donné à la ruine moderne le 
nom de Chapelotte. 

C'est au pied du château du bas que s'établirent, de bonne 
heure, des habitations particulières qui ont formé Voppidum, 
la petite ville de Rougemont. Elles se groupèrent jusque sur 
les bords du fossé qui précédait l'enceinte du château du bas, 
et en peu de temps la ville, placée sous la protection des deux 
forteresses, eut acquis une importance assez considérable 
pour avoir la prérogative d'un droit d'asile qui n'était donné 



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. ROUGEMONT S57 

Ce droit est défini dans la constitution générale delà seigneu- 
rie, dont on ne possède que le renouvellement, de la tin du 
XIV^ siècle. M. l'abbé Hanauer en a publié le texte dans ses 
Constitutions des campagnes de V Alsace au moyen-âge. Nous le 
résultons aussi succinctement que possible: 

1. Depuis Belfort à Auxelles, Rougemont et Montreux- 
Château, il ne pouvait s'élever de gibet qu'à Rougemont. Le 
seigneur avait seul la haute justice. 

2. La limite de la seigneurie était fixée par trois bornes : 
l'une à la limite de Montreux-Cbâteau, l'autre au chêne- 
fourchu d'Eschêne et la troisième au ruisseau de la forêt de 
Rougemont. 

3. Tout homme qui habitait ce territoire appartenait à la 
burg du haut. 

4. Les valets, officiers, pâtres, sacristains et meuniers 
devaient être pris parmi ces habitants, à l'exception, toute- 
fois, de ceux qui demeuraient dans l'intérieur des fossés. 

5. Quand on voulait construire à Rougemont, tout habitant 
du territoire devait faire des charrois et des corvées (pour la 
construction). 

6. Quand, pour cause de guerre, le seigneur mettait la 
bannière en campagne, les gens de Saint-Nicolas devaient 
garder, à leurs frais, la haute hurg jusqu'au retour de la 
bannière. 

7. Chaque charrue du territoire devait, dans l'année, un 
jour de cœrvée au seigneur, soit qu'il s'agisse d'employer la 
charrue ou de faire les charrois ordinaires pour le transport 
des meules (de moulin) ou d'autres objets. 

8. Les sujets de seigneurs étrangers devaient recevoir 
l'ordre de les aider dans les charrois et la corvée. En compen- 
sation, ils avaient le droit de chercher, sans la permission du 
garde-champêtre, du bois dans la forêt pour leurs charrues et 
leurs outils. 

9. Tout faucheur, du territoire dépendant du seigneur, devait 
à celui-ci un jour de fauchage dans l'année; tout vigneron, 
un jour de pioche dans les vignes ; tout voiturier, un jour de 
charrois ; tout journalier, un jour de moisson. 

17 



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258 ROUGEMONT 

10. Sauf le seigneur, personne n'a le droit de détourner 
l'eau, ni de pêcher avec des filets. Mais chacun pouvait pêcher 
avec un vervier, à la condition de manger le poisson chez lui 
et de n'en pas faire commerce. 

11. Tout habitant pouvait envoyer ses porcs dans les forêts 
du territoire, en payant au seigneur 4 deniers par porc. Les 
truies et leurs petits ne payaient rien. Ceux de Saint Nicolas 
jouissaient gratuitement de ce droit. 

12. Il était défendu de couper le chêne, le hêtre, le sureau 
et le poirier dans les forêts, sous peine de 30 sous d'amende 
pour le seigneur et de 5 sous pour le garde. Mais si, avant que 
le garde ne le voie ou le surprenne, le délinquant pouvait 
s'éloigner du tronc à la distance oîi il pouvait lancer sa hache, 
il était exempt de l'amende. 

13. Les gardes étaient nommés par le seigneur. Ils se ren- 
daient ensuite devant l'église et priaient les habitants de leur 
accorder aussi la garde de leurs champs. Ils les surveillaient 
jusqu'à la haie entre La Chapelle et Angeot. Chaque cultiva- 
teur payant la dîme leur donnait une gerbe de grain. 

10. L'intendant du seigneur délivrait du bois de construc- 
tion à tout habitant de la seigneurie qui bâtissait, moyennant 
un quart de vin et un sou au garde. Un sou était payé au 
garde pour chaque démolition de maison. 

15. Quand les oflSciers du seigneur arrêtaient quelqu'un 
dans la seigneurie, ils le conduisaient devant la ville de Rou- 
gemont. Les bourgeois recevaient le prisonnier et le livraient 
au château du haut. 

16. Quand un prisonnier, conduit par des étrangers, passait 
à Rougemont et invoquait, entre les ponts, les franchises des 
gens de Rougemont, ceux-ci devaient le délivrer, si cela était 
en leur pouvoir, et le garder, à ses fr^is, pendant un an et un 
jour. 

17. Quand un malfaiteur quelconque se retirait dans la 
ville de Rougemont, il devait y trouver asile et paix. Quand, 
ensuite, il voulait partir, on devait l'escorter pendant un jour 
et une nuit. 

18. Tout habitant pouvait faire un défrichement dans les 



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ROUGEMONT 259 

forêts, pourvu que l'endroit choisi ne fût pas planté de chênes, 
de hêtres, de poiriers ou de sureaux, mais de tous autres bois 
de chauffage. Un pot de vin était donné au garde pour le petit 
bois et la dîme des biens défrichés revenait au seigneur. 

Quant à la circonscription seigneuriale, il y a des indices 
qui tenderaient à faire penser que, dans les premiers temps, 
elle embrassait un plus grand nombre de villages qu'aux 
XIP et XIIP siècles. A cette époque, elle comprenait : Levai, 
Saint-Germain, Romagny , Saint-Nicolas, Petite-Fontaine, Félon 
et, temporairement, dit avec raison M. Stoffel, toute la paroisse 
de Phaffans, c'est-à-dire Roppe, Denney, une partie de Besson- 
court, Phaffans, Menoncourt, Bethonvilliers, Vetrigne, Lacol- 
longe et Eguenigue. (Voy. Phaffans.) 

De cette seigneurie ont encore fait partie, jusqu'en 1354, les 
villages d'Etueffont-Haut, Etuettbnt-Bas, Anjoutey et Petit- 
Magny. (Voy. Rosemcmt.) 

En 1299, Jeanne, fille de Renaud de Bourgogne, comte de 
Montbéliard, ayant épousé Ulrich II, comte de Ferrette, la 
seigneurie de Rougemont lui est assignée en douaire par 
Ulrich. 

Ulrich étant mort en 1324, Jeanne, sa veuve, demeura en 
possession du douaire et comme, l'année précédente, sa tille 
Jeannette avait épousé Albert II, archiduc d'Autriche, Jeanne 
déclara, le 17 mars 1324, qu'à sa mort la seigneurie retourne- 
rait à Albert et, en cas de décès de celui-ci, à Jeannette, à 
titre d'héritage paternel. De son côté, Albert, qui, à défaut 
d'enfant mâle, avait succédé à Ulrich dans le comté de Fer- 
rette, jura dans le même acte de protéger sa belle-mère dans 
ses biens et ses droits, c'est-à-dire dans la jouissance de la 
seigneurie de Rougemont. C'est ainsi que Rougemont passa, 
comme du reste tout le comté, à la maison d'Autriche, mais 
dans des conditions meilleures que certaines parties du comté 
tenues en fief de l'évêque de Bâle, parce que Rougemont et la 
seigneurie étaient propriétés allodiales ou héréditaires. 

Dès l'année 1325, Jeanne, veuve d'Ulrich, avait épousé en 



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260 ROUGBMONT 

devaient être rendus par le seigneur direct au marquis de 
Bade, époux de la veuve d'Ulrich. 

En 1330, le château du haut garda un prisonnier marquant 
de la famille de Jeanne : son oncle, Hugues de Bourgogne, 
curateur d'Othenin, frère de Jeanne, et administrateur du 
comté de Montbéliard. 

La reine Jeanne, comtesse de Bourgogne, dit M. E. Tueflferd 
dans son histoire inédite des comtes de Montbéliard, avait 
institué sa fille Jeanne III, épouse de Eudes de Bourgogne, 
héritière de la Franche-Comté, et n'avait laissé qu'une pension 
modique à ses deux autres tilles : Marguerite, mariée au comte 
de Flandre, et Isabelle, femme du dauphin viennois. Ces deux 
princes, irrités de ce partage, prirent les armes contre Eudes, 
leur beau-frère, et furent soutenus par Jean de Chalon, Thié- 
baut de Neufchâtel, Henri de Faucogney, vicomte de Vesoul, et 
Raoul Hesse, marquis de Bade et deuxième époux de Jeanne» 
veuve d'Ulrich de Ferrette, toujours en possession de son 
domaine de Rougemont. 

Eudes de Bourgogne avait, en vue de cette attaque, nommé 
Hugues, curateur d'Othenin et administrateur du comté de 
Montbéliard, lieutenant du comté de Bourgogne. Hugues 
tomba au pouvoir des hauts-barons. Ils l'enfermèrent d'abord 
dans sa forteresse de Châtillon-le-duc, près de Besançon, puis, 
pour plus de sûreté, ils le conduisirent au castel-haut de Rou- 
gemont, qui était tenu par Jeanne, ou mieux par Raoul Hesse, 
marquis de Bade, son mari. Il fut remis en liberté le 14 mars 
1331, moyennant l'énorme rançon de 20,000 livres, et mourut 
la même année sans postérité. 

En 1347, à la mort de Jeanne, le douaire dont elle jouissait, 
c'est-à-dire Rougemont et la seigneurie, revint à son gendre, 
le comte de Ferrette, Albert II, archiduc d'Autriche. 

En 1354, il détacha, comme nous l'avons dit précédemment, 
de sa seigneurie de Rougemont les villages d'Etueffont-Bas, 
Etueffont-Haut, Anjoutey et Petit-Magny, pour les incorporer 
à la seigneurie du Rosemont et, la même année, il engagea 
celle de Rougemont, pour 17,500 florins d'or, à Jean, comte de 



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ROUGEMONT 261 

En 1384, ce même Jean commit toute la seigneurie, moins 
le château du haut, à un autre Jean de Habsbourg, son cousin 
germain, seigneur de Lauffenberg, en échange d'autres domai- 
nes, situés dans la seigneurie de Lauffenberg. 

Jean de Lauffenberg étant mort en 1408, Rougemont devint 
le douaire de sa femme, Agnès, pour passer bientôt, par le 
mariage d'Ursule, fille d'Agnès, avec Rodolphe de Soultz, dans 
la famille des comtes de Soultz. 

En 1431, l'empereur Sigismond préposa pour juger, au nom 
de l'empereur, les causes criminelles dans la seigneurie, 
Henri Schnezer de Krenchingen. Ce seul exemple trouvé dans 
les titres prouve que, malgré les engagements du domaine, il 
y eut toujours au château du haut un représentant du suze- 
rain, pour exercer en son nom le droit de haute justice; mais 
il semble prouver aussi que la basse justice faisait, comme en 
beaucoup d'autres lieux du comté, partie de l'engagement. 

Les comtes de Soultz jouirent successivement du domaine 
utile jusqu'en 1603, époque à laquelle, au mépris des droits du 
seigneur direct, ils disposèrent d'une partie du domaine en 
faveur de Gaspard de Jestetten, commandeur de l'ordre teu- 
tonique, et reçurent en échange le château de Jestten. 

Mais la Régence d'Ensisheim s'opposa à l'entrée en posses- 
sion et, en 1609, elle décida que la seigneurie serait enlevée 
pour toujours à la famille de Soultz et qu'elle ferait retour 
aux archiducs. 

En 1627, l'empereur Ferdinand II l'engagea de nouveau, 
pour 30 ans, aux nobles de Stadion, se réservant toutefois les 
droits régaliens. 

Le terme de l'engagement expira donc en 1657. Dans l'inter- 
valle, le traité de 1648 avait substitué le roi de France aux 
droits de l'empereur d'Allemagne. Louis XIV réunit alors la 
seigneurie de Rougemont à son fisc. 

En 1681, il en investit le maréchal de camp Hubert-Nicolas 
de Reinach. Au décès de celui-ci, en 1696, le fief fut donné au 
marquis d'Huxelles, élevé peu après à la dignité de maréchal 
de France. 



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262 ROUGEMONT 

En 1730, le marquis d'Huxelles étant mort célibataire, le 
roi conféra le fief à Conrad-Alexandre de Rothenburg, fils de 
Nicolas-Frédéric de Rothenburg (au Wasgau-Basse- Alsace), 
qui s'était distingué dans la carrière diplomatique. Conrad ne 
laissa d'autres héritiers que deux sœurs, dont l'une était cha- 
noinesse de Remiremont, et l'autre femme de Nicolas-Joseph 
Saint-Remy. 

Jeanne Octavie, leur fille, épousa le marquis de Rosen, petit- 
fils du maréchal de Rosen, et lui apporta en dot la seigneurie 
de Rougemont. 

Eusèbe-Octave-Augustin de Rosen, dernier descendant 
mâle de cette famille, mourut en 1774, ne laissant qu'une fille, 
Sophie de Rosen, qui donna sa main à Charles-Louis-Victor 
de Broglie, fils du maréchal, et lui apporta en mariage la 
seigneurie de Rougemont. 

En 1789, ce Charles-Louis- Victor de Broglie était colonel 
du régiment de Bourbon. Il fut député de la noblesse de 
Colmar-Schlestadt aux Etats-Généraux, puis président du 
Directoire du Bas-Rhin, et employé comme maréchal de camp 
à l'armée du Rhin. En 1794, il fut l'une des dernières victimes 
de la terreur et mourut âgé de 37 ans. 

Sa veuve, morte vers 1840, épousa Marc-René Voyer d'Ar- 
genson qui, sous la Restauration, fut un des plus marquants 
députés de l'opposition et fort compromis dans la conspiration 
de Belfort, en 1822. 

Il faut faire un retour en arrière pour donner place à quel- 
ques indications, réservées pour ne pas interrompre la men- 
tion sommaire qui précède des seigneurs directs et des enga- 
gistes que les documents nous ont fait connaître. 

En 1366, Jean de Walbach représentait Rougemont dans 
l'alliance conclue le 17 octobre entre les seigneurs et les villes, 
pour assurer la sécurité du pays, depuis l'Isle-sur-le-Doubs et 
le Hauenstein jusqu'au Rhin et à Seltz. Il s'agissait, comme on 
sait, de se liguer contre les routiers de l'archiprêtre, qui 

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ROUGEMONT 263 

Bâle. Lç château existait donc encore à cette date, et la men- 
tion exclut toute idée qu'il ait été détruit en 1365, comme on 
Ta supposé. 

Sont-ce les paysans du Sundgau qui, soulevés en 1525 et 
s'en prenant aux nobles et au^ couvents, auraient surpris les 
châteaux et les auraient mis en ruine? Rien ne le prouve, car 
ceux-là, moins que d'autres, ne disposaient d'engins assez 
puissants pour une telle œuvre. 

Il est plus naturel d'admettre que la forteresse de Rouge- 
mont fut abattue, ainsi que le couvent de Saint-Nicolas, par 
l'armée suédoise. La forteresse ne s'est plus relevée, parce 
qu'au commencement du XVIP siècle on était à la fin du 
règne de la féodalité. 

On rencontre dans les documents des indications établis- 
sant que l'évêché de Bâle y avait des possessions indépen- 
dantes de la seigneurie; c'est ainsi que, dans un titre étranger 
à notre sujet, nous lisons qu'en 1454, les frères Thiébaut et 
Luthold d'Asuel sont qualifiés sires de Rougemont, probable- 
ment à cause d'un fief qu'ils tenaient de l'évêque de Bâle. 

Nous remarquons ailleurs qu'à la même époque l'église de 
Rougemont était filiale de celle d'Angeot. C'est donc la preuve 
que celle d'Angeot est plus ancienne. 

L'église de Rougemont était alors sous l'invocation de 
Saint-Pierre et de Saint-André, apôtres. Elle avait deux autels 
latéraux dédiés : l'un à Sainte-Catherine, l'autre à la Vierge, 
avec une confrérie du Rosaire. Le couvent de Schœnenstein- 
bach était coUateur de l'église qui, dans la seconde moitié du 
XVII? siècle, fut érigée en vicariat perpétuel. Romagny et 
Levai faisaient partie de la paroisse. 

En 1803, la population de Rougemont était de 871 habitants. 
On y en a recencé 1,874 en 1876. 

Rougemont, qui appartenait au canton de Masevaux en 1870, 
est aujourd'hui rattaché au canton de Fontaine. Distances 



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264 SAINT-DIZIER 

Saint-Dizier. — Au VIII'' siècle, il aurait existé, à l'en- 
droit où se trouve l'église, un oratoire desservi par un prêtre 
et des religieuses. L'oratoire aurait été dédié à Saint-Martin. 
Or, on sait que Saint-Martin le Thaumaturge, du IV* siècle, 
l'apôtre des Gaules, fut un grand destructeur de temples et 
d'autels païens. Aussi, beaucoup d'églises primitives du terri- 
toire lui furent dédiées et, la plupart du temps, les nouveaux 
temples s'élevèrent sur les ruines des anciens. 

L'existence de l'oratoire de Saint-Martin nous est révélée 
p^r la légende de Saintr-Dizier, à laquelle des titres contem- 
porains viennent donner, quant au fond dépouillé de toute 
couleur poétique, un certain caractère d'authenticité. Nous 
traduisons, d'après le texte de M. Trouillat, cette légende, 
parce qu'elle a sa place dans l'histoire de la localité. 

« Saint-Dizier arriva par le chemin qui conduit au désert 
de la Vosge, dans le voisinage des Burgondes, sur la hauteur 
qui porte le nom de Saint-Dizier. Il y trouva un oratoire, non 
grand, construit en l'honneur de Saint-Martin; y étant entré 
pour prier, le peuple du voisinage accourut, désireux de voir 
un tel homme, principalement ceux qui étaient prédestinés à 
la vie. Il attira aussi ceux qui avaient l'amour de l'argent et 
chez lesquels la parole de vie cause de l'irritation et ne porte 
aucun fruit. Ceux, au contraire, qui étaient instruits de sa 
doctrine arrivèrent en grand nombre et donnèrent de magni- 
fiques louanges à Dieu. 

« Il y avait, au même lieu, une sainte femme qui veillait sur 
le sanctuaire, distribuant ses soins à tous ceux qui arrivaient 
et les introduisant dans l'oratoire. Après une exhortation au 
peuple et la célébration de la messe selon le rite en usage, 
l'homme de Dieu lui dit : Je demande de toi, très chaste vierge, 
qu'après avoir reçu la sainte communion et la bénédiction, tu 
nous donnes quelque chose pour soutenir ce corps et étancher 
sa soif. Il y avait en effet pénurie d'eau en cet endroit et la 



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SAINT-DIZIEB 265 

Etant entrée dans un endroit écarté, elle en revint avec un 
vase plein et l'ofirit au serviteur de Dieu. 

« Alors l'homme de Dieu, ayant fait le signe de la croix 
sur le vase, calma l'ardeur de sa soif et distribua de l'eau au 
peuple autant que chacun en désira. C'est ainsi que s'accom- 
plit un grand miracle. Le vase qui contenait la boisson, non 
seulement ne se vida point, mais il se remplit au point qu'iî 
déborda et inonda le sol de l'oratoire. Cela doit être attribué 
au grand mérite du saint homme, à la chasteté et à la charité 
de la sainte femme. Le peuple, dont Dieu avait touché le cœur, 
en fut stupéfait, le glorifia de tout ce qu'il avait vu et entendu, 
et sa croyance en Dieu s'affermit de plus en plus. Mais l'homme 
de Dieu n'attribua point à ses propres mérites le miracle qui 
venait de s'opérer ; il le rapporta à Dieu qui réjouit ceux qui 
espèrent en lui, qui ne souffre pas que le juste soit délaissé, 
ni que la nourriture fasse défaut à celui qui manque de pain. 
Cela étant dit, le très saint prélat ordonna à son compagnon, 
Regenfroi, de remettre où ils étaient auparavant les habits 
qu'il avait revêtus pour célébrer la messe, et il reprit son 
chemin. 

« Quelques-uns de ceux qui composaient la foule avaient 
entendu cet ordre et ils avaient été séduits par la richesse des 
vêtements et des vases, c'est-à-dire des calices, des patènes et 
autres vases en argent. Ils s'attachèrent aux pas du saint 
homme, formèrent le projet de le tuer et de le spolier ensuite. 
Sachant ce qui le menaçait, le prélat recommanda son âme à 
Christ, dit adieu à la servante du Seigneur, ainsi qu'aux autres 
fidèles et se mit intrépidement on route vers le lieu qui 
porte le nom de Croix. Mais, auparavant, il avait dit à beau- 
coup de fidèles qui l'ont entendu : très chers frères, si vous 
apprenez quelque part que des pèlerins ont été tués, ayez soin 
de les enterrer dans l'oratoire de Saint-Martin. Arrivés au 
lieu indiqué, il prit une baguette flexible et, l'ayant pliée en 
croix, il se prosterna, se mit en prière et ordonna à ses 
compagnons (Regenfroi et Villibert) de l'imiter. Après sa mort, 



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266 SÂINT-DIZIEB 

de longues années, environ quatre-vingts ans, et même plus. 
C'est de là que le lieu a pris son nom. 

« Ayant achevé sa prière, le prélat se leva et, pour encou- 
rager ses compagnons, il leur dit : Maintenant, hommes, levez- 
vous ! Agissez virilement et raffermissez vos cœurs, parce que 
l'heure de notre vocation est arrivée. 

« Ayant ainsi parlé, des hommes iniques armés de fer s'ap- 
prochèrent pour les punir. Ils tuèrent d'abord Saint-Regen- 
froi, puis le domestique du chevalier de Christ, en lui faisant 
une blessure qui lui fendit la tête, et le laissèrent encore 
vivant. S'étant approchés ensuite de Dizier, l'iiivincible athlète 
de Christ, ils le trouvèrent en prière, le frappèrent du glaive 
jusqu'à ce qu'ils purent s'emparer de ses richesses et l'aban- 
donnèrent encore vivant. En possession du butin dont ils 
s'étaient emparés sans obstacles, et ne craignant personne, ils 
reprirent le chemin par lequel ils étaient venus. 

« Beaucoup de personnes rapportent qu'en chemin une 
bataille s'engagea entr'eux au sujet du partage de la dépouille 
et que, ne pouvant tomber d'accord, ils s'entretuèrent jus- 
qu'au dernier. 

« Avant d'exhaler le dernier soupir, Saint-Dizier, voyant 
que son domestique pouvait encore vivre, interrompit sa 
prière et lui dit : Frère, lèves-toi au nom du Seigneur ! Pour 
recoudre ta tête, prends les épines qui sont autour de toi et 
retourne auprès de la servante du Seigneur que nous avons 
quittée aujourd'hui, afin qu'elle nous envoie un prêtre et que 
nos corps soient enterrés dans l'oratoire du bienheureux 
Saint-Martin. Le domestique partit, remplit la recommanda- 
tion de son maître et vécut encore de longs jours, portant 
sur sa tête le stigmate des épines en témoignage de la 
vérité. 

« Saint-Dizier, sentant qu'il ne vivrait pas plus longtemps, 
parce que déjà la force de l'homme extérieur lui manquait, 



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SAINT-DIZIER 367 

Après avoir prononcé ces paroles et d'autres semblables, il 
expira. 

« Le duc de cette contrée, nommé Rabiac, ayant appris 
l'événement, voulut faire transférer les corps dans un autre 
endroit. Mais des hommes étant arrivés sur l'ordre du juge, 
leurs bras ne purent enlever les saints hommes du lieu oii ils 
gisaient. Le prêtre de l'oratoire, arrivé ensuite, avec une 
seule servante du Seigneur, nommée Pomponia, et Villibert, 
le domestique du martyr, enlevèrent sans peine (absquemorâ) 
les corps et les placèrent sur le char qu'ils avaient amené 
avec eux, les ramenèrent à l'oratoire avec autant de facilité 
que si le char n'eût rien porté et les inhumèrent avec de 
grands honneurs. Par l'intercession de leurs prières, il se fit 
alors beaucoup de miracles sur leurs tombeaux : des aveugles 
recouvrent la vue, des boiteux l'usage de leurs membres, des 
languissants la santé, des démoniaques la délivrance. Toute 
infirmité est guérie et beaucoup d'autres faits s'accomplissent 
par leurs mérites, leurs vertus et la grâce de Dieu. Il serait 
fastidieux de les énumérer tous, car le nombre en est très 
grand. 

a Et afin que personne ne doute de la vérité de ces faits et 
ne pense qu'ils ont été inventés, nous les attestons avec des 
témoins dignes de foi. Il y a d'ailleurs, ifti, à l'église, le bâton 
(crosse ?) du saint, qui a été sauvé de l'incendie, le siège sur 
lequel il s'est assis, les saints habits dont il était revêtu quand 
il célébra la messe, sans lésion et aussi bien conservés que 
s'ils venaient d'être faits. Nous y avons vu les tablettes du 
martyr et le style en os dont il se servait. Si quelqu'un avait 
mal aux dents, il lui suflHisait de toucher la dent malade avec 
ce style pour que la douleur disparût, s'il avait mérité d'être 
guéri; nous y avons vu une relique du saint et celles de beau- 
coup d'autres saints, recueillies par Saint-Dizier dans les 
lieux qu'il avait visités pendant ses longs voyages et beaucoup 
d'autres objets qui, à cause de leur antiquité, paraissaient 
n'avoir aucune signification. 

« Le duc de la contrée, touché* des vertus du martyr, fit 
construire une custode et une table d'argent d'une ciselure 



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lâSb SAINT-DIZIEB 

admirable, sur laquelle le nom du saint fut gravé, et la plaça 
sur son tombeau. 

a Saint-Dizier et Saint-Regenfroi ont subi le martyre le V 
des calendes, au temps du roi Childéric, Jésus-Christ régnant 
au siècle des siècles. Amen. » 

Trouillat dit, avec raison, qu'il s'agit de Childéric II, qui 
régAa de 670 à 675, et non de Childéric III, déposé en 752; 
qu'en 727, Saint-Dizier était déjà l'objet de la vénération 
publique, ainsi que l'atteste une charte du comte Eberhard, 
qui donne à Murbach Délie avec la basilique où repose le 
corps de Saint-Dizier. 

Nous ajouterons que le duc de la contrée, dont il est ques- 
tion dans la légende et sur le nom duquel il y a des variantes 
entre les BoUandistes et le manuscrit édité par M. Trouillat, 
était le comte du Sundgau, Rodebert, auquel Childéric II 
adressa, ainsi qu'au duc Athic, le diplôme de 673, pour le 
monastère de Munster, au val de Saint-Grégoire. 

C'est donc entre 670 etî675 qu'il faut placer le martyre de 
Saint-Dizier et de SaintrRegenfroi, ainsi que l'origine des vil- 
lages de Saint-Dizier et de Croix. 

Ainsi, l'on voit qu'abstraction faite de sa naïveté et de sa 
couleur poétique, la légende contient un fond de vérité histo- 
rique, sur lequel les recherches concernant l'origine de nos 
villages peuvent se baser. Le légendaire nous apprend, en 
outre, qu'entre l'époque où il écrivait et le martyre de Saint- 
Dizier, l'oratoire Saint-Martin avait été incendié. Il dit, en 
effet, que l'on avait sauvé du feu les reliques qu'il a vues, 
dans l'église nouvelle sans doute, et qu'il énumère. 

Ajoutons à la légende un chapitre que la tradition ne cesse 
pas de consacrer: Sur le plateau de Villars-le-sec, au bord d'un 
chemin qui, de la Suisse, conduit à Saint-Dizier, gît un mono- 
lithe, d'environ quatre mètres de hauteur sur trois mètres de 
largeur et trente-trois centimètres d'épaisseur. Dans les temps 
«^^;^^o r».Rtte pierre aurait été levée. La surface exposée à 



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SAINT-DIZIEB 269 

de bois est fichée en terre à côté du monolithe, et chaque pas- 
sant ne manque pas d'en détacher une parcelle qu'il emporte 
jusqu'à la fin de sa course; la croix est scrupuleusement rem- 
placée par une nouvelle quand l'ancienne n'a plus assez de 
bois pour résister aux entailles et fournir aux passants le 
talisman qu'il est d'usage de lui emprunter. Cet endroit du 
chemin est appelé le pas du diable. 

Cette tradition nous est révélée par M. Talon. Elle semble 
remonter au martyre de Saint-Dizier et rappeler les combats 
dirigés par le christianisme contre les anciennes croyances 
des populations de la contrée. 

L'oratoire Saint-Martin existait donc avant la visite qu'il 
reçut de Dizier et de ses compagnons, c'est-à-dire avant 670 
ou 675. Il était au domaine des comtes du Sundgau. En 728, il 
passe à l'abbaye de Murbach, que le comte Eberhard venait 
de fonder. Peut-être convient-il de placer après cette date 
l'incendie mentionné par le légendaire. Dans cette hypothèse, 
ce serait l'abbaye de Murbach qui aurait fait construire, à la 
place de l'oratoire Saint-Martin, la première église dédiée à 
Saint-Dizier, ou placée sous ce vocable, qu est demeuré le 
nom de la commune naissante. En tout cas, la basilique de 
Saint-Dizier existait déjà le 12 mars 913, car elle est désignée 
dans le diplôme donné à Strasbourg, et à cette date, par 
Conrad P', roi d'Allemagne, confirmant à ladite abbaye les 
possessions qui lui appartenaient. 

Mais il faut croire qu'au commencement du XP siècle, 
l'église primitive ne répondait plus aux besoins d'une popula- 
tion devenue plus nombreuse ou plus exigeante, relativement 
au sanctuaire du culte nouveau. Cette église disparut pour 
faire place à un nouvel édifice. L'abbaye de Murbach saisit 
cette occasion pour faire transférer les reliques de Saint- 
Dizier et de Saint-Regenfroi dans la maison mère, au fond de 
la vallée de Guebwiller. 

En 1041, l'église nouvelle était achevée. Hugues P', arche- 
vêque de Besançon, le constate dans un synode tenu le 
6 novembre, à Besançon, pour la consécration de l'église 
récemment reconstruite et dans lequel il blâme l'avarice hon- 



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^0 RAINT-DIZIER 

teuse des archidiacres, qui avaient réduit à la servitude cette 
église, autrefois abbaye royale et libre à son origine. Du 
consentement et sous la garantie de tous les membres du 
synode, il l'affranchit et la rend à sa première indépendance. 

Affranchie des charges dont les archidiacres l'avaient 
écrasée, l'église de Saint-Dizier, dont Murbach avait toujours 
la coUature, paraît avoir acquis, au commencement du 
XI* siècle, son plus haut degré de prospérité. Elle était la 
paroisse de Saint-Dizier-le-Haut, Saint-Dizier-le-Bas ou Levai, 
de Villars-le-sec, Fêche-l'Eglise, Lebetain, d'une partie de 
Montbouton et de Beaucourt, dont l'autre partie appartenait 
à l'archevêché de Besançon et à la seigneurie de Blamont. 

Parallèlement au spirituel, Saint-Dizier avait pris un égal 
développement temporel. Il avait formé une mairie composée 
des mêmes localités que la paroisse. Comme le domaine de 
Délie, dont elle dépendait, cette mairie était restée le patri- 
moine des ducs d'Alsace, puis des comtes, puis des archiducs 
leurs descendants. Ni le comté de Montbéliard, ni le comté de 
Ferrette ne l'avaient absorbée à leur fondation. La donation, 
de 728, à l'abbaye princière de Murbach, l'en avait préservée 
comme le domaine de Délie, à l'histoire duquel celle de Saint- 
Dizier est étroitement liée. (Voy. Délie.) 

En 1232, Saint-Dizier passe, en même temps que Délie, en 
fief direct à Henri VII, roi des Romains, l'abbaye de Murbach 
s'étant toutefois réservé la moitié des revenus qu'elle en 
retirait 

En 1274, l'abbaye aliène ce qui lui restait, en faveur de 
Thierry III, comte de Montbéliard, et c'est de cette année que 
Murbach nous paraît entièrement dépossessionné des biens, 
droits et privilèges qu'Eberhard lui avait concédés en 728. Il 
va de soi, d'ailleurs, que l'acquisition de Thierry était un fief 
relevant du SaintrEmpire. 

En 1320, le comte de Montbéliard cède à l'empereur Fré- 
déric les droits qu'il avait acquis à Saint-Dizier, de l'abbave 



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SAINT-DIZIER 271 

mains de Jeanne, veuve d'Ulrich II, et, en 1324, à sa tille 
Jeannette, épouse de Tarchiduc Albert II. 

En 1373, l'archiduc Léopold donne l'église et les redevances 
de Saint-Dizier à l'abbaye de Lure, pour la dédommager des 
pertes que lui avaient occasionnées les Bourguignons, au sujet 
de la ville d'Héricourt, reprise par les archiducs Albert et 
Léopold à Geoffroi de Linange, qui la tenait du comte de Mont- 
béliard, allié d'Enguerrand, sire de Coucy. 

On sait d'ailleurs que l'abbaye de Lure était filiale de l'ab- 
baye de Murbach. Ses terres avaient été ravagées, comme 
toutes celles du Sundgau appartenant à la maison d'Autriche, 
et, comme l'abbaye de Lure était restée fidèle à cette maison, 
elle en fut récompensée par la donation dont il s'agit. 

Afin de ne pas entrer dans de trop longues répétitions, nous 
renvoyons le lecteur, pour le surplus de l'histoire de Saint- 
Dizier, à la notice de sa prévôté. (Voy. Délie.) 

Nous ajouterons que, dans les titres allemands, le nom de 
Saint-Dizier est devenu Sanct Stœringen. 

Nous ne trouvons que les noms d'un petit nombre de curés 
de cette paroisse dans les pièces que nous avons pu consulter; 
ce sont : en 1302, Odon, curé; en 1310, au mois de décembre, 
le même; en 1332, Guillaume et Jean, son vicaire; en 1342, 
Guillaume de Bure, vicaire; en 1343, Handmyns, curé, et en 
1346, André de Grandvillars. 

L'église faisait partie du décanat de l'Ajoie. 

L'église célébrait le martyre de Saint-Dizier et de Saint- 
Regenfroi au 17 et au 18 septembre. Les BoUandistes adoptent 
le 17; Usuard, au contraire, adopte le 18; Murbach, le 17. 

Il serait intéressant de savoir si, après la reconstruction de 
l'église, en 1041, les reliques de Saint-Dizier, transférées à 
Murbach, ont été restituées au sarcophage dont M. Anatole de 
Barthélémy a reproduit quelques dessins dans le dernier 
bulletin de la Société belfortaine d'émulation. Nous n'avons 
aucun renseignement sur ce point, que des recherches ulté- 
rieures pourront éclairer. 

Ce qui est certain, c'est que la construction actuelle n'est 
plus celle du XP siècle, tandis que ce qui reste du sarco- 



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272 SAINT-GERliÂIN 

phage est évidemment de cette époque. Sur trois côtés de la 
tour qui existe, on reconnaît facilement quelques pierres tail- 
lées de la tour de 1041 et qui ont été employées telles qu'elles 
existaient primitivement. Elles présentent des cintres sur- 
baissés, semblables à ceux que l'on peut voir extérieurement 
à la tour de l'église de Sainte-Foi, de Schlestadt, qui est égale- 
ment une construction du XP siècle. 

Aucun document écrit ne permet de préciser l'époque à 
laquelle l'église moderne a remplacé celle qui l'a précédée. 
Tout ce que l'on peut dire, c'est que son caractère intérieur 
permet de présumer qu'elle remonte au XIII^ siècle. 

Saint-Dizier avait, en 1803, une population de 320 habi- 
tants ; on y en a recensé 652 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Délie. Distances 
légales: 5 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton; 2 myria- 
mètres 5 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Saint-Germain. — Au X^ siècle, il y avait dans cette 
localité un château-fort et une chapelle dans le château; cette 
chapelle était dédiée à Saint-Germain. Ce fait est révélé par 
la notice de la fondation et de la restauration de l'abbaye 
d'Eschau, à laquelle capella S. Germani in Castro appar- 
tenait. 

En 1121, on rencontre un Frédéric de Saint-Germain, qui 
est investi d'un lief dépendant de l'abbaye d'Andlau. 

En 1181, le pape Alexandre III confime, à l'abbèsse Ger- 
trude, les possessions de son abbaye, et parmi ces possessions 
se trouve encore désignée la chapelle du château de Saint- 
Germain. 

Du château-fort, de la chapelle et de la famille de Frédéric, 
les documents ne nous fournissent plus d'autres renseigne- 
ments. Le château et sa chapelle ont disparu à une époque 
que nous ne pouvons déterminer et il n'en reste plus qu'un 
vague souvenir dans le nom de Cfhâtelet donné à la hauteur où 
la forteresse était assise. 

Le territoire de Saint-Germain fut compris, en 1125, dans 
le comté de Ferrette. Comme la forteresse existait encore en 



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SAINT NICOLAS 2TS 

1180, c'est sous la domination des premiers comtes de Fer- 
rette qu'elle fut détruite. Le territoire et le village, ou le 
hameau qui existait alors, furent réunis à leur seigneurie de 
Rougemont. 

Cependant, à la chapelle du château succéda, à une époque 
que l'on ne peut non plus préciser, une nouvelle chapelle qui 
fut encore dédiée à Saint-Germain et qui devint une annexe 
de l'église de Phaffans. Bethonvillier se rattacha à cette cha- 
pelle, dont il se trouvait plus rapproché que de Phaffans, mais 
les fidèles de ces deux localités ne restèrent pas moins parois- 
siens de Phaffans, dont l'abbaye de Lucelle avait la coUature 
et la direction spirituelle. En 1750, la chapelle ou l'église de 
Saint-Germain fut érigée en vicariat perpétuel, et en 1774, 
la coUature passa de l'abbaye de Lucelle à l'abbaye de 
Masevaux. 

Relativement au temporel, Saint-Germain demeura soumis 
à la seigneurie de Rougemont, dont il partagea le sort aux 
diverses périodes de notre histoire locale. (Voy. Eotigemont) 

En 1803, la population de cette commune était de 268 habi- 
tants ; on y en a recensé 360 en 1876. 

Saint-Germain appartient au canton de Fontaine. Distances 
légales: 8 kilomètres jusqu'à Fontaine; 1 myriamètre 1 kilo- 
mètre jusqu'à Belfort. 

Saint-Nicolas. — Au XI^ siècle, le lieu où le prieuré de 
Saint-Nicolas allait être fondé était un hameau dépendant de 
la burg ou du château de Rougemont, au Sundgau, ou mieux 
au comté de Montbéliard-Ferrette. Le vallon où ce hameau 
était situé s'appelait alors Belval, et c'est aussi le nom qui fut 
donné à l'agglomération naissante. 

En 1076, Thierry P', comte de Montbéliard-Ferrette, épousa 
Ermentrude, fille de Hugues II, comte de Bourgogne, et 
d'Etiennette de Vienne. De ce mariage naquirent neuf enfants, 
dont le second et le troisième, Renaud et Frédéric de Mont- 
béliard-Ferrette, fondèrent, en 1093, le prieuré dédié à Saint- 
Nicolas et le donnèrent à l'abbaye de Molesme, en Cham- 
pagne. 

18 



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274 SAINT-NICOLAS 

En 1125, rancien comté ayant été divisé en deux parties, 
Belval et le prieuré échurent au comte de Ferrette, dont Fré- 
déric, le fondateur, fut le premier comte ou le premier dynaste. 
Parmi les biens dont il dota le prieuré, se trouvait l'aggloméra- 
tion, hameau ou village de Soppe, appelé Suïzbach dans les 
titres allemands. 

En 1145, le pape Eugène III confirma la donation du prieuré 
à l'abbaye de Molesme. 

En 1324^ Ulrich, comte de Ferrette, donne au prieuré de 
Saint-Nicolas, de Rubeo-monte^ de Rougemont, tous les droits 
qu'il avait sur l'église d'Angeot; le 14 mars de la même année, 
Henri de Thoune, évêque de Bâle, atteste que le comte Ulrich 
a donné audit prieuré, avec l'assentiment de son prévôt de 
Masevaux et de son frère Henri, qui en étaient en possession, 
le droit de patronage de l'église d'Angeot. Cette donation avait 
pour objet d'indemniser le prieuré des pertes qu'il éprouvait 
à Soppe, par suite d'une épidémie qui avait entièrement 
dépeuplé ce village, où les terres demeurées incultes ne four- 
nissaient plus la dîme dont le prieuré avait été doté par ses 
fondateurs. 

En 1260, le prieuré est qualifié de Saint-Nicolas-des-bois, 
dans la donation que le chevalier Hugues de Buix lui fait de 
deux maix de terre tenus par le prieuré, à Etueiîont, et que 
Hugues lui contestait. Pour mettre fin à la contestation, et 
pour venir aussi en aide au prieuré, Hugues lui fait l'abandon 
de ses terres d'Etueffont, à titre d'aumône ou d'offrande faite 
en son nom, en celui de sa femme et de ses enfants. 

Dans les actes et documents postérieurs, le prieuré est tou- 
jours qualifié de SaintrNicolas-des-bois. C'est ainsi désigné 
que M. Stoffel le trouve : en 1303, dans une reprise du fief de 
Roppe; en 1453, dans une sentence arbitrale, en vertu de 
laquelle la population qui avait échappé à la mortalité de 
Soppe n'était plus tenue de payer au prieuré que 20 sous de 
Bâle et deux chapons; en 1566, dans les comptes de Saint- 
Nicolas; en 1613, dans des pièces de procédure; en 1662, dans 
la réunion de ce prieuré aux jésuites d'Ensisheim; et en 1746, 



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SAINT-NICOLAS 275 

Il ne semble pas que le prieuré ait été bien richement doté 
par ses fondateurs, et cela s'explique. Renaud et Frédéric 
firent cette fondation du vivant de leurs auteurs. Ni l'un, ni 
l'autre n'était l'aîné des enfants de Thierry et d'Ermentrude. 
Le droit féodal ne leur permettait de disposer que des menus 
avantages dont ils étaient en possession. Le hameau de Belval 
était vraisemblablement de ce nombre, avec le petit village de 
Soppe. Ils en disposèrent en faveur de Saint-Nicolas. Peu à 
peu, le domaine s'agrandit, au moyen de largesses diverses et 
surtout au moyen des fondations pieuses qui étaient dans 
l'esprit du temps. La maison prospéra néanmoins assez conve- 
nablement, car on trouve qu'aux XIP et XIIP siècles elle avait 
des terres et des cens dans un grand nombre de communes 
des environs. Avec elle prospéra aussi le hameau de Belval, 
qui, en 1628, est appelé village de Saint-Nicolas, dans un 
inventaire de la seigneurie de Rougemont. 

Il faut bien qu'il en soit advenu ainsi puisque, déjà en 1390, 
on rencontre dans le renouvellement des droits de la sei- 
gneurie de Rougemont la clause suivante : « Quand, pour 
cause de guerre, le seigneur met la bannière en campagne, les 
gens de Saint-Nicolas doivent garder, à leurs frais, la haute 
lurg (le château du haut) jusqu'au retour de la bannière. » 

En 1441, le prieuré fut exempté du droit seigneurial qu'il 
devait payer à l'église de Bâle. Cette exemption semble prou- 
ver que, parmi les monastères du pays, celui de Saint-Nicolas 
n'était pas des plus riches, car l'exemption s'accordait aux 
maisons religieuses, aux églises et aux chapellenies dont les 
revenus étaient modestes. 

Il résulte de ce qui précède que le prieuré a donné son nom 
au hameau de Belval, où il était établi, et qu'en 1628, l'ancien 
hameau avait pris assez d'importance pour être compté comme 
village par les officiers de la seigneurie. 

En 1620, quand la guerre de trente ans fut allumée, Léopold, 
archiduc d'Autriche, donna le prieuré d'abord à l'abbaye de 
Munster, puis, en 1630, aux jésuites d'Ensisheim. Ces derniers 
n'en jouirent pas longtemps, car, au mois de décembre 1632, 



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276 SALBERT — SERMAMAONY 

il fut détruit par l'armée suédoise. Le hameau, ou le village, 
subit le même sort. 

Salbert. — Sur le versant nord-ouest de la montagne qui 
porte le nom de Salbert, se sont d'abord établies quelques 
fermes qui ont donné naissance au village moderne et auquel 
le nom de la montagne est resté. L'urbaire de Belfort de 1472 
constate qu'il y avait alors « la censé du mont Salbert et les 
censés du petit Salbert ». Elles dépendaient de la ville de Bel- 
fort, à laquelle le Salbert appartenait depuis longtemps. 

Peu à peu, d'autres habitations ont été construites dans le 
voisinage des fermes et ont fini par former une agglomération 
à laquelle l'organisation politique qui fut la conséquence de 
la Révolution a conféré l'autonomie communale. On distingue 
encore, dans la constitution de cette commune, Salbert-village 
et Salbert-la-Forêt. 

En 1803, la population de cette localité était de 185 habi- 
tants; on y en a recensé 274 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Belfort. Distances 
légales : de Salbert-village, 5 kilomètres; de Salbert-la-Forêt, 
6 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Sermamagny. — Les documents que nous pouvons 
consulter ne fournissent aucun moyen de remonter, avec cer- 
titude, à l'origine de l'agglomération qui est devenue la com- 
mune de Sermamagny. Mais, si l'on admet que l'étymologie 
produite pour Giromagny soit justifiée, il n'y a aucune raison 
de ne pas s'en prévaloir pour la localité qui nous occupe. 
Sermamagny aurait donc commencé par être la demeure de 
Senne ou Serma, et son domaine ou sa colonge aurait suscité 
la construction d'autres habitations dans son voisinage. Ce 
noyau aurait grandi insensiblement et serait devenu assez 
important pour constituer, en 1024, c'est-à-dire un siècle après 
l'invasion des Huns et à la formation de la seigneurie du 
Rosemont, un village qui fut compris dans la circonscription 
de cette seigneurie et dans la mairie du Haut-Rosemont. 



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SEBMÂMAGMY 277 

gneurie, partie de la mairie et de la paroisse de Chaux, de 
ChaiiX'la-jolie, comme on ne cessa de l'appeler au pays pen- 
dant toute la durée du moyen-âge. 

Mais quand La Chapelle-sous-Chaux fut pourvue d'un édifice 
religieux suffisamment grand pour contenir les fidèles du 
rayon, ceux de Sermamagny s'y rendirent, de préférence à 
l'église de Chaux qui était plus éloignée ; enfin, quand cette 
chapelle cessa d'être une annexe de Chaux et devint une 
paroisse, ceux de Sermamagny lui furent définitivement ratta- 
chés, tandis qu'au temporel ils continuèrent à dépendre de la 
mairie du Haut-Rosemont. 

Dans les pièces concernant le partage du comté de Ferrette, 
en 1347, dont il est souvent question dans ces notices, M. StoflFel 
relève l'expression in villis Sernmeigny, c'est-à-dire les colon- 
ges ou les habitations de Sermamagny. Cette désignation, 
relativement moderne, nous semble justifier nos prémices 
concernant l'origine de Sermamagny. 

Quoi qu'il en soit, l'accession définitive de Sermamagny aux 
pays antérieurs de l'Autriche, ou mieux au domaine hérédi- 
taire de la maison d'Autriche, date de ce partage, qui eut lieu 
le 26 août à Altkirch. La suite de l'histoire de cette commune 
est celle de toutes les autres de la seigneurie, et, pour ne pas 
trop nous répéter, nous renvoyons le lecteur à la notice du 
Rosemont. 

A cause de sa situation topographique, Sermamagny eut 
peut-être plus à souffrir que ses voisines dans les guerres du 
moyen-âge, et surtout pendant la guerre de trente ans. Après 
avoir ruiné le château de Délie, l'armée suédoise remontant, 
au mois de décembre 1632, la vallée de la Savoureuse, ravagea 
ce village comme elle avait ravagé Villars-le-sec et Oye, en 
aval et en amont de Châtenois. Mais, à l'inverse de ces deux 
derniers villages, Sermamagny se releva de ses ruines, et en 
1675 il était à peu près entièrement reconstruit, car on montre 
encore aujourd'hui la maison où. Turenne, après s'être dérobé 
aux Impériaux, après la bataille d'Entzheim, au canton de 
Geispolsheim, aurait passé une nuit à l'arrivée de son armée 
à la trouée de Belfort, pour tomber, quelques jours après, sur 



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278 SEVENANS 

Pennemi, posté entre Colmar et Turckheim, où il fut défait et 
refoulé audelà du Rhin. 

A la fin du siècle, Sermamagny, rendu à la domination fran- 
çaise, se fit inscrire aux armes suivantes sur l'armoriai général 
de France : 

D'azur, à trois flèches d'or, ferrées d'argent, posées en pal et 
en sautoir, liées de gueules. (Voy. N° 21 des planches.) 

En 1803, la population de Sermamagny était de 437 habi- 
tants; on y en a recensé 445 en 1876. 

Cette commune appartient au canton de Giromagny. Dis- 
tances légales : 7 kilomètres jusqu'à Giromagny; 6 kilomètres 
jusqu'à Belfort. 

Sevenans. — Un chemin qui porte encore le nom de che- 
min de Jules César, venant de Trétudans, traverse du sud au 
nord le ban de Sevenans et perd son nom à la rencontre de la 
route de Délie. Ce chemin n'est que la continuation de la voie 
romaine dont on voit encore un tronçon de quelques centaines 
de mètres de longueur au pâturage de Vourvenans. De Seve- 
nans, cette voie poursuivait sa course vers Andelnans, Dan- 
joutin et Brace, et, à Sevenans même, sur une petite éminence 
qui dominait la voie, se trouvait encore au moyen-âge un châ- 
teau dont les dernières ruines ont disparu pour faire place à 
une élégante construction moderne. 

De cet ensemble d'indications certaines, on peut conclure 
qu'à l'époque gallo-romaine, il y avait en cet endroit un poste 
militaire ou un établissement quelconque, dont les restes ont 
donné naissance à la petite commune de Sevenans. 

Quand, au XP siècle, l'assise du château de Belfort fut déli- 
mitée, le territoire de cette localité renaissante fut compris 
dans la circonscription de l'assise, et quand les hameaux et 
les villages de celle-ci furent classés en deux mairies, celles 
de la Haute- Assise et de l'Assise-sur-l'eau, Sevenans fit partie 
de la dernière. 



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SUARCE 379 

Besançon, confirme audit monastère la possession de biens 
dans un grand nombre de localités, et parmi lesquels se trouve 
spécifiée « la terre de Sevenans ». 

S'agit-il du domaine utile de tout le ban, dont le monastère 
aurait eu la possession ou la jouissance? C'est ce qu'il serait 
difiicile de préciser. Quoi qu'il en soit, le hameau n'acquit 
qu'un mince développement dans les temps qui suivirent. Ses 
habitants fréquentèrent l'église de Bermont, dont ils sont 
restés les paroissiens. 

Sevenans, qui n'est signalé par aucun fait particulier dans 
le passé de l'Assise-sur-l'eau et de la prévôté de Belfort, dont 
il dépendait, suivit nécessairement la fortune politique qui fut 
réservée à l'une et à l'autre. (Voy. Belfort) 

En 1803, la population de Sevenans était de 100 habitants; 
on y en a recensé 142 en 1876, Leupe compris. 

Sevenans appartient au canton de Belfort. Distance légale : 
7 kilomètres. 

Suarce. — Un diplôme de Louis-le-Débonnaire, daté du 
palais de Franckfort, le 21 juin 823, nous révèle l'existence de 
Suarce à cette époque reculée. Le diplôme dont il s'agit 
concerne l'abbaye de Masevaux, qui avait des propriétés daiis 
un certain nombre de localités, parmi lesquelles Suarce est 
cité. Louis confirme les possessions et les privilèges de l'ab- 
baye ; de plus, il fait défense à ses avoués d'instituer des sous- 
avoués sur ses possessions et leur ordonne de tenir chaque 
année un plaid général à Guewenheim. 

On pourrait penser que Suarce, une des localités les plus 
éloignées des possessions de l'abbaye de Masevaux, était 
pourvu d'un sous-avoué que le diplôme révoque et qu'un 
avoué fut substitué à l'agent de seconde main, car on trouve 
de bonne heure à Suarce des traces d'une famille qui prit le 
nom du village. Le P' avril 1105, Henri delSuarce et Oerung 
= Georges, son gendre, sont en effet cités comme témoins de 
la prise de possession, la veille du dimanche des Rameaux, par 
Hugo, prieur de Morteau, agissant au'nom de l'abbé de Cluny, 
des propriétés allodiales données au prieuré de Froidefontaine 



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280 SUABGE 

par la comtesse de Montbéliard, Ennentrude, avec le consen- 
tement de ses fils Thierry et Frédéric. 

Quand Frédéric, qui'fut le premier comte de Ferrette, prit, 
en 1125, possession du comté, il trouva donc les nobles de 
Suarce établis dans le village qui fit partie de son héritage. 

Il y a lieu de penser que Suarce fut, dès les premières 
années du règne de Frédéric, classé comme dépendance ou 
partie intégrante de la terre de Florimont. Suarce forma alors 
une mairie. 

La'^famille de Suarce continua à exister dans ce village, car 
nous rencontrons, parmi les témoins d'une vente faite en 1170, 
le chevalier Ulrich de Suarce. 

En 1333, les nobles de Suarce rendent foi et hommage au 
marquis de Bade, époux de Jeanne de Montbéliard, dame de 
Florimont. 

Quand, en 1347, la liquidation de la succession de Jeanne fut 
accomplie, Suarce passa, avec Florimont, dans la dépendance 
du domaine de Délie. 

En 1357, nous rencontrons un Vauthier de Suarce qui reçoit 
en accensement, de l'abbaye de Bellelay, pour une durée de 
cinquante années, tout ce qu'il tenait précédemment de cette 
abbaye. Dans les temps suivants, nous ne rencontrons plus 
trace de cette famille. 

Quant à l'église de Suarce, on est porté à croire qu'elle est 
fort ancienne et qu'elle doit>a fondation à l'abbaye de Mase- 
vaux, qui était, comme on l'a vu, possessionnée dans cette 
localité dès le IX* siècle. Mais les titres ne nous fournissent 
aucun renseignement à cet égard. Nous n'avons qu'un seul 
nom des anciens curés de Suarce, celui de Pierre, qui figure 
comme témoin dans deux actes, des 23 juin 1313 et 5 novembre 
1316. L'objet de ces actes n'a aucun rapport avec les recher- 
ches qui nous occupent. 

Au XV* siècle, cette église était sous l'invocation de Saint- 
Germain, évêque. Elle avait ,deux autels latéraux, dont l'un 
dédié à l'Assomption, avec une confrérie-du Rosaire, et l'autre 
h Saint-Biaise. A cette époque, l'abbaye de Masevaux en avait 
encore la coUature. 



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THIANCOUBT 281 

Les titres allemands donnent à la commune le nom de 
Schwertz. De même les titres latins. 

En 1803, la population de Suarce était de 546 habitants; on 
y en a recensé 513 en 1876. 

Suarce appartenait au canton de Dannemarie. Il est rattaché 
à celui de Délie. Distances légales : 9 kilomètres jusqu'à 
Délie; 2myriamètres jusqu'à Belfort. 

Thiancourt. — Cette petite localité ne nous apparaît 
dans les titres qu'en 1303; son urbaire de cette année porte 
qu'elle levait annuellement un quartaut d'avoine, à titre de 
contribution landgraviale; que les biens tenus par Jean Zem 
Thor et Rodolphe Grunger devaient aussi un quartaut 
d'avoine; qu'il y avait encore un moulin qui payait cinq sous, 
et, quand un colonger venait à mourir, sa meilleure coiffure 
appartenait au seigneur. Nous voyons ensuite dans les fran- 
chises et privilèges de la mairie de Bure, rédigés vers 1360, 
que le Chêne de Thiancourt était une des limites du territoire 
sur lequel le seigneur évêque de Bâle avait le droit de chasse. 
Le premier attelage que l'évêque apercevait sur les champs 
de ce territoire était tenu de conduire le produit de sa chasse 
à la forteresse la plus voisine; ce droit s'exerçait à partir de 
la cuisine de l'abbaye de Lucelle, en suivant le chemin de Jon- 
cherèy, jusqu'au chêne de Thiancourt et d'autres points étran- 
gers au territoire de Belfort, moyennant un boisseau d'avoine 
pour les chevaux et un pourboire convenable, si le conduteur 
était domestique. En d'autres termes, l'évêque avait le droit 
de faire cette réquisition sur les terres appartenant à l'église 
de Bâle, et qui constituaient ce qu'on appelait la principauté 
de l'évêque. Le chêne de Thiancourt en marquait la limite à 
l'un des points où cette principauté confinait aux terres du 
comté de Montbéliard. 

On doit admettre que ce chêne était fort grand et fort 
ancien, car, pour avoir servi de limite entre la principauté de 
l'évêque et celle du comte de Montbéliard, il faut que, déjà en 
1282, il ait eu un développement remarquable. C'est en effet 
en cette année que l'empereur, Rodolphe de Habsbourg, 



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282 TBÉTUDANS 

arracha le Porrentruy des mains du comte et le remit en celles 
de Févêque. Le chêne dont il est question dans les franchises 
de Bure de 1360, marqua la limite entre ces deux principautés, 
au lieu de marquer la limite entre l'Alsace et la principauté 
épiscopale, ainsi que le répètent l'un après l'autre les livres 
et les écrits oîi il est fait mention du chêne de Thiancourt 

Thiancourt dépendait du fief de Grandvillars, et il a toujours 
appartenu au landgraviat supérieur, à l'exception toutefois 
d'une courte période, pendant laquelle il appartint au comte 
de Montbéliard, pour retourner, bientôt après, à la maison 
d'Autriche. (Voy. Grandvillars.) 

En 1803, la population de Thiancourt était de 85 habitants ; 
on y en a recensé 140 en 1876. 

Fait partie du canton de Délie. Distances légales : 3 kilo- 
mètres jusqu'à Délie ; 2 myriamètres 1 kilomètre jusqu'à 
Belfort. 

Trétudans. — Au pied du rocher ou de l'élévation sur 
laquelle l'église moderne est construite, prend naissance un 
chemin qui conduit à Sevenans; il porte le nom de chemin de 
Jules César. C'est évidemment la continuation de la voie 
romaine dont une section, d'environ trois cents mètres de lon- 
gueur, est signalée par Schœpflin au territoire de Vourvenans. 
Ce que nous avons dit précédemment pour Sevenans, à l'égard 
de cette voie et concernant l'origine du village, s'applique plus 
particulièrement encore à l'origine de Trétudans. Il est vrai- 
semblable qu'à l'époque gallo-romaine il y eut ici un établis- 
sement, ou même une agglomération dont, après les invasions, 
les ruines ont donné naissance au village qui a pris le nom de 
Trétudans. 

Nous croyons que Trétudans existait déjà lorsque le pre- 
mier comte de Montbéliard-Ferrette prit possession de son 
héritage, c'èst-à-dire en 1024, ou un siècle après les ravages 
exercés au pays par les Huns. Nous basons ce sentiment sur 
la considération qu'en 1147 l'agglomération avait déjà sa cha- 
pelle. Cela résulte d'une charte du 5 janvier de cette année. 



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TRÊTUDANS 383 

possessions du prieuré de Lanthenans, parmi lesquelles est 
citée la chapelle de Trétudans, dépendante de l'église de Ber- 
mont. Une bulle du pape Alexandre III, du 4 mai 1177, a le 
même objet que la charte précédente et cite encore spéciale- 
ment l'église de Bermont avec sa chapelle de Trétudans. 

Quand, après 1024, l'assise du château de Belfortfut consti- 
tuée, Trétudans fut compris dans la mairie de l'Assise-sur- 
l'eau. Comme toutes les communes de la mairie, Trétudans 
resta au comté de Montbéliard, jusqu'à la liquidation de la 
succession de Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard ; 
il passa alors dans l'héritage de sa fille, Jeanne, veuve du 
comte Ulrich de Ferrette et mariée en secondes noces avec 
Raoul Hesse, marquis de Bade. Mais, depuis un nombre indé- 
terminé d'années auparavant, le village avait été inféodé à 
une famille qui en prit le nom ; de sorte que cette famille dut 
rendre foi et hommage de son fief au marquis de Bade, en 
1333, en vertu d'un rescrit de Hugues de Bourgogne, qui, à la 
mort de son frère Renaud, avait été institué administrateur 
du comté. 

C'est à cette époque que, dans les titres allemands, le nom 
de Trétudans devient celui de Troscholdingen. 

La famille de Trétudans était déjà en possession de son fief 
en 1331. Nous rencontrons, en effet, un Jean de Trétudans et 
son frère Perrin ou Pierre, qui figurent comme témoins dans 
un acte, reçu le 5 avril, concernant une dîme à Voiyaucourt. 
Le 20 avril 1333, nous trouvons encore Pierre de Trétudans, 
achetant, moyennant 13 livres estevenantes, un maix ou une 
ferme à Grandfontaine et l'affectant à l'autel de Saint-Nicolas 
de Mandeure. Il devint ainsi coUateur de la. chapellenie. C'est 
la même année que Pierre et son frère se reconnurent vas- 
saux du marquis de Bade. Parmi les enfants de Jean, nous 
trouvons le damoiseau Huguenin de Trétudans, qui, les 1" et 
2 juin 1333, est témoin dans une vente, faite par la femme de 
Jean de Montreux à son frère, Ulrich de Châtel-Vouhay. Quant 
à son oncle Perrin, nous le trouvons dans un acte du 30 dé- 
cembre 1344, qui le nomme tuteur des enfants de Richard de 
Bussurel. Dans un autre acte, de 1347, figure îomme témoin 



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284 uaosREY 

un Pierre de Trétudans, peut-être le fils du précédent. Enfin, 
nos informations sur les membres de cette famille seront épui^ 
sées, lorsque nous aurons noté qu'en 1373 et 1390, Miles = 
le chevalier Jean de Trétudans figure aussi comme témoin 
dans des actes dont l'objet est étranger à nos recherches. 

Au partage, en 1347, de la succession de Jeanne de Mont- 
béliard, marquise de Bade, Trétudans suivit la fortune poli- 
tique de la prévôté de Belfort et de la mairie de l'Assise-sur- 
l'eau. Il échut à Adélaïde, fille cadette de Jeanne et du mar- 
quis de Bade, et fit partie de ce qu'on a appelé la justice des 
onze villes. (Voy. Belfort) 

Trétudans est inscrit aux armes suivantes sur l'armoriai 
général de France : 

D^or, à deux loups d'azur passants Vim sur Vautre. (Voy. 
N° 16 des planches.) 

Quant à son église, devenue paroissiale à une époque sur 
laquelle nous manquons de renseignements, elle fut placée 
sous l'invocation de Sainte-Marguerite. 

En 1803, la population de Trétudans était de 216 habitants; 
on y en a recensé 238 en 1872. 

Trétudans appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
8 kilomètres. 

Urcerey. — Sous les comtes de Montbéliard, cette localité 
fit toujours partie de la seigneurie du Rosemont. La seigneurie 
ayant été divisée en deux mairies, Urcerey fut compris dans 
celle du Bas-Rosemont, dont il n'a pas cessé de dépendre et 
de partager le sort politique. En 1347, cette commune passa 
définitivement au comté de Ferrette et au domaine Jiérédi- 
taire de la maison d'Autriche. 

En 1437, elle paraît avoir été tenue en fief par Renaud 
d'Urcerey, dont M. Stoffel découvre le nom dans des pièces 
concernant la donation de la forêt du Salbert aux bourgeois 
de Belfort. 

En 1659, Urcerey tomba dans le domaine du duc de Maza- 



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VALDOIE «50 

En 1803, la population d'Urcerey était de 154 habitants; on 
y en a recensé 199 en 1876. 

Appartient au canton de Belfort. Distance légale, 5 kilo- 
mètres. 

Valdoie — Il nous paraît indubitable que la voie romaine, 
venant de Brace pour se diriger vers la gorge du Rosemont, 
traversait le ban de Valdoie. Si l'on n'en a, jusqu'à présent, 
'découvert aucune trace matérielle, cela tient, selon nous, à 
l'indifférence qui a presque toujours existé dans nos environs 
à l'endroit de nos origines et de nos antiquités. Il doit donc 
nous être permis de nous attacher d'autant plus étroitement 
aux indices qui peuvent se produire et de les utiliser pour 
nos recherches. 

Selon M. Stoffel, extrêmement discret en fait d'étymologies, 
« Valdoye (fe) vimt de vadium = gtié de VOye ou de la Savou- 
reuse ». M. Stoffel, qui ignore la langue du pays, semble ne 
pas se douter que dans les noms de Vaidoie^ Wedaw, Wàdaw, 
qu'il relève plus loin, se trouve la confirmation de l'étymologie 
qu'il propose. Dans la langue celtique, Oye signifiait eau, 
rivière. Le roman du pays en a fait aw. De vadium = gué, il 
a fait va% vie = chemin ou gué de la rivière. C'est ainsi que 
de la décomposition la plus simple du nom de Vaidoie, Vay- 
doye, Wedaw, Waido, conservé au village dans la langue popu- 
laire, on arrive à prouver en quelque sorte que la population 
gallo-romaine nous a transmis ce nom en prenant aux Romains 
le vadium = vay = gué pour le joindre au mot celtique oye 
z=:aw = eau, rivière. Ainsi se trouve expliquée l'origine du 
nom du village qui s'est formé sur ce point et dont l'orthographe 
moderne donne une idée aussi fausse que défigurée. 

Valdoie se serait donc établi sur la voie romaine qui condui- 
sait de Brace à la gorge du Rosemont et au bord de VOye, 
dont on a fait plus tard la Savoureuse, 

Entre Bermont et Châtenois existait aussi, sur le bord de 
la rivière, le village d'Oye. Pour distinguer de celui-ci celui 
qui nous occupe, la population gallo-romaine lui donna le nom 
d'Oye au gué = Vaydoie = Wddaw = Valdoie. 



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286 VAUTHIERMONT 

L'enfance de ce village a duré des siècles, car, en 1024, ou 
à la formation de la seigneurie du Rosemont, ce n'était encore 
qu'un hameau de mince importance. Plus tard, il fut compris 
dans la mairie et la paroisse d'Evette, c'est-à-dire quand les 
habitations disséminées sur les pâturages = vaytes = les 
Evettes furent assez nombreuses pour les faire ériger eh com- 
mune et en chef-lieu de mairie et de paroisse. (Voy. Evette.) 

Valdoie continua à faire partie de cette mairie et de cette 
paroisse pendant toute la durée de la domination des comtes' 
de Montbéliard. En 1347, il passa au comté de Ferrette, avec 
toutes les autres communes de la seigneurie du Rosemont, et 
au domaine de la maison d'Autriche. La mairie d'Evette fut 
alors absorbée par la mairie du Haut-Rosemont, dont Valdoie 
fit également partie. En 1659, il passa au duché de Mazarin. 

Pour donner au lecteur une idée de la condition des cam- 
pagnes à une époque relativement rapprochée, nous retenons 
un fait qui concerne particulièrement la commune de Valdoie. 
Le 31 mai 1409, l'écuyer Jean de Courroux épouse la fille de 
Jean de Boncourt. Celui-ci compte, en dot, à son gendre, 
300 florins de bon or, en comptant 15 sous de bons estevenants 
par florin. En garantie de la dot, Jean de Courroux assigne à 
son épouse les hommes qu'il possédait à Valdoie et Cravanche» 
ainsi que ses biens situés à Belfort. 

Les titres que nous pouvons consulter ne nous donnent 
aucun renseignement sur l'époque où l'église de Valdoie fut 
fondée. Jusque-là Valdoie a appartenu à celle d'Evette, qui 
était du décanat de Granges. Quand Valdoie fut doté de son 
église particulière, elle fut placée sous l'invocation de Saint- 
Joseph. 

En 1803, la population de cette commune était de 251 habi- 
tants ; on y en a recensé 732 en 1876. 

Valdoie appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
4 kilomètres. 

Vauthiermont. •— Une donation faite à Guebwiller, en 



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VAUTHIERMONT 287 

Cremhilde, sa femme, donnent à ladite abbaye tout ce qu'ils 
tiennent de leurs pères et mères à Vauthiermont, dans la 
marche de Belmagny, ainsi que tout ce qu'ils ont acquis et 
pourront acquérir, c'est-à-dire les habitations, les hommes, les 
revenus, les troupeaux, biens mobiliers et immobiliers, champs, 
prés, vignes, forêts, pâturages, marais ou étangs et cours 
d'eau. 

Ainsi, tout ce qui constituait la localité à la fin du VHP 
siècle, appartenait au toparque Folckwin et passa, en vertu 
de cette donation, à l'abbaye de Murbach, qui venait d'être 
fondée par Eberhard, petit-fils du duc Adalric et neveu do 
Sainte-Odile. 

Dans ce titre, le nom allemand de Vauthiermont est VaUers- 
perg. Dans des titres plus récents concernant la commune, 
M. Stoffel relève encore un autre nom allemand, celui de 
Detdsch'Rumhach, 

Les localités qui se trouvaient dans la marche de Belmagny 
relevèrent plus tard de l'avouerie de Traubach, et il est vrai- 
semblable que Vauthiermont en fit aussi partie. Mais il y a 
lieu de penser que, dès le XIP siècle, Vauthiermont en fut 
distrait pour être incorporé dans la prévôté d'Angeot. Nous 
présumons que cela eut lieu à la création du comté de Fer- 
rette, c'est-à-dire en 1125. 

Ce qui |est certain, c'est qu'au XIP siècle Vauthiermont 
dépendait de la prévôté et de la mairie d'Angeot, ainsi que de 
sa paroisse. Dès ce moment, son passé historique se confond 
dans celui de la prévôté et de la paroisse. (Voy. Angeot) 

Il est probable que le vicus = village de 796 eut de bonne 
heure sa chapelle; mais nous ne la rencontrons qu'en 1441. 
A cette époque, la chapelle primitive était devenue église 
paroissiale ; elle était alors sous l'invocation de Saint- Antoine, 
Ermite. Elle avait deux autels latéraux, dont l'un était dédié 
à .Saint-Georges, avec une chapellenie anciennement fondée 
par les paroissiens, qui en avaient la coUature; l'autre dédiée 
au Saint-Sacrement, avec une confrérie sous ce titre. Quant à 
la collature de l'église, elle appartenait à la communauté. 



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288 VELLESCOT 

A la fin du XVIP siècle, ladite communauté se fit inscrire 
aux armes suivantes sur l'armoriai général de France : 

Uargent, à deux lions affrontés de sable. (Voy. N° 9 des 
planches.) 

En 1803, la population de Vauthiermont était de 312 habi- 
tants ; on y en a recensé 334 en 1876. 

Vauthiermont appartient au canton de Fontaine. Distances 
légales : 4 kilomètres jusqu'à Fontaine ; 1 myriamètre 5 kilo- 
mètres jusqu'à Belfort. 

Vellescot. — A proximité de la route qui conduit à Délie, 
et à environ 30 centimètres de profondeur, près de Vellescot, 
on a découvert un tronçon de la voie romaine indiquée par 
M. Aug. Quiquerez, sur la carte qui accompagne le livre ren- 
fermant ses recherches au Jura bernois sur l'époque gallo- 
romaine. Ce tronçon, construit en cailloux noyés dans un bain 
de chaux ou de ciment, avait plus de cent mètres de longueur, 
et il nous souvient avoir vu près de cette voie un pavage qui, 
sans être une mosaïque, s'en rapprochait à certains égards. 
Cette découverte a été faite en l'année 1851 ou 1852. 

Une voie romaine passait donc dans cette localité, et l'on 
peut admettre que là aussi il y avait, à l'époque gallo-romaine, 
un poste, une villa ou une ferme = curtis, qui, par combinai- 
son ou corruption des deux mots, aurait donné au village le 
nom qui lui est resté. Vellecort est en eflfet la première forme 
de ce nom. On la trouve dans la charte de dotation du prieuré 
de Froidefontaine, du 8 mars 1105. 

A cette époque, Vellescot appartenait à la mairie et à la 
paroisse de Grosne, au passé historique desquelles le sien est 
intimement lié. (Voy. Orosne, Délie et Florimont) 

Nous ne ferions que nous répéter si, dans cette notice, nous 
voulions indiquer les diverses dates où ce village changea 
de condition. Nous nous bornerons à dire que, quand il fut 
acquis au comté de Ferrette, les titres allemands lui don- 
nèrent le nom de Hanendorf. 

En 1803, la population de ce vîllor.- xa-- 



1 c\r\ l_^Vi4..- - 



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VESOEMCNT 289 

Vellescot appartient au canton de Délie. Distances légales : 
8 kilomèftres jusqu'à Délie; 1 myriamètre 6 kilomètres jus- 
qu'à Belfort. 

Vescemont. — Ce village était un fief compris dans la 
seigneurie du Rosemont. Lorsque celle-ci eut passé au comté 
de Ferrette, Vescemont apparaît dans les titres allemands 
sous le nom de Wessemberg. 

C'est, sans aucun doute, ce nom que prit la famille investie 
du fief et que l'on rencontre dans l'histoire de l'Alsace occi- 
dentale. 

Mais il se présente, à l'égard des Wessemberg, un embarras 
diificile à résoudre : dans la première édition de son Diction- 
naire topographique, M. Stoffel n'hésite pas à attribuer à cette 
famille un Hugo de Wessémberch cité par Moné, en 1276, et 
\m Junker (gentilhomme) Hansen de Wessenburg, en 1662. 
Puis il ajoute qu'il y avait à Vescemont un ancien château, 
que ce village formait une mairie et que, plus tard, cette mai- 
rie fut incorporée dans celle du Haut-Rosemont. Avec ces 
indications, l'histoire politique de Vescemont se constituerait 
d'elle-même. 

Dans la seconde édition, l'auteur retranche presque tout ce 
qui précède, par le motif sans doute que, dans ses recherches 
ultérieures, il a conçu des doutes sur la filiation ou la parenté 
des Wessémberch de 1276 et des Wessenburg de 1662, avec 
les Wessemberg de Vescemont; de sorte que nous n'avons 
plus ni ancienne famille noble, ni ancien château pour la 
localité qui nous occupe. 

Il ne reste de certain que ceci : c'est qu'en 1577, Vescemont 
était encore chef-lieu d'une mairie, comprenant sans doute, 
outre Vescemont, les hameaux qui ont formé, au XVir siècle, 
la commune de Riervescemont. 

C'est probablement vers cette époque que la mairie a été 
supprimée ou fondue dans celle du Haut-Rosemont. 

Nous pourrions borner cette notice à ce qui précède et. 



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290 VESCEMONT 

tions éparses, il est possible d'arriver à des conclusions satis- 
faisantes. * 

Les actes de Mûri rapportent qu'en 1111, Otton II, delà 
maison de Habsbourg, comte de l'Alsace supérieure, fut tué 
par un certain Hesson de Yesinherg, le 5 ou le 8 novembre, à 
Butenheim (Battenheim), en Alsace, et que son frère, Adel- 
bert II, succéda à Otton dans la possession dès biens des 
Habsbourg de l'Alsace supérieure. 

Dans trois titres de 1257, 1296 et 1297, nous rencontrons le 
noble Jean de Wessenberc, puis Hugues de Wessenberg, 
comme témoins, à côté de personnages émincnts, parmi les- 
quels Rodolphe de Habsbourg, dans des actes étrangers à 
notre sujet. Puis, en 1297, la cour prébendale de Berthold de 
Wessenberg, comme limite en longueur des terres de l'évêché 
de Bâle, au sujet desquelles un synode prononce des peines 
contre toutes violences exercées dans ces possessions, dont la 
cour prébendale de Simon de'Gundolsheim est citée comme 
limite en largeur, à partir de la maison de Crafton de Bâle. 

Aucune indication n'est du reste donnée sur l'origine des 
Wessemberg; nous nous demandons dès lors s'il n'est pas per- 
mis de faire remonter cette origine aux premiers ministériaux 
de la maison de Habsbourg dans cette localité qui, même sous 
les comtes de Montbéliard, serait restée propriété allodiale 
des Habsbourg. 

Cette prévision ou, si mieux l'on aime, cette hypothèse nous 
paraît s'accorder avec les informations plus récentes que 
Schœpflin nous donne sur la famille des Wessemberg. 

Les Wessemberg avaient, au nombre de leurs fiefs, le quart 
de la ganerbie dîi château de Roppe, dont les Roppach avaient 
été investis, en 1317, par Ulrich II, comte de Ferrette. (Voy. 
Roppe.) 

A l'extinction des Roppach, les Wessemberg en héritèrent, 
avec les Reinach, le fief d'Essert. En 1500, les Wessemberg 
en avaient la moitié. (Voy. Essert.) 

Si notre hypothèse est admise, il faut croire que les Wes- 



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VETRIGNE 291 

retrouvons dans la personne de Jean Neury, un des chefs des 
Eosemontois qui résistèrent aux Suédois et qui eurent un si 
triste sort dans le vallon, entre Perouse et Danjoutin. (Voy. 
Uosemmit et Yézelois,) 

La destruction du château de Vescemont pourrait remonter 
à la même époque. 

En 1803, il y avait à Vescemont 430 habitants, et 610 
en 1876. 

Vescemont est du canton de Giromagny. Distances légales : 
2 kilomètres jusqu'au chef-lieu de canton ; 1 myriamètre 
4 kilomètres jusqu'à Belfort. 

Vetrigne. — On lira dans la notice de PhaflFans toute la 
part qui revient à Vetrigne dans le passé historique du pagiis 
et de la marca dont cette petite localité faisait partie. Phaf- 
fans était sa mairie et sa paroisse, Roppe son chef-lieu 
féodal. 

Nous noterons cependant qu'au partage de la succession de 
Jeanne de Montbéliard, en 1347, Vetrigne échut à sa fille 
Ursule, mariée au comte de Hohenberg; qu'en 1350, Albert II 
d'Autriche, son beau-frère, qui avait succédé aux comtes de 
Ferrette, racheta la part d'Ursule, et qu'ainsi Vetrigne appar- 
tint dès cette année au comté de Ferrette et au domaine de la 
maison d'Autriche; et enfin que Vetrigne eut le sort commun 
à toutes les possessions héréditaires de cette maison dans la 
Haute-Alsace. 

Dans les titres allemands, on donne à cette localité le nom 
de Wurteringen, 

Quand la chapelle d'Offemont fut desservie par le recteur 
de PhaflFans, les habitants de Vetrigne fréquentèrent cette 
chapelle, qui était plus rapprochée que leur église paroissiale. 
Quand la chapelle fut érigée en paroisse, Vetrigne fut distrait 
de l'ancienne et rattaché à la nouvelle. 

En 1803, la population de cette localité était de 184 habi- 
tants ; on y en a recensé 176 en 1876. 



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292 VÉZEL0I8 

Vézelois. — Les titres que nous consultons ne nous par- 
lent de Vézelois qu'à la tin du XIIP siècle. Cette commune 
appartenait alors au comté de Montbéliard. Elle faisait partie 
de la seigneurie de Belfort. 

A la mort de Richard de Belfort, son gendre, Henri de 
Delémont, reprend en fief du comte de Montbéliard, dont 
il se déclare l'homme lige, différents biens et revenus que 
Richard possédait au même titre. Parmi ces revenus figurent 
22 sous censaux, qui étaient payés chaque année par Vézelois. 
Cette reprise est du 1*' décembre 1295, et c'est le titre le plus 
ancien où nous trouvons Vézelois cité. 

Nous pensons que, déjà à cette époque, Vézelois faisait 
partie de la mairie de Meroux. 

Lors du partage de la succession de Renaud de Bourgogne» 
en 1332, Vézelois échut à sa fille Jeanne, comtesse de Ferrette, 
et à la mort de celle-ci, en 1347, il advint à sa fille cadette, 
Ursule, comtesse de Montfort, de laquelle il fut racheté par 
l'archiduc Albert d'Autriche, en 1350, époque à laquelle cette 
localité passa définitivement au comté de Ferrette et dans les 
possessions héréditaires de la maison d'Autriche. 

Vézelois avec Meroux furent alors incorporés dans la sei- 
gneurie du Rosemont; mais Vézelois fut chef-lieu de la 
mairie. 

Dans les titres allemands, Vézelois a pris le nom de Wies- 
wald. 

Vézelois eut nécessairement le sort commun aux localités 
du Rosemont. M. Bardy nous rapporte un fait qu'il importe de 
conserver dans cette notice. Il concerne la résistance des 
campagnards à l'invasion suédoise. Voici comment s'exprime 
M. Bardy : 

« Vaincus àBlotzheim et àDannemarie, les paysans des alen- 
tours de Belfort (voy. Rosemont) résolurent de mourir plutôt 
que d'abandonner la partie. Ils étaient au nombre de trois 
mille quand ils furent massacrés dan& le pli de terrain entre 
Danjoutin, Perouse, le bois de La Perche et Vézelois. Soixante 
se réfugièrent dans la tour de Vézelois, où ils furent cernés et 



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VILLABS-LE-SEG }S^ 

enfumés. L'un d'eux, Etienne Grosjean, parvint à sortir et, 
armé d'une longue perche, il se rua sur les Suédois qui étaient 
présents et qui s'enfuirent comme devant un être suscité par 
la vengeance céleste. Ceux qui étaient dans la tour sortirent 
ensuite, et tous se mirent à la poursuite des Suédois jusque 
dans le Grand-Bois. C'est à la suite de cette résistance déses- 
pérée que Oye, ainsi que Batumagny et le château de Breyval 
furent détruits. » (Voy. les notices.) 

A la fin de la guerre, Vézelois, revenu à la France, se fit 
inscrire dans l'armoriai général aux armes suivantes : 

D'azur^ à trois pommes de pin^ d'or, deux et une. (Voy. N° 22 
des planches.) 

Le finage de Vézelois fournissait de la mine en grains, 
exploitée à ciel ouvert, pour alimenter les hauts-fourneaux de 
Belfort et de Châtenois. 

Dans la reconstruction récente de l'église, la tour où les 
soixante Eosemontois s'étaient réfugiés est restée debout. On 
pénètre dans le rez-de-chaussée par une petite ouverture à 
l'intérieur de la nef. Ce rez-de-chaussée est percé d'embra- 
sures, par lesquelles les assiégés se défendaient. Elles sont 
murées à l'extérieur. C'est tout ce qui reste de l'ancienne 
construction. 

En 1803, la population était de 470 habitants; en 1876, on y 
en a recensé 439. 

Vézelois appartient au canton de Belfort. Distance légale, 
7 kilomètres. 

Villars-le-sec. — Grandidier pense que ce village doit 
son nom à Villibert, domestique de Saint-Dizier et de Saint- 
Regenfroi, assassinés au IX* siècle, à l'endroit où le village de 
Croix s'est formé. Si cette opinion a quelque valeur historique, 
Villars-le-sec se serait formé à son tour, peu de temps après 
le martyr, et après la mort de Villibert qui avait survécu à 
ses maîtres. 

Le territoire de Villars-le-sec dépendait alors de la dotation 
de l'abbaye de Murbach; le village releva ensuite de la mairie 



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294 VILLARS-LE-SEG 

de Saint-Dizier, et plus tard du château de Délie. (Voy. Saint- 
Dizier.) 

En 1303, ce village payait à sa mairie pour sa part de contri- 
bution landgraviale, 8 sous et trois quartauts d'avoine. Le 
village, avec les hommes et les biens appartenaient alors, en 
dehors de ce qui était à l'église, au seigneur de Délie. 

Mais il y avait des affranchis, des hommes libres, qui dispo- 
saient de leurs biens. En 1342, nous trouvons en effet un* 
Cuenin, fils de Berchin, qui, dans une vente, figure comme 
tuteur de la femme du vendeu»; de même, en 1343, un Martin 
qui apparaît au même titre ; en 1344, un Jehannot, fils de 
Girardin, comme acquéreur; en 1347, un Jean Voillemenat et 
les fils de feu Girardin, qui vendent à Thiébaut de Rocourt 
des biens situés au Fahy; en 1362, un Estevenin, gendre de 
Rondey, qui dote l'autel de Saint-Jean-l'Evangéliste de Por- 
rentruy; en 1368, un Bourquin dit Boichat, témoin dans la 
vente d'un jardin; en 1369, un Hemonat, fils de Bourquin; en 
1379, une Jeannette, veuve d'Hemonat; et en 1389, un Voille- 
min, dit Chachert, qui tous ajoutent de nouvelles libéralités 
en. faveur du même autel de Saint- Jean-l'Évangéliste de Por- 
rentruy. 

Si nous recueillons ces petits faits, insignifiants pour l'his- 
toire générale, c'est parce qu'à notre avis ils peuvent acquérir, 
au moyen de nouvelles recherches, de l'utilité au point de vue 
de l'histoire locale. D'ailleurs, les noms d'anciennes familles 
d'un simple village ont encore de l'intérêt pour ceux qui ne 
dédaignent pas de descendre des hauteurs de la science et de 
s'intéresser à la vie des plus humbles. 

Il faut admettre que beaucoup de serfs des possessions de 
l'évêché et de Villars-le-sec, qui était aux ducs d'Autriche, 
passaient des terres de l'un dans celles de l'autre, et que cela 
occasionna des difficultés entre ces deux seigneurs et leurs 
ministériaux ; nous trouvons en ettet, à la date du 22 janvier 
1361, une commission arbitrale instituée par l'évêque et le 



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VILLARS-LE-SEC — VOURVENANS 295 

Bâle. Si le serf émigré n'était pas réclamé dans le mois par son 
seigneur, il appartenait aux terres de celui chez lequel il avait 
émigré, et, dans ce cas, le seigneur qui le gagnait devait en 
donner un autre à celui qui le perdait. 

Le 7 mars suivant, Rodolphe ordonne à Henri de Masevaux. 
son bailli de Délie, et à Marguerite de Bade, dame de Flori- 
mont, de tenir la main à l'exécution de la convention arbitrale. 

Villars-le-sec subit nécessairement, dans les siècles suivants, 
le sort de la seigneurie dont il dépendait. 

En 1803, la population de ce village était de 140 habitants ; 
on y en a recensé 227 en 1876. 

Villars-le-sec appartient au canton de Délie. Distances 
légales: 7 kilomètres jusqu'à Délie; 2 myriamètres 9 kilo- 
mètres jusqu'à Belfort. 

Villars-le-sec. - Village détruit. — M. Stoffel trouve 
dans l'urbaire de Belfort et dans celui des pays d'Autriche que 
ce village existait encore en 1350, en 1394 et en 1533. Il y 
trouve également la preuve qu'il était détruit en 1543. C'est 
donc dans l'intervalle de 1533 à 1543 qu'il a disparu. Les titres 
consultés ne fournissent aucun renseignement sur les causes 
de sa disparition; de sorte que l'on peut l'attribuer tout aussi 
bien à la grande mortalité qui régna en cette dernière année, 
qu'aux violences des guerres que se faisait à cette époque la 
féodalité du pays. 

Le territoire de Villars-le-sec fut réuni à celui de Châte- 
nois. Les combes de Villars et la fontaine de Villard, que 
M. Stotfel relève dans des pièces de procédure de 1742, au 
comté de Belfort, marquent indubitablement la partie du ter- 
ritoire de Châtenois où Villars-le-sec était établi. 

VourvenanS. ■— Au siècle dernier, Schœpflin écrivait que 
la voie romaine, dont il a été souvent question dans ces 
notices, traverse la forêt de Vourvenans. La forêt n'existe 
plus. Le sol est devenu un pâturage situé au bord de la Savou- 
reuse, entre le village auquel il appartient et les prés de 
Châtenois. Le dernier défrichement, par l'abattage des chênes 



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296 VOURVENANS 

séculaires qui avaient pris racine sur la voie même, remonte 
aux premières années de ce siècle ; mais les vestiges de la voie 
sont encore reconnaissables. 

La voie dont il s'agit se détachait de la voie militaire de 
Mandeure au Rhin, dans la vallée du Doubs, et entrait dans 
la vallée de la Savoureuse, à un point plus rapproché de Dam- 
benois que de Vourvenans. A angle droit, cette dernière com- 
mune est assise à environ un kilomètre h l'est de la voie et 
cette situation ne permet pas de conclure que l'origine de ce 
village soit contemporaine du monument dont son territoire 
porte les derniers débris. 

Comme la plupart de nos villages, cette agglomération doit 
son origine à quelques habitations qui se sont élevées sur des 
terres inoccupées et qui dépendaient des premiers seigneurs 
ou des premiers maîtres du pays. En 1147, il y avait au moins 
deux fermes dans la localité dont s'agit. Une charte du 5 jan- 
vier le constate. Par cette charte, Humbert, archevêque de 
Besançon, confirme les possessions du prieuré de Lanthenans, 
et parmi ces possessions sont cités deux manses et demi ad 
Valvenans, c'est-à-dire de Vourvenans, ce qui permet de sup- 
poser que l'agglomération se composait alors d'un certain 
nombre d'habitations, puisqu'elle portait déjà le nom qui lui 
est resté, 

Vourvenans dépendit ensuite de la mairie et de la paroisse 
de Châtenois, dans le passé historique desquelles le sien se 
confond. (Voy. Châtenois.) 

En 1803, la population de cette petite localité était de 
101 habitants; on y en a recensé 128 en 1876. 

Vourvenans appartient au canton de Belfort. Distance 
légale, 1 myriamètre. 



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